La chute du mur de Berlin ou simplement chute du Mur a lieu dans la nuit du lorsque des Berlinois de l'Est, avertis par les médias ouest-allemands (de la République fédérale d'Allemagne ou RFA) de la décision des autorités est-allemandes (de la République démocratique allemande ou RDA) de ne plus soumettre le passage en Allemagne de l'Ouest à une autorisation préalable donnée au compte-gouttes, forcent sans violence l'ouverture des points de passage aménagés entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Les premières destructions physiques du Mur commencent cette nuit même. Les Berlinois de l'Est se répandent par milliers dans Berlin-Ouest, dont l'accès leur a été interdit pendant près de trente ans, depuis l'édification du Mur dans la nuit du au , sauf à disposer d'autorisations très rares. Cela donne lieu à des scènes de fraternité avec leurs tout aussi nombreux homologues de la partie ouest, et à un fameux concert improvisé du violoncelliste Mstislav Rostropovitch devant un pan du mur.
Cette chute est le résultat des manifestations contre le régime et de la reprise d'une émigration massive affectant la RDA les mois précédents, des décisions prises ce jour-là par les dirigeants est-allemands et de la mobilisation spontanée des habitants de Berlin-Est. L'ouverture du Mur est le symbole par excellence de la chute des régimes communistes en Europe de l'Est en 1989 et de la fin de la guerre froide entre les blocs de l'Est et de l'Ouest.
Cet évènement est une étape symbolique et capitale de cette période de l'histoire récente de l'Allemagne, le plus souvent appelée die Wende (« le tournant ») ou die friedliche Revolution (la révolution pacifique), rendue possible par la nouvelle politique de l'URSS vis-à-vis des pays de l'Est instaurée par Mikhaïl Gorbatchev depuis 1985 et qui aboutit à la réunification de l'Allemagne le .
Changements profonds à l'origine de la chute du Mur
La chute du Mur est rendue possible par une succession d'évènements dans les républiques populaires de Pologne et de Hongrie, par la montée de la contestation en République démocratique allemande (RDA) même, et surtout par la politique menée en Union soviétique (URSS) par Mikhaïl Gorbatchev qui renonce à la doctrine Brejnev et donc à l'usage de la force pour maintenir les États communistes satellites d'Europe de l'Est dans le giron soviétique.
Fin de la doctrine Brejnev et soutien aux réformes politiques et économiques en Europe de l'Est
Comme ses prédécesseurs, Gorbatchev recherche à la fois la stabilité et la viabilité des pays du bloc de l'Europe de l'Est. Il ne croit pas que ce double objectif puisse être atteint sans de profonds changements, comparables à la Perestroïka qu'il met en œuvre en Union soviétique. Certains dirigeants vétérans de l'Europe de l'Est craignent que les réformes prônées ne provoquent des pressions potentiellement incontrôlables en faveur du changement en Europe de l'Est. Depuis le début des années Khrouchtchev, aucun changement de politique en Union soviétique n’a eu un impact aussi profond sur l’Europe de l’Est que celui impulsé par Gorbatchev. La nouvelle ligne à Moscou ainsi que de graves problèmes économiques internes ouvrent une ère d'incertitude considérable pour les dirigeants d'Europe de l'Est.
Stabilité du glacis est-européen et relations internationales En plusieurs occasions, Gorbatchev affiche très clairement son rejet de la doctrine Brejnev. Quelques mois après son arrivée au pouvoir, Gorbatchev dit aux dirigeants du pacte de Varsovie réunis le : . Autre exemple, la déclaration commune publiée à l'issue d'un sommet bilatéral avec la Yougoslavie en mars 1988 affirme que les deux États veulent observer strictement les principes de la Charte des Nations unies et de l'Acte final d'Helsinki qui interdisent .
