Guillaume Tell ( ; ; ) est un héros légendaire des mythes fondateurs de la Suisse.. Son histoire est évoquée pour la première fois dans le livre blanc de Sarnen et dans le .

Selon les écrits, en 1307, Hermann Gessler, bailli impérial de Schwytz et d'Uri fait ériger un mât surmonté de son chapeau, et exige que les habitants le saluent comme s'il était effectivement présent. Guillaume Tell passe devant le chapeau en l'ignorant. Gessler le condamne alors à tirer un carreau d'arbalète dans une pomme posée sur la tête de son fils (Walter). Par la suite, Tell tue Gessler d'un carreau d'arbalète en plein cœur alors qu'il passait dans le chemin creux () situé entre Küssnacht et Immensee.

Le récit a donné lieu à de nombreuses controverses historiques portant sur son authenticité. Aujourd'hui, l'histoire est tenue comme une légende dont on retrouve des éléments dans les de Saxo Grammaticus.

Le récit traditionnel D'après le Livre blanc de Sarnen (1474), « le Tall » (écrit Thäll dans celui-ci)« Le Tall » signifie « le Simple » ou « le Sans manière » : Georges Andrey, Histoire de la Suisse, , collection « Pour les Nuls », Éditions First, 2007. Alfred Berchtold propose « le simplet, le fada, la brute authentique ou simulée » (Guillaume Tell. Résistant et citoyen du monde, ). est un homme honnête qui avait juré avec Stauffacher et d'autres partisans de résister aux seigneurs. À cette époque, sous l'empereur Albert de Habsbourg, les baillis établis par son père Rodolphe Ier de Habsbourg se livrent à des exactions. Le Selon le récit d'Aegidius Tschudi, cité par Jean-François Bergier ()., l'un de ces baillis, Hermann Gessler, fait ériger un poteau sur la place des Tilleuls à Altdorf et y accroche son chapeau, obligeant tous les habitants à se courber devant le couvre-chef. Or, le dimanche Meyers Konversations-Lexikon, Verlag des Bibliographischen Instituts, Leipzig und Wien, édition, 1885–1892, entrée à "Tell", du volume 15.François Walter, Histoire de la Suisse : 1. L'invention d'une confédération (s), Édition Alphil, Neuchâtel, 2010, ., « le Tall » passe plusieurs fois devant le poteau coiffé sans faire le geste exigé. Dénoncé, il comparaît dès le lendemain devant Gessler. L'accusé invoque alors sa simplicité, sa distraction et le fait qu'il ignorait l'importance qu'avait le geste pour le bailli.

Gessler lui ordonne alors de percer d'un carreau d'arbalète une pomme posée sur la tête de son propre filsGeorges Andrey, Histoire de la Suisse, 73.. En cas d'échec, l'arbalétrier sera mis à mort. Malgré ses supplications, le bailli reste intraitable. Tell s'exécute et coupe le fruit en deux sans toucher l'enfant.

Or, Gessler, ayant vu Tell dissimuler un second carreau sous sa chemise, lui en demande la raison. Tell prétend d'abord qu'il s'agit d'une simple habitude. Mais le bailli encourage Tell à parler sincèrement en lui garantissant la vie sauve. Tell répond alors que si le premier trait avait manqué sa cible, le second aurait été droit au cœur du bailli. Gessler fait arrêter Guillaume Tell sur-le-champ. On l'enchaîne et confisque son arme. On l'emmène d'abord à Flüelen, où l'on embarque pour Brunnen avant de mener le prisonnier au château du bailli à Küssnacht, où Tell doit finir ses jours dans une tour. Mais, au cours de la traversée du lac des Quatre-Cantons, une tempête menace la frêle embarcation.

Tell, qui connaît le mieux la manœuvre, est chargé d'assurer la conduite de la barque jusqu'au rivage. Arrivé à proximité, il bondit à terre au lieu-dit , près de Sisikon, et repousse la barque d'un coup de pied. Ce fait est commémoré dans la chapelle de Tell, dont la première aurait été érigée sur le site en 1388. Par la suite, Tell tue le bailli dans le chemin creux entre Immensee et KüssnachtLégende de Guillaume Tell, comment gagner la liberté.

Selon Aegidius Tschudi, cet épisode se produit deux mois avant « l'incendie des châteaux » (), un autre épisode légendaire qui marque la rébellion des Suisses contre les ducs d'Autriche. Selon Tschudi, le tyrannicide de Tell est diversement apprécié par les chefs du soulèvement..

Variantes Le récit de Tschudi connaît de nombreuses variations. Selon l'une d'entre elles, Guillaume Tell meurt noyé sur ordre de Gessler, selon une autre, c'est sur la , juste après avoir débarqué qu'il tue le bailli

Le mythe

Le mythe emprunte des éléments à l'histoire et à l'imaginaire. On retrouve une légende semblable, l'histoire de Palnatoki chez Saxo Grammaticus. Mais selon l'historien suisse Jean-François Bergier, qui lui a consacré un livre : . Bergier ajoute : « Il est singulier, d'autre part, d'observer que les récits en question, à la différence de presque toutes les légendes médiévales, ne font aucune place, à aucun moment, au merveilleux, au surnaturel. Ils ne sont peut-être pas réels. Mais ils sont remarquablement réalistes ».

Sa naissance

La naissance littéraire du mythe est mal connue. Le Livre blanc de Sarnen, La Ballade de Tell ou La Chronique d’Etterlin datent de la fin du et semblent être originaires des environs du lac des Quatre-Cantons. Tout semble donc situer le retour de Guillaume Tell d’abord dans son propre pays, où son souvenir avait été déformé, idéalisé, mais pas perdu. Mais

. Il est amené à assumer deux fonctions. Une fonction de rassemblement tout d’abord dans une alliance où l’esprit confédéral est menacé par les particularismes politiques, les intérêts économiques et bientôt les divergences confessionnelles. La deuxième fonction du mythe est la légitimation morale et politique de la Confédération par rapport à l’Empire dont elle fait encore formellement partie. Le mythe se porte ici au secours d’un idéal d’indépendance.

