vignette|Stèle des 20 membres de la FPA tués en opération (carré militaire du cimetière parisien de Thiais).
La Force de police auxiliaire (FPA), plus communément appelée les « Harkis de Paris » ou encore les Calots bleusportrait-culture-justice.com septembre 2014 à l'époque de leur activitéRémy Valat historien au musée de la préfecture de police de paris, La force de police auxiliaire de Maurice Papon, Michalon Ed, 2007 , était une unité de police formée de supplétifs algériens musulmans créée le pour lutter en France métropolitaine contre la Fédération de France du FLN qui pendant la guerre d'Algérie effectuait des attaques et attentats sur son sol. Elle fut dissoute le .
Structure de commandement
Le préfet de police de Paris ratifie le l'arrêté de création du Service de coordination des affaires algériennes (SCAA). Sous la direction du cabinet du préfet, le SCAA coordonne à partir de cette date l'action des services - existants et nouveaux - spécialisés dans la lutte contre le nationalisme algérien. Outre le Service d'assistance technique aux Français musulmans d'Algérie (SAT-FMA) et la section de renseignement, le SCAA supervise les opérations d'unités actives : la Brigade des agressions et violences (BAV) et ses deux sections (enquêtes et voie publique), la territoriale ( BT) de la police judiciaire, les équipes spéciales de district (composée de policiers en civil chargés de la surveillance des milieux musulmans), et à partir du , la Force de police auxiliaire (FPA), appelée aussi Force auxiliaire de police (FAP).
Création
La création de la FPA semble avoir été inspirée par l'utilisation massive des supplétifs algériens Harkis lors de la mise en place du plan Challe.. Le , alors que Maurice Papon est préfet de police de Paris, le Premier ministre Michel Debré décide de constituer une Force de police auxiliaire (FPA) composée de musulmans algériens volontaires qui sera commandée par le capitaine Raymond Montaner, Pied-Noir né à BoufarikLinda Amiri, La Bataille de France. La guerre d'Algérie en Métropole, Paris, Robert Laffont, 2004, p.92-93. La FPA qui devient opérationnelle à partir de dépend directement du Premier Ministre qui la met à disposition de la préfecture de police de Paris pour tous les aspects opérationnelsRémy Valat, Un tournant de la Bataille de Paris: l'engagement de la Force de police auxiliaire (20 mars 1960), article paru dans la Revue d'Histoire : Outre-Mers, 2004, N°342-343. Elle est encasernée au fort de Noisy à Romainville où se trouve également le Service Action du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), et où se trouve son commandement. Ses méthodes plus ou moins violentes, à la limite ou au-delà de la limite de la légalité, incluant la torture, sont couvertes par la hiérarchie policière et par le préfet de police Gilles Manceron, Comment le massacre colonial du 17 octobre 1961 fut préparé au sein de l’État, Contretemps, 15 octobre 2021, consulté le 19 octobre 2023.. La FPA est dispersée dans les quartiers à forte implantation musulmane de Paris et s'attaque aux six hôtels connus pour leur appartenance au FLN, qui sont frappés d'une mesure de fermeture administrative.
Organisation L'unité commandée par le capitaine Montaner, assisté des lieutenants Pierre de Buxeuil de Roujoux et Loïc Le Beschu de Champsavin, a compté de 250 et 400 hommes répartis en 3 compagniesColonel Pierre de Buxeuil de Roujoux, « La Force de police auxiliaire de Paris » in Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie, Général Maurice Faivre, Éditions L'Harmattan, 1995, pp.62-64 : une compagnie d'instruction et d'intervention stationnée au Fort de Noisy-le-Sec; une compagnie dans le de Paris; une compagnie dans le de Paris dont le PC du capitaine Montaner rue de la Goutte-d'Or.
Les compagnies étaient articulées en huit sections d’une vingtaine de policiers, commandées par des Algériens.
Mission La mission assignée à la FPA comportait trois objectifsColonel Henry d'Humières, De la gloire de l'armée d'Afrique au dégagement criminel en Algérie, Lettres du monde, 2005, p.175 : protéger la population musulmane des exactions du FLN, lui redonner confiance et la rapprocher de l'administration dont elle était coupée ; contrecarrer la collecte des fonds qui procurait au FLN les moyens d'exister et de poursuivre son action en France et en Algérie ; désarmer le FLN et neutraliser ses filières d'approvisionnement.