Lors du discours qu'il prononce le à l’Assemblée générale de l’ONU, M. Gorbatchev annonce des réductions importantes des troupes soviétiques en Europe et affirme que « l'usage de la force ne peut plus constituer un instrument de la politique étrangère, (…) et que le principe du libre choix est (…) un principe universel qui ne devrait souffrir aucune exception ». Cette déclaration enterre définitivement la doctrine Brejnev. Cette ligne politique est réaffirmée avec force par Gorbatchev le à l'occasion de son discours devant le Conseil de l'Europe et le lors du sommet des dirigeants du pacte de Varsovie.
+Variation du PIB en %Pays1971- 19751976- 19801981- 1985Bulgarie4,71,00,8RDA3,52,31,7Tchécoslovaquie3,42,21,1Hongrie3,32,00,7Pologne6,50,70,6Roumanie6,73,91,8
Viabilité économique des pays de l'Est Lorsque Gorbatchev prend la tête de l'Union soviétique en , le bloc de l'Est a subi près d’une décennie de déclin économique et de stagnation. La crise financière régionale du début des années 1980 marque la fin d'une ère de détente économique Est-Ouest : le commerce avec l'Ouest a fortement diminué, les nouveaux crédits se sont raréfiés et plusieurs régimes de l'Europe de l'Est ont été contraints d'entrer en négociations de refinancement approfondies avec les créanciers occidentaux. Ces renversements ont de lourdes conséquences sur le niveau de vie. Gorbatchev incite les démocraties populaires d'Europe de l'Est à conduire les réformes indispensables pour relancer des économies en crise.
Sclérose et affaiblissement politiques des régimes communistes L'immobilisme des dirigeants des pays d'Europe de l'Est contribue aux difficultés économiques et au mécontentement croissant de la population. En 1987, la moyenne d'âge des six principaux chefs de parti communiste dépasse largement et leur mandat moyen dépasse les vingt ans. Le malaise politique a aussi été accru par une longue période d'affaiblissement du pouvoir soviétiquePériode d'affaiblissement comprise entre les dernières années de l'ère Brejnev et les courtes périodes où Andropov puis Tchernenko assument le pouvoir, soit entre la fin des années 1970 et mars 1985.. L'érosion de la force d'attraction du marxisme-léninisme se traduit par la résurgence de la conscience nationale sur laquelle certains dirigeants cherchent à s'appuyer : en RDA, Erich Honecker revendique l'héritage de Martin Luther ou de Frédéric le Grand en qui il voit des précurseurs de l'État est-allemand.
Fragilisation du pouvoir est-allemand résultant des changements en URSS, Pologne et Hongrie En , Honecker et le parti communiste au pouvoir en RDA, sous le nom de Parti socialiste unifié d’Allemagne (, SED)Le Comité central (CC) est l'organe suprême de la structure du SED, entre deux Congrès du parti. À sa tête, le Secrétaire général du CC est le principal dirigeant du SED et donc de la RDA. Au quotidien, la direction du parti est assurée par le Bureau politique, ou Politburo, un petit cercle d'une vingtaine de hauts responsables du parti. Le secrétaire général du Comité central du SED préside également le Politburo. Les ministres du gouvernement sont chargés, sous la coordination du président du Conseil des ministres de la RDA, de mettre en œuvre les décisions du Politburo., refusent toujours d'engager des réformes malgré les pressions soviétiques et l'effondrement du régime communiste en Pologne et en Hongrie.
Relations difficiles entre l'URSS et la RDA vignette|Gorbatchev en visite sur le Mur le . Les relations entre Gorbatchev et Honecker sont mauvaises dès le début. Malgré l'insistance du Kremlin, Honecker refuse d'engager son pays sur la voie des réformes politiques et économiques. Il considère que la situation économique de la RDA est bien meilleure que celle de la Pologne et de la Hongrie. Le , lors du congrès du Parti socialiste unifié d’Allemagne (SED), le nom du parti communiste en RDA, Honecker réaffirme son refus des réformes voulues par Gorbatchev. Par ailleurs, le Kremlin est secrètement en contact depuis 1987 avec Hans Modrow et d'autres dirigeants du SED qui veulent le départ d'Honecker.
