Jijel (en arabe : جيجل, en berbère : ⴵⵉⴵⴻⵍ, Ǧiǧel), désignée sous le nom de Igilgili à l'époque antique, puis de Djidjelli à l'époque française, est une ville et commune d'Algérie de la wilaya de Jijel située à l'est de la Petite Kabylie (kabylie orientale), dont elle est le chef-lieu. Elle est considérée comme la capitale de la confédération berbère des Kutamas.
Géographie La ville de Jijel se situe sur la côte méditerranéenne au nord-est de l'Algérie à environ à l'est d'Alger, à à l'est de Béjaia, à au nord de Sétif, en Petite kabylie, en Kabylie orientale. Le relief de la wilaya est principalement montagneux, et à l'instar de la wilaya voisine de Skikda, les sites sont encore largement vierges et préservés. La wilaya de Jijel compte d'ailleurs les plus grandes forêts de chênes-lièges en Algérie dont le parc national de TazaSciences & Technologie D – , Décembre (2008), Université Mentouri Constantine, Algérie, 2008. LA FORÊT : UNE CHANCE POUR LE MILIEU RURAL JIJELLIEN. Cette situation évolue rapidement au détriment du patrimoine écologique de la région. L'été, les mêmes forêts sont gravement confrontées aux risques d'incendies.
Situation Jijel est un port sur la mer Méditerranée, au nord-est de l'Algérie, à l'extrémité Est d'une côte à falaises nommée la corniche Jijelienne. Elle est adossée au massif montagneux du mont Babor.
Le territoire de la commune se situe au nord de la wilaya de Jijel. Elle est délimitée par :
Relief et géologie La ville est située sur la plaine côtière d'âge miocène délimitée par la mer Méditerranée au Nord et les formations montagneuses du socle du mont Babor au sud. Le gneiss, micaschiste et marbre (des roches métamorphiques) attribuées au Paléozoïque et métamorphisées au cours de l'orogenèse alpine, semblent être les principales formations. On note également des formations de la nappe numidienne de nature gréso-argileuse dans la forêt de Guerrouche.
Climat La ville de Jijel bénéficie d'un climat tempéré et humide avec un hiver doux caractéristique des zones méditerranéennes et une pluviométrie importante, comme toutes les villes de la moitié Est du littoral algérien. On note aussi qu'au col de Texanna, qui se situe à d'altitude, l'enneigement dure plus de 11 jours/an.
Les vents dominants soufflent généralement de la mer vers le continent (NNW - SSE).
Transports Jijel est desservie par l'aéroport international de Jijel - Ferhat Abbas situé dans la commune de Taher.
Localités de la commune La commune de Jijel est composée de vingt localitésJournal officiel de la République Algérienne, 19 décembre 1984. Décret , fixant la composition, la consistance et les limites territoriales des communes. Wilaya de Jijel, page 1520. :
Amezoui Assoule Béni Ahmed Boughdir Boukhenous Bouyadra Dar El Battah Douemna El Aryèche El Djarf El Haddada El Mkasseb Aherraten Jijel Leghrifet (grand phare) Ouled Aïssa Ouled Bounar Ouled Taffer Thora Zebiria
Toponymie vignette|droite|Vue générale de la ville de Jijel. Le nom de Jijel serait, selon une hypothèse, d'origine punique, ayant ensuite donné la forme latinisée Igilgili ou Iǧilǧili, construit à partir du premier composant i, signifiant « île » et du second composant gilgil, signifiant « cercle de pierre », le tout faisant référence à une ligne d'écueils sur laquelle a été établie au une partie du port de Jijel. Une autre explication rapproche le nom Igilgili du punique gulgulet, signifiant « en forme de crâne », qualification inspirée des collines environnantes..
