Le parc de Samara est situé sur le territoire de la commune de La Chaussée-Tirancourt, dans le département de la Somme, à une quinzaine de kilomètres à l'ouest d'Amiens, en région Hauts-de-France. C'est à la fois un parc naturel et paysager et un parc archéologique de plein-air. Il est consacré à la Préhistoire et à la période gallo-romaine, via des reconstitutions d'habitats (tente magdalénienne, maisons néolithiques, des âges du bronze et du fer…) et des démonstrations par des médiateurs culturels et artisans concernant la taille de silex, la poterie, le tissage, la vannerie, le travail de la pierre, du bois, du bronze, du fer, etc. Le parc permet également de découvrir différents espaces naturels : arboretum, jardin botanique, marais, larris... Le site est la propriété du Conseil départemental de la Somme.
Le pavillon des expositions Bruno Lebel, à l'architecture en coupoles représentant le plan symbolique d'un corps humain, propose des expositions et des scènes de vie reconstituées des différentes périodes de la Préhistoire et de la période gallo-romaine.
Historique du projet
Le projet Samara, inspiré de l'Archéodrome de Beaune, est une initiative du Conseil départemental de la Somme. En 1982, Bruno Lebel fut chargé de la conception du site : aménagement du site archéologique de l'oppidum de La Chaussée-Tirancourt ; construction d'un musée archéologique (le futur dôme des expositions). Le dôme des expositions () a été conçu à l'image du corps de l'homme et se compose de 25 coupoles selon le principe du système de construction des sculptures habitables ; aménagement du parc (arboretum et labyrinthe végétal) ;
La prospection aérienne archéologique a permis une exploration du site, comme c'est le cas pour les sites arasés ou enfouis. À la faveur de certaines conditions micro-climatiques, les traces archéologiques sont révélées par des variations de couleurs dans les labours ou de différences de teintes et de hauteur des culturesRoger Agache, 2005, Empreintes du passé. Introduction à l'archéologie aérienne, DVD, Scérén CRDP Académie d'Amiens.
En 1994, Bruno Lebel devint directeur du domaine de Samara.
Description
Le parc de reconstitutions archéologiques est implanté au lieu-dit « Camp César », sur le versant nord de la vallée de la Somme (d'où le nom de Samara), au pied de l'ancien oppidum gaulois (50 ) de La Chaussée-Tirancourt.
Le site de l'oppidum est un éperon du plateau crayeux d'environ entre la vallée de la Somme et le vallon de l'Acon, complété par le « fossé Sarrazin », creusé pour barrer l'accès à l'éperon et former ainsi un éperon barré. En bas de versant, une petite départementale traverse le site qui se prolonge sur les terrasses alluviales de la Somme et jusqu'aux abords des marais. Sur les terrasses qui ont livré, lors de l'aménagement du parc, un des plus importants sites mésolithiques du Nord de la France, sont installés un arboretum, une collection de plantes et un jardin inspiré du labyrinthe de la cathédrale d'Amiens (voir Land art).
Le site est situé de part et d'autre de la route départementale 191. Il se compose de plusieurs ensembles distincts : un arboretum avec en son centre un labyrinthe végétal de plantes vivaces ; un marais qui prolonge l’arboretum ; des espaces archéologiques situés de l'autre côté de la route avec plusieurs espaces : le pavillon des expositions ; la zone d'animations et démonstrations techniques et artisanales ; la zone de reconstitutions d'habitats ; l'oppidum qui domine l'ensemble et offre un point de vue sur la vallée de la Somme.
Géologie
Des systèmes de terrasses alluviales ou fluviatiles (nappes alluviales) se sont mis en place au Pléistocène. La formation d'une terrasse fluviatile correspond à un schéma connu et répétitif. Lors des premières phases de basculement climatique, la dynamique se modifie : l'érosion fluviale active permet à la rivière de creuser le lit, accompagné d'un déplacement latéral du cours d'eau.
