Llívia (en catalan : ; , ) est une ville espagnole située en Cerdagne, dans la partie orientale des Pyrénées. Son territoire de présente la particularité d'être une enclave en France, dans le département des Pyrénées-Orientales. Elle fait partie de la province de Gérone et de la comarque de Basse-Cerdagne.
Géographie Localisation Llívia est située sur une plaine d'altitude du versant sud du massif montagneux des Pyrénées. L’altitude du territoire varie d'environ au bord du Sègre à au nord en direction du pic des Mauroux.
Le territoire de Llívia prend la forme d'un « L » épais, sur une superficie de ; il rassemblait en 2009 répartis en trois agglomérations : la ville principale de Llívia au centre de l’enclave au bord du Sègre et en face de la commune française d’Estavar ; le hameau de Cereja au nord ; le hameau de Gorguja au sud-est, baigné par un petit affluent du Sègre.
Communes limitrophes
Géologie et relief Le territoire de Llívia est située dans la zone axiale de la chaîne de montagnes des Pyrénées. Ces montagnes se sont formées lors de l'orogenèse pyrénéenne, c'est-à-dire une période de compression tectonique où la plaque tectonique ibérique, au sud, est entrée en collision avec la plaque européenne, au nord, il y a environ 80 à 30 millions d'années.
vignette|centre|redresse=1.5|Localisation de Llívia sur une carte géologique des Pyrénées.
vignette|centre|redresse=1.5|Carte schématique présentant les zones géologiques de Llívia.
Une zone située à l'extrême nord du territoire (zone 1) repose sur du granite hercynien (datant d'environ 300 millions d'années). Elle se trouve en bordure du pluton de Mont-Louis, « Tonalite et granodiorite à biotite et hornblende »..
Les roches métasédimentaires (principalement schiste) dans la partie nord du territoire (zone 2) sont pour la plupart d'âge précambrien, âgées de 550 millions d'années environ, « Formation de Cabrils »..
vignette|centre|redresse=1.5|Vue vers le sud-ouest, en direction de la ville de Llívia et le bassin tectonique de la Cerdagne. La carrière située en contrebas à droite est creusée dans des roches précambriennes. Le château de Llívia se dresse au sommet de la colline à gauche de la ville..
La moitié sud du territoire (zone 3) se trouve dans le bassin tectonique de la Cerdagne. On y trouve des dépôts néogène-quaternaire - de galets, sables, limon, argile, etc - âgés de moins de 15 millions d'années. On trouve du lignite dans les formations du Miocène de ce secteur ; autrefois, il était extrait juste de l'autre côté de la frontière, sur le territoire de la commune d'Estavar..
Le long d'une partie centrale de la bordure occidentale du territoire, on trouve des dépôts morainiques (zone 2a) et lacustres (zone 2b). Ceux-ci se sont formés au cours de la dernière période glaciaire du Pléistocène, lorsqu'un glacier profond descendait la vallée de l'Angoustrine depuis les montagnes situées plus au nord, et Fig 10 page 106, et Planche hors texte 1 page 140..
vignette|centre|redresse=1.5|Terrasse située au-dessus de Cereja (FGLy sur la carte géologique), où un lac s'est formé derrière une moraine latérale du glacier de la vallée de l'Angoustrine au cours de la dernière période glaciaire du Pléistocène, et Planche hors texte 1 page 140, « obturation latérale ».. (La vallée de l'Angoustrine se trouve à droite de la terrasse sur cette image.)
Le territoire se situe dans une zone de moyenne sismicité.
Le relief de la partie nord du territoire est par endroits accidenté, avec quelques vallées profondément encaissées. Dans la partie sud, le relief est peu marqué.
vignette|centre|redresse=1.5|La vallée de l'Estaüja, qui forme ici la frontière internationale entre la commune d'Estavar (France) à gauche et le territoire de Llívia à droite.
Le point culminant, à l'extrémité nord du territoire, se situe à une altitude de 1 580 mètres. Le point le plus bas, au sud-ouest, là où le fleuve Segre quitte Llívia, se trouve à une altitude de 1 160 mètres.
