Ali ibn Abu'l-Hayja 'Abdallah ibn Hamdan ibn al-Harith Sayf al-Dawla al-Taghlibi (en arabe : سيف الدولة أبو الحسن ابن حمدان), plus communément connu par son laqab (épithète honorifique) de Sayf al-Dawla (« épée de la dynastie [abbasside] ») est le fondateur de l'émirat chiite d'Alep, recouvrant la grande majorité du nord de la Syrie et certaines régions occidentales de la Djézireh. Il est le frère d'al-Hasan ibn Abdallah ibn Hamdan (mieux connu sous le nom de Nasir al-Dawla)Ayyıldız, Esat (2020), "el-Mutenebbî’nin Seyfüddevle’ye Methiyeleri (Seyfiyyât)", BEÜ İlahiyat Fakültesi Dergisi , 7 (2) , 497-518 . DOI: 10.33460/beuifd.810283.

Biographie

Origines et famille

Sayf al-Dawla naît le (ou 914). Il est le deuxième fils de Abdallah Abu'l-Hayja ibn Hamdan et petit-fils du fondateur de la dynastie hamdanide Hamdan ibn Hamdun. Il appartient à la tribu des Banu Taghlib, qui s'est installée dans la Jézireh lors des temps pré-islamiques. Traditionnellement, cette tribu contrôle Mossoul et sa région, au moins jusqu'à la fin du , quand les Abbassides tentent de renforcer leur emprise. Pour s'y opposer, les Hamdanides s'allient aux Kurdes, notamment par des mariages.

Le grand-père de Sayf est vaincu en 895 et emprisonné mais son fils, Husayn ibn Hamdan en réchappe. Il s'impose comme l'autorité principale de la région de la Jézireh en jouant les arbitres entre les Abbassides et les Kurdes. Husayn combat notamment les Kharidjites et les Toulounides mais il tombe en disgrâce en 908, quand il soutient le soulèvement de Abdullah ibn al-Mu'tazz. Son jeune frère, Ibrahim, est gouverneur de Diyar Rabi'a (la province autour de Nasibin) en 919. Quand il meurt l'année suivante, c'est un autre de ses frères, Dawud, qui lui succède. Quant au père de Sayf, Abdallah, il sert comme émir de Mossoul de 905/906 à 913/914. Il alterne ensuite disgrâce et réhabilitation, contrôlant Mossoul jusque vers 925. Grâce à ses relations avec le général Mou'nis al-Muzaffar, il joue un rôle majeur dans la courte usurpation de Al-Qahir contre le calife Al-Muqtadir (929) mais il meurt lors de la répression.

Malgré tout, de son vivant, Abdallah a renforcé le contrôle des Hamdanides sur Mossoul, qui devient un émirat autonome. Quand il doit quitter la ville, il laisse la régence à son fils aîné, Nasir al-Dawla, qui est rapidement confronté aux ambitions de ses oncles. Finalement, en 935, Bagdad reconnaît son autorité sur la Jézireh.

Carrière sous son frère

Avec l'ascension de Nasir al-Dawa, Sayf entame aussi sa carrière. En 936, il rentre à son service et obtient le gouvernorat d'Amida, en échange de son aide contre Ali ibn Ja'far, le gouverneur rebelle de Mayyafariqin. Sayf se montre efficace et il renforce le contrôle des Hamdanides sur les régions nord de la province de Diyar Mudar, soumettant les Qaysites. Il lance aussi des expéditions en soutien aux forces musulmanes frontalières, qui combattent l'Empire byzantin et il s'ingère aussi en Arménie pour contrer l'influence byzantine.

Dans le même temps, Nasir s'associe aux intrigues palatines de Bagdad. Depuis l'assassinat d'Al-Muqtadir en 932, le gouvernement abbasside est au bord de l'anarchie. En 936, le gouverneur de Wasit, Ibn Ra'iq, prétend au titre de commandeur des commandeurs, devenant le dirigeant de fait du califat. Le calife en titre, Ar-Radi, est confiné à un rôle de figurant. Pour autant, la position de Ibn Ra'iq est fragile et contestée par de nombreuses figures du califat, notamment des émirs locaux et des chefs militaires turcs.

