Le FV4201 Chieftain (en anglais, signifie ) est un char de combat britannique conçu par la Royal Ordnance Factory à partir de la fin des années 1950 pour succéder au char . Lorsqu'il entre en service dans les forces britanniques en , il est considéré comme étant le char le mieux blindé dans les rangs de l'OTAN. Cependant, son moteur peu fiable lui causera de nombreux problèmes de disponibilité durant une grande partie de sa carrière.
Historique Développement
Le char prédécesseur du avait été conçu pour associer la mobilité d'un char Cruiser et le blindage d'un char d'infanterie, ce qui lui valut l'appellation de char universel. Cependant, l'apparition des chars lourds IS-3 et T-10 soviétiques accéléra les événements et obligea les Britanniques à créer leur propre char lourd, le Conqueror, équipé d'un canon de calibre . Les contraintes imposées par la masse et le coût des chars lourds poussa les Britanniques à réfléchir au moyen de combiner le blindage et la puissance de feu du canon du Conqueror dans un char du gabarit du Centurion.
Le constructeur Leyland Motors, qui avait déjà été impliqué dans la création du , avait construit ses propres prototypes d'un nouveau char en 1956, et ceux-ci menèrent à l'établissement, par le , d'une spécification pour un nouveau char. Cette dernière, émise par l'état major, misait sur l'expérience acquise par le pendant la guerre de Corée et sur les enseignements tirés de la conception du . On attendait de ce futur char qu'il soit capable d'engager l'ennemi à longue distance et depuis des positions défensives et qu'il soit résistant face à des tirs d'artillerie moyenne. À ces fins, le canon devait avoir un angle de dévers plus important que les que permettait le et un blindage frontal plus important. Il devait également être capable de tirer 10 coups par minute pendant la première minute et 6 coups par minute pendant les 4 minutes suivantes.
Quelques exemplaires des premiers prototypes furent fournis aux troupes pour essais à partir de 1959, ce qui permit d'apporter quelques changements au concept initial. Les plus grosses modifications furent effectuées à l'arrière de la caisse, qui dut être redessinée, afin de résoudre des problèmes de vibrations du moteur et de refroidissement. Ce changement majeur fit prendre de la masse à l'engin, qui avoisinait désormais les . En conséquence, la suspension du char, qui n'était prévue au départ que pour une masse de , fut renforcée. Les maillons des chenilles durent également être adaptés, afin de préserver l'intégrité des routes, et la garde au sol fut augmentée. Le concept fut validé au début des années 1960.
Les Britanniques et les Israéliens avaient collaboré pendant les dernières étapes de sa conception, avec l'idée de fond qu'Israël achèterait la licence et produirait localement le véhicule (via les usines d'IMI - ). Deux prototypes furent fournis aux forces de Tsahal, pour une période de test de quatre ans. Les résultats et les importants retours d'expérience engendrés par cette phase d'expérimentations furent pris en compte par le constructeur britannique, mais finalement les politiciens britanniques décidèrent de changer d'avis et stoppèrent le programme, ce qui poussa Israël à continuer sur un programme qui lui était propre et qui donnera lieu à la création du Merkava.
En 1957, l'OTAN avait spécifié aux différentes forces armées qu'elles devraient utiliser des moteurs polycarburants. Les premiers moteurs BL délivraient une puissance d'environ () au volant moteur, ce qui signifiait une vitesse maximale d'environ et une performance en mobilité tout-terrain limitée. La performance globale de l'engin était encore plus entravée avec l'emploi d'une , inconfortable pour l'équipage, et qui transformait en un vrai défi la moindre utilisation hors-piste du véhicule. En raison d'un assemblage sous pression des chemises de cylindres du moteur, des fuites de liquide de refroidissement à l'intérieur du bloc était monnaie courante, résultant en l'apparition d'une importante fumée blanche à l'échappement. À la fin des années 1970, le concept du moteur fut modifié, avec l'apparition du Belzona (un composé à base de polymère), qui fut utilisé pour améliorer l'efficacité des joints des chemises. Les puissances des moteurs furent également revues à la hausse, les dernières versions délivrant quelque au volant moteur. Cela améliora beaucoup les performances et la vitesse maximale du char, bien que ses capacités tout-terrain soient restées assez limitées.
