Lee Harvey Oswald, né le à La Nouvelle-Orléans (Louisiane) et mort assassiné le à Dallas (Texas), est le principal suspect de l'assassinat de John F. Kennedy, président des États-Unis, et du meurtre du policier J. D. Tippit, conformément aux conclusions rendues par deux enquêtes gouvernementales. Cependant, aucun procès, ni même le début d'une instruction judiciaire n'ont pu avoir lieu puisqu'il a été abattu par Jack Ruby moins de après son arrestation.

Biographie Jeunesse et entrée dans les Marines Né à La Nouvelle-Orléans en Louisiane, son père, Robert Lee Oswald, meurt d'une crise cardiaque deux mois avant sa naissance. Sa mère, Marguerite Claverie Oswald, qui doit l'élever seule ainsi que son frère Robert, et son demi-frère, John Pic, est une mère protectrice et dominatrice. La famille a une vie assez instable. Avant qu'il ait , Lee a connu et , généralement à La Nouvelle-Orléans et à Dallas.

D'après les témoignages et éléments recueillis par la Commission Warren, taciturne et solitaire, Oswald se montre capable de violenceAu cours d'un incident, Lee poursuit son frère John Pic avec un couteau de boucher et le lui lance (témoignage d'Otis Carlton au FBI, CE 1874, WC XXIII, ) et en 1952, lorsque sa mère et lui emménagent pour un temps chez John Pic, Oswald menace sa belle-sœur avec un couteau (témoignage de John Pic, WC XI, ).. Alors qu'Oswald et sa mère vivent à New York, au début de 1953, ses problèmes scolaires et caractériels entrainent une évaluation psychiatrique sur ordre de l'administration, qui fut assez préoccupante pour entrainer sa mise sous probation par un juge de la jeunesse. L'évaluation a lieu au cours d'un bref séjour dans une maison de correction de New York. Un psychologue conclut que Lee est intelligent, mais montre d'importants déficits relationnels et émotionnels..

D'après la commission Warren, une travailleuse sociale confirme ce retrait de Lee par rapport aux autres, notant que Lee semble avoir des désirs de puissance et de violence, et identifie la source de ses problèmes dans ses rapports avec sa mère.. Enfin, d'après la Commission Warren, le psychiatre le Dr Hartog, dans son rapport du , tout en confirmant les observations de ses collègues, diagnostique chez le jeune Oswald des troubles de la personnalité avec tendance schizoïde et passive-agressive. La situation ne s'arrange pas vraiment et le juge de la jeunesse qui suit Lee envisage son placement, mais, avant qu'une décision quelconque ne soit prise, Marguerite quitte New York début 1954 et emménage à La Nouvelle-Orléans.

Oswald fréquente l'école de manière irrégulière et n'obtient jamais son diplôme du secondaire. Oswald a toujours une mauvaise orthographe et ses erreurs semblent montrer qu'il souffrait de dyslexieV. Bugliosi, . La dyslexie n'était apparemment pas un trouble diagnostiqué au début des années 1950, mais il semble que les tests que les Soviétiques firent passer à Oswald révélèrent « une forme de dyslexie ».. Malgré ces problèmes, il est un lecteur avide et a toujours pensé qu'il était plus intelligent que les gens qui l'entouraient. À partir de ses , selon ses propres déclarations présentées par la commission WarrenNotes de l'entretien accordé par Oswald à Aline Mosby à Moscou en , CE 1385, WC XXII, )., Oswald s'intéresse au marxismeOswald situe ce premier intérêt lorsqu'une dame lui donna un pamphlet au sujet des Rosenberg à New York. à la suite de l'affaire des époux Rosenberg, qui voit l'exécution d'un couple communiste pour fait d'espionnage au profit de l'Union soviétique.