D'autres hypothèses essaient d'expliquer le nom de la commune par le berbère. Dans une première explication, le nom de la ville est rapproché du berbère iγil signifiant « bras de montagne, colline, relief » qui, doublé, donne iγil-iγil, signifiant « de colline en colline ». Cette hypothèse est fragilisée par la difficulté d'expliquer la transformation du γ berbère en g punique ou latin. Une deuxième explication rapproche le nom de la ville de la racine berbère GL, exprimant « l'idée générale de suspension, balancement et par extension de stagnation », et correspondant à une impression de suspension de la ville entre mer et montagne..
Au milieu du , l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert l'écrit Gigeri. Antoine Hamilton, dans les Mémoires du Comte de Gramont, écrit Gigeryhttps://macsphere.mcmaster.ca/bitstream/11375/14601/1/fulltext.pdf, page 287. Dans le Sud de la France et plus spécialement en Provence, on appelle Gigérine (ou Gigirine) la courge à confiture de Citrullus amarus Schrad. en référence au nom de la ville de Jijel.
Histoire
Antiquité ( - 698 ap. J.-C.) La région est peuplée depuis la Préhistoire par les Berbères sédentaires et agriculteurs, du rameau Baranis, dont les Kutama sont les plus connus.
Vers le avant l'ère chrétienne, les Phéniciens, marins et marchands, en quête de bases pouvant offrir le maximum de sécurité à leur commerce, s'installent dans la région où ils fondent un comptoir. Dès le siècle avant notre ère, Carthage assoit son hégémonie sur les comptoirs phéniciens du littoral africain, englobant notamment la cité d'Igilgili. Cette tutelle punique perdure jusqu'en 264 avant J.-C., date à laquelle le premier conflit romano-carthaginois précipite l'éviction de la métropole. La cité échoit alors aux Masaesyles, confédération numide occidentale, et demeure sous l'autorité du roi Syphax. En 202 avant J.-C., à la faveur de l'unification territoriale opérée par Massinissa, Igilgili est incorporée au royaume de Numidie. Elle demeure successivement sous l'obédience de son fils Micipsa, puis sous celle de son petit-fils Jugurtha.
À la suite de la défaite de Jugurtha face aux forces romaines en 105 av. J.-C., la cité s’insère dans l’orbite politique du royaume de Maurétanie, entité berbère alors placée en situation de dépendance clientélaire vis-à-vis de Rome, et s’étendant sur le nord de l’actuel Maroc ainsi que sur une large partie centrale et occidentale de l’Algérie contemporaine. La capitale de ce royaume est d’abord fixée à Volubilis, puis transférée à Iol, correspondant à l’actuelle Cherchell, sous le règne de Juba II. Par la suite, le territoire est absorbé par l’autorité romaine et constitué en colonie sous l’impulsion d’Octave Auguste en 33 av. J.-C., la cité étant alors dotée d’institutions municipales de type sénatorial analogues à celles des centres urbains majeurs de l’Empire. Dès cette réorganisation, ses habitants bénéficient de la pleine citoyenneté romaine. Avec l’achèvement de la conquête romaine de l’ensemble de l’Afrique du Nord, Igilgili est intégrée successivement aux circonscriptions administratives de la province de Maurétanie césarienne, puis de la Maurétanie sétifienne. La notoriété de la cité est attestée à cette époque par sa mention dans les travaux du géographe Claude Ptolémée.
