Louis Grignon, né le à Louerre et mort le à Angoulême (Charente), est un général de la Révolution française. Il est connu principalement pour ses exactions commises pendant les colonnes infernales, lors de la guerre de Vendée.
Biographie Famille Louis Grignon naît le .. Il est le fils de François Grignon de la Guiberdière, un riche marchand-fermier, et de Marie Anne Commeau. La famille Grignon compte deux ancêtres anoblis en 1696 et est à la tête d'un patrimoine foncier très confortable.
Les parents de Grignon donnent naissance à une quinzaine d'autres enfants, dont huit — cinq garçons et trois filles — sont vivants en 1787. Les garçons font leurs études au collège de Doué-la-Fontaine. Après la mort de François Grignon en 1787, ses huits enfants se partagent les biens de l'indivision et conviennent de verser chaque année une rente de livres à leur mère.
Louis Grignon a pour neveux Jean-François Honoré Merlet (1761-1830), baron de l'empire et avocat, ainsi que François-Alexandre Grignon, prêtre constitutionnel de Saint-Denis de Doué-la-Fontaine.
Le à Blaison, il épouse à l'âge de 29 ans, Perrine Louise Desportes, 22 ans, fille de Pierre Desportes, avocat au Parlement d'Angers, et de Louise Rabouin. Le couple donne naissance à trois filles : Marie Perrine, née à Angers le ; Louise Françoise, née à Cersay le et Joséphine Pauline, née également à Cersay en 1783. Le 10 janvier 1800, Marie Perrine épouse Jacques François Lousteau, secrétaire de la mairie de Saumur. Le 30 juillet 1804, Louise Françoise épouse quant à elle Jean-François Cousineau, notaire public, neveu du général Pierre Quétineau. Perrine Louise Desportes décède en 1807 au Puy-Notre-Dame.
Carrière militaire et début de la Révolution française Après ses études au collège de Doué, Louis Grignon s'engage en 1767 dans l'armée royale, au sein du régiment des Gardes françaises. En 1770, il est soldat au régiment de Poitou. Élevé au grade de sous-lieutenant, il est chargé des recrues de la Légion du Luxembourg de 1781 à 1788. L'année suivante, il ne semble plus être sous les drapeaux
À la veille de la Révolution, Louis Grignon est fermier général de la métairie de Sanzay, près de Saint-Macaire-du-Bois et membre de la municipalité de cette commune. En 1790, lors du redécoupage des provinces en départements, Grignon se rend à Niort, à la demande la municipalité, pour défendre le maintient de la commune de Saint-Macaire-du-Bois dans le département des Deux-Sèvres. Cependant il échoue et Saint-Macaire est rattaché au Maine-et-Loire.
Louis Grignon reprend le métier des armes lors de la Révolution française. Le , il est sous-adjudant-général de la Légion du Midi. En 1793, il devient adjudant-général, chef de bataillon provisoire de l'Armée des côtes de La Rochelle. Le , il est nommé adjudant-général, chef de brigade provisoire à l'Armée de l'Ouest. Le , il est promu général de brigade..
En 1793, Louis Grignon prend part à la guerre de Vendée, étant lui-même originaire d'une région située aux abords du territoire insurgé. Le 16 mars, il participe à la bataille de Coron.. Le 8 septembre, il brûle le bourg et plusieurs châteaux de la commune Thouarcé et fait évacuer sa population vers Saumur..
Actions au sein des colonnes infernales
À partir de , il est chargé du commandement de la deuxième colonne infernale et fera appliquer les instructions du général en chef Turreau.
Dans son mémoire Joseph Lequinio rapporte le témoignage d'Aug. Chauvin-Boissavary, membre du comité de surveillance de la commune de Bressuire :
Le 21 janvier, la colonne massacre 30 personnes à Saint-Clémentin, 53 à Étusson et un nombre inconnu à Voultegon.. Le 22 ou le , elle entre à Saint-Aubin-du-Plain où, sont massacrées. Selon la tradition, les victimes sont conduites au champ de Mille-Hérons où elles doivent creuser leurs propres tombes. Selon Lequinio, Grignon fait tuer la municipalité et les patriotes car un devant d'autel noir et blanc, découvert dans le clocher de l'église, est pris pour un drapeau de l'armée vendéenne.. Turreau défend cependant son subordonné : .