Peu après, à La Nouvelle-Orléans, il achète Le Capital et le Manifeste du parti communisteUn de ses rares amis, Palmer McBride, se souvenait du fait qu'en 1956, Lee lui avait montré avec une certaine fierté son exemplaire du Capital et du Manifeste du parti communiste, s'était déclaré marxiste et avait affirmé que le président Eisenhower exploitait le peuple et qu'il aimerait le tuer (entretien de McBride avec le FBI, CE 1386, WC XXII, , où il mentionne un incident qui opposa Lee avec le jeune président du club d'astronomie local au sujet des bienfaits du communisme, incident confirmé par le témoignage de ce dernier devant la commission Warren, WC VIII, ).. En , d'après la commission Warren, Lee Harvey Oswald écrit au président du Parti socialiste d'Amérique une lettre où il se déclare marxiste et affirme étudier les principes marxistes depuis quinze mois.. Sa mère, Marguerite Oswald, fera remarquer durant son témoignage devant la commission Warren que les ouvrages lus par son fils étaient disponibles dans les bibliothèques publiques.

vignette|Lee Harvey Oswald dans le corps des Marines.

En parallèle, alors même qu'il lit toute la littérature marxiste qu'il peut trouver, Oswald prépare son entrée dans les Marines en apprenant par cœur le manuel des Marines de son frère aîné, Robert, qui est Marine. Oswald adore ce frère dont il porte fièrement la bague du Corps et rêve depuis longtemps de l'imiter en le suivant dans la carrière. Oswald réalise son rêve d'enfance et s'engage dans les Marines une semaine après son dix-septième anniversaire, le .

Entraînement militaire Le , il intègre le corps des Marines à la base de San Diego en Californie.

Il suit les entraînements de base sans difficulté bien que ses résultats aux tirs sur fusil M-1, qu'il ne réussit pas la première fois, soient inférieurs aux standards de ses instructeurs. Il reçoit à ce sujet le surnom disgracieux de ShitbirdL'ancien marine Sherman Corley présent pendant l'entraînement de Lee Harvey Oswald a déclaré à ce sujet :"C'était une disgrâce et nous lui avons donné". Interviewés par l'auteur Henry Hurt dans les années 1980, cinquante Marines déclarèrent tous que les compétences de tir de Lee Harvey Oswald étaient risibles..

Oswald semble cependant avoir été un bon soldat, en tout cas au début de sa carrière, et ses résultats aux tests de tir, par exemple, sont très satisfaisantsClassé « bon tireur » (marksman), il a en fait, avec un score de 212 le , dépassé le niveau requis pour « tireur d'élite » (sharpshooter), le niveau suivant, à , étant « expert ».. Testé une seconde fois, il parvient au stade de sharpshooter, tireur d'élite, de deux points, puis, la troisième fois, il atteint le stade de Marksman, ou bon tireur, le niveau le plus faible dans l'échelle de capacité de tir des marines. En fait, selon les standards du Corps de Marines, Oswald était un assez bon tireurV. Bugliosi, et 562, Extrait du dossier militaire d'Oswald, WC XIX, ; Témoignage du col. Allison G. Folsom Jr., WC VIII, et 311..

Après les entraînements de base, d' à , Oswald suit un entraînement spécifique de contrôleur radar destiné à la composante aérienne des Marines en intégrant le Naval Air Technical Training Center situé à Jacksonville en Floride. Cette formation est réservée aux soldats dont les compétences intellectuelles sont supérieures à la moyenne et accessibles avec le niveau de sécurité "confidentiel".

Le , il devient soldat de première classe et reçoit l'accréditation de sécurité minimale, « confidentiel »A. Summers, , V. Bugliosi, , CE 1961, WC XXIII, ., et est transféré à la base de Kesler de l'US Air Force dans le Mississippi où il suit un entraînement complémentaire d'opérateur radar. Il finit au classement sur une promotion de 50 personnes et obtient la qualification de Military Occupationnal Speciality ou MOS en opérateur en électronique d'aviation.

En , il est transféré à la base d'El Toro (Californie) au Marine Corps Air Station.

