Abdelaziz Bouteflika ( , en berbère : Ɛebdelɛaziz Butefliqa), né le à Oujda (Maroc) et mort le à Zéralda (Algérie), est un homme d'État algérien, président de la République algérienne démocratique et populaire du au .

Il est engagé après l'injonction aux étudiants de rejoindre en l'Armée de libération nationale (ALN) au Maroc pendant la guerre d'Algérie. Membre du clan d'Oujda, il se lie avec Houari Boumédiène, sous l'égide duquel il progresse rapidement dans l'appareil administratif de l'« armée des frontières ».

Élu député de Tlemcen en 1962, il est ministre de la Jeunesse, des Sports et du Tourisme dans le premier gouvernement Ahmed Ben Bella, de 1962 à 1963. Il occupe ensuite les fonctions de ministre des Affaires étrangères de 1963 à 1979, dans les trois gouvernements Ahmed Ben Bella et les quatre gouvernements Houari Boumédiène.

Après la mort de Boumédiène, il est de 1979 à 1980 ministre conseiller du président de la République. Accusé d’extorsion de fonds, il est contraint à l'exil de 1981 à 1987. Durant la guerre civile des années 1990, il se montre plus modéré que le président Liamine Zéroual.

Candidat indépendant à l'élection présidentielle de 1999, Abdelaziz Bouteflika l'emporte de façon controversée au premier tour, avec 73,8 % des suffrages, après le retrait de tous les candidats, dont les noms ne sont cependant pas retirés des bulletins de vote.

Le début de sa présidence est marqué par la fin de la guerre civile. Il est réélu au premier tour des élections présidentielles de 2004 (85 % des voix), de 2009 () et de 2014 (). Il est ainsi le chef de l’État algérien étant resté le plus longtemps en fonction. Il est également ministre de la Défense à partir de 2002 et président d'honneur du Front de libération nationale (FLN) à partir de 2005.

Après avoir été victime en 2013 d'un grave accident vasculaire cérébral, il voit son état de santé se dégrader : sa mobilité est réduite et il n’effectue que de rares apparitions. Son aptitude à gouverner le pays est régulièrement remise en question et son entourage accusé d'exercer une influence considérable, en particulier son frère Saïd Bouteflika, alors que des scandales de corruption éclatent.

À l'approche de l'élection présidentielle de 2019, le régime se trouve dans une impasse pour désigner un successeur adéquat, ce qui pousse les caciques du FLN à envisager le report du scrutin et à maintenir Bouteflika au pouvoir pendant cette période transitoire. Ces circonstances sont propices à la naissance d'importantes manifestations (« Hirak »), qui aboutissent à la décision du chef de l'État de renoncer à briguer un cinquième mandat et de quitter le palais d'El Mouradia, vingt ans après son accession à la présidence.

Retiré de la vie publique, Abdelaziz Bouteflika meurt à l'âge de 84 ans, deux ans après sa démission de la présidence de l'Algérie.

Biographie Origines vignette|Rue de marché à Oujda, vers 1920. Abdelaziz Bouteflika est né le à Oujda, ville du Maroc oriental où ses parents avaient émigré.... Ceux-ci sont tous deux originaires de Nedroma, une ville de l'Ouest de l'Algérie dans la région de Tlemcen, près de laquelle son père, Ahmed Bouteflika, est né en 1898., et sa mère, Mansouriah Ghezlaoui, en 1916... Ahmed Bouteflika s'exile d'Algérie pour des « raisons économiques », selon Jeune Afrique, ou pour « fuir la répression coloniale », selon El Watan.. À Oujda, après avoir été tailleur., Ahmed Bouteflika devient mandataire au marché de la ville pour le compte d'un autre Algérien, également propriétaire d'un hammam dont sa mère, Mansouriah Ghezlaoui, est la gérante.

