Le Journal encyclopédique ou universel est un périodique de langue française fondé par Pierre Rousseau le . Édité à Liège puis à Bouillon, il est absorbé par L’Esprit des journaux en après avoir publié 788 numéros.
Historique Liège (1756-1759) Jusqu'alors auteur dramatique, romancier et journaliste, Pierre Rousseau fonde le Journal encyclopédique à Liège en 1756. Cette publication périodique est destinée à vulgariser les idées des Encyclopédistes et, par son prix modique, à toucher un auditoire plus étendu et plus modeste que celui des acheteurs des volumes onéreux.
Soucieux de ne pas s'installer en France, où il serait en butte à la censure royale, Pierre Rousseau obtient de Charles-Théodore de Bavière, dont il est le correspondant littéraire à Paris, une recommandation auprès de Maximilien-Henri de Horion, premier conseiller du prince-évêque de Liège, Jean-Théodore de Bavière. Celui-ci gratifie Rousseau d'un privilège exclusif de publication, et accepte la dédicace en tête du premier numéro.
Réaction du clergé Le contenu du Journal encyclopédique ne tarde pas à lui valoir l'opposition du clergé liégeois, qui se heurte cependant à la protection accordée au périodique par Horion.
Une virulente campagne de presse est déclenchée, notamment dans la Gazette Ecclésiastique et la Gazette d’Utrecht, faisant état d'une lettre de Rome annonçant une mise à l’Index, dans son texte extrêmement critique envers Rousseau et le Journal, reprend cette erreur. La Faculté de théologie de Louvain met en cause l'orthodoxie du Journal.
Tirant profit de la mort d'Horion en 1759, le Synode réclame une nouvelle fois la suppression du Journal, mais le prince-évêque refuse, se bornant à nommer un censeur. Mais, harcelé par les réclamations, Jean-Théodore de Bavière, de guerre lasse, révoque en le privilège qu'il avait accordé au Journal encyclopédique, condamnant une publication qui
Forcé de quitter Liège, Rousseau cherche d'abord refuge à Bruxelles, avec la protection de Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas autrichiens, et de son ministre plénipotentiaire Charles de Cobenzl. Il se heurte néanmoins à l'opposition de l'impératrice Marie-Thérèse, qui cède aux pressions de Giovanni Carlo Molinari, nonce apostolique à Bruxelles cite de nombreux documents et libelles liés aux démêlés entre Rousseau et le clergé à Liège et à Bruxelles. Il s'en trouve également dans ..
Bouillon (1759-1793) Pierre Rousseau trouve cependant asile à Bouillon, capitale d'une minuscule duché où règnent les ducs d'Auvergne. Le duc régnant, Charles-Godefroy de La Tour d'Auvergne, qui correspondait avec Voltaire lui accorde un privilège pour 30 ans. L'impression du Journal encyclopédique s'y poursuit jusqu'en 1793, date à laquelle il fusionne avec L'Esprit des journaux. Les abonnés de Liège continuent à être servis.
En 1769, Pierre Rousseau fonde la Société typographique de Bouillon, qui publie Voltaire, Diderot, Linguet, Marc-Aurèle et Mirabeau. Elle emploie douze presses, huit pour ses publications, quatre pour le Journal encyclopédique et les autres journaux de Rousseau : le Journal de jurisprudence, la Gazette salutaire, le Journal politique, la Gazette des gazettes.
Collaborateurs Les 28 premières livraisons du Journal encyclopédique sont rédigés par Pierre Rousseau seulUlysse Capitaine, Recherches historiques et bibliographiques sur les journaux et les écrits périodiques liégeois, Liège, 1850, cité par . Il est ensuite secondé par un certain abbé Prévost de La Caussade, puis quelque temps seulement par l'abbé Claude Yvon, qui avait été l'un des rédacteurs de lEncyclopédie.
Après l'installation à Bouillon, l'équipe permanente s'étoffe. En font partie les compatriotes toulousains de Rousseau Jean et Jean-Louis Castilhon, Jean-Louis Carra, recommandé par Voltaire, Jean-Baptiste-René Robinet et Frédéric-Emmanuel Grunwald. Ce dernier dirige également la Gazette salutaire, journal d'agriculture, fondé par Rousseau en décembre 1760.
Nombreux sont les contributeurs occasionnels qui envoient des articles : Voltaire, d'Alembert, Marmontel, Naigeon, Deleyre, Mehegan, Cubières. Formey et Mérian sont correspondants en Prusse, le pasteur Jean Deschamps correspondant à Londres. Jacques Renéaume de La Tache collabore également parfois au Journal encyclopédique, mais son activité principale est la rédaction de la Gazette des gazettes, autre journal fondé par Rousseau en 1764.
Après la mort de Pierre Rousseau, le 10 novembre 1785, le Journal encyclopédique est dirigé par son beau-frère et associé, Charles Auguste Guillaume Weissenbruch le donne à tort comme son neveu. Charles de Weissenbruch a par ailleurs épousé la fille de l'éditeur Marc-Michel Rey (). jusqu'à décembre 1793 indique que le dernier numéro connu est daté du 20 décembre 1793 et la fusion avec L'Esprit des journaux.
Ligne éditoriale L'objet du journal est
L'intention de Pierre Rousseau est de donner aux idées développées dans l'''Encyclopédie une diffusion la plus étendue possible, d’établir une « heureuse circulation » des idées et de « former le goût en donnant les moyens d’apprécier les productions de l’esprit. » Il revendique la modernité de son siècle :
Le plan de chaque livraison est invariable : d'abord une partie critique qui analyse les livres nouveaux, puis Variétés, annonces d'ouvrages, anecdotes, nouvelles politiques, faits curieux. Ceux qui reprochent une de style reconnaissent la qualité du choix des ouvrages recensés, des analyses fidèles et des critiques impersonnelles.