Le , la colonne sort de Bressuire. Chauvin rapporte encore que Dans les faits cependant, Grignon ne systématise pas le massacre et épargne parfois certaines populations qu'il fait évacuer..
Grignon écrit alors à Turreau : . Le soir du 24 janvier, il campe à Cerizay. Le 25, son second, l'adjudant-général Lachenay, se dirige sur Montigny. Le même jour, 20 personnes sont massacrées au Pin.
Le , Grignon épargne le bourg de Cerizay, ainsi que sa garde nationale, qui est cependant désarmée. En revanche, les fermes et les villages de la commune sont mis à feu et à sang. Grignon annonce un bilan de 300 morts, mais ce nombre est probablement exagéré. Le même jour, La Pommeraie-sur-Sèvre est également dévastée et sa garde nationale désarméeNicolas Delahaye et Pierre-Marie Gaborit, Les 12 Colonnes infernales de Turreau, 45.. Pendant ce temps, Lachenay détruit Saint-André-sur-Sèvre et massacre 65 de ses habitants, y compris les membres de la garde nationale..
Lachenay campe à Saint-Mesmin le soir du 27 janvier. Les événements dans cette commune sont connus grâce au un long témoignage signé par le médecin patriote Barrion le 14 août 1794, qui est envoyé par sa municipalité pour rencontrer Grignon à Cerizay le 24 janvier.. Selon son récit, le général lui annonce son intention d'incendier Saint-Mesmin. Il lui déclare qu'il , qu'il tient à , et se vante d'avoir . Barrion doit justifier sa présence dans la zone, mais Grignon accepte de l'épargner et de conserver jusqu'à nouvel ordre toutes les maisons contentant du blé. Lachenay fait son entrée à Saint-Mesmin trois jours plus tard et commence par faire désarmer la garde nationale de la commune. Trois patriotes, dont deux gardes nationaux, sont assassinés et de nombreuses femmes sont violées. Dans la soirée, un officier du bataillon d'Orléans confie à Barrion que le général a donné l'ordre et l'engage . Barrion et trois autres administrateurs se rendent alors auprès de l'adjudant-général Lachenay, mais celui-ci leur déclare : . Lachenay accepte cependant de recevoir une liste des patriotes à épargner. Barrion et ces collègues s'exécutent et lui font parvenir une liste contenant les noms de 15 à 18 hommes et femmes. Cependant, Lachenay la rejette : . Les administrateurs prennent alors la fuite par la route de La Forêt-sur-Sèvre, avec l'aide de deux officiers. Le lendemain, le bourg de Saint-Mesmin est incendié. Plusieurs cultivateurs sont assassinés dans leurs métairies, mais les habitants du bourg, aidés par , parviennent à s'enfuir, à l'exception d'un vieillard âgé de 92 ans, son épouse et son domestique , qui sont tous sabrés.
Le 27 janvier, la colonne arrive à Châteaumur, où Grignon fait exécuter . Le 27 ou , des habitants de La Flocellière sont massacrés. Le maire de la commune, Vincent Chapelain, écrit par la suite : .
Le lendemain, la colonne se rend au Boupère, Grignon hésite à ordonner le massacre des habitants, mais il se contente de faire désarmer les 150 gardes nationaux de la commune et fait exécuter 19 prisonniers.
Le , dans la petite ville de Pouzauges, 30 prisonnières sont violées par les officiers de la colonne avant d'être fusillées près du donjon du château. La ville est incendiée et plus de sont encore fusillées dans le château de PouzaugesReynald Secher, La Vendée-Vengé, 166.. Le maire Vincent Chapelain écrit encore à cette occasion : .
