Jason Moran est un pianiste de jazz américain né le à Houston (Texas).
Il a notamment joué avec Steve Coleman, Greg Osby, Charles Lloyd, Lee Konitz ou encore Cassandra Wilson. Adepte des passerelles entre les arts, il collabore avec de nombreux artistes en dehors du monde du jazz, comme avec le quintet à vents , ou les plasticiens Julie Mehretu, Joan Jonas, Glenn Ligon, Adrian Piper, Kara Walker, Lorna Simpson, Stan Douglas ou Terrance Hayes.
Biographie Famille Andy Moran, père de Jason, travaille dans une banque d'investissement, sa mère Mary est enseignante, et travaille un temps dans une petite pâtisserie... Jason a deux frères : l'aîné Tai travaille dans une banque, le cadet Yuri travaille dans une organisation amenant des jeunes au golf.
Profondément mélomane et à la tête d'une collection de plus de allant du jazz d'avant-garde au classique en passant par Motown, Andy Moran n'a pas pu réaliser son rêve d'être musicien, faute de moyens dans son enfance. Durant les années 1970, il était le photographe attitré du club de jazz de Houston La Bastille. Il donne une éducation musicale à ses enfants, et avec sa femme, emmène ses enfants à des concerts symphoniques ou de jazz. Le couple les emmène également aux musées et les connectent à la culture afro-américaine.
Sa mère meurt d'un cancer en 2005. Il écrit un morceau en sa mémoire, , sur lequel on entend le bruit d'un crayon sur le papier, évoquant celui de sa mère écrivant à Moran enfant des consignes sur son jeu au piano.
Jeunesse et formation Jason Moran naît le , il grandit à Houston. À , Jason Moran apprend le piano dans une école suivant la méthode Suzuki, qui lui apprend à travailler son oreille. Moran considère qu'il était alors peu assidu, ce que contredit sa professeure Yelena Kurinets.
À , Moran est marqué par Public Enemy, et l'année suivante il découvre Thelonious Monk en écoutant . C'est un vrai coup de foudre : il va jusqu'à dépenser son argent de poche en chapeaux pour ressember à Monk. Il apprend à improviser à l'aide d'une méthode de boogie-woogie et auprès du pianiste Sidney Davis.
Il étudie à la de Houston à . Le peintre est un voisin, et Moran écrit un morceau pour lui quand il a , commençant une longue série de collaborations avec les arts visuels.
À partir de 1993, il part à New York étudier à la Manhattan School of Music auprès de Jaki Byard. Ce pianiste, qui a joué avec des musiciens d'avant-garde comme Eric Dolphy, Roland Kirk et Charles Mingus, a aussi des liens forts avec le piano stride : c'est ce lien entre le passé et l'avenir qui intéresse le jeune musicien. Moran travaille alors beaucoup, et ne participe pas aux jam sessions, ne s'estimant pas prêt.
Moran est diplômé en 1997, ce qui ne l'empêche pas de continuer d'étudier auprès d'Andrew Hill et de Muhal Richard Abrams, qu'il a rencontrés grâce à Greg Osby. Il étudie également de façon plus informelle avec Steve Coleman et Greg et Cassandra Wilson.
En 1996, il participe à la masterclass de Betty Carter au Kennedy Center, au cours de laquelle il écrit Make A Decision, une pièce pour trois voix, deux saxophones, piano, deux contrebasses et batterie.
Carrière Aux côtés de Greg Osby vignette|alt=Photo couleur d'un homme en costume, souriant, assis au piano|Jason Moran au festival de Moers en 2008.
Après ses études, Jason Moran rencontre le saxophoniste Greg Osby. Ce dernier l'engage sans l'avoir écouté jouer, impressionné par la culture musicale du pianiste, et participe avec lui à plusieurs disques chez Blue Note Records. Le label lui proposer de participer au groupe , dirigé par Greg Osby, avec le vibraphoniste Stefon Harris (alors le coloctaire de Moran), le saxophoniste , et une section rythmique composée de et .
Autres collaborations En 2003, le saxophoniste Lee Konitz invite trois pianistes pour des duos au Montreal Jazz Festival : Jason Moran, Kenny Werner et Paul Bley..
