Arman, signature d'Armand Fernandez, né le à Nice et mort le à New York, est un artiste français, peintre, sculpteur et plasticien, connu pour sa série des « accumulations ». Il est l'un des premiers à employer directement, comme matière picturale, les objets manufacturés représentant pour lui les prolongements naturels et multiples de la main de l'homme, qui subissent un cycle continu de production, consommation et destruction.

Biographie Fils unique d'Antonio Fernandez, né en 1898, marchand de meubles et d'antiquités, d'origine espagnole ayant vécu en Algérie, et de Marie Marguerite Jacquet, née en 1907, issue d'une famille de fermiers de la Loire, le jeune Armand montre des dispositions pour le dessin et la peinture..

Après son baccalauréat, il étudie à l'École des arts décoratifs de Nice (aujourd'hui la villa Arson), puis à l'École du Louvre. Il rencontre Yves Klein et Claude Pascal à l'école de judo qu'ils fréquentent à Nice en 1947. Avec ces deux amis, il s'intéresse un temps aux philosophies orientales et à la théorie rosicrucienne. De 1953 à 1956 Arman travaille sur une série de peintures abstraites qui seront le support de sa première exposition solo à la Galerie du Haut Pavé en 1956 à Paris. Ces peintures abstraites seront accompagnées de ses premiers « cachets » qui seront suivis dès 1957 par ses « allures d'objets » préfigurant son utilisation directe des objets dans ses œuvres. En 1958, il embauche avec sa femme Eliane Radigue, Elena Palumbo Mosca en tant que jeune fille au pair pour s'occuper de leur trois enfants à la suite de Rotraut Ueker qu'Yves Klein a rencontré chez son ami Arman en 1957 et qu'il épousera en 1962.

En , il fait l'exposition « Le Plein » où il remplit la galerie d'Iris Clert d'objets de rebut et du contenu de poubelles sélectionnées. Cette exposition est le contrepoint de l'exposition « Le Vide » organisée deux ans plus tôt à la même galerie par son ami Yves Klein.

Toujours le même mois, sous la houlette du critique d'art Pierre Restany, Arman devient, avec Yves Klein, l'un des membres fondateurs du groupe des nouveaux réalistes, aux côtés notamment de François Dufrêne, Raymond Hains, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Jean Tinguely et Jacques Villeglé, rejoints plus tard par César, Mimmo Rotella, Niki de Saint Phalle, Gérard Deschamps et, en 1963, Christo.

À partir de 1961, Arman développe sa carrière à New York, où il réside et travaille la moitié de son temps, en alternance avec sa vie à Nice jusqu'en 1967, puis à Vence jusqu'à sa mort. À New York, il séjourne d'abord à l'hôtel Chelsea jusqu'en 1970, puis dans un loft du quartier de SoHo et, à partir de 1985, dans son immeuble à TriBeCa.

Fin 1989, Arman reçoit la Légion d'honneur des mains du président de la République François Mitterrand.

Trois ans après sa mort à New York, ses cendres sont pour partie rapatriées à Paris en 2008 pour être enterrées au cimetière du Père-Lachaise (division 11, à quelques mètres de Frédéric Chopin).

Toute sa vie, Arman fut aussi un collectionneur d'objets usuels (montres, armes, stylos…) et d'objets d'art, en particulier d'art africain traditionnel dont il était un connaisseur.

Il est représenté par la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois à Paris et New York.

Vie privée Arman se marie en 1953 à la musicienne Éliane Radigue (1932-2026) rencontrée en 1951 et dont il a trois enfants nés à Nice, Marion épouse Moreau (1951), Anne (1953) et Yves (1954-1989). En 1971, il se marie à l'Américaine Corice Canton avec qui il a deux enfants, Yasmine (1982) et Philippe (1987). En 1989, il a un dernier enfant naturel, prénommé Yves, de Carole César.

Arman possède la double nationalité française et américaine, ayant acquis la seconde en 1973.

Corice Canton-Arman est instituée exécutrice testamentaire.

