Nicolas Charles Marie Oudinot, duc de ReggioReggio de Calabre., né le à Bar-le-Duc et mort le à Paris, est un général français de la Révolution et de l’Empire, élevé à la dignité de maréchal d'Empire en 1809.
Il serait le soldat ayant reçu le plus de blessures durant les guerres de la Révolution française et de l'Empire, 34 blessures au total. En 1795-1796, il reçoit onze blessures : deux balles et neuf coups de sabre. Quand le futur maréchal Canrobert le rencontre aux eaux de Barèges, en 1830, il a ce commentaire :
Biographie
Origines et jeunesse sous l'Ancien Régime gauche|vignette|Maison natale du maréchal Oudinot à Bar-le-Duc.
Né le à Bar-le-Duc, capitale du duché de Bar, réuni depuis un an au royaume de France (actuellement dans le département de la Meuse), Nicolas-Charles Oudinot, fils de Nicolas Oudinot et de Marie Anne Adam, est issu de la petite bourgeoisie meusienne.
Son père est artisan-brasseur. Après des études dans sa ville natale puis à Toul, il s'engage dans le régiment du Médoc de 1784 à 1787 où il obtient le rang de sergent. Il le quitte au bout de quelques années. Revenu à la vie civile, il revient dans sa ville natale où il se marie avec Charlotte Françoise Derlin avec laquelle il aura sept enfants.
Révolution française vignette|gauche|Nicolas Charles Oudinot, lieutenant-colonel au de la Meuse en 1792 (1767-1847), Raymond Quinsac Monvoisin, 1835. Il reprend du service quand éclate la Révolution et il est nommé lieutenant-colonel en second du futur général Florentin Ficatier, en 1791, au de volontaires de la Meuse. Il se distingue en par une belle défense d'une attaque prussienne du château de Bitche et reçoit la première blessure de sa carrière. Il fait 700 prisonniers. Il obtient le commandement du du d'infanterie (ci-devant Picardie) dont le colonel venait d'émigrerLe corps des officiers allait suivre cet exemple : une harangue d'Oudinot les retint à leurs postes. puis celui de la de première formation le . Le , il se fraie un passage à la baïonnette à la bataille de Kaiserslautern, ce qui lui vaut d'être promu colonel. En , attaqué près de Moclauter par , il résiste pendant dix heures avec un seul régiment. Il opère ensuite sa retraite sans être entamé, et pour prix de cette conduite, il est fait général de brigade le . Au mois de juillet suivant, il s'empare de Trèves par une manœuvre hardie et y commande jusqu'en . Passé alors à l'armée de la Moselle, il est en octobre attaqué de nuit à la bataille de Neckerau, blessé de cinq coups de sabre, pris et envoyé en Allemagne. Échangé au bout de cinq mois, il retourne à l'armée et enlève Nordlingue, Donauworth et Neubourg.
Au blocus d'Ingolstadt, où il doit lutter contre des forces décuples, il reçoit une balle à la cuisse, trois coups de sabre sur les bras et un sur le cou ; cependant, sans attendre que sa guérison soit complète, il rejoint sa division à Ettenheim et charge l'ennemi le bras en écharpe. L'affaire du pont de Mannheim, la bataille de Feldkirch et la prise de Constance, que défendait le prince de Condé, lui valent le grade de général de division. Il sert sous Hoche, Pichegru et Moreau, puis en 1799 dans l'armée d'Helvétie sous Masséna. Blessé de nouveau à la bataille de Zurich, il devient chef d'état-major de Masséna, qu'il suit en Italie et avec lequel il soutient le siège de Gênes. Conservé par Brune dans les fonctions de chef d'état-major de l'armée d'Italie, il se distingue à toutes les affaires dont les rives du Mincio sont le théâtre, le jour de Noël 1800, et il est chargé de porter à Paris la nouvelle de la paix bientôt signée à Trévise. Après la bataille de Monzambano, Napoléon lui octroie un sabre d'honneur, puis la croix de la Légion d'honneur.
Il est élu en 1803, député de la Meuse, mais sans participer aux réunions de la Chambre.
