vignette|redresse=1.2|alt=Carte en couleur reprenant les territoires respectifs de l'Allemagne et de l'Autriche avant l'Anschluss.|Le territoire de l'Autriche (en rouge) et le Reich allemand (en rose) au .

LAnschluss Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API. ou Anschluß (en traduction littérale : « raccordement », « rattachement ») est, en allemand, l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie en .

Les événements de 1938 marquent le point culminant des pressions de l'Allemagne et des nazis autrichiens pour unifier les populations allemande et autrichienne au sein d’une même nation. Dans les années précédant l'Anschluss, l'Allemagne nazie a soutenu le parti nazi autrichien dans sa tentative de conquérir le pouvoir et de doter l'Autriche d'un gouvernement nazi. Totalement attaché à l'indépendance de son pays, mais soumis à des pressions grandissantes, le chancelier autrichien Kurt Schuschnigg tente d'organiser un référendum pour demander à la population autrichienne si elle souhaite rester indépendante ou être incorporée à l'Allemagne.

Alors que le chancelier espère un résultat favorable au maintien de l'indépendance de l'Autriche, l'Allemagne nazie exige l'annulation du plébiscite et la démission de Schuschnigg le , peu avant le référendum, qui est annulé. Les troupes de la Wehrmacht entrent en Autriche le pour mettre en œuvre l'annexion, sans rencontrer la moindre opposition. Au cours du mois suivant, les nazis organisent un plébiscite, demandant au peuple de ratifier le rattachement de l'Autriche au , qui, de facto, a déjà eu lieu : 99 % des votes sont favorables à l'annexion.

vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'hommes à bord d'un camion et arborant un drapeau.|Des partisans du chancelier Kurt Schuschnigg arborant le drapeau du Front patriotique pendant la campagne référendaire des austrofascistes en .

Bien que les Alliés de la Première Guerre mondiale soient, en théorie, responsables du respect des termes du traité de Versailles et du traité de Saint-Germain-en-Laye, qui prohibent une union entre l'Allemagne et l'Autriche, l'Anschluss ne suscite que peu de réactions. Les deux principales puissances, la France et le Royaume-Uni, n'émettent que des protestations diplomatiques qui n'ont aucun effet.

L'Anschluss est une des étapes majeures dans la création, voulue depuis longtemps par Adolf Hitler, d'un regroupant les pays et territoires germanophones, création qui avait débuté avec l'incorporation de la Sarre au , à l'issue d'un référendum organisé le . Après l'annexion de l'Autriche, le Troisième Reich s’empare en du territoire des Sudètes, en Tchécoslovaquie (à la suite des accords de Munich), le reste du pays étant divisé en entre deux protectorats allemands : le protectorat de Bohême-Moravie et la République slovaque. En 1939, l'Allemagne annexe également le territoire de Memel, en Lituanie, ce qui constitue le dernier agrandissement territorial du Troisième Reich sans affrontement, avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

vignette|droite|alt=Photographie en noir et blanc d'hommes démantelant un poste-frontière|Démantèlement d'un poste frontalier le .

L'Anschluss entraîne une profonde « nazification » de la société autrichienne et l'Autriche cesse d'exister en tant qu'État indépendant jusqu'en 1945. Considérée comme par les Alliés, l'Autriche est dotée d'un gouvernement provisoire le , lors de sa libération par l'Armée rouge, et est divisée en quatre zones d'occupation chacune administrée par une des forces alliées également présentes en Allemagne. Elle retrouve sa pleine souveraineté .

Prémices vignette|redresse=1.4|gauche|alt=Carte en couleurs représentant la dissolution de l'Autriche-Hongrie|La dissolution de l'Autriche-Hongrie.

Du à la fin des années 1920

Le projet de regrouper tous les Allemands au sein d'un seul État fait l'objet de débats sans suite concrète depuis la fin du Saint-Empire romain germanique en 1806. En 1848, le Parlement de Francfort émet le vœu de rassembler tous les Allemands en un seul État national homogène, intégrant les Allemands autrichiens et rejetant la monarchie multinationale des Habsbourg. En 1850, l'Autriche rejoint la Confédération germanique dont elle est exclue par Otto von Bismarck en 1866, à la suite de la guerre austro-prussienne.

Dans les années qui suivent, le rattachement à l'Allemagne n'est soutenu en Autriche que par le Parti national allemand, minoritaire, et n'est pas défendu par l'Allemagne : craignant que l'Autriche ne recherche à fonder une coalition anti-allemande, Bismarck adopte, à partir de 1870, une politique qui vise à rassurer Vienne et déclare, le , que les aspirations de la fraction qui œuvre à l'intégration des territoires allemands de la couronne autrichienne à l'Allemagne ne correspondent pas aux objectifs de sa politique. L'Autriche se rapproche à nouveau de l'Allemagne en , lorsqu'elle conclut avec celle-ci un traité d'alliance militaire défensive : . Cette confédération germanique sous une forme actualisée suscite des réserves dans la double monarchie, notamment en raison de la prépondérance du .

Du point de vue des idées, par contre, les idéologues völkisch, opposés à la solution petite-allemande mise en œuvre par Bismarck, appellent de leurs vœux le rattachement de l'Autriche à l'Allemagne : ainsi, le théoricien politique allemand Paul de Lagarde voit dans l'Anschluss la première étape de la réalisation de la . Il propose même un plan précis d'union entre le et la Double monarchie, dont les premières étapes seraient un traité d'alliance indissoluble ; le plan de Lagarde prévoit ensuite l'expulsion des populations non germaniques , la mise en place d'institutions communes , une union douanière et la possibilité d'une union personnelle.