Distinctions (2000) () (1993) ()

L'œuvre Arman a expérimenté diverses actions sur les objets aux travers de plusieurs séries : tantôt il multiplie un seul objet pour déconstruire la valeur de celui-ci, tantôt il découpe l'objet, tantôt il le détruit avec violence - voire le brûle - pour concevoir un nouvel objet. Il s'est intéressé ainsi au statut de l'objet et au rapport que les sociétés modernes entretiennent avec celui-ci, entre sacralisation et surconsommation-destruction.

Son œuvre se décompose en plusieurs séries, toutes différentes les unes des autres.

Cachets Il s'agit de la première série d'Arman débutée en 1956. Avec ces traces d'objets encrés ou peints, il s'intéresse à l'objet qui imprime l'encre, ce qui l'amène à développer ses accumulations d'objets du quotidien.

Accumulations Cette série est la plus connue de l'artiste. Initiée en 1959, Arman utilise la conservation des objets par une réplication d'un même objet. Cette technique exprime la possibilité que l'art est constitué d'objets du quotidien, mélangeant ainsi un art élitiste et un art populaire. On peut également inscrire la pratique d'Arman dans un processus mécanique, notamment l'automatisation et le travail à la chaîne. Le langage de cette série est issu d'objets banals ou usagés, allant de cafetières et jusqu'à des voitures (comme c'est le cas dans Long Term Parking), en passant par des instruments de musique. Cependant, la composition de ces sculptures n'est pas laissée au hasard.

Poubelles Dans la suite logique des accumulations, il commence en 1959 la série des Poubelles : il expose des ordures ménagères, des détritus trouvés dans la rue et des déchets.

Destructions d'objets Deux séries caractérisent ces destructions. La série des Colères se concentre sur le démantèlement violent des objets. Dans NBC Rage, Arman détruit une contrebasse dont l'acte est retranscrit en direct avec des caméras de la chaîne américaine NBC. De cette destruction, l'artiste récupère les morceaux pour composer une forme nouvelle aux pièces des objets. La série des Combustions (1963), quant à elle, est centrée sur la destruction des objets par le feu. Ici, ce sont les différentes zones calcinées et non calcinées qui rythment la composition.

Œuvres dans l'espace public thumb| Accumulation musicale (1971), structure en béton et fer, Parco Sempione, Milan.. Photo : Paolo Monti.

Arman a investi les espaces publics de près d'une centaine de villes du monde en réalisant des commandes publiques sous forme d'œuvres monumentales. 1971 : Accumulation musicale, structure en béton et fer, Parco Sempione, Milan. 1976 : Divisionis Mechanica Fossiliaprésentation de Divisionis Mechanica Fossilia sur le site wiki atlasmuseum., une accumulation de rouages et pièces métalliques prises dans le béton, installée à l'université de Bourgogne, à Dijon. 1982 : Long Term Parking sur le site de l'ex-Fondation Cartier à Jouy-en-Josas, une tour de constituée de véritables automobiles superposées les unes sur les autres, coulées dans le béton. 1984 : à la suite d'une commande de l'État, À la Républiqueprésentation de A la République sur le site wiki atlasmuseum., une accumulation de en marbre, est installée au palais de l'Élysée à Paris. 1984 : Contrepoint pour violoncelles, parc de sculptures, Fondation Pierre-Gianadda, Martigny, Suisse (achat, 2003). 1985 : à New York, une tour monumentale constituée de coupes de violoncelles en bronze, Rostropovitch's Tower, la même année sont mises en place à la gare Saint-Lazare de Paris une accumulation d'horloges L'Heure de tous et de bagages Consigne à vie. 1992 : Les Gourmandes, une accumulation de fourchettes géantes en bronze à Roanne. 1992 : Vénus des Arts, coupe de statue avec instruments de musique, palette et livres en bronze installée rue Jacques-Callot à Paris. 1994 : œuvre située rue de la Cité (Paris), à l'entrée de la préfecture de police. Inaugurée par le président de la République François Mitterrand. 1995 : Espoir de paix, une accumulation de véritables chars et tanks militaires réformés, inclus dans une pyramide de béton de , est réalisée à Beyrouth. 1999 : La Rampante, une accumulation de Ferrari en bronze rouge, coupées et superposées, érigée à l'entrée du circuit d'Imola autodromo Enzo e Dino Ferrari en Italie.