Plusieurs aspects de la conception du furent d'abord testés en 1956 sur le démonstrateur technologique FV4202 « », dans lequel la position du conducteur était allongée, permettant de réduire la hauteur de la caisse et d'incliner plus fortement le glacis. Sa tourelle moulée, dépourvue de masque, possédait un profil balistique particulièrement étudié.
Histoire opérationnelle Il a servi au cours de la guerre Iran-Irak, dans les forces iraniennes, et lors de l'invasion du Koweït en 1990. Comme ses concurrents européens, le bénéficia d'un large succès à l'export vers le Moyen-Orient, mais, contrairement au , il ne fut adopté par aucun autre pays membre de l'OTAN ou du .
Le prouva qu'il était efficace au combat et qu'il était possible de le faire évoluer, avec améliorations d'ordre général ou pour des besoins localisés. L'engin fut continuellement amélioré au cours de sa carrière, jusqu'au début des années 1990, lorsque sa relève fut effectuée par le . La version ultime du char, utilisée par la jusqu'en 1995, incorporait le blindage Stillbrew, l' (IFCS) et le (TOGS). Le dernier régiment britannique à avoir été doté de chars était le , qui était basé à Aliwal Barracks, Tidworth.
Le premier modèle apparut en 1967. Le fut livré à au moins six pays, parmi lesquels l'Iran, le Koweït, Oman et la Jordanie. Un accord pour des ventes et une production locale en Israël fut annulé par le gouvernement britannique en 1969., malgré l'accomplissement d'un effort considérable, de la part des Israéliens, dans la production de données techniques et tactiques destinées à la mise au point de ce char, en particulier la capacité à opérer efficacement en environnement désertique et la démonstration de l'intérêt d'utiliser des positions couvertes pour le combat (). Deux exemplaires furent livrés aux Israéliens, afin d'être testés de manière intensive par les forces de Tsahal. Cette expérience mena à la création locale du char Merkava, dont le programme de développement fut dirigé par le général Israel Tal, lequel avait étroitement travaillé avec les Britanniques durant la phase d'expérimentation de quatre ans du .
La vente étrangère la plus massive fut effectuée en direction de l'Iran qui, à la recommandation du général Tal, prit livraison d'environ 900 véhicules avant la révolution de 1979 (chercher United Kingdom → Iran, 1950–2008).. Le char fut utilisé de manière intensive pendant la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988, incluant la plus importante bataille de chars du conflit, la bataille de Nasr, pendant laquelle les résultats furent assez mitigés, les casses moteur fréquentes étant causées par une maintenance négligée. Seules quelques douzaines de iraniens parvinrent à survivre à la guerre. Ironie du sort, à la fin de la guerre les Irakiens possédaient plus de que les Iraniens..
Les koweïtiens participèrent aux combats lors de l'invasion du Koweït en 1990. La blindée koweïtienne prit part à la bataille des ponts, le , face aux éléments des divisions irakiennes Hammurabi et Medina, avant de se retirer au-delà de la frontière saoudienne.. 136 koweïtiens furent perdus, seulement quelques dizaines parvenant à survivre à la guerre...
Caractéristiques techniques L'arrangement général du véhicule était classique et similaire à celui des précédents chars britanniques, outre le fait que le conducteur était dans une position centrale et semi-allongée. Sa tourelle profilée abritait le chargeur, assis à gauche du canon, tandis qu'à sa droite se trouvait le tireur, le chef de char étant installé derrière lui, légèrement en hauteur. L'arrière de l'engin était occupé par le moteur polycarburant L60 et sa transmission. L'armement était constitué d'un canon de et de deux mitrailleuses de . Durant son service dans l'armée de terre britannique, pas moins de onze modèles de se sont succédé.
