La collaboration en France a eu lieu entre 1940 et 1944. Il s'agit de l'action et du travail commun, menés de manière volontaire par le régime de Vichy dirigé par Philippe Pétain, et notamment mis en œuvre par Pierre Laval, avec l'Allemagne nazie occupant le territoire français.

Elle trouve son origine dans la Convention d’armistice du 22 juin 1940, dont l'article 3 dispose que .

La collaboration est officialisée lors du discours radiodiffusé du « Pétain, Philippe : Message du 30 octobre 1940 », Themenportal Europäische Geschichte, europa.clio-online.de, consulté le 26 mai 2009... Philippe Pétain y évoque sa rencontre avec Hitler et annonce sa décision d’accepter, en violation de l'engagement interallié du 28 mars 1940, le principe de la collaboration avec le Troisième Reich, selon des modalités restant à définir, et d'en assumer la responsabilité devant l'Histoire.

Affirmant qu’elle pourrait atténuer leurs difficultés, Pétain invite dans ce même discours les Français à le suivre dans cette voie : .

Ce même mois d', Pétain promulgue les premières lois antisémites.

Cette collaboration se manifeste aussi de manière informelle, par la conduite individuelle de Français en dehors de tout cadre étatique.

On peut distinguer trois sortes de collaboration : la collaboration d'État menée par le régime de VichyRobert Paxton, « La Collaboration d'État », dans la France des années noires, Le Seuil, 1993, ., mettant notamment la police française au service de l'idéologie nazie dans les rafles de juifs ; on peut également citer la Milice ; les collaborationnistes, d'idéologie fasciste, qui prônent le principe de la collaboration politique et l'entrée en guerre aux côtés de l'Allemagne.. (Rassemblement national populaire (RNP), Parti populaire français (PPF) ou militaires (LVF)Philippe Burrin, « La Collaboration d'État, dans la France des années noires, Le seuil, 1993, . ; la collaboration économique d'industriels et banquiers (patronat français). Collaboration privée volontaire agréée par décrets vichystes : modèle allemand de concentration économique (élaboré par von Schnitzler de IG Farben). Association de capitaux (sociétés mixtes), cartels franco-allemands, spoliation des concurrents sur le marché européen, pillage allemand (compensation) alimenté par l'Office central de répartition des produits industriels (OCRPI)Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation : la collaboration économique avec le Reich et Vichy, Paris, Armand Colin, coll. « Références » Histoire, 1999. Une partie de cette collaboration privée est aussi considérée comme une collaboration technique imposée par les vainqueursClaude d'Abzac-Epezy, postface à L'Armée de Vichy de Robert Paxton, Taillandier, , 547..

À la suite de Philippe BurrinPhilippe Burrin, La France à l'heure allemande 1940-1944, Éditions du Seuil, 1995., les historiens parlent de « collaboration au quotidien » pour désigner un certain nombre de comportements significatifs, mais ne relevant pas de l'engagement politique actif : rapports personnels cordiaux entretenus avec des Allemands, envoi de lettres de dénonciation à la police ou à la Gestapo (trois à cinq millions de lettres anonymes en France, soit une moyenne de par jourChristophe Cornevin, Les Indics : la face cachée de la police française, Flammarion, 2011, 350, 50 % étant motivées par l'espoir d'une récompense en argent, 40 % relevant de raisons politiques, 10 % de vengeances.), chefs d'entreprises sollicitant d'eux-mêmes des commandes de l'ennemi, relations amoureuses affichées avec des soldats de l'armée d'occupation, voire des membres de la GestapoJean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-44, Perrin, 1997, « Le temps des profiteurs », 231-233 de l'édition de poche..

Il peut y avoir chevauchement entre la collaboration d'État et le « collaborationnisme » : de nombreux collaborationnistes parisiens, certains partisans convaincus de la victoire allemande et de l'idéologie nazie, sont ainsi entrés au gouvernement de Vichy.