Abdelaziz Bouteflika a quatre frères, Abdelghani (mort le Algérie : Décès de Abdelghani Bouteflika, avocat et frère de l’ex-président déchu, site observalgerie.com, 7 février 2021.), Mustapha (mort en 2010.), Abderahim (appelé parfois Nacer) et Saïd, deux sœurs, Latifa et Zohr., et trois demi-sœurs, Fatima, Yamina et Aïcha. Il est le premier enfant de sa mère et le second de son père, sa demi-sœur Fatima étant son aînée.

Selon Le Petit Robert des noms propres, le nom Bouteflika est issu de l'arabe algérien, , qui signifie « celui qui fait tout exploser »..

Vie privée et familiale Pendant sa présidence, Abdelaziz Bouteflika ne donne pas d'indication sur sa situation maritale. En , il épouse dans la plus grande discrétion Amal Triki, fille d’un diplomate, Yahia Triki. Ils n'ont pas d'enfants et elle demeure à Paris. Ils auraient divorcé.

Formation Abdelaziz Bouteflika fait ses premières classes au début des années 1940, à Sidi Ziane, une école moderne fondée en 1907, au lendemain de la prise d'Oujda par les troupes de Lyautey. En 1950, il rejoint l’école de scoutisme Hassania.. Il poursuit sa scolarité au lycée Abdelmoumen d'Oujda, où il adhère à la cellule de l'Istiqlal, parti nationaliste marocain.

Engagement militaire gauche|vignette|Bouteflika au sein du « clan d'Oujda », en 1958. (Accroupi au centre, ). Durant la guerre d'Algérie, l’Armée de libération nationale (ALN), branche militaire du Front de libération nationale (FLN), principal parti nationaliste, ordonne à tous les lycéens et étudiants algériens de rejoindre ses rangs. Âgé de 19 ans., Abdelaziz Bouteflika intègre l’« armée des frontières » et ses bases installées sur le territoire du Maroc, qui vient de recouvrer son indépendance.. Il suit l'instruction militaire de l’école des cadres de l'ALN à Dar El Kebdani, entre Oujda et Nador, puis devient « contrôleur » pour la direction de la wilaya V (Ouest) : sa tâche consiste à « plaider la cause de l'ALN » auprès des populations rurales algériennes, pour en obtenir le ralliement. Il se consacre à cette fonction durant dix mois, entre 1957 et 1958.

En 1958, il est nommé secrétaire administratif par Houari Boumédiène, dont il suit l'ascension du poste de commandement de la wilaya V à celui de l'état-major de l'Ouest, puis de l'état-major général, au sein du « clan d'Oujda ». En 1960, il est envoyé en mission sur la frontière sud, d'où il revient avec le surnom d'« Abdelkader El Mali »... En 1961, au moment du conflit entre l'état-major et le GPRA, Houari Boumédiène le charge de trouver un appui parmi les « chefs historiques » alors emprisonnés au château d'Aunoy : il joue un rôle décisif dans la conclusion d'une alliance avec Ahmed Ben Bella.

Ses responsabilités à cette époque lui valent, en 2002 et 2005, d'être accusé par l’homme politique français Pierre Messmer d'avoir planifié en 1962 le massacre des harkisLien audio et lien audio .. Pour l'historien Pierre Vidal-Naquet, ce massacre s'inscrit dans une logique de vendetta non planifiée, résultat de la vindicte populairePaulette Péju, Les Harkis à Paris, préface de Pierre Vidal-Naquet, Paris, La Découverte, 2000..

Parcours politique Débuts

vignette|Bouteflika dans le premier gouvernement de Boumediene, 1965 vignette|200px| À Alger en 1975, le président de algérien Houari Boumédiène (premier plan à droite) et son ministre des Affaires étrangères Abdelaziz Bouteflika (au premier plan à gauche). À l'indépendance de l'Algérie, en , il devient, à 25 ans, ministre de la Jeunesse et du Tourisme dans le gouvernement du président Ahmed Ben Bella. Membre de l'Assemblée nationale constituante, il est élu député de Tlemcen aux première et deuxième Assemblées législatives. Après le congrès du FLN d’avril, il est nommé membre du Comité central et du bureau politique du FLN.

