Pierre Victor Galtier, né le à Langogne (Lozère) et mort le à La Mulatière, près de Lyon, est un vétérinaire et professeur titulaire, pendant trente ans, de la chaire de pathologie des maladies contagieuses, de la police sanitaire et de la législation commerciale et médicale à l'École vétérinaire de Lyon. Il est le premier à avoir développé un vaccin contre la rage (pour des animaux de laboratoire) avec des résultats expérimentaux probants, avant Louis Pasteur qui prit connaissance de ses travaux.
Biographie
En 1846, Pierre Victor Galtier naît à Langogne de parents paysans.
En 1853, il est confié à des religieuses qui dirigent une école enfantine locale. Par deux fois, il s'enfuit de cette école. Il est confié alors à sa grand-mère habitant la ville de Langogne. À partir de ce moment-là et grâce à des professeurs qui lui inculquent l'importance du travail scolaire, son assiduité à l'école change.
Il fait ses études secondaires à Langogne puis à Mende à partir de la classe de seconde.
Ses humanités gréco-latines, commencées en la préfecture lozérienne, se terminent à La Chapelle-Saint-Mesmin dans la célèbre école ecclésiastique secondaire de Monseigneur Félix Dupanloup, petit séminaire, dépendant du séminaire d'Orléans. Il est reçu bachelier avec la mention « Très bien ».
Maître d'étude au collège de Marvejols, il se prépare activement à sa licence.
À cette époque, le département de la Lozère crée une bourse pour permettre à un étudiant pauvre de devenir vétérinaire.
En 1868, Pierre Victor Galtier obtient cette bourse pour suivre les cours comme élève à l'école vétérinaire de Lyon. Il se présente au concours d'entrée de cette école vétérinaire où il est reçu premier. Il est major de sa promotion pendant les quatre années d'études d'affilée et est récompensé par le « Grand prix Bourgelat ».
En 1873, il est diplômé vétérinaire. Il commence sa vie professionnelle comme collaborateur de M. Delorme, vétérinaire à Arles, dont il épouse la fille. Il entre dans l'enseignement vétérinaire avec la chaire de pathologie des maladies infectieuses, et à 33 ans il commence ses travaux sur la rage.
En 1876, sur concours, il est nommé chef du service de pathologie et d'anatomie pathologique, de clinique interne et de police sanitaire, dans son école, l'école de Lyon.
En 1877, cette école était à l'avant-garde des études expérimentales poursuivies sur la pathologie microbienne et la microbiologie, science qui n'en était qu'à ses premiers balbutiements. C'est en effet à l'École de Lyon que revient le mérite d'avoir, la première, soutenu le principe de la contagiosité de certaines affections comme la tuberculose, la morve, la rage contre de grands noms de l'École d'Alfort qui se sont unis pour défendre la doctrine de la génération spontanée.
En 1878, il est nommé professeur de pathologie des maladies contagieuses, de police sanitaire, de législation commerciale et médicale : cette année-là M. Bouley, Inspecteur général des écoles vétérinaires, obtient la création d'une nouvelle chaire qui séparerait l'enseignement de la pathologie générale de celui des maladies contagieuses. Après un concours brillant où la compétition est très serrée, Pierre Victor Galtier est désigné pour cette chaire qu'il occupe pendant trente ans. Dès lors, il se consacre à ses travaux de laboratoire et à l'enseignement.
Dès 1879, il réalise des découvertes importantes concernant deux maladies mortelles : la morve et la rage (voir travaux).
Signalons qu'en 1883, il est licencié en droit.
Pour ses travaux sur la rage, il est pressenti pour le prix Nobel. Mais le prix Nobel n'est décerné que du vivant des personnes : il meurt en 1908, juste avant l'attribution du fameux prix, qui est alors décerné à Paul Ehrlich et Ilya Ilitch MetchnikovLa vie de Galtier.
Titres et distinctions
1891 : . 1895 : .
