vignette|droite|Différentes indications de mesure sur une portée en clé de sol.

La mesure recouvre, dans la terminologie solfégique francophone, plusieurs aspects musicaux intrinsèquement liés les uns aux autres, d'une part, la segmentation et d'autre part, la métrique.

Dans un premier sens, la mesure est une segmentation de la durée du discours musical. En d'autres termes, la mesure est la division d'un morceau de musique en parties d'égales durées.. Cette division s'indique au moyen de barres verticales sur la portée, appelées barres de mesure. Elle se définit par un nombre donné de temps . À cet égard, la mesure peut donc être vue comme une unité de mesure plus grande regroupant plusieurs temps. Mais une mesure se définit également par la structuration et l'accentuation des temps : à savoir entre temps forts (accentués) et temps faibles. En d'autres termes, cette structure rythmique est constituée d'une succession de temps (un, deux, trois...) se répétant de manière cyclique, et dont le premier de chaque série est plus que les suivants. Généralement, la mesure est définie comme une période comportant un (plutôt le premier en musique , plutôt le second et le quatrième en jazz, rock...) . Il existe donc plusieurs types de mesures, selon la répartition et la structuration des temps forts et faibles.

Dans un deuxième sens lié au premier, la notion de est utilisée pour désigner plus spécifiquement la métrique, elle-même, c'est-à-dire le type de structure du segment donné (la mesure au sens premier) en fonction de l'accentuation de ses temps. Ces différents types sont indiqués par des chiffrages spécifiques (chiffrage de la mesure). Ce chiffrage est généralement composé de deux nombres disposés l'un au-dessous de l'autre représentant une fraction. Il est placé après la clé et son armure. Si le type de mesure change en cours de morceau, un nouveau chiffrage est indiqué après une double barre de mesure. Il s'agit alors de changement de chiffrage ou de changement de mesure. Lorsque deux mesures différentes sont utilisées en alternance (régulière ou non), par exemple un suivi d'un de manière cyclique, on utilise parfois un double chiffrage au début (ici et ) afin d'alléger la partition. Néanmoins, il est admis qu'une mesure asymétrique conviendrait mieux (ici un en 3+2+2).

En anglais, des termes différents sont employés pour désigner ces deux aspects : mesure au sens d'unité de durée sera désignée sous le terme ou , tandis que le mot entendu au sens de métrique est désigné par le terme de .

Histoire Les barres de mesures sont pour la première fois utilisées en un ensemble musical durant le ..

Caractéristiques Les principales caractéristiques des mesures sont le repérage du , ainsi que des temps appuyés, l'unité de temps, la structure des temps et le nombre de temps de la mesure. Ces trois dernières caractéristiques sont indiquées dans le chiffrage de la mesure.

Temps forts et temps faibles Les expressions traditionnelles et ne doivent pas être prises au pied de la lettre. En effet, il serait plus exact de dire qu'il s'agit simplement de la première pulsation — c'est-à-dire, l'attaque du premier temps — qui est plus accentuée que les autres, et que celle-ci fait naître la mesure, tout comme la pulsation du tempo fait naître le temps, ou encore, comme la sous-pulsation fait naître la partie de temps. D'autre part, la mesure elle-même est structurée et comporte des points d'appui internes.