La situation est également compliquée par la nécessité pour Gorbatchev de nouer des liens forts avec la RFA en vue d’obtenir l’aide économique dont l'URSS a tant besoin, et l'appui de Bonn à sa vision de l'avenir de l'Europe. Ainsi, lorsqu'il rencontre Kohl le , pour lui plaire, Gorbatchev parle d'une Allemagne réunifiée, ce qui ne peut manquer d'alarmer Honecker. En , la visite de Gorbatchev en RFA est un grand succès populaire, à tel point que les journalistes parlent de « gorbymania ». La déclaration conjointe publiée à l'issue du sommet fait prendre conscience en RDA que la RFA est désormais appelée à devenir le principal partenaire de l’URSS dans la construction de la nouvelle Europe.
Solidarność au pouvoir en Pologne vignette|gauche|La « table ronde » conservée dans le palais présidentiel à Varsovie. Début 1989, la Pologne est plongée dans une grave crise économique. Au pouvoir depuis 1981, sous la pression des grèves et conscient que Moscou n'interviendra pas, le général Jaruzelski accepte finalement de négocier avec l'opposition. Ces discussions, dites de la « Table ronde », se tiennent du au . Elles aboutissent à légaliser de nouveau Solidarność et à organiser des élections semi-libres, qui réservent une part des sièges au Parti communisteL'accord de compromis relatif aux élections prévoit que les deux tiers des sièges à la chambre basse du parlement polonais (le Sejm) soient réservés au Parti communiste (le POUP) et à ses associés, tandis que le tiers restant est ouvert à tout candidat. Les discussions permettent également de recréer le Sénat de Pologne dont les de cette chambre haute sont élus librement..
Lors des élections des 4 et , les candidats de Solidarność remportent 160 des au Sejm pour lesquels ils pouvaient se présenter et 92 des du Sénat polonais. En outre, de nombreux dirigeants du parti communiste, le POUP, ne réussissent pas à obtenir suffisamment de voix pour être élus au parlement qu'ils contrôlaient depuis quatre décennies. Pour éviter une répression semblable à celle de 1981, Lech Wałęsa persuade sa coalition de laisser à Jaruzelski la présidence de la République, instaurant ainsi un partage du pouvoir qui assure in fine la victoire de Solidarność. En , Tadeusz Mazowiecki, membre de Solidarność, devient Premier ministre de Pologne. La Pologne tourne le dos à l'ère communiste et entame son intégration européenne.
Fin du régime communiste en Hongrie vignette|Réinhumation solennelle d'Imre Nagy le sur la place des Héros en présence de centaines de milliers de personnes. La Hongrie entame début 1989 la mutation de son régime politique à parti unique vers une démocratie multipartite. Le , la Hongrie introduit les premières réformes politiques l'engageant vers le multipartisme : le Parlement hongrois vote en faveur de la liberté d'association et de réunion, une étape importante dans la formation d'organisations et de partis politiques indépendants. Réuni à huis clos les 10 et , le Comité central du Parti socialiste ouvrier hongrois (MSzMP) accepte le principe d'une transition vers le multipartisme, assortie de conditions et sur un calendrier de plusieurs années ; en outre, le comité reconnaît l'insurrection de 1956 comme un soulèvement national, rompant avec la ligne officielle du Parti. Le , les partis d'opposition, naissants et peu structurés, décident d'établir une « table ronde d'opposition » de manière à former un front uni face au parti communiste (MSzMP). Le gouvernement hongrois et les représentants de l'opposition concluent un accord le pour mettre en place un système multipartite et organiser des élections libres en 1990. Le , le Parti socialiste ouvrier hongrois s'auto-dissout. La Troisième République hongroise est proclamée le , jour anniversaire de l'insurrection de Budapest en 1956. La Hongrie tourne le dos à l'ère communiste et entame son intégration européenne.
Fragilisation interne du pouvoir est-allemand