Le château des comtes de Hainaut est un château situé dans la commune de Condé-sur-l'Escaut dans le nord de la France.

Châteaux de Condé-sur-l'Escaut

Condé-sur-l'Escaut (Nord) compte trois châteaux particuliers : celui d'Emmanuel de Croÿ, () blotti au cœur de la forêt domaniale de Bonsecours (le plus connu) ; celui de Bailleul, dont l'existence est attestée dès le (l'ancienne bibliothèque) ; celui que Nicolas, seigneur d'Avesnes et de Condé, fit élever au milieu du à l'emplacement de Notre-Dame de Condé, sur le confluent Haine - Escaut, où les Normands s'étaient retranchés à la fin du .

Ce dernier demeure mal connu. Il fut longtemps l'arsenal de Louis XIV. En janvier 2005, des sondages archéologiques menés par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) ont mis au jour les substructions du château roman, de la chapelle castrale et du puits Sainte-Renelde.

Le site de Condé-sur-l'Escaut s'avère un élément majeur de la politique castrale menée en Hainaut, dès le .

Situation géographique et politique du Hainaut

Le Hainaut est un comté dérivé de la Civitas Cameracencis (la cité de Cambrai), elle-même issue du territoire des Nerviens, celtes de la Belgique Seconde, que les armées de Jules César battent sur la Sabis (peut-être la Selle ou la Sambre) en 57 Le Pagus Haenonsis est cité la première fois dans la Vie de saint Aubert, évêque de Rouen, écrite vers 720 par Aigrard, moine hagiographe (voir Le Quesnoy, l'archétype du Hainaut, , B. Carpentier / Sopaic, Charleville-Mézières / 2005). Le 11 mai 1071, luttant contre son beau-frère Robert-le-Frison, comte usurpateur de Flandre, la comtesse Richilde l'inféode au Prince-Évêque de Liège, en faisant un arrière-fief du Saint-Empire romain germanique. Le 14 décembre 1083, Richilde remet le pouvoir comtal à son fils, Baudouin de Mons.

Passant entre les mains des d'Avesnes (1280), des Bavière (1356), des Bourgogne (1433) puis de la maison espagnole des Habsbourg (1468), le Hainaut est pris à l'Espagne par Louis entre 1659 (traité des Pyrénées) et 1678 (traité de Nimègue). Mais au traité de Ryswick (1697), le Roi Soleil restitue une part de ses conquêtes. Le Hainaut est scindé en deux parties. Mons, Ath et Enghien rejoignent les Provinces-Unies. Restent en France Condé-sur-l'Escaut, Valenciennes, Le Quesnoy et Maubeuge. Cette scission perdure de nos jours. Une langue commune, le Rouchi, maintient cependant la cohérence entre Hainuyers.

La partie restée en Belgique (état créé en 1830) devient la province de Hainaut, tandis que la partie française est intégrée dans le département du Nord (59), le 4 mars 1790.

Naissance du château fortifié de Condé-sur-l'Escaut

En 1140, le comté de Hainaut comprend Valenciennes, Mons et Beaumont. Entre ces points de concentration humaine, s'étend la terre de Leuze, dont Condé-sur-l'Escaut constitue « le bout » (Condé a parfois été appelé « le bout de la terre de Leuze »).

Politique castrale en Hainaut

Cette seigneurie n'appartient pas au comte Baudouin qui a succédé à son père en 1120, à l'âge de onze ans. Un de ses vassaux, Nicolas d'Avesnes, y fait construire, entre 1143 et 1150, sur le confluent de la Haine et de l'Escaut, un château fortifié. La politique castrale hainuyère s'intensifie. Cet édifice, précédant celui de Baudouin V, a pu être construit en bois : c'était l'habitude en Normandie et en Angleterre. L'endroit fut ensuite renforcé par les Normands, venus se retrancher sur le confluent Haine-Escaut à l'hiver 885-886. C'est ce que pourrait indiquer la chronique rimée (1274) du poète tournaisien Philippe Mouskès : .

Une motte a pu être élevée à l'endroit dès le . Des fouilles archéologiques en profondeur seraient nécessaires pour confirmer cette hypothèse.