Armement thumb|290px|Gros plan sur la bouche du canon L11A5 de . Le était armé d'un canon à âme rayée L11. d'une longueur de () et d'un calibre de . Il est dérivé du canon américain du même calibre, le M58 équipant précédemment les chars lourds britanniques et M103 américains (désigné sur le ). Afin de limiter l'encombrement imposé par des douilles en laiton, le L11 utilisait des charges propulsives ensachées, plus communément appelées « gargousses » qui se consument intégralement lors du tir. Sur les chars employant des douilles métalliques, il était nécessaire de stocker les douilles vides ou de les jeter à l'extérieur après le tir.
La caisse du renferme six conteneurs pressurisés en fibre de verre qui contiennent les gargousses. Leur double paroi contenait un mélange de glycol et d'eau sous pression, ce qui valut à ce type d'installation le surnom de (rangement humide). En cas de perforation du blindage du char par un projectile, la double paroi des conteneurs se serait brisée et le liquide se serait répandu et aurait imbibé les charges propulsives, leur évitant de créer une déflagration catastrophique. en s'enflammant.
En raison de la longueur importante du canon, qui nécessitait un équilibrage et de la place pour son installation, la tourelle présentait un important porte-à-faux vers l'arrière, contenant les radios, une partie des munitions ainsi que le moteur électrique permettant la rotation de la tourelle.
Un manchon anti-arcure L6A3 enveloppait le canon, permettant de garder le tube du canon à température constante, quelles que soient les conditions climatiques. Le dispositif de frein de tir constituait en deux cylindres à fonctionnement hydraulique, la pièce retournant à sa position initiale à l'aide d'un récupérateur pneumatique. L'élévation du canon se faisait à un angle compris entre - et + en site, lui permettant d'assurer des tirs en dévers assez prononcé.
Les munitions utilisées comprenaient un obus perforant sous-calibré à sabot détachable de la série L15 et un obus à tête d'écrasement. de la série L31. Des obus équivalents pour l'entraînement des équipages pouvaient également être utilisés. Dans sa version Mk. 5, le est capable d'embarquer jusqu'à : 20 obus APDS et 44 obus HESH mais n'emportait pas plus d'un maximum de 30 APDS (en plus de 24 HESH) en raison du volume plus important des charges propulsives L4 employées avec la munition L15.
Armement secondaire Une mitrailleuse coaxiale mitrailleuse L8A1 de était montée à gauche du canon, tandis qu'une mitrailleuse L37A1 du même calibre était montée sur le tourelleau rotatif du chef de char, elle était opérée, sous blindage, depuis l'intérieur de la tourelle, la visée s'effectuant à l'aide d'un viseur périscopique (grossissements de ×1 à ×10).
Une mitrailleuse de réglage L21A1 de était accolée à gauche du canon, elle n'était présente que sur les premiers modèles de . Tirant des balles traçantes en rafale de trois coups à par minute, elle était alimentée par une bande de ( au total) et sa portée pratique était de avec les munitions L11 et avec les munitions L13. L'augmentation de la portée pratique a vu la dotation en munitions être réduite à ().
Six lance-pots fumigènes de à déclenchement électrique étaient installés de chaque côté de la tourelle, chacun ayant une couverture de .
Moyens d'observation et conduite de tir Sur le Chieftain Mk. 1, le tireur dispose d'un viseur périscopique AV, No. 32 Mk. 2, qui sera remplacé, sur le Chieftain Mk. 2, par le AV, No. 38 Mk. 1 du même type. Les Chieftain Mk. 3/3 et Mk. 5 recevant le viseur périscopique tireur AV, No. 59 Mk. 1. Ce viseur possède un grossissement ×1 et ×8.