Durant les périodes froides, la rivière charrie des sédiments de forte granulométrie issus en partie de l'érosion des versants.
Lors des radoucissements postglaciaires, la dynamique fluviatile change : le cours encore anastomosé (en tresses) charrie des sédiments plus fins. À la fin du postglaciaire, la rivière prend un cours en méandres.
Durant les interglaciaires, l'érosion fluviale est très faible. On parle de phase de biostasie (phase de plus grand développement de la végétation qui ralentit ainsi le processus d'érosion).
Le système des terrasses et les formations fluviatiles pléistocènes de la Somme, entre Amiens et Abbeville, est constitué par un ensemble de nappes alluviales étagées, à couverture limoneuse bien développée. Les différentes accumulations alluviales sont fortement asymétriques et essentiellement localisées au niveau des confluences, avec les vallées adjacentes en liaison avec une accumulation de dépôts alluviaux graveleux et avec la dynamique de déplacement latéral du système.
Le système est constitué par un ensemble de 10 nappes alluviales étagées entre + 5/6 et + d'altitude relative par rapport à l'incision maximale de la vallée actuelle de la Somme. Chaque nappe alluviale correspond à un cycle Glaciaire-Interglaciaire et se caractérise par une séquence constituée par des dépôts de versants, interstratifiés avec des dépôts fluviatiles (en début de Glaciaire mais rarement conservés), des graviers fluviatiles grossiers mis en place dans un système de chenaux en tresses (au Pléniglaciaire), des limons fluviatiles de fin de séquence déposés en bordure d'un système à méandres (du Tardiglaciaire à l’Interglaciaire), localement recouverts par de petits sols organiques – éventuellement tourbeux – et / ou des dépôts de tufs en lentilles (voir sédimentologie).
Paysages Les larris, des pelouses calcaires pâturées
En picard, les larris correspondent aux pâtis à moutons (larris, larri, larriz, etc.). Le terme provient de la racine germanique lar signifiant clairière, lande. Le mot prend une valeur de toponyme écologique. Les larris sont des pelouses sur terrains calcaires à sol maigre, des pelouses calcicoles. Autrefois boisés, les versants furent défrichés. Les pentes fortes, le sol très peu épais de type rendzine, relativement impropre à la culture, conduisirent à utiliser ces versants pour y faire paitre les moutons. Les bergers et leurs troupeaux sont donc en grande partie à l'origine de cet écosystème anthropique, faisant aujourd'hui l'objet de mesures de gestion conservatoire en raison d'une riche flore calcicole caractéristique.
La vallée de l'Acon
Le site de la vallée de l'Acon est protégé par un Arrêté préfectoral de protection de biotope (APB) depuis le 26 septembre 1994. Il est inclus dans l'ensemble « Marais et tourbières des vallées de la Somme et de l'Avre », qui a obtenu le label Ramsar le 18 décembre 2017. Le site protégé d'environ de la vallée d'Acon se situe sur la commune de la Chaussée-Tirancourt, à au nord-ouest d'Amiens, sur la rive droite de la basse vallée de la Somme.
Le site fait partie de la zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF) n° 80 VDS 111 (vallée d'Acon à la Chaussée-Tirancourt). Il est également retenu comme SIC (basse vallée de la Somme de Pont-Rémy à Breilly), dans le cadre du réseau européen Natura 2000.. La vallée est également située à proximité d'un autre site bénéficiant d'un APB : le Marais communal de la Chaussée-Tirancourt et s'insère ainsi dans les liens de la trame écologique locale.
La vallée d’Acon - petit affluent de la Somme - offre un paysage d’une grande diversité. L’Acon serpente dans une prairie humide constellée de mares. Sur la rive gauche, un coteau calcaire est occupé par une végétation d’herbes rases et de buissons : le larris. Une faune et une flore diversifiées s’y épanouissent.