Les seigneurs d'Avesnes complètent leur dispositif tactique : ils élèvent la tour d'Avesnes, fortifient Trélon et Landrecies. Le Comte lance à son tour une campagne d'édifications castrales. Il fortifie Binche en 1127 et relève l'enceinte de Mons en 1140. En 1142, il fait entourer Raismes et Braine-le-Comte d'une « chemise », et construit un château fort au Quesnoy vers 1150. En 1155, il fait d'Ath une bourgade et y monte la tour Burbant, en 1166. En 1158, il fortifie Beaumont, fonde Bouchain et fait construire à Valenciennes la Salle-le-comte. Ailleurs, il bâtit des tours, comme à Beaufort et Monceau-Saint-Waast.

Jacques d'Avesnes

Le 4 octobre 1174, Jacques d'Avesnes fait assassiner Robert, évêque de Cambrai, sur le pont de Condé. Celui-ci revenait d'Ath, avec un sauf-conduit du comte et la protection de Louis de Frasnes. Baudouin V dit le Courageux veut punir son vassal, prend le castel, renverse ses tours et ses murailles et fait brûler le bourg. Selon Gislebert de Mons, le castel préroman disparaît.

Le donjon a peut-être été préservé. En 1184, le château est reconstruit et entre dans la mouvance des comtes de Hainaut. Ils le rétrocèdent, à titre de fief, aux d'Avesnes. Les substructions de cet édifice du ont été mises au jour au début 2005. Les d'Avesnes attendront 1280 pour qu'un des leurs, Jean II d'Avesnes, soit à la tête du comté.

De la tour César à l'Arsenal

La seigneurie condéenne du château (un deuxième fief partage le territoire de Condé-sur-l'Escaut, la seigneurie de Bailleul) passe, en 1225, aux Châtillon, et, en 1335, aux Bourbon. En 1529, Charles Quint la reçoit à titre de gage. La maison d'Espagne la rétrocède aux Bourbon au traité du Cateau-Cambrésis (1559). Marie de Montmorency, veuve de Charles de Lalaing (1499-1558), la rachète en 1560. Sa petite-fille, Jeanne de Lalaing, la transmet par mariage aux Croÿ. En 1678, le traité de Nimègue donne Condé à la France. Quatre ans plus tard, Philippe-Emmanuel-Ferdinand de Croÿ cède le château à Louis XIV, qui en fait un arsenal. Le donjon, dernier vestige du château roman, est arasé en 1727. 278 ans plus tard, ses fondations revoient le jour.

Le siège de la seigneurie du château ne présente plus, à partir de 1727, aucun élément roman de son architecture, à la suite de la destruction du donjon, appelé « tour César », et à l'établissement d'un arsenal dans le périmètre intérieur des courtines de type philippien. La recension des substructions, mises au jour par les archéologues de l'INRAP, se limitera au castrum roman, aux deux états de la chapelle castrale intégrant trois puits dits de Sainte-Renelde, et à un point de l'enceinte gothique.

Description du château dans son état du

Au , un donjon d'environ est bâti au bord d'une butte de terre à la confluence entre Escaut et Haine. Une chemise vient entourer la butte et se raccorde directement au donjon. Rythmée par des contreforts sur la face externe et interne, cette enceinte d'environ de long devait sans doute entourer la haute-cour du château, la basse-cour se trouvant en contrebas de la tour. Un chemin de ronde était établi au-dessus de la muraille, renforcée par de lourds créneaux et hypothétiquement agrandi côté cour par un plancher de bois posé sur les contreforts.

Ce château se rapproche d'autres monuments de même envergure que l'on qualifie de type anglo-normand. Dans la région de Condé, on peut par exemple citer la Tour d'Ostrevant à Bouchain ou le donjon du château d'Ath en Belgique qui sont encore en élévations et permettent d'imaginer les proportion du donjon de Condé.

Pour l'instant, l'archéologie n'a pas encore mis au jour d'hypothétiques traces d'occupations postérieure, mais la forme de la chemise et du donjon permettraient de supposer l'existence d'une motte castrale au même emplacement stratégique sur la confluence.

