LUSS Indianapolis (CA-35) est un croiseur lourd de classe Portland appartenant à l'United States Navy, célèbre pour les circonstances de son naufrage qui reste à ce jour le plus meurtrier de l'histoire de la marine militaire américaine. Lancé en 1931, lIndianapolis intègre la Scouting Force en 1933 avant de participer avec succès à de nombreuses campagnes de la guerre du Pacifique.
Le , soit quatre jours après avoir livré à la base aérienne américaine de Tinian des composants importants des deux bombes atomiques (Little Boy et Fat Man) qui seront lancées respectivement sur Hiroshima et Nagasaki, le navire, qui navigue en mer des Philippines, est torpillé par le sous-marin I-58 de la Marine impériale japonaise. Il coule en douze minutes, emportant avec lui environ 300 des d'équipage. Les doivent alors affronter l'hypothermie, la déshydratation et des attaques de requins alors qu'ils attendent de l'aide sur des embarcations de sauvetage. Quatre jours plus tard, ils sont repérés par l'équipage d'un Lockheed Ventura en patrouille de routine ; seuls survivent à ce naufrage.
Conception Formes et blindage À l'origine, la classe Portland devait comprendre cinq navires, désignés CL (puis CA) du 32 au 36. Approuvés en 1929, les navires sont conçus comme ceux de la classe Northampton, mais rallongés de trois mètres. Lors des essais du , néanmoins, les concepteurs se rendent compte qu'il est très léger et qu'ils peuvent se permettre d'alourdir le navire en lui offrant une meilleure protection. Ainsi, seuls deux navires sont construits d'après ces nouveaux plans, le budget des trois autres étant réalloué à la , celle-ci faisant partie d'un projet complètement nouveau.
Les plans étant presque arrêtés, le blindage supplémentaire est rajouté comme une seconde peau aux parties vitales du navire, les machines et les soutes à munitions. Le but est de protéger le navire d'une éventuelle explosion sous-marine, mais ce choix est critiqué car il reste plus vulnérable aux tirs hors de l'eau. Des calculs menés en 1933 montrent que le blindage des soutes à munitions résiste à des obus de (203 mm) tirés entre et à l'avant, et entre et à l'arrière. Néanmoins ceux-ci peuvent pénétrer la ceinture de protection des machines à et le pont au-delà de . De plus, le blindage des tourelles des canons de est de conception ancienne ; il reste ainsi pénétrable à des distances qui sont celles des combats de l'époque..
Armement L'armement principal de lIndianapolis est constitué de trois tourelles de trois canons de . Ces canons de de 55 calibres Mk 9/2, plus lourds que leurs contemporains de même calibre, équipent les croiseurs lourds de la marine américaine et certains porte-avions tels le ou le .. Ils sont remplacés par des Mk 14/0 en janvier 1945. Quant aux tourelles, elles sont mues par des moteurs électriques au travers d'une boîte de vitesses hydraulique..
L'armement secondaire est lui constitué de huit canons de () de 25 calibres. Conçus dans les années 1920, ces canons sont spécialement adaptés pour la lutte antiaérienne grâce à une vitesse à la bouche adéquate et à une faible inertie leur permettant d'être rapidement maniés par leurs servants.. Ils sont remplacés en 1943 par quatre batteries quadruples de Bofors de et deux nouveaux affûts seront rajoutés en 1944-1945. LIndianapolis est aussi doté de huit mitrailleuses Browning M2 de , remplacées plus tard par des canons de Oerlikon.
Deux catapultes sont installées sur le navire, qui emporte avec lui quatre avions de reconnaissance, des Vought O2U Corsair. Ces biplans sont alors l'équipement standard de la marine américaine et des Marines. Obsolètes au début de la Seconde Guerre mondiale, ces avions sont remplacés par deux Vought OS2U Kingfisher.. Plus rapides et monoplans, ils peuvent aussi être utilisés pour la lutte anti-sous-marine.