1898 : Associé national de la Société centrale de médecine vétérinaire. 1901 : Élu associé national de l'Académie de médecine, 1903 : .
1905 : Président de la Société des sciences vétérinaires de Lyon.
1887 : Prix Bréant (de ) pour son livre La rage envisagée chez les animaux et chez l'homme. 1887 : Prix Barbier (pour son ouvrage sur la rage) par l'Académie de médecine.
Médaille d'or de la Société nationale d'Agriculture pour Galtier et Violet (pneumo-entérite des fourrages) : encouragement et sur le prix Barbier pour l'Académie de médecine (pour les travaux sur la pneumo-entérite des fourrages). : mention honorable et sur le prix (Adolphe) Monbinne (recherches sur la pneumo-entérite du mouton)
Les travaux de Galtier
Pierre Galtier s'est distingué pour ses travaux sur la rage. Il fut en effet le premier, avant Louis Pasteur, à mettre au point un vaccin contre la rage.
Il fait également des avancées importantes sur l'étude de la morve, sur la contagiosité des virus, etc (voir autres travaux).
Les travaux de Galtier sur la rage
D'emblée, on peut dire que l'apport de Galtier est d'avoir fait le premier des recherches sur la rage et d'avoir conçu le premier vaccin contre la rage. Il fut plus qu'un précurseur de Pasteur dans la lutte contre la rage : il fut le créateur du vaccin et des concepts sous-jacents au vaccin. Par exemple, c'est lui qui postule que, en raison de la période d'incubation de la rage, le développement d'un vaccin pourrait être utilisé à titre curatif pour une maladie comme celle-ci.
1879
Sa première publication sur la rage est un mémoire intitulé "Études sur la rage" publié dans deux revues vétérinaires et dont les conclusions sont publiés dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences.
En effet, le , l'Académie des sciences publie sa note sur la rage. L'article publie ses conclusions très claires sur ses recherches :
« 1. La rage de chien est transmissible au lapin, qui devient de la sorte un réactif commode et inoffensif pour déterminer l'état de virulence ou de non-virulence des divers liquides provenant d'animaux enragés (…)
2. La rage du lapin est transmissible aux animaux de son espèce (…)
3. Les symptômes qui prédominent chez le lapin enragé sont la paralysie et les convulsions.
4. Le lapin peut vivre de quelques heures à un, deux et même quatre jours après que la maladie s'est manifestement déclarée.
5. (…) la période d'incubationC'est-à-dire la période d'incubation de la rage. est plus courte chez lui que chez les autres espèces. (Sur base d'un tableau d'expérience publié dans la note, Galtier calcule exactement et correctement une durée moyenne d'incubation pour le lapin de 18 jours).
6. L'acide salicylique, administré par injection hypodermique, à la dose quotidienne de 0,0068 gr, pendant quatorze jours consécutifs à partir de la cinquantième heure après inoculation, n'a pas empêché le développement de la rage chez le lapin.
Galtier a également une idée de génie : il entreprend des expériences en vue de rechercher un agent capable de neutraliser le virus rabique. Il pense que la découverte d'un moyen préventif efficace équivaudrait presque à la découverte d'un traitement curatif, surtout si son action était réellement efficace, un jour ou deux après la morsure, après l'inoculation du virus. C'est cette idée de génie qui est à la base du traitement préventif de la rage par la vaccination.
7. La salive du chien enragé, recueillie sur l'animal vivant et conservée dans l'eau est encore virulente cinq, quatorze, vingt-quatre heures après. (…) »
1880
En 1880, Galtier publie un "Traité des maladies contagieuses" qui contient tout un chapitre sur la rageCe livre connaît en tout trois éditions : en 1880, 1891, 1897..
C'est dans cet ouvrage qu'il écrit cette phrase résumant ses premières observations sur l'immunité dans la rage : « Le virus rabique injecté directement dans le torrent circulatoire reste sans effet, c'est du moins ce que j'ai constaté dans plusieurs expériences où j'avais injecté dans la jugulaire du mouton une grande quantité de bave rabique.». Ses remarquables expériences seront publiés dans plusieurs articles l'année suivante.