Description du château dans son état du

Au , une enceinte vient se poser autour du donjon qui perd la quasi-totalité de sa chemise. Un châtelet marque l'entrée du château côté ville au nord. Huit tours sont bâties dont une tour maîtresse au sud-est, au plus près de la confluence. Une porte d'eau est percée du côté de l'Escaut, permettant de former un havre à l'intérieur de la cour, sans doute fermée par une herse et une vanne. Côté ouest, une « aula », ou hall, est construite entre deux tours, posée sur la courtine. Plus tard, la chapelle Nicolas vient s'adosser côté cour. Cette chapelle castrale était de type gothique avec un chevet à pans coupés et des éléments architecturaux retrouvés autour de son emplacements qui permettent d'identifier son architecture. Un jubé divisait le lieu de culte en partie cultuelle / partie publique. L'emplacement de l'autel est marquée par une fondation rectangulaire entourée aux quatre coins par quatre fondation cylindriques qui devaient sans doute supporter un baldaquin.

Nombre de chapelles castrales Un peu plus loin, dans le périmètre de la grande enceinte, apparaît la chapelle castrale dont un plan du Génie de 1728 montre les tracés. Tout est conforme. A priori, les bases du lieu de culte semblent posées sur un mur ressemblant à première vue à l'appareillage de la chemise d'enceinte observé ci-dessus. La chapelle mesure environ . de long pour . dans sa plus grande largeur. Disposée nord-sud, elle n'est pas orientée, ce qui laisse supposer une contrainte qu'il reste à découvrir (les édifices de culte catholique présente leur chœur à l'est et leur entrée à l'ouest. On dit qu'ils sont orientés). À l'intérieur, côté ouest, apparaît un puits.

Découvertes

Un deuxième puits est découvert, accolé à l'extérieur de l'édifice, au sud, sûrement le plus ancien, peut-être le puits médiéval. À l'angle sud-ouest de la petite chapelle, est mis au jour un contrefort en pierre bleue (dite de Tournai, exploitée au Moyen Âge, comme en témoigne la cathédrale romane de Tournai, en Belgique). Le mur que ce contrefort soutient est mis au jour. Un deuxième contrefort est découvert à la suite, puis un autre.

Puis, les substructions d'une plus grande chapelle castrale, ne figurant sur aucun plan connu, apparaissent. Cette fois-ci, l'édifice est orienté (c'est-à-dire que son chœur est à l'Est). Au sol, de petites céramiques carrées, en terre cuite glaçurées vertes ou jaunes, sont le pavement du sol. Des gravats, à l'extérieur, montrent qu'un encadrement de style gothique flamboyant, en pierre blanche, décorait des fenêtres. Un grand soin a été apporté à l'appareil et au décor par les ouvriers et artisans médiévaux.

Nombre de puits Sainte-Renelde

Puis, un troisième puits apparaît, vraisemblablement le plus récent et le plus connu.

Ces trois puits sont situés près de la chapelle castrale (le plus ancien), mais à l'extérieur, au sud ; le deuxième, à l'intérieur de la petite chapelle, contre le mur ouest, et le troisième, à l'intérieur de la grande chapelle.

Les trois portent le nom de sainte Renelde. Leur nombre constitue une surprise des sondages archéologiques et semble confirmer l'existence d'un culte ancien.

Eau « miraculeuse » de Condé

L'eau de Condé-sur-l'Escaut était célèbre au pour ses propriétés curatives. Elle soignait particulièrement les yeux. Au début du siècle dernier, des pèlerins venaient demander aux locataires de la gendarmerie (construite sur les fondations du lieu de culte) de leur donner quelques centilitres du précieux liquide. Les gendarmes rebouchèrent le puits et le culte disparut après la Seconde Guerre mondiale.

Sainte Renelde n'y est pour rien. Une lecture erronée a transformé Condacum (Kontich) en Condatum (Condé). La dévotion locale a adopté la sainte, l'a fait venir de Flandre, d'où elle serait originaire (Kontich se trouve à au nord de Bruxelles), en Hainaut.

Les eaux de Condé-sur-l'Escaut sont issues de la même nappe phréatique que celles de Saint-Amand.

Castel gothique

À quelques pas des chapelles castrales, les fondations d'une tour gothique apparaissent. Cet édifice de l'ancien château des comtes de Hainaut, encore dit « ancien arsenal », fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le .

Tour et enceinte gothiques