Le Premier Empire
vignette|gauche|Nicolas-Charles Oudinot (gravure pour l'« Album du Centenaire »). vignette|gauche|Nicolas Charles-Oudinot, duc de Reggio, maréchal de France (1767-1847), par Robert Lefèvre (1756-1830), musée national du Château de Versailles et des Trianons.
Il fait la sélection des soldats pour former une division de grenadiers dans le corps de Lannes qui est surnommée « la colonne infernale ». Il faut peu de temps à ces soldats d'élite pour être connus sous le nom de « grenadiers d'Oudinot ». Grand aigle de la Légion d'honneur en 1805, il part du camp de Boulogne à la tête de , s'empare de Vienne comme en passant, au bout de 45 jours de marche, se présente au pont du Danube que défendent 180 pièces de canon, arrache la mèche du premier canonnier autrichien, passe le fleuve, occupe la rive opposée avec sa division, et force à capituler toutes les troupes ennemies qu'il rencontre. Blessé à Wertingen il est remplacé par Duroc. Après avoir participé aux combats d'Amstetten, Oudinot, blessé encore une fois à celui de Hollabrunn, assiste, quoique convalescent, à la bataille d'Austerlitz, où il cueille de nouveaux lauriers. En 1806, il prend possession des comtés de Neuchâtel et de Valangin, puis il entre à Berlin.
Au commencement de 1807, il gagne en Pologne la bataille d'Ostrołęka, ce qui lui vaut le titre de comte et une dotation d'un million. Il se rend ensuite, sous les ordres de Lannes, avec une forte division pour renforcer le corps du maréchal Lefebvre qui assiège Dantzig et participe à la capitulation de cette place. Arrivés en retard« Voilà les grenadiers d'Oudinot ! » se serait exclamé le français, qui venait d'enlever une position stratégique aux Russes. à la bataille d'Heilsberg le , après avoir parcouru 60 km à marche forcée, sans escales, ses grenadiers refusent de participer à l'assaut final et à la victoire contre les Russes« On n'a plus besoin de nous ici, dirent-ils. Nous refusons de prendre part à une victoire que nous n'avons pas commencée. », repoussant avec dédain une besogne qui n'ajouterait rien à leur gloire. Le , à une heure du matin, il est à la gauche des troupes de Lannes, attaqué par dans la plaine de Friedland. Le corps de Lannes tient jusqu'à midi grâce notamment aux grenadiers, et Napoléon, survenant avec le reste de l'armée, remporte cette sanglante victoire qui est suivie bientôt de la paix de Tilsitt, signée le . Au cours de l'entrevue, l'Empereur présente Oudinot comme le « Bayard de l'armée française » au tsar Alexandre.
Le maréchal d'Empire
Créé comte de l'Empire en 1808, il ne part pas en Espagne. Il est gouverneur d'Erfurt en 1808, pendant la réunion des souverains. Il continue de commander en 1809 les grenadiers réunis et est rejoint par le général Ficatier, son ancien tandem du 3e bataillon de volontaires de la Meuse. Cette avant-garde, partout victorieuse, bat les Autrichiens à Pfaffenhofen le . Il entre le à Vienne, concourt à la victoire à Wagram, ce qui lui vaut d'être nommé maréchal d'Empire le , et duc de Reggio avec une forte dotation le . En 1810, Napoléon lui confie le gouvernement du royaume de Hollande en remplacement de Louis Bonaparte, jusqu'à l'ouverture de la campagne de Russie. Placé alors à la tête du de la grande armée, à la suite de la mort du maréchal Lannes pendant la bataille d'Essling, il se rend à Berlin, dont il est deux mois gouverneur, et participe ensuite à de nombreuses batailles jusqu'à ce que, grièvement blessé à celle de Polotsk, il doive remettre son commandement au général Gouvion-Saint-Cyr. Toutefois, en apprenant bientôt l'évacuation de Moscou, les premiers désastres français et la blessure de son successeur, il se hâte, quoiqu'à peine guéri, de rejoindre son corps. Il concourt, avec les maréchaux Ney, Mortier et Victor, à assurer aux débris de l'armée française le passage de la Bérézina, et est encore blessé.