L'évangélisation d'Igilgili et de son hinterland s'intensifie de manière prégnante au siècle de l’ère chrétienne, corollaire de la reconnaissance institutionnelle du culte par l'empereur Constantin . Bien que des îlots de prosélytisme soient attestés dès le siècle, ce basculement confessionnel s’opère alors à l’échelle de la cité entière. La cité demeure sous l'égide de l'Empire romain jusqu'à l'assaut et la dévastation de 429, menés par les Vandales. Ces peuplades germaines, issues des régions septentrionales de l'actuelle Allemagne, transitent par la péninsule Ibérique puis franchissent le détroit de Gibraltar afin d'ériger un royaume en Afrique du Nord. Détenteurs du pouvoir temporel, ils s'opposent au catholicisme et imposent l'arianisme. Cette christologie, alors prédominante chez les peuples fédérés, postule une hiérarchie ontologique au sein de la divinité : Jésus y est perçu comme une créature subordonnée, un envoyé céleste dénué de consubstantialité avec le Père. Une partie de l'historiographie conjecture que l'implantation de ce dogme favorise, par un phénomène de sédimentation doctrinale, l'expansion ultérieure de l'Islam au siècle. Le rejet de la Trinité, l'affirmation d'un monothéisme rigoureux et le refus de la nature divine du Christ constituent en effet des points de convergence théologique facilitant la transition entre ces deux systèmes de croyanceHistoire du christianisme en Afrique, Dominique Arnauld.
L’année 533 marque la réincorporation de la cité au sein de l’Empire romain d’Orient. Cette reconquête byzantine, appuyée par les strates autochtones romanisées, scelle le déclin irréversible de l’hégémonie vandale. Les membres de cette ancienne aristocratie guerrière subissent alors une triple destinée : l’exil, la dissolution par métissage au sein du corps social local, ou l’enrôlement au sein des effectifs militaires impériaux. Sous l’égide de Constantinople, les autorités s’attachent à la restauration des structures de l’orthodoxie catholique et du mode de vie latin, bien que la persistance de l’hérésie arienne demeure ponctuellement attestée. À l’aube de l’expansion omeyyade et de l’introduction de l’islam à la fin du siècle, la configuration sociodémographique d'Igilgili présente une dualité marquée. L’enceinte urbaine abrite encore des cadres administratifs byzantins ainsi qu’une population afro-romaine, latinisante et fidèle au dogme catholique. En revanche, l'espace suburbain et rural est dévolu aux Kutama — dénommés Ucutamani dans la nomenclature byzantine. Ces populations agraires, rétives à la romanisation linguistique et conservant l'usage du berbère, professent une mosaïque de croyances : catholicisme, arianisme, judaïsme ou encore des rites relevant des cultes ancestraux libyqueshttp://benizoundai.dzblog.com/article-35493555.html.
Moyen Âge islamique (698-1514) Vers 650, les premiers contingents de cavalerie issus de l’expansion islamique font leur apparition dans la région. En 698, la reine berbère Kahina est vaincue par les forces du général arabe Hassan Ibn Numan. À la suite de cet épisode, la cité d’Igilgili est rebaptisée Jijel et intégrée, aux alentours de 700, au califat omeyyade. La population locale, alors majoritairement chrétienne, se convertit avec une célérité notable à l’islam ; dès la fin du siècle, la région apparaît déjà très largement islamisée. Parallèlement, la langue arabe s’y diffuse progressivement, supplantant d’abord le latin en usage à Jijel, puis, au fil des siècles, les parlers berbères dans son arrière-pays. À la suite de la chute du califat omeyyade en 750, la ville passe sous l’autorité des Abbassides, avant d’être intégrée, à partir de 800, au domaine des Aghlabides, dynastie arabe installée à Kairouan et placée sous la suzeraineté nominale des Abbassides de Bagdad.
Au début du siècle, le missionnaire ismaélien Abū ʿAbd Allāh, originaire du Yémen, diffuse la doctrine chiite dans la région de Jijel et y impulse une dynamique de contestation qui conduit les populations locales à se soulever contre l’émirat aghlabide. Ce mouvement insurrectionnel, progressivement structuré, aboutit en 909 à l’effondrement de la dynastie aghlabide, renversée par les Berbères Kutama convertis au chiisme ismaélien et mobilisés sous son influence. Dans ce contexte de recomposition politique, Ubayd Allāh al-Mahdī fonde la dynastie fatimide, laquelle établit ultérieurement son autorité en Égypte et constitue, à son apogée, un ensemble territorial d’ample extension s’étendant du Maghreb occidental jusqu’au Hedjaz.