Essais Lors des essais, lIndianapolis développe et atteint une vitesse de avec un déplacement de . Les tubes lance-torpilles sont finalement abandonnés au cours de la construction, et l'armement secondaire doublé. Le pont est élargi et le mât tripode situé à l'avant rabaissé. Le mât principal est quant à lui allégé, les projecteurs étant disposés autour de la seconde cheminée, afin de dégager les angles de tir des canons antiaériens. En , le croiseur lourd subira des travaux de refonte, une catapulte, un radar et des canons antiaériens étant rajoutés.
Histoire Entre-deux-guerres vignette|gauche|alt=Photo en noir et blanc du drapeau présidentiel de Franklin Delano Roosevelt déployé sur le navire|Le drapeau présidentiel du président Franklin Delano Roosevelt sur lIndianapolis en 1936.
Deuxième navire américain nommé d'après la ville d'Indianapolis, capitale de l'État de l'Indiana, la construction du croiseur lourd commence le , menée par New York Shipbuilding à Camden, dans le New Jersey. Lancé le , il est parrainé par Lucy Taggart, fille du sénateur Thomas Taggart, un ancien maire d'Indianapolis. Le croiseur lourd passe alors une période d'essais dans l'océan Atlantique et la baie de Guantánamo jusqu'au . Une période d'entraînement suit, au large de la zone du canal de Panama et des côtes chiliennes, avant que le navire ne rejoigne le Philadelphia Navy Yard où il subit un carénage. LIndianapolis entre alors en service le .. Le , sur l'île Campobello, le croiseur embarque le président Franklin Delano Roosevelt à son bord et rejoint Annapolis deux jours plus tard, où le président est rejoint par six membres du cabinet pour une cérémonie. Après avoir débarqué les personnalités, le navire reprend la route pour le Philadelphia Navy Yard.
Le , le secrétaire à la Marine Claude A. Swanson hisse son pavillon sur lIndianapolis afin de mener une visite d'inspection dans le Pacifique. Après être passé par la zone du canal de Panama et Hawaï, il visite la flotte basée à San Pedro et San Diego. Il débarque dans ce dernier port le et, le , lIndianapolis devient le navire amiral de la (dénomination à l'époque de la ), poste qu'il conservera jusqu'à ce que la guerre éclate. S'ensuivent des manœuvres au large de la côte Ouest des États-Unis, avant un départ de Long Beach pour New York le . À son arrivée le , le croiseur embarque le président et des membres du gouvernement pour une revue de la flotte. Après cela, il retourne à Long Beach, qu'il atteint le , date à laquelle débutent des exercices tactiques avec le reste de la ..
Le , le président Roosevelt rembarque à bord de lIndianapolis à Charleston et prend la direction de l'Amérique du Sud. Après des visites de courtoisie menées à Rio de Janeiro, Buenos Aires et Montevideo, le navire retourne à Charleston où il débarque la délégation présidentielle le . Alors que les tensions internationales grandissent dans les années qui suivent, l'entraînement du navire s'intensifie afin d'en faire une machine de guerre efficace en cas d'attaque ennemie.
Seconde Guerre mondiale vignette|alt=Photo en noir et blanc d'un croiseur vu de trois-quart tribord avant|LIndianapolis vers 1939.
Lorsque les Japonais bombardent Pearl Harbor, l'USS Indianapolis débarque des hommes et de l'équipement sur l'île Johnston. Recevant l'annonce de la déclaration de guerre (), l'équipage jette par-dessus bord tout ce qui est inutile et inflammable.. Le croiseur rejoint alors la Task Force 12 qui se met en campagne à la recherche des porte-avions japonais signalés dans le voisinage. Bredouilles, les navires arrivent à Pearl Harbor le , et lIndianapolis rejoint la Task Force 11.