Histoire Antiquité D'après la mythologie grecque, Héraclès, revenant de l'île d'Érythie après avoir volé les taureaux de Géryon a choisi Llívia pour se reposer et y a construit une ville. Voilà pourquoi Héraclès préside les armoiries de la ville. La légende ajoute qu’Héraclès ayant séduit Pyrène, celle-ci, désespérée de son départ, s'enfonça dans les forêts et fut tuée par des bêtes sauvages. De retour, Héraclès lui éleva un tombeau, dont on a fait les Pyrénées.
On sait que vers 3000 av. J.-C., Llívia était peuplée. Son nom initial était Kerre (chaîne montagneuse, ou rocher) de ce mot vient Kerretania, Ceretania, Cerdagne. À Les Queres, on a trouvé des haches en pierre polie et d’autres outils néolithiques, ainsi que de la poterie. À la colline du château, on a trouvé des pièces de l’âge du bronze et à Les Feix de la Colomina à Dorres de la poterie du deuxième âge de fer cerdane. Llívia a été peuplée sans interruption dès la fin de l’Âge de Fer.
Vers 200 av. J.-C., après la deuxième guerre punique, les Romains progressent par la vallée de la Têt et arrivent en Cerdagne. Ils s’installent dans cette ville ancienne et importante, qui était à cette époque placée dans une colline très stratégique proche d' (eaux thermales).
Un castrum (camp fortifié romain) a été construit et, par conséquent, l’ancienne Kerre est devenue la capitale de la Ceratania. Jules César la nomme alors Iulia Lybica et lui offre le droit latin, privilège réservé à un nombre réduit de villes. Devenue municipe, la ville était alors administrée par les mêmes lois que Rome et n'était donc pas traitée comme une simple possession conquise ; ses habitants reçurent les droits civils de citoyens romains. Le nom de la ville serait lié à l’impératrice romaine Livie, épouse d’Auguste et mère par un mariage précédent de Tibère.
En 116, la ville est détruite par une émeute.
L'empereur Hadrien, entre 117 et 138, envoie une colonie pour repeupler et restaurer la ville sous sa protection.
Lors de diverses fouilles, on y a trouvé des monnaies allant de l’époque de Jules César à celle de Septime Sévère, des poteries, des céramiques sigillées, des silos, des pièces au sol en opus testaceum et opus tessellatum, des mosaïques, une nécropole, la structure probable d’un temple… qui laissent à penser que Iulia Lybica était une ville importante.
Moyen Âge Le Castrum Libyae, encore capitale de la Cerdagne, est une place forte très importante au temps des Wisigoths. D’après l’histoire Rebellionis Pauli contre Wamba de Julien Toledo, au a lieu à Llívia une émeute importante contre le pouvoir royal de Tolède. Les rebelles ont à leur tête le comte Pau, autoproclamé roi de la Septimanie et de la Tarraconensis ; il est appuyé par les autochtones et les Francs du roi mérovingien Childéric II.
En 672, le roi wisigoth d'Hispanie, Wamba, attaque et prend le château de Llívia.
En 719, la région est conquise par les musulmans. Llívia s’appelle alors Medinet-el-bab (la « ville de la porte »). La ville joue un rôle important, car elle commande la présence arabe dans la Cerdagne et permet l’entrée dans la Francie Occidentale dont les troupes musulmanes tentèrent la conquête en 721. Munuza Utaman Abu Nâsar (Mounouz), gouverneur musulman de la province pyrénéenne, choisit Llívia comme siège de son pouvoir dans l’émeute contre le pouvoir central de Cordoue en 730. C’est à Llívia que ce même Mounouz épouse Lampégie (désignée aussi sous les noms de « Numérance » ou « Ménine »« Histoire de la domination des Arabes et des Maures en Espagne » par José Antonio Conde, Madrid, 1820-1821, vol. 1, page 136].), fille de Eudes d'Aquitaine, duc de Vasconie. Leur fin fut tragique : Mounouz fut tué par ses coreligionnaires car ils se méfiaient de ses négociations avec les chrétiens, et Lampégie finit dans le harem du calife. Leur histoire inspira l’auteur catalan du Victor Balaguer i Cirera et le musicien Déodat de Séverac.
