Manifestation de la religion populaire, le sanctuaire à répit est un type de lieu saint rencontré en pays de tradition catholique. Selon la croyance populaire en certaines provinces, le « répit » est, chez un enfant mort-né, un retour temporaire à la vie le temps de lui conférer le baptême avant la mort définitiveStéfan Tzortzis et Isabelle Séguy, « Pratiques funéraires en lien avec les décès des nouveau-nés », Socio-anthropologie [En ligne], | 2008, mis en ligne le 14 octobre 2009, consulté le 10 novembre 2011.. Ayant été baptisé, l’enfant pourra de ce fait entrer en paradis au lieu d’errer éternellement dans les limbes où il serait privé de la vision de Dieu. Le répit n’est possible qu’en certains sanctuaires, le plus souvent consacrés à la Vierge dont l’intercession est nécessaire pour obtenir un miracle.
Répartition géographique et religieuse des sanctuaires à répit Les sanctuaires à répit ont fonctionné de la fin du à la Première Guerre mondiale en Europe occidentale. Il en a été comptabilisé 277 en France, 56 en Belgique, 14 en Allemagne du Sud, 38 en Autriche, 30 en Suisse, 42 en Val d’Aoste et Piémont. La Réforme ayant condamné cette pratique, cela explique l'absence totale de ces sanctuaires en pays protestantJacques Gélis, Mort-nés et parents dans l’Europe chrétienne.
Alors que le dogme catholique du baptême demeure le même qu'ailleurs, la France occidentale ne connaît pas le répit (sauf à Sainte-Anne-d'Auray ou Saint-Martial de Limoges ou Saint jean de Côle en Dordogne), tout comme la péninsule Ibérique et une grande partie de l'Italie. Jacques Gélis explique cet état de fait par la pratique d'autres rites, comme celui du qui était en usage en Galice.. Des femmes enceintes, qui avaient une grossesse à risque, se retrouvaient, à minuit, sur un pont, au pied d'une croix pour y être ondoyées d'eau bénite.
La pratique du répit thumb|left|Notre-Dame de la Bonne Nouvelle, vierge miraculeuse de Montaigut.|alt= thumb|Pèlerinage à Longeborgne (Valais), en 1868.|alt= thumb|left|Nécropole rupestre pour les enfants morts après suscitation à l'église Saint-Pantaléon (Vaucluse).|alt= thumb|Enterrement d’un nouveau-né près d'un sanctuaire à répit, miniature du .|alt= thumb|Enguerrand Quarton : rare représentation du limbus puerorum (limbe des enfants) dans le Couronnement de la Vierge (1454).|alt= explique l'historienne Marie-France Morel. Car, expliquait-on, tout enfant baptisé avant sept ans n'avait pas péché et son âme allait directement au ciel. Devenu un ange proche de Dieu, il pouvait alors assurer le salut de ses parents. L'Église avalisait cette croyance. La mort d'un enfant était un gage d’espérance célébré par des chants d'action de grâces. Dans le rituel pas de noir, mais du blanc, pas de glas, mais un carillon joyeux. Il en va tout autrement lorsque la mort surprenait le petit qui n'avait pas reçu le baptême.
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Au chagrin de perdre un enfant s'ajoutait pour les parents l'impossibilité de le faire baptiser. Ce refus du baptême était grave puisqu'il condamnait le petit mort aux Limbes et l'interdiction de le faire inhumer dans le cimetière paroissial. Les Limbes étaient ce lieu intermédiaire entre le Purgatoire et le Paradis inventé par les théologiens au .
Les supplications de la mère poussaient des proches, accompagnés d'un parrain et d'une marraine, à transporter le petit cadavre jusqu'à un sanctuaire à répit. L'enfant mort-né était souvent apporté dans les heures suivant l’accouchement. Arrivé au sanctuaire, le corps du bébé était exposé sur un autel, le plus souvent celui de la Vierge qui permettait la « ressuscitation » de l'enfant. Dès lors, des prières ferventes étaient psalmodiées par tous les assistants, auxquels se joignent généralement un ou plusieurs prêtres attachés au sanctuaire. Tout le temps de l’exposition, l'assistance guettait un signe de vie : un épanchement, une chaleur, une couleur vermeille qui montait au visage (notamment aux joues ou aux lèvres), un membre ou la poitrine qui semblait bouger. Quelquefois, on plaçait une plume sur les lèvres du bébé et le mouvement de l'air provoqué par la chaleur des cierges laissait croire qu'il se mettait à respirer. Matrones ou médecins, en qui le curé avait confiance, pouvaient être invités à témoigner de la réalité de ces signes de vie que les assistants prétendaient reconnaître alors qu'ils correspondaient souvent à une réalité clinique (signes post-mortem chez l'enfant mort-né : disparition de la rigidité cadavérique, méconium inondé de bile qui est pris pour du sang…). Si l'un de ces événements survenait, le répit ne durant que quelques minutes, l'enfant était immédiatement baptisé par un des prêtres présents et l'enfant, devenu chrétien, entrait dans le sein de l'Église.