De nombreux articles adoptent la forme de , laissant se développer une culture du débat. Ainsi les partisans et les adversaires de la théorie du magnétisme animal ou de l'inoculation s'expriment-ils tour à tour.
Le Journal encyclopédique devient ainsi le premier périodique d'Europe, mêlant philosophie, histoire, poésie, littérature, sciences, art, théologie, économie politique, récits de voyage, droit et législation, et reproduisant de nombreux articles de l'Encyclopédie, même si parfois il n'hésite pas à s'y opposer. Il fait cependant place à des faits divers à la crédibilité parfois douteuse, dont le lectorat semble friandDe nombreux exemples sont analysés dans .
Le Journal encyclopédique adopte une dans les virulents débats entre philosophes et anti-philosophes, et Il a été qualifié de En résumé, il est
Cette ligne médiane s'applique aussi aux textes du même Voltaire. En avril 1756 paraît le Poème sur le désastre de Lisbonne, mais dans une version réduite, précédée d’une référence à l'« admirable Essai sur l’Homme de Pope », pour qui « le désordre qu’on croit apercevoir dans l’Univers, est une harmonie dont les ressorts échappent à notre pénétration ». Les coupures opérées dans le texte sont justifiées par le fait que le « Philosophe moderne — le plus grand Poète que nous ayons — « s’élève avec force contre ce système, quelquefois au-delà des bornes que l’homme Chrétien doit se prescrire. Nous allons rapporter ce Poème avec quelques réticences qui nous ont paru indispensablesNuméro d'avril 1756, cité par . »
Cependant, le Journal encyclopédique n'échappe pas à la polémique. Fréron le qualifie, dans son Année littéraire, d' Voltaire répond en défendant le
Joseph de La Porte relève l’impartialité et l’honnêteté qui présidaient à la critique de Rousseau qui . Tandis que la Correspondance littéraire écrit que .
Rayonnement Le Journal encyclopédique publie deux numéros par mois, puis trois à partir du 30 janvier 1791, soit un total de 788 numéros.
La censure dans le Duché de Bouillon est purement formelle, celle en France, à quelques exceptions près, est bienveillante.
La diffusion est européenne, les abonnements sont libellés en plusieurs monnaiesNuméro du :
Certains des souscripteurs sont célèbres, comme Voltaire, Madame de Pompadour, le cardinal Tencin, Charles de Cobenzl, le cardinal Valenti, secrétaire d'État du pape, ce dernier sans doute pour vérifier l'orthodoxie du contenu. D'autres sont des associations de lecture provinciales qui souscrivent un abonnement pour l'ensemble de leurs adhérents. Des souscriptions proviennent de Saint-Pétersbourg, de Naples ou de Brescia.
Le tirage initial est de , et semble se stabiliser autour de , avec des abonnés dont la dominante est, non plus religieuse, mais éthico-économique. Le succès de la publication permet à Pierre Rousseau d'acheter, en 1757, une presse pour imprimer lui-même le Journal encyclopédique, ainsi que d'autres qu'il avait lancés entre-temps.
Cependant l'audience se tasse à la fin des années 1780, le lectorat étant en premier lieu intéressé par les événements politiques, que le Journal encyclopédique ne couvre qu'à peine.
Version italienne vignette|Page de titre du premier numéro du Giornale Enciclopedico di Liegi, janvier 1756 De 1756 à 1759, à l'initiative d'Ottaviano Diodati, paraît à Lucques, en Toscane, une traduction du Journal encyclopédique sous le titre de Giornale enciclopedico di Liegi. 27 volumes paraissent, au rythme de deux fascicules de 96 pages par mois.
Les traductions sont réalisées par , médecin, , économiste et hydraulicien et Carlantonio Giuliani, mathématicien. Il ne s'agit pas d'une reprise littérale du Journal de Liège : sont ajoutés des articles relatifs au commerce ou aux sciences, sont retranchées
Une grande importance est donnée aux publications qui vulgarisent les découvertes les plus récentes. En sciences, celles de Newton, de James Ferguson ou de Benjamin Franklin. En économie, les théories des Physiocrates sont exposées et discutées.
Sont traduits tous les articles consacrés à lEncyclopédie ou en provenant, assortis parfois de commentaires, par exemple pour regretter les « profanations » auxquelles les manifestations religieuses donnent lieu « quand l’esprit de piété n’anime point les fidèles. » Est également présentée la philosophie de Hume, celle de Rousseau en même temps que les objections développées par Giovanni Francesco Salvemini da Castiglione. Sont par contre omis des articles portant sur la querelle opposant à Formey à propos de la philosophie de Pope, ainsi que des vers de Voltaire jugés difficilement audibles pour des oreilles italiennes. Sont ajoutés des articles portant sur la littérature italienne, la description de pays lointains ou la santé publique.
Concurrence La concurrence est faible. La Gazette littéraire de l'Europe, à laquelle Voltaire donne également des articles, ne paraît que de 1764 à 1766. De 1774 à 1778, Charles-Joseph Panckoucke fait paraître un Journal de Politique et de Littérature qu'il réunit ensuite au Mercure de France. Quant à L'Année littéraire, de Fréron, elle combat le Journal encyclopédique'' sur le plan des idées, et non sur un plan commercial.
Journal encyclopédique en ligne Dictionnaire des journaux, Voltaire Foundation Les numéros de 1756 à 1782 sur Gallica Les numéros de 1783 à 1793: accès via le Gazetier universel
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Notes et références
Bibliographie Réédition Réédition en 76 volumes in-4º, Genève, Slatkine, 1967
Ouvrages
Articles
Liens externes
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