Campagne de Nouvelle-Guinée
Le groupe de navires prend alors la direction du Pacifique Sud, sous domination japonaise. Le , à environ au sud de Rabaul, l'escadre est attaquée par bimoteurs, organisés en deux vagues. 16 d'entre eux sont abattus par une défense antiaérienne efficace et par les chasseurs du . Les navires américains s'en sortent sans dommages, abattant même deux hydravions de reconnaissance japonais.
Le , la 11, rejointe par le porte-avions , attaque les ports ennemis de Lae et de Salamaua en Nouvelle-Guinée, où l'ennemi rassemble des forces d'assaut amphibie. Pour cela, les forces aéroportées américaines traversent à haute altitude la chaîne Owen Stanley puis arrivent sur l'ennemi depuis le sud, bénéficiant d'un effet de surprise total. Les dégâts infligés aux navires et aux transports japonais sont considérables, et de nombreux appareils ennemis sont abattus ; les Américains de leur côté ne subissent que peu de pertes.
Campagne des îles Aléoutiennes vignette|gauche|alt=Photo de plusieurs navires alignés dans un chantier naval. On voit l'Indianapolis avec un avion sur sa catapulte.|L'USS Indianapolis au Mare Island Naval Shipyard en 1942.
LIndianapolis retourne alors aux États-Unis et entre au Mare Island Naval Shipyard afin d'y subir des réparations ainsi que des améliorations. Il escorte ensuite un convoi jusqu'en Australie, avant de rejoindre le Pacifique Nord, où les débarquements japonais dans les îles Aléoutiennes ont changé la donne. Le temps est un élément important dans cette zone, les brouillards y étant imprévisibles et quasi permanents ; les orages violents n'y sont pas rares non plus. Le , la de lIndianapolis a finalement l'opportunité d'apercevoir les forces japonaises à l'abri des côtes de l'île Kiska, malgré les abords périlleux non cartographiés de l'île. Le croiseur lourd fait alors feu de ses canons de , en compagnie des autres navires de l'escadre. Malgré le brouillard, les avions de reconnaissance des croiseurs observent de nombreux navires coulant dans le port, ainsi qu'à terre des installations en feu. La surprise est si grande qu'il se passe un quart d'heure avant que les batteries côtières ne répondent aux tirs américains ; certaines d'entre elles ciblent même le ciel, se croyant bombardées par des avions. La plupart sont rapidement réduites au silence par le feu précis des navires américains. Des sous-marins japonais font alors leur apparition, mais ils sont rapidement grenadés par les destroyers américains. Des hydravions japonais tentent eux aussi une attaque, sans succès.
L'opération est considérée comme étant une réussite, malgré le peu d'informations recueillies. Elle démontre aussi la nécessité d'avoir des bases plus proches des îles occupées par les Japonais. Les forces américaines conquièrent ainsi l'île Adak avant la fin du mois, permettant aux avions américains de disposer d'une base plus proche du théâtre des Aléoutiennes que celle de Dutch Harbor. En , lIndianapolis apporte d'ailleurs son soutien aux troupes américaines qui reprennent Amchitka, afin d'y installer une nouvelle base.
Dans la nuit du , en compagnie de deux destroyers, lIndianapolis patrouille au large de l'île d'Attu en espérant intercepter des convois de ravitaillement japonais. Le groupe croise un navire cargo, lAkagane Maru, qui répond incorrectement au signal de reconnaissance américain ; le croiseur lourd ouvre alors le feu. Le navire cargo, supposément chargé de munitions, explose alors dans un grand bruit, coulant corps et biens. Durant le printemps et l'été 1943, lIndianapolis continue à participer activement à la campagne des îles Aléoutiennes, escortant des convois et fournissant une couverture aux assauts amphibies sur les îles de l'archipel. En mai, la marine capture Attu, avant de se concentrer sur Kiska, dernier bastion japonais des Aléoutiennes. Le débarquement du découvre une île vide, les troupes ennemies ayant profité de l'épais brouillard pour évacuer.
Campagne des îles Gilbert et Marshall