Toujours en 1880, Louis Pasteur commence à s'intéresser à la rage, comme l'atteste une de ses communications. Il prend connaissance des travaux de Galtier, qu'il considère avec un certain dédain, pensant que ces expériences « ne permettent pas de rapprocher, encore moins d'identifier la maladie […] avec la rage ».
1881
Le , Galtier envoie une note à l'Académie des sciences. Il y consigne ses expériences d'inoculation intraveineuse du virus rabique dans le torrent circulatoire.
Il écrit :
« Les conclusions qui se dégagent de ces faits sont suivantes :
1°. Les injections de virus rabique dans les veines du mouton ne font pas apparaître la rage et semblent conférer une immunité.
2°. La rage peut être transmise par l'injection de la matière rabique »
Il a donc trouvé un moyen de conférer une immunité contre la rage sur le mouton.
Il publie également dans le bulletin de l'Académie de médecine. citation reprise de . et écrit entre autres que : « J'ai injecté sept fois la salive rabique dans la jugulaire du mouton sans jamais observé la rage, un de mes sujets d'expérience a été successivement inoculé avec la bave d'un chien enragé, après quatre mois que cette inoculation a été faite, l'animal se porte toujours bien ; il semble avoir acquis l'immunité. Je l'ai inoculé encore quinze jours en lui mettant huit centimètres cubes de salive rabique dans le péritoine ; il va toujours très bien ; prochaine je lui ferais une autre inoculation. »
Pour l'historien des sciences Jean Théodoridès, c'est la première fois dans l'histoire de la médecine que l'on émet l'idée d'immunisation contre la rage avec des résultats expérimentaux probants à la clé.
1882
Cette année, Galtier remarque que « l'inoculation intra-veineuse est inefficace. [Mais] une immunité fait suite, chez le mouton, à cette inoculation » et remarque l'absence de virus dans les centres nerveux.
Ce dernier point attire l'attention de Louis Pasteur qui y voit un défaut de sensibilité dû à la technique d'inoculation sous-cutanée. Il met au point, avec son élève Emile Roux, une inoculation intra-crânienne par trépanation du chien. Ainsi, il arrive à isoler du virus dans les centres nerveux et pressent la notion de neuroprobasie (les neurones sont les cellules de l'organisme les plus sensibles au virus de la rage). En conséquence, le virus va s'y développer préférentiellement, occasionnant une diffusion du virus par les voies nerveuses du point d'inoculation périphérique vers le cerveau).
1883
En 1883, Emile Roux publie sa thèse de doctorat en médecine sur "Des nouvelles acquisitions sur la rage". D'après Jean Théodoridès, ce qui frappe de prime abord dans ce mémoire rédigé par Roux avec minutie et méthode est la fréquente mention des travaux de Galtier cités d'un bout à l'autre. Alors que Louis Pasteur n'évoque que tout à fait incidemment Galtier.
1886
Il publie en 1886 un important livre sur la rage, "La rage envisagée chez les animaux et chez l'homme au point de vue de ses caractères et de sa prophylaxie". Il y expose : - les symptômes de la maladies - la curabilité - l'étiologie où il montre, une fois pour toutes, l'inexistence de la rage "spontanée" et il conclut que "La contagion est la seule cause capable de faire apparaître la rage chez les animaux quels qu'ils soient." - la transmissibilité de la rage à différents animaux - les modes de transmission expérimentale de la rage par piqûres
Il y rappelle ses recherches de 1879-1881 et rapporte qu'il les a poursuivies jusqu'en 1886 (date de parution de cet ouvrage).
Le livre traite également des mesures de police sanitaire et de médecine légale, des mesures de contrôle des chiens (port du collier, de la muselière, de la laisse).
1887