La vallée d'Acon incise fortement le plateau crayeux et suit un cours régulier et sinueux qui présente un fond de vallée plat et deux versants dissymétriques. Le fond de vallée est inondable et occupé par une prairie humide avec quelques mares ponctuelles, le coteau pentu héberge une pelouse sèche calcicole (larris) plus ou moins couverte par des broussailles et arbustes pionniers avec quelques feuillus et pins. La diversité des milieux permet de distinguer écologiques différentes.
Des inventaires floristiques (1997-1998) ont répertorié 268 taxons de Spermaphytes, 2 Ptérydophytes, 1 Charophyte et 2 Bryophytes. Les éboulis crayeux hébergent le Sisymbre couché et les pelouses, l'homme-pendu, une orchidée du genre Acera, deux espèces rares et vulnérables en Picardie (haute valeur patrimoniale). En fond de vallée, le Pigamon jaune, le Potamot de Berchtold, la prêle des bourbiers et plusieurs Orchidées sont présents, comme la Céphalanthère à grandes fleurs ou l'Orchis moucheron.
Quatre-vingt-six (86) espèces d'oiseaux y ont été recensées. En fond de vallée, des oiseaux nicheurs typiques des milieux humides (Poule d'eau, Foulque macroule, Bruant des roseaux, Phragmite des joncs, …). Le coteau abrite également quelques espèces nicheuses et protégées en France comme le Bruant jaune ou le Pipit des arbres.
Le site est réglementé. Les visiteurs doivent rester sur les sentiers de découverte, sans franchir les clôtures, ni cueillir les plantes. Ils sont invités à observer les animaux à distance et respecter la propreté des lieux et des équipements.
Les paysages dessinés par l'homme vignette|Statues du Marais mystique.
Les marais D'anciennes fosses de tourbage étaient exploitées jusqu’au début du .
Le parcours des marais comprend 9 étapes qui évoquent l’évolution du marais.
L’arboretum Il a été dessiné par Bruno Lebel sous la forme d'un poisson. Il renferme, sur 4 ha, 80 essences d'arbres différentes.
Le labyrinthe végétal Sous la forme d'un labyrinthe de 50 hectares, il est riche de 600 espèces végétales.
Reconstitutions archéologiques
Les reconstitutions d'habitats préhistoriques s'inspirent principalement des fouilles archéologiques effectuées en Picardie, et en complément en Ile-de-France. La restitution des habitats et des structures s'appuie sur une réflexion issue de l'archéologie expérimentale. Elle a été dirigée par Gérard Fercocq (archéologue départemental).
Grâce aux artéfacts (objets ou restes d'objets archéologiques) trouvés en fouille, des représentations de la vie quotidienne sont proposées et expliquées par des médiateurs culturels. Selon la Charte internationale pour la gestion du patrimoine archéologique (1990) : « les reconstitutions répondent à deux fonctions importantes, étant conçues à des fins de recherches expérimentales et pédagogiques ». Ainsi les reconstitutions sont un moyen de faire accéder le grand public à la connaissance des origines et du développement des sociétés modernes (Cf. Icomos). vignette|Tente du paléolithique supérieur.
Le campement du Paléolithique supérieur
Au Paléolithique supérieur, à la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ , les chasseurs Magdaléniens ont un mode de vie semi-nomade ou itinérant.
Réalisée à partir des fouilles d’Étiolles (Essonne) et de Pincevent (Seine-et-Marne, section 36), au sud de Paris, la tente reconstituée était probablement recouverte de peaux de rennes ou de chevaux. L’armature de l’habitation est composée de petites branches de moins de 2 mètres, les seules disponibles dans l’environnement glaciaire de cette époque. En Europe centrale et orientale, l’armature des tentes est souvent réalisée avec des ossements de mammouths.
La maison du Néolithique ancien ()
La maison du Néolithique ancien a été reconstituée à partir des découvertes de Cuiry-lès-Chaudardes, dans le l’département de l'Aisne.