En 1813, il est absent à la bataille de Lützen mais combat glorieusement sous les ordres de Napoléon à la bataille de Bautzen. À la tête du corps, il essuie un échec à Grossbeeren le puis passe sous les ordres du maréchal Ney, qui est à son tour défait à la bataille de Dennewitz, le . À la bataille de Leipzig, Oudinot s'illustre à la tête de deux divisions de Jeune Garde, mais malade du typhus il ne participe pas à la bataille de Hanau. Guéri, il prend part à la campagne de France en 1814. Après avoir participé à la bataille de Brienne, il combat essentiellement sur la ligne de la SeineAvec un certain dilettantisme ; Louis Rogeron dans Les Cosaques en Champagne et en Brie : Récits de l'invasion de 1814, racontés d'après les contemporains, les auteurs modernes, des documents originaux et des notes inédites de témoins oculaires, aux éditions Émile Gaillard à Paris, 1905, p. 155, sur la base des temoignages « Journal de 1814 » de l'abbé Pasquier, indique « Le 16 mars, pendant qu'on se fusillait à Léchelle, le duc de Reggio, qui devait défendre le passage du ravin de Richebourg et le duc de Tarente, qui commandait (ou devait commander en chef de bataille), jouaient au « trente et quarante » dans la chambre de M. Saussier, fermier à Cormeron. ». Le même texte indique , p. 156, que Napoléon « avait eu à se plaindre du maréchal Oudinot, lequel, quelques jours auparavant, s'il n'avait commis de si lourdes fautes, pouvait anéantir entièrement les Bavarois, au combat de Luisetaines. ». À la bataille de Brienne, il a les cuisses éraflées par un boulet de canon, puis à la bataille d'Arcis-sur-Aube, sa plaque de Grand Aigle arrête une balle qui aurait dû être mortelle, le blessant légèrement. Il s'agit de sa trente-deuxième et dernière blessure de toute sa carrière militaire.
Après la capitulation de Paris et la déchéance de Napoléon, le duc de Reggio se voue tout entier au service de Louis XVIII, qui le nomme colonel général des grenadiers et des chasseurs royaux, et gouverneur de Metz. En 1815, malgré tous ses efforts et l'aide apportée dans cette tâche par le préfet de Metz, le comte de Vaublanc, il ne peut contenir que jusqu'à Troyes l'impatience de ses troupes qui l'abandonnent pour aller au-devant de Napoléon.
Les Cent-Jours et la Restauration
Il passe les Cent-Jours dans ses terres meusiennes, évite de s'impliquerMandé à Paris par l'Empereur, Oudinot lui déclare : « Sire, je ne servirai personne, puisque je ne vous servirai pas ; je resterai dans ma retraite. », mais se montre ouvertement opposé à la condamnation du maréchal Ney. Après la Seconde Restauration, sur proposition du comte de Vaublanc devenu entretemps ministre de l'Intérieur, il est nommé commandant en chef de la garde nationale parisienne, major-général de la Garde royale, pair de France, ministre d'État, grand-croix de l'ordre royal de Saint-Louis, et enfin chevalier du Saint-Esprit.
Pendant l'expédition d'Espagne en 1823, le maréchal Oudinot, à la tête du d'armée, entre sans coup férirDans une lettre à sa femme, il dira même : « Ce qu'il y a de terrible dans cette affaire-ci, c'est que nos gens se persuadent qu'ils font la guerre. » à Madrid, dont il reçoit du prince généralissime le commandement, et jusqu'à son départ pour Paris, il s'applique à maintenir le calme.
thumb|La plaque commémorative dans la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides à Paris.
Quand éclate la révolution de juillet 1830, Oudinot est encore un des quatre majors généraux de la Garde royale. Il prête serment au nouveau gouvernement, mais il paraît le bouder pendant quelques années. Il accepte le poste de grand chancelier de la Légion d'Honneur en 1839, qu'il quitte en 1842, pour passer à celui de gouverneur de l'hôtel royal des Invalides. Il meurt dans l'exercice de ses fonctions le , à six heures du soir, à l'âge de quatre-vingts ans.
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