Le , il monte à bord de l'USS Bexar, direction la base militaire d'Atsugi, située à à l'ouest de Tokyo, au Japon. Cette base est le point d'opération de la First Marine Aircraft Wing, et le Joint Technical Advisory Groupe en occupe une partie. En réalité, elle est la principale base de la CIA en Asie. Elle est utilisée pour les vols de l'avion espion Lockheed U-2 au-dessus de l'Union soviétique, alors en pleine guerre froide avec les États-Unis et dont le potentiel militaire reste mal connu malgré l'opération Wringer. L'objectif de l'appareil est de photographier les sites militaires ou industriels chinois et soviétiques.

Lee Harvey Oswald est rattaché au Marine Air Control Squadron où sa mission de contrôleur radar s'attache à vérifier la non-pénétration de l'espace aérien des Alliés par des appareils chinois ou soviétiques.

C'est durant cette période que son unité est informée de l'existence d'un appareil allié nommé Race Car (voiture de course) en captant sur la radio une demande d'informations météo pour l'altitude de (soit ), sachant que le record d'altitude officiel connu en 1957 était alors de (soit ) et que l'antenne du radar avait une portée de (soit ). Sollicités, leurs officiers leur répondent qu'il s'agit d'un avion utilitaire, dont la silhouette singulière en raison de ses très longues ailes faites pour le vol stratosphérique, a été aperçue manœuvrant sur la base au décollage et dans les hangars.

Quoique Oswald ne soit pas impliqué dans ces opérations secrètesLes opérateurs ne peuvent manquer de faire le lien entre les demandes de pilotes pour des informations météo à alors que le record officiel d'altitude était d'un peu moins de , et les mystérieux avions dont ils ont reçu l'ordre de ne pas s'occuper ni discuter (V. Bugliosi, )., certains auteurs ont spéculé qu'il aurait pu commencer là une carrière d'espionAinsi Summers relève qu'Oswald avait été aperçu avec un appareil photo et semblait avoir eu une liaison avec une hôtesse du Queen Bee, un des clubs les plus coûteux de la ville (A Summers, . Il spécule sur le fait que cette hôtesse a pu être le premier contact d'Oswald avec le monde de l'espionnage. Divers auteurs estiment que c'est à Atsugi qu'Oswald entra dans le monde du renseignement, mais les avis divergent sur la question de savoir s'il fut engagé par les services américains ou soviétiques..

Il commence à fréquenter les milieux communistes japonais grâce à la connaissance d'une entraîneuse dans une des boîtes de nuit les plus chères de la capitale japonaise, le Queen Bee, fréquentée principalement par les officiers pilotes de l'avion espion U2 qui profitent des charmes des entraîneuses, lesquelles tentent en retour de leur soutirer des informations. Une soirée coûte l'équivalent de de l'époque. La solde mensuelle de Lee Harvey Oswald atteint alors les qu'il utilise principalement pour aider sa mère, Marguerite, restée aux États-Unis. À ce sujet, le chercheur Mark Lane en interviewant l'ancien Marine, David Bucknell qui a fréquenté Lee Harvey Oswald durant l'année 1959 à côté de Santa Ana en Californie, où ils étaient stationnés, a apporté un élément éclairant. Abordés ensemble par deux femmes engageantes, Oswald lui a alors relaté un incident similaire où, au Japon, il fut abordé par une élégante jeune femme qui lui posa des questions sur son travail à la base d'Atsugi. Lee en fit part à ses supérieurs qui arrangèrent une réunion avec un homme habillé en civil qui lui indiqua qu'il rendrait de grands services à son pays, s'il acceptait de transmettre de fausses informations à cette personne, qui était en réalité un agent du KGB, le principal service secret de renseignement soviétique. Il est invité à continuer à fréquenter cette personne et reçoit des fonds pour fréquenter le Queen Bee. En appui de ce fait, l'ancien agent de la CIA, James Wilcott a témoigné sous serment devant le HSCA (1976-1979) que Lee Harvey Oswald était agent de la centrale de renseignement au Japon.