Lorsque l'Empire austro-hongrois éclate à la suite de sa défaite lors de la Première Guerre mondiale, de nombreux Allemands et Autrichiens germanophones espèrent une unification des deux États, dans le cadre de la réorganisation de l'Europe conforme aux principes édictés par Woodrow Wilson. Cependant, le traité de Versailles, en son article 80, tout comme celui de Saint-Germain excluent explicitement la possibilité d'une unification entre l'Autriche et l'Allemagne, sauf à obtenir l'accord de la Société des NationsTexte intégral du traité : ., les vainqueurs voulant maintenir les vaincus dans une situation d'impuissance militaire. Toujours sous la pression des Alliés, le nom du nouvel État initialement dénommé, en , puis république d'Autriche allemande, est transformé en (république d'Autriche). Les milieux politiques autrichiens sont divisés sur la question de l'unification : si certains sociaux-démocrates, emmenés par Otto Bauer, souhaitent une unification, les sociaux-chrétiens y sont opposés, notamment par crainte du protestantisme allemand.

Dès 1920, le programme du parti nazi exige la fusion de tous les Allemands dans une grande Allemagne, ce qui préfigure implicitement l'Anschluss ; en 1925, Adolf Hitler est nettement plus explicite :

De 1930 à 1938

Le , le projet d'union douanière dit « plan Schober-Curtius » est signé entre l'Allemagne et l'Autriche. La France s'y oppose. Le , les deux ministres annoncent officiellement à la commission des affaires européennes de la Société des Nations qu'ils y renoncent. Le , la Cour internationale de justice de La Haye, s'appuyant sur l' du traité de Saint-Germain-en-Laye et sur le protocole de Genève du , condamne cette union douanière par huit voix contre sept ( critique)..

Au cours des années 1930, les nazis autrichiens connaissent une notable progression sur le plan électoral, en passant de aux élections législatives autrichiennes de 1930 à lors des élections partielles de 1932, dans les Länder de Vienne, Salzbourg et Styrie. Maintenus dans l'opposition, ils se lancent dans une stratégie de tension et recourent au terrorisme, ce qui débouche, le , sur l'interdiction du parti nazi à la suite d'un attentat meurtrier contre des gymnastes catholiques. Face aux tensions entre les socialistes, appuyés par leur milice, le , et les catholiques, eux aussi appuyés par une milice, les , le chancelier chrétien-social Engelbert Dollfuss établit en une dictature cléricalo-fasciste à parti unique, connue sous le nom d'austrofascisme : il ajourne le Parlement, dissout le parti communiste et le parti nazi, et utilise les comme police auxiliaire pour écraser le soulèvement des socialistes viennois en . La répression fait un millier de morts et de trois à quatre mille blessés.

vignette|redresse|alt=Photographie en noir et blanc de Benito Mussolini et Adolf Hitler, tous deux portant l'uniforme.|Benito Mussolini et Adolf Hitler en 1937.

Le , les nazis autrichiens tentent un coup d'État au cours duquel ils assassinent Dollfuss, assassinat vraisemblablement commandité par Adolf Hitler. La tentative de prise de pouvoir échoue, au grand dam de celui-ci, qui n'ose cependant intervenir en raison de la position politique de l'Italie fasciste, Benito Mussolini garantissant alors l'indépendance de l'Autriche, l'Italie partageant une frontière physique de avec l'Autriche.

Pour Georges Scheuer, journaliste autrichien émigré en France après l'Anschluss, la faible résistance autrichienne trouve sa source dans la répression du mouvement ouvrier viennois lancé par Dollfuss le . Selon lui, le rapprochement ultérieur entre Hitler et Mussolini, couplé aux similitudes entre nazisme et austrofascisme () ont créé des conditions favorables à l'Anschluss..

Bien qu'il ait affirmé lors de la parution du premier volume de , en 1925, que l'union de l'Allemagne et de l'Autriche était, pour les Allemands, , l'échec du putsch et l'attitude de l'Italie forcent Hitler à adopter une position publique conciliante et rassurante : dans l'important discours qu'il prononce devant les membres du Reichstag, le , Hitler affirme que l'Allemagne n'a ni l'intention, ni le désir de se mêler des affaires intérieures de l'Autriche, d'annexer l'Autriche ou de réaliser l'Anschluss. L'approbation par la Société des nations des résultats du référendum sur le rattachement de la Sarre au Reich organisé le et l'absence de réaction des puissances alliées à l'entrée des troupes allemandes en Rhénanie, en , permettent à Hitler de renforcer la pression sur l'Autriche et de contraindre le successeur de Dolfuss, Kurt Schuschnigg, à entamer avec Franz von Papen, ambassadeur à Vienne, des négociations visant à rapprocher les deux pays sous l'égide allemande.

De 1934 à 1938, Schuschnigg mène une intense mais prudente activité diplomatique afin de faire garantir l'indépendance de son pays par l'Italie, la France et le Royaume-Uni pendant que le chef d'état-major de l'armée autrichienne, Alfred Jansa, dresse des plans pour s'opposer militairement à une éventuelle agression allemandeSur ce point, voir Alexander Lassner, « » dans ..