vignette|Mort d'Orphée, stamnos à figures rouges d'Hermonax, , musée du Louvre (G 416). vignette|Orphée charmant les bêtes sauvages avec sa lyre, sarcophage du , musée archéologique de Thessalonique (Inv. 1246).
Orphée (en grec ancien ) est un héros de la mythologie grecque, fils du roi de Thrace Œagre et de la muse Calliope. Poète et musicien (son instrument est la lyre), il était parfois considéré comme un prophète et a inspiré un mouvement religieux appelé « orphisme », qui était lié aux pythagoriciens et aux mystères dionysiaquesInterview de Jean-Pierre Vernant, TDC .. Orphée a fait partie des Argonautes ; sa descente aux Enfers et son échec à ramener son épouse Eurydice dans le monde des vivants ont façonné son mythe.
Si la plupart des auteurs antiques s'accordent sur l'existence historique d'Orphée., pour Aristote, Orphée n'a jamais été poète. Selon lui, l’auteur des hymnes orphiques se nomme Cercops.Cicéron, De Natura Deorum (, 107).. Orphée est évoqué dans un poème d'Ibycos, au . La légende d'Orphée est liée à la religion des mystères ainsi qu'à une littérature sacrée. Il enseigna les initiations, et à s'abstenir des meurtres par l'instauration des expiations, ; , 36..
Orphée inspirera les artistes. En 1912, Guillaume Apollinaire identifie un mouvement artistique basé sur la musique et l’abstraction qu'il appelle orphisme, proche du cubisme. On peut y rattacher les peintres Robert et Sonia Delaunay, Fernand Léger, Picabia, Marie Laurencin et Marcel Duchamp.
Il semblerait que le mythe d'Orphée ne soit pas propre à la seule culture de la Grèce antique, et qu'il ait des origines plus anciennes, peut-être paléolithiques. Cela a été remarqué dès la fin du par le philologue Charles-Félix-Hyacinthe Gouhier, lequel indiquait un récit semblable chez les Iroquois : « Nous verrions volontiers, dans son voyage aux enfers à la recherche d’Eurydice, une légende remontant jusqu’aux temps paléolithiques et qui, à une époque impossible à préciser, aura été transportée au Canada »..
Étymologie Orphée proviendrait du mot grec orphen qui signifie « obscurité », une autre interprétation associe son nom à Ophreus que l’on peut traduire par « le renfrogné ». Enfin, il y a une étymologie datant de la fin de l’époque impériale romaine, celle de Fulgence, grammairien latin du Ve siècle apr. J.-C., qui soutenait que le nom Orphée venait de oreafone c’est-à-dire « la plus belle voix ».
Mythe vignette|Généalogie d'Orphée. Orphée est le fils du roi Œagre et de la muse Calliope, il savait par les accents de sa lyre charmer. les animaux sauvages et parvenait à émouvoir les êtres inanimés. Il fut comblé de dons multiples par Apollon. La légende raconte qu'il ajouta deux cordes à la traditionnelle lyre à sept cordes que lui donna le dieu, en hommage aux neuf muses, auxquelles appartenait sa mère. Il passe pour être l'inventeur de la cithare..
Selon les Histoires incroyables 33. de Palaiphatos, Orphée n'a jamais dompté les animaux de sa harpe, comme le prétend le mythe. Les Ménades en délire mettaient en pièces les troupeaux de Piérie, commettant de nombreux actes de violence avant de s'en retourner dans les montagnes pour y rester pendant des jours. Orphée fut chargé d'imaginer un moyen de les faire revenir chez elles. Orphée, après avoir sacrifié à Dionysos, les fit descendre des montagnes en jouant de la lyre, par deux fois : la première fois, tenant à la main le thyrse, elles arrivaient de la montagne, couvertes par des feuillages d'arbres de toute espèce. La légende naquit selon laquelle Orphée, au son de sa lyre, faisait descendre de la montagne même la forêt. Voyageur, il participa à l'expédition des Argonautes. Il y faisait office de « chef de nage » : il donnait par son chant la cadence aux coups de rame des autres héros. Son chant permit également à l'expédition de résister au danger du chant des sirènes, dont il parvint à surpasser le pouvoir de séduction. Il se rendit jusqu'en Égypte, puis revint en Grèce ; ce fut le but des expiations, dont il établit l'usage . , c. 36..