La mort définitive survenait peu après, mais l'assistance était soulagée : l’âme de l’enfant, sortie du limbus puerorum, était désormais en paradis. L'ensevelissement du corps, après cette « seconde mort », reste moins détaillé car les sources sont fort discrètes sur ce point. Après que le curé du lieu ait consigné le miracle dans ses registres, il était enterré en général sur place. À Avioth et à l'église Saint-Pantaléon (Vaucluse), par exemple, un coin particulier du cimetière était consacré aux enfants ayant bénéficié d’un répit.
Le premier sanctuaire à répit semble avoir été celui de Blandy-les-Tours où les archéologues ont découvert autour du chevet d'une chapelle anonyme qui se situait à l’emplacement de l'actuel château plus de 70 tombes de fœtus et de nouveau-nés datées du Château de Blandy-les-Tours. Comme à l'église de Kintzheim, au moment d'un baptême, les parents enterraient le petit corps sous le chéneau de la gouttièreLa mort et le salut spirituel du nouveau-né. Essai d'analyse et d'interprétation du « sanctuaire à répit » ()August Lamb, Uber den Aberglauben im Elsass, Strasbourg, 1880., l'eau de pluie étant censée le baptiser. Quant à la première manifestation reconnue, elle date de 1387, et eut lieu à Avignon, sur le tombeau du cardinal Pierre de Luxembourg. Les archives des sanctuaires à répit les plus célèbres ont conservé des centaines de témoignages de ces faits jugés miraculeux, consignés par des prêtres : 459 cas à Faverney, de 1569 à 1593 ; 138 cas entre 1573 et 1625 à Notre-Dame d'Avioth ; 336 entre 1666 et 1673 dans la chapelle Notre-Dame de Beauvoir, à Moustiers-Sainte-Marie, le chiffre descendit à 63 enfants à Notre-Dame du Noyer à Cuiseaux, entre 1702 et 1867, quand l'attitude de l'Église s'assouplit.
Les fouilles archéologiques apportent des renseignements inédits. Selon l'évêque de Constance Otto von Sonnenberg (1450-1491), qui n'était pas favorable au répit, plus de petits défunts furent amenés à Oberbüren, près de Berne. Ce sanctuaire ayant été rasé de 1528 à 1532, après le passage des Bernois protestants, cela a permis aux archéologues de faire, dans le cimetière qui jouxtait l'église, des fouilles de 1992-1997. Ils exhumèrent seulement 250 squelettes d'enfant mesurant entre 15 et 47 centimètres et purent dresser une statistique des âges des mort-nés, un tiers étaient des prématurés ou des avortons.
Il ne semble pas qu’il y ait eu supercherie ou hallucination collective dans ces récits, mais interprétation erronée de phénomènes physiques dus au processus de décomposition des petits cadavres bien étudié par la médecine légale du : ramollissement, coloration, saignements, bruit des viscères. Pour les témoins, quelque chose d’extraordinaire se produisait.