Estampes et livres illustrés L'œuvre gravée et lithographiée d'Arman est très importante. Il a réalisé des livres illustrés, sérigraphies, gravures, lithographies et de nombreuses affiches. Les tout premiers essais de gravure de la main d'Arman sont des bois réalisés en 1955, dont l'artiste n'a pas conservé de traces. Sa carrière de graveur débute réellement avec la lithographie en 1959 à l'atelier Patrick où travaillent alors Corneille et Dubuffet. Arman revient ensuite à la lithographie en 1965 à l'atelier de Pietro Sarto en Suisse pour créer trois planches.

À partir de 1965 et son installation à New York, Arman se lance dans la sérigraphie. Il a en tête les sérigraphies de Jim Dine et Jasper Johns qu'il a découvertes en 1962, certainement par sa rencontre avec Andy Warhol.

Livres illustrés : André Verdet, Ritournelle pour Saint-Michel l'Observatoire, 1965

En 1967, il entame une collaboration avec la Régie Renault dans le cadre d'une initiative Recherches Art et Industrie de son ami Claude-Louis Renard. Il est le premier à bénéficier de cette initiative par laquelle la Régie Renault met à sa disposition des moyens techniques et du matériel industriel. Il réalise ainsi plus de de 1967 à 1974. Voir pour exemple Le Murex. au Musée d'Art Moderne de Paris.

En 1976, il collabore au film de Yannick Bellon, Jamais plus toujours, et y fait apparaître plusieurs de ses objetsGénérique du film, Archives de production de Yannick Bellon..

Marché de l'art Les œuvres d'Arman, collectionnées dans le monde entier, sont affectées des éditions auxquelles elles ont donné lieu, ce qui a une influence sur leur cote Le Quintet Mozart, une sculpture de est vendue, le , chez Tajan à Paris pour (avec les frais)Résultats de ventes aux enchères. Long Term Parking, une sculpture de est vendue, le , chez Tajan à Paris pour .

Expositions (sélection)

1991 : « Béton 1970-1974 », galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, Paris, France, du au .

1995 : « Accumulations Renault 1967-1970 », galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, du au .

2000 : « Fragmentations », galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, du au .

2006 : « No comment », galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, du au .

2010 : Arman, Centre Georges Pompidou, Paris, France.

2025 : « Tout ce qui reste » (commissariat de Bernard Blistène), galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, du au .

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Catherine Francblin, Bétons 1970-1974, cat.exp., Paris, Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, 1991, Daniel Abadie, Accumulation Renault 1967-1970, cat. exp., Paris, Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, 1995,

Rita Cusimano, Samuel Gross, Marco Livingston, Catherine Millet, Nouveau réalisme = Nouvelles approches perceptives du réel, cat. exp., Paris, Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois & Les Presses du réel, 2021, Julián Zugazagoitia, Tout ce qui reste, cat. exp. Paris, Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois & Les Presses du réel, 2025,

Filmographie Arman, portrait d'un sculpteur, film documentaire de Dominik Rimbault, France, 1998, Jamais plus toujours, Yannick Bellon, 1976 (collaboration).

Liens externes

Site historique d'Arman Blog Armancommunity Site du musée ARMAN, un musée connecté Oral History Interview, 1968 pour Archives of American Art

Catégorie:Peintre français du XXe siècle Catégorie:Peintre américain du XXe siècle Catégorie:Sculpteur français du XXe siècle Catégorie:Sculpteur américain du XXe siècle Catégorie:Plasticien français Catégorie:Nouveau réalisme Catégorie:Élève de l'École du Louvre Catégorie:Pseudonyme Catégorie:Mononyme de peintre Catégorie:Naissance en novembre 1928 Catégorie:Décès en octobre 2005 Catégorie:Naissance à Nice Catégorie:Décès à New York Catégorie:Décès à 76 ans Catégorie:Personnalité française incinérée