Mort d'Eurydice et descente aux Enfers Le jour même de ses noces avec Orphée, la dryade Eurydice, fuyant Aristée qui l'importune, est mordue par un serpent caché dans les hautes herbes. Elle en meurt et descend au royaume des Enfers. Orphée, inconsolable, y descend à sa suite et après avoir endormi de sa musique enchanteresse Cerbère, le monstrueux chien à trois têtes qui en garde l'entrée, et les terribles Euménides, peut approcher le dieu Hadès, et son épouse Perséphone. Il parvient, grâce à sa musique, à le faire fléchir, et celui-ci le laisse repartir avec sa bien-aimée à la condition qu'elle le suive en silence et qu'il ne se retourne ni ne lui parle tant qu'ils ne seront pas revenus tous deux dans le monde des vivants. Alors qu'il s'apprête à sortir des Enfers, Orphée, n'entendant plus les pas de sa bien-aimée, ayant peur que son amour lui échappe et impatient de la voir, se retourne imprudemment, la perdant à jamaisCette version du mythe est rapportée par Virgile au des Géorgiques (vers 454-493)..
Une autre version veut que lors de la remontée des Enfers, Orphée se rassure de la présence d'Eurydice derrière lui en écoutant le bruit de ses pas. Parvenus dans un endroit où règne un silence de mort, Orphée s'inquiète de ne plus rien entendre et craint qu'il ne soit arrivé un grand malheur à Eurydice. Sans plus attendre, il décide de se retourner et la voit disparaître aussitôt.
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Mort d'Orphée vignette|Marc Leriche, Orphée suppliant Charon (1914), plâtre, musée des Beaux-Arts de Lyon. vignette|upright=2|La tête et la lyre d'Orphée rejetées par les vagues sur les rives de Lesbos, par Gustave Courtois (1875).
Orphée se montra par la suite inconsolable. De nombreuses versions de sa mort circulentPierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, PUF, 1951, article Orphée. : selon Pausanias, il fut foudroyé par Zeus pour avoir révélé des mystères divins aux hommes qu'il initiait, , 30, 5. ; selon Strabon, il aurait trouvé la mort dans un soulèvement populaire, , 18. ; la version la plus courante est que les Bacchantes (ou Ménades) éprouvèrent un vif dépit de le voir rester fidèle à Eurydice et le déchiquetèrent.
Salomon Reinach évoque à propos de la mort d'Orphée le sparagmos et le cannibalisme sous-entendu. Sa tête, jetée dans l'Hèbre, fleuve de Thrace, vint se déposer sur les rivages de l'île de Lesbos, terre de la Poésie, où existait un oracle d’Orphée dans une grotte..
Les Muses, éplorées, recueillirent les membres d'Orphée pour les enterrer au pied du mont Olympe, à Leibèthres, en Thessalie. Après avoir ramassé tous les morceaux du corps d’Orphée, elles prirent sa lyre, mais ne sachant à qui la donner, elles demandèrent à Zeus de placer l’instrument dans le ciel, en hommage au poète et à la musique. Zeus accepta la requête et ainsi fut créée la constellation de la Lyre. On prétendait que sa tête continuait parfois à chanter dans son tombeau, symbole de la survie posthume du poète par son chantGilbert Durand, Les nostalgies d'Orphée. Petite leçon de mythanalyse dans Religiologiques , Orphée et Eurydice, mythes en mutation publié sous la direction de Mekta Zupancic, Printemps 1997..
D'après Ovide, Lyaéus (Bacchus), affligé de la perte du chantre, attacha au sol, par de tortueuses racines, toutes les femmes édoniennes présentes à la mort d'Orphée, et elles furent métamorphosées en arbres.
Sépulture Il circulait en Thessalie une légende au sujet de la tombe d'Orphée. Un oracle de Dionysos avait prédit que si les cendres d'Orphée étaient exposées au jour, un porc ravagerait la cité. Les habitants se moquèrent de cette prédiction, mais un jour, un berger s'endormit sur la tombe d'Orphée et, tout en rêvant, se mit à chanter les hymnes du poète. Les ouvriers présents dans les champs voisins accoururent aussitôt en grand nombre ; ils se bousculèrent tant qu'ils en vinrent à éventrer le sarcophage du poète. La nuit venue, un violent orage éclata, la pluie tombait abondamment et la rivière en crue inonda la ville et ses principaux monuments. La rivière en question est la Sys ; son nom signifie porcPierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, PUF, 1951, ..
Une famille sacerdotale athénienne, les Lycomides, connaissaient et chantaient les hymnes lors de mystères (214).