Moran remplace brièvement Danilo Pérez dans le quartette de Wayne Shorter en 2005.
Il a également beaucoup collaboré avec Charles Lloyd, en duo (Hagar's Song, 2013) ou au sein de son (, 2008 ; , 2010 ; , 2011)..
En leader Après avoir joué aux côtés de David Murray, il enregistre son premier disque chez Blue Note Records, (1999), avec Greg Osby et Stefon Harris. Le disque reçoit de très bonnes critiques..
En 2001 paraît . L'album fait partie des deux meilleurs de la décennie 2000-2009 selon la NPR (avec de The Bad Plus)..
En , il crée , une performance multimédia autour du célèbre disque de Thelonious Monk, sur une commande du festival de jazz de San Francisco.. Moran ne cherche pas seulement à refaire le concert : ]. Moran s'est rendu à l'université Duke, où l'on trouve des archives sonores des répétitions de Monk avec l'arrangeur Hall Overton, au cours desquelles le pianiste se montre bavard. Le spectacle présente ces extraits audio de conversations (et les bruits de pas de Monk qui danse), ainsi qu'une vidéo réalisée par David Dempewolf, dans laquelle se trouvent des photos des répétitions sur lesquelles intervient l'artiste Glenn Ligon, et des images de la plantation de Caroline du Nord où les arrière-grands-parents de Monk étaient esclaves. Moran, qui joue pour la première fois avec un orchestre, se réapproprie la musique en isolant des phrases de Monk, changant les tempos.. Un documentaire sur cette performance a été réalisé par Gary Hawkins. Intitulé , il est diffusé en 2010..
vignette|alt=Photo en noir et blanc d'un groupe, avec Jason Moran aux claviers, un bassiste, une chanteuse, un batteur et un trompettiste.|La Fats Waller Dance Party à Oslo en 2015.
Au début des années 2010, il crée un spectacle autour de la musique de Fats Waller, avec pour objectif que le public se mette à danser, avec les encouragements de danseurs professionnels. L'album (2014) reprend la musique de ce spectacle.
En 2014, Moran crée avec son , un projet multimédia commandé par le Chicago Symphony Center.. Le sculpteur et activiste a dessiné les éléments de la scène, et le groupe est rejoint par le musicien Ken Vandermark, la bassiste et chanteuse Katie Ernst et le Jazz Band. En sort le documentaire Jason Moran: , consacré à la préparation du projet.
En 2016, il crée sa maison de disques, Yes Records.
En 2021 sort , son troisième album en piano solo, inspiré par Toni Morrison, autrice qu'il a beaucoup lue pendant la pandémie de Covid-19. La même année paraît en duo avec Archie Shepp, alors âgé de .. L'album est enregistré lors de deux concerts, à Jazz à la Villette en et à Mannheim en . Le répertoire, probablement en hommage au mouvement ., est constitué de standards et de spirituals., comme Sometimes I Feel Like a Motherless Child, sur lequel Archie Shepp chante.. L'album est largement salué par la critique....
Avec En 2000, Jason Moran monte un trio avec et , la rythmique de . Mateen est un joueur de basse électrique fluide, qui chante par moments () ; Waits est un batteur brillant, versatile et moderne.
Ce trio, surnommé plus tard , outre des compositions originales, joue des standards et des reprises, avec un répertoire allant de Duke Ellington à Björk en passant par Jaki Byard.
Bien souvent, en concert, le groupe interagit avec un lecteur minidisc, du groupe.. Moran s'en sert pour diffuser des sons et des boucles auxquelles le groupe répond. Sur , le groupe joue sur une boucle composée de larsens de Jimi Hendrix issus du (1967). Le trio se livre aussi à des improvisations collectives.
Leur premier album sort en 2000, , considéré comme un classique moderne par la BBC. En 2010 paraît , pour les dix ans du trio. L'album est salué par la critique...
Au-delà du jazz Dans la musique classique Jason Moran écrit de la musique dite classique depuis qu'il est étudiant.
Pour le quintet à vents , il a écrit , une suite en quatre parties enregistrée en 2010, et pour quintet et piano, créé en 2014.
Dans les arts visuels Jason Moran s'intéresse aux les passerelles entre la musique et différentes formes d'art..