En 1565, paraît à Bâle Les Héros de la nation allemande de Heinrich Pantaleon (1522–1595). Il y fait apparaître côte à côte Guillaume Tell et le tireur danois Toko qu’il a découvert chez Saxo Grammaticus. C'est à partir de ce rapprochement que naît au et surtout au le doute sur l’authenticité historique du héros national suisse. Au néanmoins, le mythe triomphe que ce soit en Suisse centrale ou dans les autres cantons de la Confédération.

Aux Deux conceptions de Guillaume Tell dominent. Le peuple voit en lui un homme du peuple qui a libéré jadis le pays de l'oppresseur. Les classes dirigeantes ont une vision plus politique et voient en lui un rassembleur qui met en évidence la légitimité politique de la Confédération.

Guillaume Tell a, en outre, gardé une neutralité religieuse totale durant cette longue période de querelles confessionnelles. Son image est omniprésente sur les peintures, les gravures et les autres supports. Au , le mythe évolue, Tell devient le rassembleur des esprits, le catalyseur de l’identité nationale et l’éducateur civique. Une mission qu’il exerce durant tout le et le .

En 1653, les paysans des préalpes lucernoises et bernoises le placent en héros de leur jacquerie.. À la fin du , Guillaume Tell prend la tête du mouvement révolutionnaire en Suisse en tant que représentation de l’homme du peuple, symbole de la liberté contre l’oppression aristocratique. Les révolutionnaires français confisquent le héros : les jacobins par exemple glorifient à travers Tell le tyrannicide et justifient la Terreur. Il rentre donc en Suisse en 1798 dans les bagages des armées françaises. L'enthousiasme révolutionnaire pour le héros est tel que le général Brune qui projette la partition de la Suisse en trois Républiques veut nommer l'une d'elles « Tellgovie ».. Enfin, la carrière de Tell s’internationalise avec la publication notamment du drame de Friedrich Schiller (1804) qui enrichit l’intrigue par de nombreux ajouts et lui donne une valeur universelle. La Suisse lui fait un triomphe..

Au début du , Tell est également revendiqué par divers partis politiques et mouvements sociaux, sauf sans doute les conservateurs catholiques revenus au pouvoir lors de la Restauration. En 1835, Joseph Kopp, un savant lucernois aux sympathies autrichiennes, met son érudition au service de son gouvernement « restauré ». Il tente dans un ouvrage très détaillé de mettre en cause la véracité de toutes les légendes.. Guillaume Tell retrouve un rôle à sa mesure en 1848 avec l’avènement de la Constitution et de l’État fédéral, quand se fait sentir le besoin de raffermir l’identité nationale.

Authenticité du héros mise en doute La dispute des historiens autour de Tell, de l’authenticité des gestes que la tradition lui attribue et des sources fut longue, mais ces polémiques n’ont cependant que peu touché la conscience populaire. Malgré leur érudition, les historiens n’ont pas non plus échappé aux préjugés idéologiques, politiques et culturels de leur époque.

Le doute était né au , d’abord dans les cercles du rationalisme critique inspirés par Voltaire. Lui-même avait du reste jugé suspecte l’histoire de Guillaume Tell. En Suisse, le pasteur Uriel Freudenberger dénonce dans un livre la « fable danoise » (1760), alors que le Lucernois Joseph-Antoine-Félix Balthasar publie une Défense de Guillaume Tell qui assure le succès de sa carrière et les remerciements du gouvernement uranais..

Guillaume Tell reste cependant un héros symbole de la lutte pour la liberté : ainsi, la commune française de Château-Guillaume dans l'Indre (aujourd'hui Lignac) change de nom pour Guillaume-Tell en 1793Charles Bouyssi, Communes et paroisses d’Auvergne, mis en ligne en 2002 , consulté le 18 novembre 2008.

La dispute renaît au à partir des mêmes arguments. Ce sont les conservateurs catholiques qui attaquent le héros ; les historiens libéraux et radicaux prennent sa défense. Entretemps, la science historique a beaucoup progressé. Influencée par le positivisme, elle rejette tout ce que les documents ne peuvent vérifier matériellement et appelle au verdict des archives. C’est avec une grande rigueur critique que Kopp par exemple tente de démontrer que rien ne permet de confirmer l’authenticité historique de Guillaume Tell. Pour nombre d’historiens de cette période, il ne s’agit que de fables et de légendes.

Peter Bietenholz émet l'hypothèse que « dans la seconde moitié du quinzième siècle, le mythe scandinave » de Palnatoki « a été surimposé au vague souvenir d'événements qui avaient eu lieu à Uri deux siècles auparavant ». Les anciens chroniqueurs suisses n'auraient rien inventé : ils ont collecté les informations pour relier le récit de Tell au contexte de la rébellion contre les Habsbourg.

En tout cas, Guillaume Tell n’a cessé d’exciter les esprits. Il constitue une sorte de référence implicite, toujours présente et à laquelle les Suisses peuvent constamment se référer, encouragés en ceci par la popularité du personnage à l’étranger. Tant que l’authenticité du héros n’était pas mise en doute, le mythe gardait un caractère construit, entretenu et fonctionnel. Tell était le garant de l’indépendance, le défenseur des libertés, le rassembleur du peuple et le porte-parole de valeurs dont les Suisses étaient fiers.

Personnage de légende