Méthodes Outre le personnel en tenue de policier, de nombreux soldats sont chargés d'infiltrer le FLN et la plupart de leurs succès sont dus à cette infiltration. Présente dans les zones de forte implantation du FLN, elle montre à l'ensemble de la population algérienne de Paris que la toute-puissance du FLN a des limites. Alors que la police judiciaire ne lance ses coups de filet qu'après un long travail d'enquête ayant permis de mettre au jour un réseau, la FPA exploite immédiatement les renseignements obtenus, procède à l'interpellation des suspects et à leur interrogatoire en vue de remonter jusqu'à la tête du réseau. Les interrogatoires font usage de la torture comme l'a dénoncé dès 1961 Paulette Péju dans son livre " Les harkis à Paris" Paulette Péju, Les harkis à Paris, la Découverte, 2000, ( ed 1961). Les raisons de son efficacité sont multiples mais la principale est structurelle : la police supplétive est la concentration, en une seule formation, de la presque totalité des procédés opérationnels de son service de tutelle. Elle regroupe à elle seule les trois volets de la stratégie ternaire. Outil de renseignement et d'action psychologique, elle infiltre efficacement les réseaux du FLN et organise des réunions de propagande dans les cafés arabes. Outil répressif, elle met sur pied des opérations de police dans la capitale (patrouilles et rafles). Outil de neutralisation, elle assure en outre le transfert des interpellés au centre d'internement de Vincennes, et veille, par l'intégration dans ses rangs, à la protection des individus menacés (souvent des anciens cadres du FLN ralliés ou des personnes ayant communiqué des renseignements). Également conçue comme une unité de lutte anti-terroriste et d'infiltration, la police auxiliaire voit ses pouvoirs légaux limités à ceux de la police municipale, ce qui, au lieu de lui ôter des prérogatives, lui confère au contraire une plus grande capacité opérationnelle, notamment en matière de contrôle dans les lieux publics. Néanmoins, cette unité est conçue pour opérer en toute légalité dans le cadre du SCAA (Service de coordination des affaires algériennes). En effet, l'exploitation des renseignements réunis par la police auxiliaire nécessite obligatoirement une validation judiciaire ce qui explique la participation conjointe de la BAV (Brigade des agressions et violences) ou de la BT (Brigade territoriale) lors des perquisitions.
Les FPA obtiennent des succès rapides : dès le , trois membres du FLN sont arrêtés. Pendant la nuit du 23 au , des descentes dans les hôtels et meublés de l'arrondissement, conduites en collaboration avec la BAV, permettent grâce aux indications fournies par un cadre frontiste, l'interpellation de six membres de l'OPA (Organisation politico-militaire du FLN) et la saisie de documents importants. Ces rafles obligent les cadres de l'organisation à quitter l'arrondissement. Bénéficiant de l'effet de surprise et d'informations préalables, le capitaine Montaner met immédiatement en place un réseau d'informateurs et donne une grande liberté d'action à chacun de ses chefs de sections pour obtenir un maximum de renseignements auprès des gérants d'hôtels. L'objectif des FPA est de disloquer l'organisation du FLN en arrêtant les responsables et en empêchant le prélèvement des cotisations. Ils parviennent à rallier les Algériens menacés de mort par le FLN et à recruter des indicateurs parmi les commerçantsLinda Amiri, La répression policière en France vue par les archives, dans La guerre d'Algérie, dir. Harbi et Stora, Robert Laffont, 2004, p.595-598. La méthode utilisée par les hommes de Montaner est invariable : occupation d'hôtels habités par les travailleurs algériens, infiltration et recueil de renseignements, violences policières, torturesCe que nient catégoriquement Raymond Montaner et les . Aucun mauvais traitement n'a été infligé aux Algériens appréhendés : .. Dans les archives policières, Linda Amiri a retrouvé une plainte déposée par un Breton au teint mat, torturé pour qu'il avoue. Autrement dit, conclut Linda Amiri, toute personne au teint mat est soupçonnée de cotiser au FLN et susceptible de donner des informations.
Les indicateurs sont majoritairement des commerçants et des gérants d'hôtels : sur une liste de 7 indicateurs, dont la profession a pu être clairement identifiée par les officiers de la Force de police auxiliaire, 4 sont gérants de cafés-hôtels, 1 est épicier et 2 travaillent dans le secteur secondaire. En un mois, la désorganisation, qui s'accélère à partir du , affecte les structures locales du FLN dans le arrondissement. La FPA travaille en liaison avec les officiers des SAT (Service d'assistance technique) implantés dans les différents quartiers connaissant une immigration algérienne : ils infiltrent le FLN jusqu'au plus haut niveau. Grâce aux arrestations, les indicateurs de la FPA et des SAT deviennent des cadres et informent de l'organigramme de la Fédération de France jusqu'au plus au niveau.
Les arrestations initiales, et les indications obtenues à leur suite, ont un effet accélérateur du démembrement, car la plupart des interpellations entraînent à leur tour des "dénonciations en chaîne". Dans la journée du , trois sections de kasmas différentes ont été démantelées par l'exploitation de renseignements obtenus à la suite d'une arrestation unique. Le ralliement d'un chef de section a permis de localiser immédiatement, l'implantation de son unité et de connaître son chef de kasma, ainsi que ceux d'autres chefs de sections. Trois cadres subalternes du FLN se rallient et collaborent avec la police auxiliaire. Le chef de secteur du , sera intégré dans la FPA.
Réaction du FLN L'efficacité des FPA conduit rapidement le FLN à déclencher avec eux une guerre sans merci. Le poste de la Goutte d'Or est attaqué par deux groupes armés le jour même de son installation, le , puis le . D'une façon générale, les postes et les cafés tenus par la FPA dans le arrondissement sont la cible de commandos qui y subissent de lourdes pertes, mais en provoquent également chez l'adversaire.
La préfecture de police mettra en avant que pour contrer la FPA, le FLN a également recours, « à une campagne diffamatoire » dont le but serait d'émouvoir l'opinion publique et d'obtenir la dissolution de l'unité. Des informateurs du SAT (Service d'assistance technique) signalent l'ébauche d'une telle campagne. Ainsi, . À ce sujet, le colonel Pierre Le Goyet rapporte en 1989 une note que la Fédération de France du FLN aurait diffusé en : , Pierre Le Goyet, La guerre d’Algérie, Paris, Perrin, 1989, p.471, voir aussi le compte-rendu de Guy Pervillé en 1991 sur cet ouvrage..
Regroupement à Romainville