Depuis les travaux d'Eberhard Jäckel, les historiens revisitent également cet aspect du régime de Vichy depuis le point de vue allemand : , selon Goebbels, les nazis n'ont jamais pris au sérieux les demandes de l’État français, qu'ils n'utilisaient que pour asservir un peu plus profondément le pays.

La collaboration d'État en France

vignette|Un symbole fort : la poignée de main de Montoire entre Pétain et Hitler, octobre 1940. vignette|En 1941, le maréchal Pétain et l'amiral Darlan avec le maréchal du Reich Hermann Göring.

La collaboration d'État est l'aide apportée à l'Allemagne nazie par le gouvernement de Vichy et l'administration française. Cette aide se situe principalement sur les plans économique (les frais d'occupation, compensation, cartels, comités d'organisation), policiers (lutte contre la Résistance, livraison d'Allemands antinazis exilés en France, etc.), racial (recensement, arrestation et déportation des Juifs) et militaire (accord Darlan, LVF, Waffen-SS français, etc.).

La collaboration fut lancée médiatiquement à la suite de la rencontre de Pétain et d'Hitler à Montoire-sur-le-Loir, le , avec sa fameuse poignée de main, image symbolique que l'on peut opposer à celle du général de Gaulle prononçant au micro de la BBC son intention de continuer le combat aux côtés des Alliés. L'entrevue de Montoire, bien qu'elle ait été préparée par Pierre Laval au moyen de rencontres avec les dirigeants nazis (dont Hitler lui-même, deux jours avant au même endroit) eut un bilan fort maigre : aucun engagement concret ne fut pris d'aucune part, seul le principe de la collaboration fut mis en place, avec un malentendu, soigneusement entretenu par les Allemands, sur le sens réel de cet engagement.

Dans un courrier adressé au général Weygand en date du , Pétain précise qu’aucune modalité d’application n’a été envisagée et qu’il s’est borné à « réclamer l’amélioration du sort des prisonniers, du ravitaillement, des communications entre les deux zones » ainsi que « de la suppression de la ligne de démarcation ». Il ajoute être bien conscient que la question d’une collaboration se reposera à nouveau, mais qu’il entend la limiter à « des considérations d’ordre économique » ou aux moyens de préserver les possessions africaines de l’empire. Il se refusera également à toute tentative d’engager la France dans une agression contre l’Angleterre. Il conclut en insistant sur sa volonté « de maintenir un équilibre prudent » entre les pressions anglo-saxonnes et une collaboration économique « inévitable » avec l’Allemagne.

Pour Pétain, comme pour Laval, les concessions faites à l'occupant à partir de l'accord de Montoire devaient entraîner sa mansuétude : devant ces gages de bonne volonté, l'Allemagne aurait accordé des contreparties, comme le retour des prisonniers de guerre français, l'aménagement de la ligne de démarcation ou le retour du gouvernement français à Versailles. Comme le dit Pétain dans son discours du , le choix « appartient d’abord au vainqueur » s’il veut « dominer sa victoire ». Mais, Hitler, en raison de son immense francophobie, n'était nullement disposé à faire des concessions au vaincu de . De plus, il considérait la collaboration comme un atout tactique et stratégique : aide purement ponctuelle et militaire, elle devait aider l'Allemagne dans la perspective du conflit en cours avec le Royaume-Uni et du projet d'invasion de l'URSS. Il s'agissait pour les nazis de se garantir des intentions françaises, c'est-à-dire de en maintenant et en s'assurant Pierre Laborie, Dictionnaire Historique de la Résistance, « Montoire », Robert Laffont, Paris, 2006, 600.. L'historiographie récente tend à revoir à la hausse les propositions françaises, sur la base des procès-verbaux publiés en 1961 (en anglais) par les Américains : c'est Pétain qui a proposé une « collaboration » consistant en une action militaire anti-anglaise de l’armée de Vichy en Afrique (pour reprendre l'AEF également), sans nécessairement l'appui de troupes allemandes mais avec l'accord d'Hitler. Celui-ci a ignoré la demande, par méfiance et n'étant venu, selon François Depla, que pour faire diversion sur le front sud tandis qu'il concentrait déjà ses moyens à l'est.

