Georges Pâques, né le à Chalon-sur-Saône et mort le à Boulogne-Billancourt, est un résistant et haut fonctionnaire français. Pendant la période de la guerre froide, il révèle aux Soviétiques des renseignements fondamentaux touchant à l'organisation de l'OTAN. Le procureur requiert la peine de mort pour trahison, espionnage au profit de l'URSS, Pâques ayant avoué avoir transmis des informations concernant la politique de sécurité nationale de à (affaire Georges Pâques). Condamné à perpétuité le , sa peine est commuée en de prison en 1968. Il est aussi déchu de la Légion d’honneur.
Biographie
Jeunesse et études Georges Pâques naît le à Chalon-sur-Saône, de Charles Pâques et Pauline Deroussin, dans une famille d'artisans..
Après des classes préparatoires littéraires, il est admis à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1935, au treizième rang du classement du concours, section lettres. Il y côtoie Georges Pompidou..
Il y est considéré comme volontairement solitaire et orgueilleux.
Animé de profondes convictions catholiques, il suit les conseils du directeur de l'école, Célestin Bouglé, qui lui conseille en 1935 de se spécialiser en italien plutôt qu'en anglais. Il suit ainsi des études d'italien, est envoyé en Italie avec une bourse de l'école, et est reçu à l'agrégation d'italien.
Parcours professionnel En 1940-1941 il enseigne à Nice, qu'il quitte en 1941 pour le lycée de Rabat. Après le débarquement allié en Afrique du Nord, en , il s'engage dans l'armée du général Giraud et s'établit à Alger où il retrouve son ancien condisciple Pierre Boutang. Il s'exprime à la radio pour la Résistance sous le pseudonyme de René Versailles, aux côtés d'André LabartheAndré Labarthe est suspecté d'avoir entretenu des liens avec les services de renseignements soviétiques dès 1940, peut-être même avant cette date..
Pâques devient directeur de cabinet au ministère de la Marine en 1944-1945, puis au ministère d'État chargé des affaires musulmanes. En 1944, se trouvant à Alger, il est recruté par son mentor, le médecin Imek Berstein, ancien des Brigades internationales de la guerre d'Espagne, et mis en contact avec un conseiller d'ambassade de l'URSS, Alexandre Gouzovski. S'il confie à Gouzovski ses opinions politiques au début de leur relation, les bavardages deviennent de plus en plus importants et il se met à transmettre des renseignements à l'officier traitant russe. Il devient un espion pour l'URSS.
Il travaille ensuite au ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme en 1946-1948 puis à la Santé publique. Il dirige la revue La Production française de 1950 à 1954..
Il échoue aux élections législatives de 1951 à Chalon-sur-Saône, aux côtés du républicain indépendant André Moynet, ancien pilote à l'escadrille Normandie-Niémen.
Chef de cabinet du secrétaire d'État à la Marine marchande de 1953 à 1958, il est conseiller technique dans divers ministères par la suite. Il passe à cette époque « pour un homme intègre et sérieux, volontiers cynique, résolument antimarxiste, un intellectuel de droite, chrétien et favorable à l'Algérie française. ».
C'est à l'arrivée du général de Gaulle en 1958 que sa carrière prend un nouveau tournant. Il sert dans le cabinet de Louis Jacquinot au service de l'information de l'état-major de la Défense, puis devient directeur d'études à l'Institut des hautes études de la Défense nationale (IHEDN) de à .
Il entre au service de presse de l'OTAN, à partir d', sur la recommandation de Georges Gorse, secrétaire d'État aux Affaires étrangères de 1961 à .
Arrestation et jugement
Le Georges Pâques est arrêté par la Direction de la Surveillance du territoire devant son lieu de travail à la Porte Dauphine (siège de l'OTAN). Il reconnaît devant Marcel Chalet qu'il a été recruté par les Soviétiques. Pris de scrupules soudains, il craint de ne pouvoir accéder aux sacrements religieux du fait de sa trahison ; Chalet fait venir un prêtre de la Madeleine qui reçoit sa confession au milieu d'une cour intérieure du service de renseignement. Libéré par cette confession, il répond à toutes les questions du service..
Le procès s'ouvre le devant la cour de sûreté de l'État. Lors de son procès, il déclare : .
Le procureur de la Cour de sûreté de l'État Caron requiert contre lui la peine de mort pour trahison. La cour lui reconnaît des circonstances atténuantes et le condamne pour trahison à la perpétuité le , cette peine étant commuée en 1968 en vingt ans de prison. Il est également déchu de son grade dans l'ordre de la Légion d'honneur.https://www.lemonde.fr/archives/article/1964/07/09/l-avocat-general-demande-la-peine-de-mort_2141917_1819218.html..
L'agent du KGB passé à l'Ouest et par qui toute l'affaire a commencé, Anatoli Golitsyne, aurait déclaré que ces espions infiltrés par le KGB dans les services français seraient , comme des pierres précieuses, d'où la désignation du dispositif par « réseau saphir » (et le titre Topaz du roman d'espionnage de l'Américain Leon Uris qui s'en est inspiré)..
Fin de vie Pâques bénéficie d'une grâce réduisant sa peine à vingt ans de réclusion, décidée par le président Charles de Gaulle en . Il est totalement gracié en par Georges Pompidou, son ancien condisciple de la rue d'Ulm, devenu président de la République..
Libéré, il obtient un emploi au CEFAC, un organisme économique public situé au 99 boulevard Malesherbes, où il est directeur des études. Cela suscite un scandale de la part de journaux de droite.
Il meurt le à Boulogne-Billancourt et repose au cimetière de l'ouest de Chalon-sur-Saône....
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi Bibliographie Charles Benfredj, L'Affaire Georges Pâques - Side Step, Ed. Jean Picollec, 1993. Bernard Hautecloque, "Georges Pâques. Un haut-fonctionnaire au service des Soviétiques" p.515-542 in Nuova antologia militare, n° 20, . Georges Pâques, Comme un voleur, Julliard, Paris, 1971
Pierre Assouline, Une question d'orgueil, le roman d'une trahison, Gallimard, oct. 2010
Articles connexes Affaire Georges Pâques L'Étau (film, 1969)
Émissions de Radio , 55 minutes.
, 54 minutes.
Liens externes
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