Manuscrit trouvé à Saragosse est un roman de l'écrivain polonais francophone Jean Potocki (1761-1815), composé initialement sur le modèle du Décaméron de Boccace ou récit-cadre et bâti sur le principe de la répétition d'un motif et de la mise en abyme. Potocki en a écrit trois versions différentes : une de 1794, une autre en 1804, composée de quarante-cinq journées et abandonnée, puis une dernière en 1810, composée de soixante-et-une journées achevées se terminant par un épilogue.

Le roman Personnages Alphonse van Worden, le narrateur Cheik Gomelez, mystérieux conspirateur Émina et Zibeddé, sœurs jumelles et princesses mauresques. L’ermite Pascheco, domestique démoniaque de l’ermite Don Pedro Uzeda, cabbaliste Donna Rébecca Uzeda, sœur du cabbaliste Ahasuerus, Juif errant Don Pedro Velasquez, géomètre Don Avadoro, chef gitan Don Toledo, chevalier amoureux Busqueros, méchant Les frères de Zoto, bandits à la potence. Zoto lui-même se cache quelque part dans les montagnes voisines.

Sujet Pendant les Guerres napoléoniennes, lors du siège de Saragosse (1809), un officier français prisonnier fait la lecture à son geôlier d'un étrange manuscrit découvert dans une maison abandonnée.

Ce récit raconte l'arrivée du jeune Alphonse Van Worden en Espagne avec le grade de capitaine des Gardes wallonnes. Il se voit entraîné dans une étrange aventure, qui prend l’allure d’une épreuve initiatique. Pendant les deux mois qu’il passe dans la chaîne des Alpujarras de la Sierra Morena, plusieurs personnes vont ainsi lui raconter l’histoire de leur vie. À l'intérieur de ces récits, d'autres narrations faites par d’autres personnes qui relatent à leur tour des histoires qu’elles ont entendues, survenues des années auparavant s'intercalent jusqu'à créer une quintuple mise en abyme.

Ainsi, dans sa version de 1810, le texte comprend soixante-et-une « journées », à la manière du Décaméron de Boccace ou de L'Heptaméron de Marguerite de Navarre, chacune d'entre elles renfermant plusieurs nouvelles qui s'emboîtent les unes dans les autres.

Cette œuvre complexe relève à la fois du roman picaresque, du roman libertin, du conte philosophique et du récit fantastique.

Sort du texte et révélation tardive Le texte du Manuscrit demeura presque inconnu au . Seule une traduction en polonais, faite en 1847, donnait le texte dans son intégralité.

En 1958, Roger Caillois fait redécouvrir ce livre et publie une première édition en français (langue originale du roman), qui représente alors environ un quart seulement du texte survivant. Il faut attendre 1989 pour que René Radrizzani donne une version complète en français de ce roman baroque, l'une des merveilles de la littérature de langue française des années 1750-1850.

Des publications partielles, faites du vivant de l'auteur, longtemps attribuées à Charles Nodier, sont parues sous les titres Avadoro, histoire espagnole (1813) et Dix journées de la vie d'Alphonse Van Worden (1814). Elles sont en leur temps tellement peu remarquées que la seconde fait en outre l'objet, en 1841-1842, d'un plagiat manifeste, qui fait scandale, sous le titre Mémoires inédits de Cagliostro"Arrêts judiciaires en matière de librairie", in Bibliographie de la France, 1842, tome 31 https://books.google.fr/books?id=vxkDAAAAYAAJ&pg=PA770#v=onepage&q&f=false.

Commentaires Dans la dixième journée de la vie d'Alphonse van Worden, le héros trouve sur la table un gros volume, écrit en caractères gothiques, dont le titre était Relations curieuses de Hapelius et ouvert au début d'un chapitre où est relatée l'Histoire de Thibaud de la Jacquière. Or, en 1822, Charles Nodier publia un récit dans Infernaliana (Éd. Sanson) sous le titre Les Aventures de Thibaud de la Jacquière. Dans ses notes accompagnant l'édition des Contes de Charles Nodier aux Éditions Garnier, Pierre-Georges Castex observe que la formulation « publié par Ch. N. » ne signifie nullement que Charles Nodier en soit, à proprement parler, l'auteur. En fait on retrouve l'origine de cette histoire dans Les Histoires tragiques de nostre temps de François de Rosset, qui avaient connu dès leur publication, en 1614, un succès exceptionnel (Histoire X : D'un démon qui apparaissait en forme de damoiselle au lieutenant du chevalier du guet de la ville de Lyon. De leur accointance charnelle, et de la fin malheureuse qui en succéda).

Éditions Roger Caillois (éd.), Manuscrit trouvé à Saragosse (version tronquée), Paris, Gallimard, , 1958 ; réédition sous le titre La Duchesse d'Avila (Manuscrit trouvé à Saragosse), avec une préface originale de Roger Caillois (Destin d'un homme et d'un livre), illustration de couverture de Jean-Pierre Sénamaud, Paris, Gallimard, , 1972, Compagnie des bibliophiles du livre d'art et de l'Amérique Latine (éd.), Manuscrit trouvé à Saragosse, eaux-fortes originales de Leonor Fini, 1961 René Radrizzani (éd.), Manuscrit trouvé à Saragosse, Paris, Corti, 1989 ; édition corrigée et augmentée en 1992 ; réédition, Paris, LGF, , 1993, François Rosset, Dominique Triaire (éd.), Manuscrit trouvé à Saragosse : version de 1804, Louvain, Peeters, , , 2004, ; reprise : Paris, GF-Flammarion, , 2008, version de 1810, Louvain, Peeters, , , 2004, ; reprise : Paris, GF-Flammarion, , 2008, Coffret deux vol. (versions de 1804 et 1810), Paris, GF-Flammarion, , 2008,

Adaptations Au cinéma 1965 : Le Manuscrit trouvé à Saragosse (Rękopis znaleziony w Saragossie), film polonais réalisé par Wojciech Has, adaptation cinématographique avec Zbigniew Cybulski 2017 : Agadah, film italien réalisé par Alberto Rondalli, avec Pilar López de Ayala

À la télévision 1964 : Le récit de Rebecca, moyen-métrage de Paul Vecchiali. 1973 : La Duchesse d'Avila, mini-série français en quatre épisodes réalisé par Philippe Ducrest pour la de l'ORTF. Cette adaptation du Manuscrit trouvé à Saragosse est interprétée par José Luis de Vilallonga (Alphonse Van Worden), Jean Blaise (Alphonse Van Worden Y Gomelez), Evelyne Eyfel (la duchesse d'Avila), Jacqueline Laurent (Emina) et Jacques Morel (Tolède). Cette mini-série en quatre parties d'une durée totale de presque six heures a été tournée en grande partie dans la Sierra Nevada et à l'Alhambra de Grenade. Elle a nécessité une année de tournage et deux autres de montage. À cette occasion, le roman a été réédité sous ce titreLa Duchesse d'Avila (Manuscrit trouvé à Saragosse), Gallimard, , 1972. 2000 : dans la série policière inspirée des romans noirs d'Andrea Camilleri, le commissaire Montalbano dans La mort de l'artiste, retrouve la victime avec à ses côtés le roman de Potocki, fil conducteur de l'enquête.

À l'opéra 2001 : Manuscrit trouvé à Saragosse, opéra du compositeur hispano-canadien José Evangelista, livret d'Alexis Nouss d'après Potocki.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . . .

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