Rôle religieux en Grèce antique : l'orphisme C'est autour de ce mythe que se fonda l'orphisme, courant philosophique et religieux fondé sur l'initiation dont la descente d'Orphée aux enfers est le modèle. Orphée passait parfois pour le fondateur des mystères d'Éleusis avec Dionysos. Ces mouvements disparurent avec le polythéisme olympien vers le . Orphée est également parfois considéré dès l'Antiquité comme un mage ou un sorcierFabienne Jourdan, « Orphée, sorcier ou mage ? » in Revue de l'Histoire des religions, 2008, Armand Colin .. Une tradition antique dit qu'Onomacrite a retranscrit les doctrines d'Orphée en vers.
Évocations artistiques après l'Antiquité vignette|Gustave Moreau, Jeune fille thrace portant la tête d'Orphée, 1865, musée d'Orsay.
Opéras et ballets 1600 : L'Euridice, favola drammatica de Giulio Caccini et Jacopo Peri ; 1602 : Euridice, opéra de Giulio Caccini ; 1607 : L'Orfeo, opéra de Claudio Monteverdi ; 1619 : La morte d'Orfeo, opéra de Stefano Landi ; 1627 : Orfeo dolente, opéra de Domenico Belli : 1638 : Ballett von dem Orpheus und der Euridike, ballet de Heinrich Schütz ; 1647 : Orfeo, opéra de Luigi Rossi ; 1659 : Orpheus von Thracien, opéra de Johann Jakob Löwe ; 1672 : Orfeo, opéra d'Antonio Sartorio ; 1683 : Orpheus und Eurydice, der Hölle-stürmenden Liebes-Eifer, Singspiel de Johann-Philip Krieger ; 1686 : La Descente d'Orphée aux enfers H.488, opéra de Marc-Antoine Charpentier ; 1690 : Orphée, opéra de Jean-Baptiste Lully et Louis Lully ; 1697 : Orpheus and Uridice, masque de George Weldon ; 1698 : Orpheus, Singspiel de Reinhard Keiser ; 1715 : Orfeo ed Euridice, opéra de Johann-Josef Fux ; 1726 : Orpheus oder die wunderliche Beständigkeit der Liebe, opéra de Georg Philipp Telemann ; 1749 : I lamenti d'Orfeo', opéra de Giovanni Alberto Ristori ; 1750 : Euridice, pasticcio de Georg Wagenseil ; 1752 : L'Orfeo, opéra de Carl-Heinrich Graun ; 1763 : Orfeo ed Euridice, opéra de Florian Johann Deller ; 1764 ? : La Mort d'Orphée, tragédie lyrique de Antoine Dauvergne sur un livret de Marmontel ; 1770 : Orphée et Euridice ou La descente d'Orphée aux enfers, opéra de Josef Starzer ; 1762 : Orfeo ed Euridice : Orphée et Eurydice (version de Vienne) ; 1774 (version de Paris), opéra de Christoph Willibald Gluck ; 1775 : Orfeo ed Euridice, opéra d'Antonio Tozzi ; 1776 : Orfeo ed Euridice, opéra de Ferdinando Bertoni ; 1781 : Orfeo, ballet en cinq actes de Joseph Schuster ; 1784 : Orfeo ed Euridice, opéra de Tommaso Giordani ; 1786 : Orpheus og Eurydike (Copenhague), opéra de Johann Gottlieb Naumann ; 1791 : L'anima del filosofo ossia Orfeo ed Euridice, opéra de Joseph Haydn ; 1858 : Orphée aux Enfers, opéra-bouffe de Jacques Offenbach ; 1913 : Orphée, mimodrame de Roger-Ducasse ; 1924 : Les Malheurs d'Orphée, opéra de Darius Milhaud ; 1926 : , opéra d'Ernst Krenek ;
1934 : , opéra en un acte d'Alfredo Casella ; 1947 : , drame musical de Vinícius de Moraes ; 1947 : Orpheus, ballet d’Igor Stravinsky ; 1953 : Orphée 53, opéra de Pierre Schaeffer et Pierre Henry ; 1970 : Orfeo 9, opéra rock de Tito Schipa Jr. ; 1975 : Orpheus und Eurydike - Orphée et Eurydice, chorégraphie de Pina Bausch d'après l'opéra de Christoph Willibald Gluck ; 1978 : Orpheus, eine Geschichte in 6 Szenen (2 Akten) de Hans Werner Henze ; 1981-1983 : Orpheus behind the wire, pour chœur mixte de quatre à douze voix, de Hans Werner Henze ; 1991 : Orphée abymé, opéra bouffe de chambre vidéo de Paul-Baudouin Michel ; 1993 : Orphée, opéra de chambre de Philip Glass ; 2001 : Orfeo a Fumetti, opéra de chambre de Filippo del Corno ;