En 731, le Castrum Lybiae fut fortifié à nouveau. En 759, Pépin le Bref reprend la Septimanie, le Roussillon et la Cerdagne aux musulmans. En 815, Llívia devient la résidence du comte Frédol de Cerdagne. En 839, le comte Sunifred, père de Guifred le Velu, qui a habité et gouverne la ville de Llívia, arrête l’invasion arabe près de Ribes de Freser.
En 1177, Alfons I fonde Puigcerdà, qui devient la capitale de la Cerdagne. Dépossédée du titre de capitale, Llívia conserve toutefois un intérêt militaire grâce à son château. En 1257, Jaume I le Conquérant accorde le droit de construire et d’habiter au bas du château, à condition de ne pas abandonner les maisons construites en haut de la colline. De 1276 à 1343, la Cerdagne passe dans les mains de son fils cadet Jaume II et fait partie du royaume de Majorque.
Pendant le règne de Pierre IV le Cérémonieux, le viguier de Cerdagne, d’après une disposition royale de 1351, continue d’habiter le château de Llívia même si elle n’est plus la capitale de la Cerdagne.
Au , le château change de mains régulièrement. Il appartient en 1345 à Guillem de So ; en 1347 à Bernat de So, comte d’Evol, fils de Guillem de So ; en 1360, à Pierre de Baioles ; en 1362, à Pons Descallar. En 1359, on dénombre dans le village 21 feux (105 habitants environ).
Au , l'histoire de Llívia est marquée par les conflits entre la France et l'Aragon. En 1462, à la suite du traité de Bayonne, le Roussillon est administré par la France et les troupes montent en Cerdagne. En 1463, la révolte en Catalogne amena Louis XI à annexer le Roussillon et la Cerdagne et à nommer Jean de Foix lieutenant du roi. De 1471 à 1491, ces deux provinces sont administrées par Boffille de Juge, chambellan de Louis XI. En 1472, Jean II d'Aragon tente de les récupérer, sans succès.
En 1473, les Français sont chassés par la population de Llívia, mais les troupes de Louis XI attaquent à nouveau et reprennent la ville en 1474. En 1479, Louis XI, ayant acheté le château de Llívia à la famille Descallar, le détruit, afin de garder ouverte l’entrée vers les royaumes espagnols en cas de guerre.
En 1493, sous Charles VIII et par le traité de Barcelone, le Roussillon et la Cerdagne sont abandonnés à Ferdinand II d'Aragon et Llívia est rendue à la famille Descallar. Llívia, sans château et ayant perdu son titre de capitale, fut immédiatement mise sous protection royale. Jusqu'au , Llívia est régie par un maire et un conseiller municipal. Dans la seconde partie du , les anciens privilèges ont été compilés au livre Ferrat, auquel d’autres textes, des , ont été ajoutés.
L'époque moderne En , Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique et roi d’Espagne, accorde à Llívia le titre de ville.
Le , par le traité des Pyrénées, Luis de Haro et le Cardinal Mazarin décident de la division. La France annexe le comté de Roussillon, les pays de Vallespir, de Conflent et de Capcir et les bourgs et villages de l'est du comté de Cerdagne, Llívia étant convoitée par les deux couronnes. Le , le traité de Llivia est signé, laissant Llívia à l’Espagne. Pourtant, deux ans plus tard subsistaient encore des controverses.
L'époque contemporaine vignette|upright|La rue principale (calle mayor) au début du . Le , afin de clarifier le traité des Pyrénées signé en 1659, les Français et les Espagnols signent le traité de Bayonne, dont l’article 16 établit définitivement le périmètre de l’enclave, Miguel de Salba clamant que le traité parlait de villages et pas de villes. Llívia ayant été faite ville en 1528, elle fut conservée par l'Espagne et devint dès lors une enclave. Désormais, sur le terrain, une « route neutre » (sans contrôle douanier) de relie Llívia au territoire espagnol et à la ville de PuigcerdàTraité de délimitation de la frontière, article XXI, sur Les Pyrénées Catalanes.. Cette situation a particulièrement favorisé le développement d'activités de contrebandeLe contrôle de l'enclave de Llívia par les autorités françaises pendant le premier conflit mondial, Ceretania, Quaderns d'Estudis Cerdans, PUIGCERDÀ, , 2007, p. 247-249..