La gare du Havre est une gare ferroviaire française, terminus de la ligne de Paris-Saint-Lazare au Havre, située au croisement du boulevard de Strasbourg et du cours de la République, à proximité du centre-ville du Havre, grand port maritime et sous-préfecture du département de la Seine-Maritime, en région Normandie.

Elle est mise en service en 1847, par la Compagnie du chemin de fer de Rouen au Havre, avant de devenir, en 1855, une gare de la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest, puis, en 1909, de l'Administration des chemins de fer de l'État. Gare importante, elle a disposé de trois bâtiments voyageurs successifs. Le premier, dû à William Tite, est ouvert en 1847 ; il est détruit pour laisser la place, en 1882, à celui de Juste Lisch. La gare actuelle est constituée du bâtiment voyageurs d'Henri Pacon, ouvert en 1932 et de la grande halle verrière de 1882.

Cette gare de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) est desservie par des et par des trains régionaux du réseau .

Situation ferroviaire vignette|gauche|alt=Vue d'ensemble du faisceau des voies de la gare, avec des trains et la verrière ; en arrière-plan, à droite, l'église Saint Joseph.|Gare du Havre, terminus de la ligne. Établie à d'altitude, la gare en impasse du Havre est l'aboutissement, au point kilométrique 227,918 de la ligne de Paris-Saint-Lazare au Havre, après la gare du Havre-Graville (cette dernière étant fermée).

Située à l'extrémité de la ligne, la gare voyageurs est précédée par le faisceau de voies de service du Havre-Plaine. Le complexe ferroviaire du Havre comprend également les gares marchandises du Havre-Soquence et du Havre-Maritime, ainsi qu'un réseau de voies qui desservent différents lieux du port.

Histoire Origine Le projet d'un chemin de fer de Paris à la mer prend corps avec le mémoire « De l'établissement d'un chemin de fer entre Paris et Le Havre », publié en 1825 par Claude-Louis Navier, ingénieur des ponts et chaussées. De nombreux projets sont étudiés et mis en concurrence, avant la concession de la ligne de Paris à Rouen attribuée à Charles Laffitte et Edward Blount en . La compagnie pour le prolongement jusqu'au Havre est créée dès le début des travaux. L'équipe technique, composée en majorité de citoyens anglais, est conduite avec Joseph Locke comme ingénieur en chef. La ville du Havre apporte une subvention d'un million de francs et la commune de Graville fournit gratuitement la surface nécessaire pour établir la gare terminus. Bien que le tracé comporte de nombreux ouvrages, elle est presque terminée en 1846. La livraison est néanmoins retardée par l'effondrement du viaduc de Barentin (reconstruit en six mois) et par les vérifications et modifications imposées sur les autres ouvrages du même type.

1847 : gare de William Tite La gare du Havre est mise en service le par la Compagnie du chemin de fer de Rouen au Havre, lorsqu'elle ouvre à l'exploitation sa ligne en prolongement de la ligne de Paris à Rouen.. L'inauguration a eu lieu le , en présence des maires du Havre, d'Ingouville et de Graville..

vignette|gauche|alt=Gravure représentant le débarcadère voyageurs.|Le débarcadère voyageurs en 1847. L'emplacement choisi, sur la commune de Graville, pour l'implantation de la gare tient compte du projet d'agrandissement de la ville vers l'est. Déjà un quartier industriel et deux bassins pour les navires à vapeur ont été créés à l'initiative du négociant Lefèvre. Pour la compagnie, ce choix géographique est justifié pour une gare qui doit permettre un maximum d'échanges de marchandises avec les navires de mer dans le but d'apporter une forte concurrence aux transports effectués par les bateaux utilisant la Seine entre le Havre et Paris. Elle y édifie deux importants débarcadères : l'un pour les marchandises et l'autre pour les voyageurs.

vignette|alt=Gravure représentant le débarcadère marchandises, avec, à droite, les mâts des bateaux.|Le débarcadère marchandises en 1847. L'architecte William Tite réalise ces deux bâtiments. Le débarcadère des marchandises de « style néoclassique », qui abrite des bureaux, comprend un porche en forme « d'arc de triomphe » et celui des voyageurs dispose d'une façade composée d'arcades et d'un toit plat. Le rez-de-chaussée est consacré au service des voyageurs avec notamment les salles d'attente et l'étage abrite les logements des employés qui, selon la description de Zola dans son roman La Bête humaine, donnent sur un couloir « comme un hôtel ».

En 1852, la gare est reliée à l'hôtel de ville par le boulevard de Strasbourg réalisé sur le tracé des anciens remparts de la ville.

En 1855, la gare intègre, comme la ligne, le réseau de la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest, laquelle est issue d'une fusion comprenant notamment les compagnies d'origine de la ligne..

En 1866, le conseil général émet un vœu pour la reconstruction et le remaniement complet du débarcadère voyageurs qui n'est plus adapté au trafic de la gare ; il le renouvelle en 1867..

Le , la gare est desservie par la première ligne de tramway hippomobile de la ville..