Le 30 janvier, un détachement commandé par l'adjudant-général Grammont se porte à La Meilleraie-Tillay. Les habitants, parmi lesquels se trouve bon nombre de patriotes, sont rassemblés dans l'église où ils sont fouillés et dépouillés de leurs richesses, puis les hommes sont conduits, un à un, dans le cimetière où ils sont fusillés : 24 ou 25 sont tués, dont le prêtre constitutionnelÉmile Gabory, Les Guerres de Vendée, 349..
vignette|gauche|Vue en 2011 des ruines du château du Parc-Soubise devant lequel sont fusillées le 31 janvier 1794.
Le , Lachenay gagne Le Boupère, dont la garde nationale a été désarmée par Grignon, et les administrateurs de la commune parviennent à le convaincre d'épargner la population. La colonne se rend ensuite à Mouchamps où plusieurs habitants sont fusillés au château du Parc-Soubise.
Le même jour, Grignon rejoint le général Amey aux Herbiers. Au château de Boistissandeau, une femme de et ses deux filles sont sabrées par cinq hussards. Vincent Chapelain signale que tous les villages entre La Flocellière et Les Herbiers ont été incendiés, y compris les fourrages et les grains qui devaient être saisis. Marceteau, maire des Herbiers écrit dans son procès-verbal :
Le 13 et le , sur ordre du général Turreau, la ville de Bressuire, considérée comme indéfendable, commence à être évacuée par ses habitants et sa garnison qui se retirent sur Doué.. Plus de 180 détenus de la prison sont envoyés à Niort, mais le commandant de la garnison, l'adjudant-général Augé, ordonne l'exécution sur place de plusieurs chefs présumés des insurgés. Le 24 février, Bressuire est prise par Stofflet, qui se retire ensuite pour attaquer Argenton-Château. Le , Grignon incendie Bressuire et fait évacuer le reste de sa population... Le 21 mars, Marie-Gabriel-Paul Jarry, administrateur de Bressuire, dénonce les actions de Grignon à la Société populaire de Niort : .. Il fait également valoir qu'avant l'arrivée de Grignon, un calme relatif régnait dans la région, où l'ont pouvait voyager et l'on .
Le 27 mars, selon Chavin-Boissavary, Grignon fait fusiller plusieurs patriotes à Airvault. Le , il disperse des petites bandes de rebelles et incendie Saint-Lambert-du-Lattay et Gonnord, puis il se replie sur Doué-la-Fontaine, il écrit à Turreau qu'il a « fait tuer quantité d'hommes et de femmes ».. Le , l'adjudant-général Dusirat se plaint de Grignon à Turreau, écrivant que . Début août, Grignon commande le camp républicain de Thouars..
Fin de vie Le 9 août, à Niort, le représentant en mission François Pierre Ingrand dénonce les actions de Grignon dans un lettre adressée à la Convention nationale.. Le 16, Grignon est suspendu par un arrêté du Comité de salut public. mais sa suspension n'est appliquée que le . Le , il est mis en état d'arrestation et emprisonné à Blois. Pour sa défense, il produit le même mois une lettre signée par douze communes — notamment Brissac, Doué, Vezins, Nueil-près-Passavant, Thouars, Noirlieu, Argenton-le-Peuple et La Fougereuse — qui réclament son retour pour . Jugé à Paris, Grignon reconnait les exactions mais affirme n'avoir fait qu'obéir aux ordres. Il est finalement acquitté. Il réintègre l'armée le .
Au début des années 1800, Grignon s'établit au Puy-Notre-Dame. En 1806, il est marchand de tabac à Angoulême. Il est admis à la retraite le .
Devenu un paria dans sa propre famille, il meurt le à Angoulême.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie
Liens externes
Louis Grignon, ses origines.
Catégorie:Général de la Révolution française promu en 1793 Catégorie:Naissance en août 1748 Catégorie:Naissance en Maine-et-Loire Catégorie:Décès en décembre 1825 Catégorie:Décès à Angoulême Catégorie:Officier républicain de la guerre de Vendée Catégorie:Décès à 77 ans