Pétain déclara, dans son allocution radiophonique du , que la France entrait dans une ère nouvelle : . Mais il avoua par la suite sa déception devant l'absence d'accord concret, et d'engagement de la part d'Hitler. Il confia par la suite avoir rencontré un , un , allant jusqu'à minimiser la rencontre en affirmant que Montoire était dès le départ conçu comme un simple informelMarc Ferro, Questions sur la Seconde Guerre mondiale, Firenze, Casterman, 1993.. Ceci ne l'amena pourtant pas à tirer les leçons de cet échec, dont il ne soupçonna sans doute jamais la portée réelle. Laval et lui pariaient sur une victoire allemande définitive, et ils voulaient faire de la France le partenaire privilégié d'Adolf Hitler dans l'Europe nazie. Leur illusion était grande qu'Adolf Hitler veuille faire de la France autre chose qu'un vassal taillable et corvéable à merciLa presse ultra collaboratrice a entretenu cette illusion : ainsi l’organe officiel du Parti populaire français assène-t-il en mai 1941 : « le vainqueur VEUT dominer sa victoire » (p.8).. La seule divergence entre les conceptions des deux hommes d'État était une différence de degré : pour Pétain, la collaboration avait des motivations réactionnaires et nationalistes, alors que Laval raisonnait en termes nettement européens, ceux de « l'Ordre nouveau » évidemmentJean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, Perrin, 1997, « Le temps des profiteurs », 71 et 78 de l'édition de poche..

Le régime de Vichy, pour démontrer sa bonne volonté, a donc recherché la collaboration et fréquemment anticipé ou surenchéri sur les demandes allemandes. Quant aux concessions obtenues en échange de la collaboration, elles furent pour le moins très limitées, le fardeau de l'Occupation ne cessant de s'alourdir jusqu'au bout. Ainsi, en échange du départ de à travailleurs au Service du travail obligatoire (STO), Pétain et Laval obtinrent le retour de moins de pour la plupart âgés et malades, dont une majorité aurait sans doute été rapatriée de toute façon.

Parmi les collaborationnistes qui ont participé aux différents gouvernements de Vichy ou lui ont apporté leur soutien, on peut citer Fernand de Brinon, admirateur du Troisième Reich dès avant-guerre, qui est ainsi le délégué général de Vichy en zone Nord de 1941 à 1944. On peut citer aussi Jacques Benoist-Méchin, principal conseiller de Darlan pour les négociations avec Hitler (1941-1942), Gaston Bruneton, chargé de l'action sociale auprès des travailleurs (volontaires et forcés) français en Allemagne en étroite collaboration avec le D.A.F. (Front Allemand du Travail), Jean Bichelonne, maître-d'œuvre du Service du travail obligatoire (STO), ministre de la Production industrielle, puis, des Transports, ou l'académicien Abel Bonnard dit « Gestapette », promu à l'Éducation nationale en 1942. En 1944, les fascistes et collaborationnistes convaincus Joseph Darnand, Philippe Henriot et Marcel Déat entrent au gouvernement sous la pression allemande.

Si de nombreux collaborationnistes parisiens méprisent ouvertement le régime de Vichy qu'ils jugent trop réactionnaire et pas assez engagé dans l'alliance avec le Troisième Reich, d'autres se proclament inconditionnels du maréchal Pétain, à commencer par Darnand. Jacques Doriot, chef du PPF, se présenta jusqu'à fin 1941 comme . Pierre Laval, la plus importante personnalité à Vichy, après Pétain, entretenait des relations politiques très étroites avec Déat et Darnand, et prit en personne la tête de la Milice française, organisation collaborationniste très violente et jusqu'au-boutiste, supplétive de la Gestapo.

Collaboration d'État à la Shoah et spoliations privées des Juifs