Les qualificatifs et — concernant les temps, ou mieux, les différentes pulsations — sont contestés à juste titre par de nombreux théoriciens, tels notamment Maurice Emmanuel « Histoire de la langue musicale, Paris, Henri Laurens, coll. « Les musiciens célèbres », 1911, volume 1 (Antiquité, moyen âge). ». « Histoire de la langue musicale, Paris, Henri Laurens, coll. « Les musiciens célèbres », 1911, volume 2 (Renaissance, époque moderne, époque contemporaine). ». ou Vincent d'Indy « Cours de composition musicale… (3e édition) / Vincent d’Indy ; premier livre rédigé avec la collaboration de Auguste Sérieyx d’après les notes prises aux classes de composition de la Schola cantorum en 1897-1898, Paris, éditeurs A. Durand et Fils, 1912, 240 p. ». . En effet, certains instruments tels que l'orgue, sont incapables de produire une différence d'intensité sur certains temps. Cependant, de tels instruments permettent bien de sentir les temps forts de tel ou tel morceau. L'appellation est une manière de prononcer, liée à l'articulation musicale et qui met en relief, sans forcément marquer d'accent d'intensité, le premier temps de chaque mesure, ainsi que les appuis internes. De plus, il semble qu'avant toute chose, l'auditeur perçoive la structure générale des phrases musicales et de leurs enchaînements, qui très souvent obéissent aux règles du phrasé et de la carrure. Cette carrure indique à l'auditeur les divers mouvements périodiques s'imbriquant les uns dans les autres, et déclenche chez lui la conscience d'une alternance de temps différemment accentués. Le temps fort d'une mesure n'est donc pas nécessairement produit par l'interprète — par un geste musical adéquat — mais plutôt il est ressenti par l'auditeur réceptif à l'organisation du discours musical. Pour terminer sur ce point, les paramètres mélodiques et harmoniques participent eux aussi à cette perception.

Il peut arriver, en outre, que l'opposition temps fort/temps faible ne corresponde pas à la théorie. Par exemple, le rythme d'un récitatif est relativement libre : il doit en effet suivre celui du langage ; par conséquent, sa mesure (traditionnellement notée en ), n'existe que sur le papier, matérialisée par les barres de mesure qui constituent un artifice graphique participant à la clarté de la partition.

Il est important de considérer que toutes les musiques ne prennent pas appui sur le premier temps. Dans certaines musiques afro-américaines comme le jazz et le blues, ce sont les temps dit « faibles », le deux et le quatre, qui servent d'appui à la sensation de la pulse. Avant chaque morceau de jazz, vous entendrez les musiciens claquer des doigts sur le 2 et le 4 pendant le décompte du début du morceau. Vous entendrez rarement un chœur d'église gospel à Brooklyn frapper dans ses mains sur le 1 et le 3. La musique étant une question de ressenti, qu'on vive le ressenti physique et donc musical sur les temps 2 et 4 montre qu'ils peuvent être ressentis plus fort que le premier et troisième, qui sont alors plus faibles.

Les barres de mesure qui, sur la partition, matérialisent les différentes mesures, permettent de repérer le temps fort : celui-ci se trouve en effet immédiatement à droite de chaque barre, c'est-à-dire au début de chaque mesure. Un rythme mesuré ne commence pas nécessairement sur un temps fort, donc, sur le premier temps d'une mesure : il peut en effet commencer sur un temps faible, ou bien, sur une partie de temps : dans ce cas, il s'agira d'anacrouse ..

Structure des temps Les mesures dont les temps sont binaires (c'est-à-dire représentés par une valeur simple) sont appelées . ; les mesures dont les temps sont ternaires (c'est-à-dire, représentés par une , ou ) sont appelées ..

Il serait plus juste de dire ou ; et ou , mais l'usage a consacré ces deux expressions et .

Types Selon le nombre de temps inclus dans la mesure, on peut distinguer les types suivants.

Mesure à un temps

La mesure à un temps est une mesure qui ne contient qu'un temps fort. L'essence même de la mesure est l'alternance de temps forts et de temps faibles. Or, la mesure à un temps ignore cette alternance puisqu'elle ne contient que des temps égaux (dans son cas, le temps se confond avec la mesure). On peut donc dire que la mesure à un temps est bien une mesure sur la partition à cause de la présence des barres de mesure, mais qu'en même temps, elle n'en est pas une, du point de vue de la perception rythmique. Elle n'est donc le plus souvent qu'un simple repère graphique.