Nasir al-Dawla se pose d'abord en partisan de Ibn Ra'iq mais il prend progressivement ses distances et finit par le faire assassiner en 942. Il prend sa place et c'est à cette occasion qu'il gagne son surnom (laqab) de Nasir al-Dawla, c'est-à-dire défenseur de la dynastie. Néanmoins, lui-même est en butte à de multiples oppositions, notamment celle de Basra. Il envoie Sayf contre cette cité, qui remporte une victoire décisive à al-Mada'in. Sayf obtient alors le gouvernorat de Wasit et reçoit lui aussi son laqab, qui signifie l'épée de la dynastie.

Si les Hamdanides semblent avoir la mainmise sur le pouvoir central, ils sont isolés et peu estimés des vassaux du calife, notamment les Samanides de Transoxiane et le gouverneur de l'Egypte, Muhammad ben Tughj. En 943, une mutinerie éclate à propos du paiement des soldes, dirigée par le turc Tuzun, qui parvient à chasser Nasir et Sayf de Bagdad. Le calife al-Muttaqi nomme Tuzun à leur place avant de se quereller avec lui et de fuir chercher la protection des Hamdanides. Néanmoins, ceux-ci sont vaincus en 944 et un accord est conclu, qui les autorise à conserver la Jézireh et même à prétendre à la suzeraineté nomiale sur le nord de la Syrie, en échange d'un important tribut. Pour autant, Nasir reste hostile à Bagdad et aux Bouyides qui ont pris le contrôle du califat.

Fondation de l'émirat d'Alep

Jusqu'en 935, le nord de la Syrie est aux mains des Ikhchidides d'Egypte, jusqu'à ce que Ibn Ra'iq les en prive. En 942, Nasir prend la place de Ibn Ra'iq, assassiné et il tente d'imposer son autorité sur la région. Les Hamdanides prennent notamment le contrôle de la vallée de la Belikh mais certains seigneurs locaux demeurent fidèles aux Ikshidides. Ces derniers soutiennent le gouverneur de Rabha, Adl al-Bakjami, qui prend Nasibin avant d'être finalement vaincu et capturé par un cousin de Sayf, Abu Abdallah al-Husayn ibn Sa'id ibn Hamdan. En , il est exécuté à Bagdad. Husayn s'efforce ensuite de soumettre la province, de Diyar Mudar jusqu'à la région d'al-thughur. Raqqa est prise par la force et Alep se rend sans combattre en . Cependant, le calife fait appel aux Ikshidides pour le soutenir face à plusieurs seigneurs rebelles et les Hamdanides sont contraints d'isoler le calife à Raqqa. A l'été 944, Al-Ikhshid finit par se rendre en Syrie et Husayn abandonne Alep, tandis que le calife est libéré. Celui-ci rend le contrôle de la Syrie au gouverneur égyptien mais refuse de se rendre lui-même en Egypte, ce qui provoque la colère d'Al-Ikhshid qui se détourne de lui. Il rentre en Egypte tandis que al-Muttaqi, abandonné de tous, rentre à Bagdad où il est déposé par Tuzun.

Alors que la crise s'accroît à Bagdad, Sayf se concentre sur la Syrie. Après une série de défaites contre Tuzun, il profite de l'assassinat d'un de ses rivaux, Muhammad ibn Inal al-Turjuman pour s'affirmer dans la région syrienne, visiblement sur les encouragements de son frère. Celui-ci lui fournit des troupes et de l'argent et Sayf al-Dawla peut lancer une véritable invasion du nord de la Syrie, après le départ d'al-Ikhshid. Il s'assure du soutien de la tribu des Bau Kilab, ainsi que du gouverneur d'Alep, Abu'l-Fath Uthman ibn Sa'id al-Kilabi, qui est à ses côtés à son entrée dans la ville, le .