1883 : gare de Juste Lisch Le doublement de la population du Havre, depuis la construction de la première gare, rend urgent son remplacement. Le projet de reconstruction devient d'actualité en 1881 lorsqu'il est confié à Juste Lisch, l'architecte de la Compagnie de l'Ouest qui doit également reconstruire la gare Saint-Lazare. L'emplacement reste le même car la ville a évolué vers l'est et la gare qui se trouve maintenant au carrefour du boulevard de Strasbourg et du cours de la République est reliée aux différents bassins du port par des voies ferrées.

vignette|gauche|alt=Carte postale colorisée représentant la façade de la gare d'arrivée et le carrefour avec des personnages, le kiosque et des tramways électriques.|La gare d'arrivée de Juste Lisch, vers 1900, avec la station du tramway. vignette|alt=Carte postale en noir et blanc avec la gare de départ, un kiosque et des personnages.|La gare de départ de Juste Lisch, vers 1900. Si l'emplacement est le même, le bâtiment est complètement renouvelé. À la place de l'ancien hall des voyageurs, il crée une gare des départs en parallèle au cours de la République. L'ancien hall qui couvrait les voies et les quais est remplacé par un très grand bâtiment rectangulaire en briques, couvert par une charpente métallique, réalisée en « arc brisé surbaissé, portée par des poutrelles raidies de treillis, assemblées par rivets » ; l'éclairage provient de vitres établies sur deux lignes en parallèle du faîtage (Elle est du type de celle de la salle des machines de l'exposition universelle de 1878 à Paris). Ce hall est prolongé et fermé, dans l'axe du boulevard de Strasbourg, par la gare d'arrivée qui comporte trois travées vitrées surmontées d'une horloge et encadrées par deux tours avec une toiture « à l'impérial », les parties non vitrées étant recouvertes de « pavés de couleurs vives » ; la gare du départ est sur le même modèle mais ne comporte qu'une seule travée.

Les travaux se terminent avec l'ouverture de la gare d'arrivée en 1883. Du fait de son aspect les habitants l'appelleront « gare chinoise ».

En 1890, une représentation de la ville du Havre « vue en ballon » permet de repérer les installations ferroviaires qui comprennent, outre la nouvelle gare, l'ancien bâtiment de la gare marchandises et la voie qui dessert le port et la gare maritime du quai Auguste-Brostrom en passant par le terre-plein de la Barre. Le , a lieu l'inauguration de l'électrification de la ligne du tramway avec de nouvelles voitures.. Puis deux nouvelles lignes desservent la gare : celle de Bléville par Sanvic, ouverte en , et celle de La Jetée par la place Gambetta, ouverte en .

Le , survient en gare un accident spectaculaire : une locomotive tractant dix voitures enfonce le heurtoir à l'extrémité de la voie sur laquelle elle circulait, puis termine sa course en percutant et endommageant des parois du bureau de l'octroi, proche de la sortie des voyageurs. Il y a d'importants dégâts matériels et des employés de la compagnie de chemins de fer et des voyageurs sont blessés, heureusement sans gravité..

Le , la gare entre dans le réseau de l'Administration des chemins de fer de l'État qui rachète la Compagnie de l'Ouest en faillite.

vignette|alt=Photo de la grande halle, qui surplombe des quais vides.|La grande halle des trains de Juste Lisch, en 2013. En 1923, une nouvelle sortie pour les voyageurs est ouverte rue Charles-Laffite et quatre ponts à bascule de vingt tonnes sont remplacés par des appareils de 40/60 tonnes..

1932 : gare d'Henri Pacon Dès 1919, Léon Meyer, nouveau maire du Havre, met en œuvre des projets pour l'amélioration de sa ville et notamment pour le remplacement de la gare qu'il « qualifie de hideuse ». Les architectes Charles Lemaresquier et Charles Genuys proposent de nombreux projets en 1921 et 1923, mais finalement celui de style Art déco., présenté par Henri Pacon en 1928, est choisi.

vignette|gauche|redresse|alt=Carte postale au format vertical, avec le bâtiment voyageurs et la tour horloge de la gare d'Henri Pacon.|La gare d'Henri Pacon. Les travaux pour la démolition de l'ancienne gare et la création de la nouvelle débutent le .. Le suivant a lieu une cérémonie pour la pose de la première pierre en présence notamment de Léon Meyer, maire de la ville et de Raoul Dautry directeur de l'Administration des chemins de fer de l'État venu de Paris avec ses invités dans un train transatlantique composé de nouvelles voitures pullman. Puis, les autorités se déplacent à la gare maritime pour procéder à une deuxième cérémonie du même type, avant de participer à un déjeuner sur le paquebot Île-de-France, offert par la Compagnie générale transatlantique.. La construction est réalisée par l'entreprise « Coignet » du Havre..

Après dix-sept mois de travaux, avec un minimum de gêne pour le service, la nouvelle gare est ouverte le . Son inauguration a lieu le suivant en présence de nombreuses personnalités. Outre le député maire Léon Meyer, devenu également ministre de la Marine marchande, et Raoul Dautry, on remarque entre autres la présence du député René Coty (futur Président de la république), du sénateur Louis Brindeau (futur maire du Havre). Après la visite de la gare et du nouveau dépôt de locomotives de la rue Demidoff, les autorités se retrouvent à l'hôtel Frascati pour un déjeuner offert par la municipalité.. La grande halle mesure de long pour de large.

vignette|alt=Photo du grand hall des voyageurs, sous forme d'une vue partielle permettant de voir son volume.|Le grand hall des voyageurs en 2013.