Mesure à deux temps La mesure à deux temps est une mesure qui contient un temps fort suivi d'un temps faible.

Mesure à trois temps La mesure à trois temps, qui contient un temps fort suivi de deux temps faibles.

Mesure à quatre temps

La mesure à quatre temps est en principe une mesure qui contient un temps fort suivi de trois temps faibles. La conséquence de ce principe est que le temps fort d'une mesure à quatre temps se répète théoriquement tous les quatre temps (fort/faible/faible/faible). Or en pratique, celui-ci se répète tous les temps, comme s'il s'agissait de . Il existe donc une contradiction entre la théorie (fort/faible/faible/faible) et la pratique (fort/faible/fort/faible) : en d'autres termes, il n'y a pas de réponse absolue à savoir si le troisième temps d'une mesure à quatre temps est fort ou faible, mais les musiciens s'accordent généralement pour dire que ce troisième temps est , de manière à accorder la théorie à la pratique (dans le cours de composition musicale volume 1 de Vincent d'Indy, il est spécifié que le 4 temps être exécuté tel qu'il suit (fort/faible/intermédiaire/faible) de manière à créer un rythme plus vivant).

Mesures irrégulières

Toute mesure qui n’est ni ni est dite irrégulière, ou asymétrique. C'est le cas de la plupart des mesures à cinq ou sept temps (ces dernières sont, par exemple, fréquentes dans la musique balkanique ou le rock progressif), ou bien encore de mesures constituées de temps incomplets : mesures de trois temps et demi (trois noires et une croche), de quatre temps et demi (quatre noires et une croche)

La mesure à cinq temps est le plus souvent composée de deux temps, un temps binaire et un temps ternaire. Pour la mesure à sept temps, il y aura la plupart du temps deux temps binaires et un temps ternaire (ce qui fait donc 2 + 2 + 3, ou bien 2 + 3 + 2, ou encore 3 + 2 + 2).

Mesure à cinq temps ou plus Les mesures comportant plus de quatre temps réels sont très rares. Certains cinq temps lents entrent dans cette catégorie (par exemple le dernier mouvement des Planètes de Gustav Holst).

Polymétrie

La polymétrie désigne le fait d'avoir plusieurs signatures rythmiques jouant en même temps, de manière superposée.

Chiffrages Les deux nombres du chiffrage ressemblent à une fraction (sans la barre horizontale) dont l'unité de valeur est toujours la ronde. Le chiffrage est parfois représenté par un , et le chiffrage par un . On peut trouver un nombre seul, qui indique alors simplement le nombre de temps de la mesure. Le chiffrage d'une mesure est toujours énoncé en commençant par le nombre supérieur, appelé le numérateur. Par exemple, les chiffrages , et , seront respectivement énoncés , et .

Chiffrage traditionnel des mesures simples Dans une mesure à temps simples (une mesure à temps binaires), la « fraction » du chiffrage prend en compte des valeurs égales à l'unité de temps.

Le dénominateur de la « fraction » (nombre inférieur) indique l'unité de temps de la mesure, selon la convention suivante : le nombre 1 représente la ronde ; le nombre 2 représente la blanche (soit une demi-ronde) ; le nombre 4 représente la noire (soit un quart de ronde) ; le nombre 8 représente la croche (soit un huitième de ronde) ; le nombre 16 représente la double croche (soit un seizième de ronde).

Le numérateur (nombre supérieur) indique le utilisés dans la mesure : signifie « une mesure à deux noires » donc une mesure à 2 temps ; , « une mesure à trois blanches », donc une mesure à 3 temps ; , « mesure à 4 croches », donc une mesure à 4 temps ;

350px|alt=Chiffrage traditionnel des mesures simples.

Chiffrage traditionnel des mesures composées Dans une mesure à temps composés (une mesure à temps ternaires), la « fraction » du chiffrage prend en compte des valeurs égales au tiers du temps.