Alors qu'il était encore étudiant, aux alentours de 1995, il découvre le travail de Bruce Nauman au MoMA. Quand il rencontre sa femme Alicia Hall Moran et sa famille, Jason Moran découvre les artistes noir-américains.
En 2005, le Walker Art Center, où il a joué pour la première fois en 2001, l'invite à composer une œuvre à l'occasion de l'ouverture d'une nouvelle aile.. La pièce, une suite mêlant théâtre et jazz intitulée , est jouée en . Elle est principalement inspirée par d'Adrian Piper, évoquant les thèmes de la race et du genre. L'album reprend une partie de cette œuvre. Sur ce disque, on trouve également , créé au Lincoln Center, inspiré par les chants d'esclaves, ainsi que , créé au Dia:Beacon autour d'une œuvre de Joan Jonas..
Le , à l'occasion d'une exposition consacrée aux courtepointes de au Philadelphia Museum of Art, Moran joue une composition inpsirée par le travail de ces femmes avec Bill Frisell et son ..
Le au Whitney Museum of American Art, il improvise sur une de ses compositions écrites pour la vidéo de Glenn Ligon..
Sa femme, la chanteuse mezzo-soprano et actrice Alicia Hall Moran, conçoit Bleed, série de concerts et de performances s'étalant sur cinq jours donnés au Whitney Museum of American Art en .. Avec le soutien du Philadelphia Museum of Art, du Lincoln Center, du Walker Art Center ou de Chamber Music America, le projet mélange film, vidéo, danse, poésie, lecture, journalisme et médecine alternative. Au cours de 26 sessions, on entend Jason Moran jouer Rain, une pièce commandée par le Lincoln Center en hommage aux esclaves afro-américains. Il organise une répétition avec son trio , on entend aussi un duo avec ensemble de taikos, des versions opératiques des chansons de Motown, une conférence du chercheur Radiclani Clytus, des chansons chant-piano, un concert en solo d'Esperanza Spalding, une lecture du journaliste du The New York Times d'un article sur le harcèlement, une séance d'acupuncture d'Alicia Hall Moran expliquant son engagement artistique… Apparaissent également les plasticiennes Kara Walker et Joan Jonas. Pour le critique Ben Ratlif du New York Times, .
En 2017 paraît Music for Joan Jonas, point d'étape d'une collaboration s'étalant sur plus d'une dizaine d'années avec l'artiste Joan Jonas, au cours desquels vidéos, dessins, danse et lectures sont accompagnés par le piano de Moran..
vignette|alt=Photo couleur d'une femme aux cheveux frisés avec une cravate.|L'artiste Julie Mehretu, avec laquelle Moran a collaboré, en 2015. Toujours en 2017, Moran publie MASS {Howl, eon}, sur lequel on trouve de la musique composée pendant que la peintre Julie Mehretu réalise deux œuvres in situ pour le Musée d'Art moderne de San Francisco dans une ancienne église de Harlem, évoquant la violence de l'histoire de États-Unis. Le la résonnant particulièrement bien dans le lieu, Moran a basé ses compositions sur cette note..
Jason Moran est également peintre. Sa première exposition personnelle s'est tenue en 2018 au Walker Art Center de Minneapolis ; elle a ensuite été présentée à l'Institut d'art contemporain de Boston et au Whitney Museum of American Art. En 2021, une exposition à la galerie Luhring Augustine de New York présente les traces des marteaux d'un piano sur papier japonais, évoquant l'action painting ou le dessin automatique. Il rend également hommage à George Floyd et Breonna Taylor.. Une de ses peintures figure sur la pochette de ..
Enseignement Jason Moran enseigne au Conservatoire de musique de la Nouvelle-Angleterre et à la Manhattan School of Music.
Il donne également des cours particuliers chez lui, dans son appartement à Harlem. Il donne également des masterclasses avec son trio .
Responsabilités En 2009, il est nommé conseiller jazz du Kennedy Center..
En 2014, il est conseiller artistique du festival de jazz de San Francisco.
Récompenses 2010 : Bourse MacArthur. 2011 : meilleur artiste de jazz, meilleur pianiste et meilleur album de l'année pour DownBeat
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