À partir de l'année 1963, il est appelé à effectuer de nombreuses missions à l’étranger comme ministre des Affaires étrangères par intérim. En , il est confirmé dans ses fonctions, qu'il conserve jusqu’à la mort du président Houari Boumédiène. Après son limogeage, le , par le président Ahmed Ben Bella., il est partie prenante du coup d'État du 19 juin 1965.. Trois ans après, il conclut avec la France, au nom de la République algérienne, l'accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, pierre angulaire de la politique de grande émigration algérienne.

Pendant son mandat, Bouteflika — plus jeune ministre des Affaires étrangères au monde à l’époque — fait de l’Algérie un pays porte-parole du tiers monde et l’interlocuteur privilégié dans les rapports entre le Nord et le Sud. Au cours de la même période, il obtient sa plus grande consécration en présidant la de l'Assemblée générale des Nations unies en 1974Élu président de la vingt-neuvième session de l'Assemblée générale...

Traversée du désert Le président Chadli Bendjedid le nomme ministre d'État en 1979. Bouteflika est néanmoins peu à peu écarté de la scène politique, qu'il quitte en 1981. Il est traduit devant le conseil de discipline du FLN, qui l'exclut du comité central, et est poursuivi par la Cour des comptes : il avait détourné, sur les trésoreries des différentes chancelleries algériennes à l'étranger, l'équivalent de 60 millions de francs qu'il avait placés dans deux comptes ouverts auprès de la Société de banque suisseHocine Malti, Histoire secrète du pétrole algérien, La Découverte 2010, ..

Il choisit alors de s'exiler pendant six ans entre la Suisse , au canton de Vaud., et les Émirats arabes unis.. Consultant international, il fait des affaires et continue de s'enrichirFrédéric Pons, « L'inquiétant héritage de Bouteflika », Conflits, , janv.-mars 2017, p. 13-16..

De retour en Algérie en , il prend part au congrès du FLN de 1989, qui l'élit membre du comité central. Pressenti pour occuper des fonctions de ministre, il décline ces propositions.

Il ne donne pas suite non plus, en 1994, aux sollicitations dont il est l’objet en vue de son accession aux fonctions de chef de l'État. Le général à la retraite Liamine Zéroual est alors désigné pour diriger le pays et Bouteflika retourne en Suisse..

Président de la République algérienne démocratique et populaire Élections vignette|alt=|Bulletin de vote pour Abdelaziz Bouteflika à l’élection présidentielle de 2014.|220x220px

En , il fait part de sa décision de se présenter, en qualité de candidat « indépendant », à l’élection présidentielle anticipée de 1999. Bouteflika est élu président de la République avec 73,8 % des voix à l'issue d'un scrutin au cours duquel tous ses adversaires se retirent pour dénoncer les conditions d’organisation du vote. Il succède ainsi à Liamine Zéroual, le .

Il est réélu en 2004, au premier tour de scrutin, avec 84,99 % des voix.

Le Parlement algérien vote à main levée, le , la modification de la Constitution (500 oui, 21 non, 8 abstentions). Parmi les changements figure le retrait de la limite de deux mandats consécutifs qu'un président peut exercer« Le parlement algérien lève la limite des mandats présidentiels », Le Point, . « Algeria deputies scrap term limit », BBC News, .. Abdelaziz Bouteflika annonce lors d'un rassemblement à Alger, le , qu'il est candidat à sa succession lors de la prochaine élection présidentielle« Algérie : Bouteflika briguera un présidentiel », Agence Chine nouvelle, 13 février 2009.. Il est réélu pour un troisième mandat dès le premier tour, le , avec 90,24 % des voix« Bouteflika réélu à la tête de l'État algérien », Le Monde, ..