Al-Ikhshīd réagit en envoyant vers le nord une armée commandée par Abū al-Misk Kāfūr pour affronter Sayf al-Dawla, qui assiège alors Homs. Au cours de la bataille qui s'ensuit, le Hamdanide remporte une victoire écrasante. Homs ouvre alors ses portes, et Sayf al-Dawla tourne ensuite ses ambitions vers Damas. Il occupe brièvement la ville au début de l'année 945, mais est contraint de l'abandonner face à l'hostilité de ses habitants. En avril 945, al-Ikhshīd prend lui-même la tête d'une armée en Syrie, tout en proposant simultanément un accord à Sayf al-Dawla : il est prêt à reconnaître le contrôle hamdanide sur le nord de la Syrie et les Thughur. Sayf al-Dawla rejette cette offre, mais il est vaincu en mai-juin et contraint de se replier sur Raqqa. L'armée égyptienne poursuit alors son avance et ravage les environs d'Alep. En octobre, les deux camps concluent néanmoins un accord, reprenant dans ses grandes lignes les propositions initiales d'al-Ikhshīd : le souverain égyptien reconnaît la domination hamdanide sur le nord de la Syrie et accepte même de verser un tribut annuel en échange de la renonciation de Sayf al-Dawla à toute prétention sur Damas. L'accord est scellé par le mariage de Sayf al-Dawla avec une nièce d'al-Ikhshīd, tandis que le nouveau domaine de l'émir reçoit la sanction — purement formelle — du calife, qui lui confirme peu après son laqab (surnom guerrier).

La trêve conclue avec al-Ikhshīd dure jusqu'à la mort de ce dernier, survenue en juillet 946 à Damas. Sayf al-Dawla marche aussitôt vers le sud, s'empare de Damas puis poursuit son avance jusqu'en Palestine. Il y affronte une nouvelle fois Kāfūr, qui inflige au prince hamdanide une défaite lors d'une bataille livrée en décembre près de Ramla. Sayf al-Dawla se replie alors sur Damas, puis sur Homs. Il y rassemble ses forces, auxquelles se joignent d'importants contingents tribaux arabes des ʿUqayl, des Kalb, des Numayr et des Kilāb. Au printemps 947, il tente de reprendre Damas, mais subit une nouvelle défaite. À la suite de cette victoire, les Ikhchidides occupent même Alep en juillet. Kāfūr, devenu le dirigeant de facto de l'État ikhchidide après la mort d'al-Ikhshīd, choisit toutefois de ne pas exploiter son avantage et préfère ouvrir des négociations.

Pour les Ikhchidides, la conservation d'Alep revêt moins d'importance que celle de la Syrie méridionale avec Damas, véritable verrou oriental de l'Égypte. Tant que leur domination sur cette région n'est pas remise en cause, ils acceptent volontiers l'existence d'un État hamdanide au nord. Ils comprennent en outre qu'il leur serait difficile d'imposer durablement leur autorité sur le nord de la Syrie et la Cilicie, régions traditionnellement tournées vers la Jazīra et l'Irak. Ainsi, l'Égypte, désormais menacée à l'ouest par le califat fatimide, s'épargne les coûts liés à l'entretien d'une importante armée dans ces territoires éloignés, tandis que l'émirat hamdanide joue utilement le rôle d'État tampon face aux offensives venues aussi bien d'Irak que de l'Empire byzantin. L'accord conclu en 945 est donc renouvelé, à cette différence près que les Ikhchidides ne sont plus tenus de verser un tribut en échange de Damas. La frontière ainsi fixée, séparant un nord de la Syrie orienté vers la Jazīra d'un sud placé sous domination égyptienne, demeure pratiquement inchangée jusqu'à la conquête de l'ensemble du pays par les Mamelouks en 1260.

De retour à Alep à l'automne, Sayf al-Dawla est désormais maître d'un vaste ensemble territorial : les provinces du nord de la Syrie (Jund Hims, Jund Qinnasrin et le Jund al-Awasim), jusqu'à une ligne s'étendant au sud de Homs vers la côte, près de Tartous, ainsi que la majeure partie du Diyār Bakr et du Diyār Muḍar, dans la Jazīra occidentale. Il exerce également une suzeraineté, essentiellement nominale, sur les villes de la frontière byzantine en Cilicie. Selon l'expression de l'orientaliste Marius Canard, les possessions de Sayf al-Dawla constituent un « État syro-mésopotamien », suffisamment vaste pour nécessiter deux capitales : Alep, qui devient sa résidence principale, et Mayyafarkin, choisie comme capitale des provinces de la Jazīra. Ces dernières demeurent officiellement placées sous l'autorité de son frère aîné, Nasir al-Dawla, mais, en réalité, l'étendue et le poids politique de l'émirat de Sayf al-Dawla lui permettent de s'affranchir progressivement de sa tutelle. Bien qu'il continue à témoigner à son frère le respect qui lui est dû, l'équilibre des forces entre les deux hommes s'inverse désormais en faveur de Sayf al-Dawla.

Révoltes tribales