Quelques sanctuaires à répit Alsace + Sanctuaires à répit en Alsace Sanctuaire à répit Département Commune Géolocalisation Monument historique Illustration Collégiale Saint-Thiébaut Haut-Rhin Thann 150px Ancienne église Saint-Mauriceaujourd'hui église Saint-Martin Bas-Rhin Kintzheim 150px
Auvergne + Sanctuaires à répit en Auvergne Sanctuaire à répit Département Commune Géolocalisation Monument historique Illustration Notre-Dame de Layredite des Sept Douleurs Puy-de-Dôme Ambert 150px Tombeau du Père Gachonà la chapelle de l'hôpital Puy-de-Dôme Ambert 150px Notre-Dame d'Arfeuilles Allier Arfeuilles 150px Notre-Dame-de-la-Faye Haute-Loire Aurec-sur-Loire 150px Notre-Dame de Vassivière Puy-de-Dôme Besse-et-Saint-Anastaise 150px Notre-Dame de la Fontsainte Puy-de-Dôme Égliseneuve-d'Entraigues 150px Notre-Dame de Banelle Allier Escurolles 150px Oratoire de Notre-Dame-de-Bel-Air Puy-de-Dôme Fournols 150px Notre-Dame Trouvée Haute-Loire Lavoûte-Chilhac 150px Notre-Dame du Puycathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation Haute-Loire Le Puy-en-Velay 150px Notre-Dame de La Roche Puy-de-Dôme Mayres 150px Notre-Dame-de-la-Bonne-Nouvelle Puy-de-Dôme Montaigut 150px Basilique Notre-Dame d'Orcivaldite Notre-Dame des Fers Puy-de-Dôme Orcival 150px Abbaye Saint-Gilbert de Neuffontaines Allier Saint-Didier-la-Forêt 150px Notre-Dame de Beaune-le-Chaud Puy-de-Dôme Saint-Genès-Champanelle 150px Prieuré Saint-Mayeul Allier Souvigny 150px
Bourgogne + Sanctuaires à répit en Bourgogne Sanctuaire à répit Département Commune Géolocalisation Monument historique Illustration Notre-Dame du Noyer Saône-et-Loire Cuiseaux 150px Petite Notre-Dame de Saint-BégnineCathédrale Saint-Bénigne Côte-d'Or Dijon 150px Notre-Dame Saône-et-Loire La Chaux 150px Notre-Dame-du-Chemin Côte-d'Or Ladoix-Serrigny 150px Notre-Dame-de-la-Roche-d'Hys Côte-d'Or Massingy-lès-Vitteaux 150px Église de Saint-Vit Saône-et-Loire Mouthier-en-Bresse 150px Grotte de Notre-Dame de Romay Saône-et-Loire Paray-le-Monial 150px Abbatiale Notre-Dame-et-Saint-Edme Yonne Pontigny 150px Sépulture de Magnancedans l'église de Sainte-Magnance Yonne Sainte-Magnance 150px Église Saint-Rémy Côte-d'Or Recey-sur-Ource 150px
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Champagne-Ardenne + Sanctuaires à répit en Champagne-Ardenne Sanctuaire à répit Département Commune Géolocalisation Monument historique Illustration Notre-Dame des Masmes Ardennes Buzancy 150px Chapelle du Saint-Lieu Ardennes Gespunsart 150px Église Notre Dame en sa NativitéJ. Ch. Didier, Un sanctuaire à répit au diocèse de Langres, l'église de Fayl-Billot (Haute-Marne), Mélange de science religieuse, 1968. Haute-Marne Fayl-Billot 150px
Franche-Comté + Sanctuaires à répit en Franche-Comté Sanctuaire à répit Département Commune Géolocalisation Monument historique Illustration Notre-Dame de l'Isle Jura Bletterans 150px Abbaye Notre-Dame Haute-Saône Faverney 150px Église Saint-Martin Haute-Saône Faucogney-et-la-Mer 150px Sanctuaire Notre-Dame de Mont-Roland Jura Jouhe 150px Notre-Dame des Bois,dite des Affligés Jura Rahon 150px Notre-Dame du Haut Haute-Saône Ronchamp 150px
Île-de-France + Sanctuaires à répit en Île-de-France Sanctuaire à répit Département Commune Géolocalisation Monument historique Illustration Chapelle castrale Seine-et-Marne Blandy-les-Tours 150px Notre-Dame de Pringy Seine-et-Marne Pringy 150px Lorraine + Sanctuaires à répit en Lorraine Sanctuaire à répit Département Commune Géolocalisation Monument historique Illustration Basilique Notre-DameLes enfants mort-nés - Avioth Meuse Avioth 150px Notre-Dame-de-la-Brosse Vosges Bains-les-Bains 150px Notre-Dame-du-Bois-Banny Vosges Fontenoy-le-Château 150px Collégiale de Notre-Dame des Vertus Meuse Ligny-en-Barrois 150px Notre-Dame-de-la-Bonne-Nouvellechapelle démolie de la collégiale Saint-Georges Meurthe-et-Moselle Nancy 150px Notre-Dame-de-Benoite-Vaux Meuse Rambluzin-et-Benoite-Vaux 150px Chapelle de la Merdu lac de la Maix Vosges Vexaincourt 150px
Nord-Pas-de-Calais