vignette|250px|La ville de Chicago aux États-Unis gère près de pour éclairer ses trottoirs, ses rues et avenues, ses autoroutes, ses ponts, ses places, ses parcs et ses zones résidentielles.
L'éclairage public est l'ensemble des moyens d'éclairage mis en œuvre dans les espaces publics, à l'intérieur et à l'extérieur des villes, très généralement en bordures des voiries et places, nécessaires à la sécurité ou au confort des êtres humains.
Définition Fondamentalement, la révolution industrielle, le développement des villes et des échanges créent les besoins d'une extension et d'une gestion édilitaire des éclairages. Ceux-ci répondent à plusieurs objectifs : sécuriser les espaces urbains, permettre l'accroissement de la circulation et décorer les espaces les plus prestigieux (avenues centrales, gares, parcs et espaces d'expositions…). La lumière dans l'espace collectif présente un faste certain et les modèles de lampadaires ou de suspensions s'inspirent des luminaires de théâtres, de vestibules et de salons ; simultanément, le gaz révolutionne (tel que le montrent les peintures de Turner) l'éclairage des salles de fêtes et des cafés et favorise certainement le travail de nuit : c'est toute la vie urbaine qui voit ses cycles modifiés, prolongés, intensifiés.
À partir de la fin du , l'éclairage public – déjà banalisé avec le bec de gaz – évolue avec les premières sources électriques : la lampe à arc permet l'éclairage de grandes avenues ou ronds-points et des illuminations urbaines spectaculaires. Les sources électriques ne supplantent le gaz que progressivement, avec l'invention de la lampe à filament et des sources à décharge. Simultanément, les architectes (Art déco et fonctionnalistes principalement) s'emparent des effets de la lumière artificielle, surtout pour l'expression de grandes verrières (grands magasins, cinémas, garages automobiles…), de la publicité (« néons ») ou des pavillons d'exposition.
L'utilisation intensive de la voiture va dominer l'évolution de l'éclairage public à partir des années 1950 qui voient apparaître des normes photométriques, des systèmes d'éclairage hiérarchisés, une grande extension hors ville des voiries éclairées et des sources à décharge au sodium de plus en plus efficaces et puissantes.
L'éclairage urbain se renforce (en termes de niveaux et d'uniformité photométriques) dans ce créneau technologique ; le tourisme, le folklore, les traditions (feux d'artifice), les spectacles de rue entraînent en outre le développement d'illuminations permanentes (sites et bâtiments) ou occasionnelles (fêtes urbaines).
À partir des années 1980, l'éclairage public se voit intégré parmi les outils de mise en valeur des villes et du patrimoine, en particulier sous l'impulsion du Plan lumière de la Ville de Lyon (initié en 1989).
Simultanément, il intervient parmi les outils de revitalisation de territoires : noyaux commerciaux et touristiques, centres historiques, quartiers périurbains. Des thèmes nouveaux – sécurité des piétons, des cyclistes, agrément, intégration esthétique – complexifient le domaine et les normes, dont la circulation des voitures n'est plus le seul objet et suscitent de nouvelles typologies d'éclairages (par exemple : éclairage indirect, éclairage à deux nappes de hauteur…).
On note aussi, en marge des interventions publiques, des formes d'art public, les illuminations évoluant vers des interventions d'artistes (par exemple : « Land art » expérimenté dans l'espace nocturne ; l'œuvre de James Turrell, Yann Kersalé).
Histoire
Antiquité Sous la domination romaine, les villes les plus importantes sont correctement éclairées. Le plus ancien système d'éclairage public est attesté à Éphèse, au . La voie qui reliait le port à la ville était éclairée par des lanternes nichées dans les colonnes des portiquesSophie Reculin, "Le règne de la nuit désormais va finir". L'invention et la diffusion de l'éclairage public dans le royaume de France (1697-1789), thèse de doctorat en histoire, université Lille 3, 2017, .. Au , Ammien Marcellin décrit Antioche comme Ammien Marcellin, livre XIV, I, 9..
Au Moyen Âge Au Moyen Âge, les villes européennes baignent dans une quasi obscurité : flambeaux, lanternes ou « feux » sont utilisés pour se déplacer, pour éclairer des portes de ville, porches et cours, le sommet de tours…
Il n'y a donc pas d'éclairage public au sens administratif du terme (pas plus que d'espace public, et guère d'institutions publiques) mais dans de nombreuses villes, des ordonnances émanant de pouvoirs civils imposent une forme de balisage des rues, par exemple en imposant aux riverains de suspendre des « lanternes et chandelles ardentes » aux fenêtres ou l'emploi de porte-falot faisant le guet avec leurs lanternes emmanchées au bout d'un bâton ou portées à la main.
Un ensemble d'usages et de traditions – feux de joie, décors lumineux des « joyeuses entrées » de princes, pratiques religieuses… – animent les villes lors d'événements.
Lanternes et chandelles En 1414, à Londres, chaque citoyen est tenu de suspendre à sa croisée une lanterne afin d'éclairer la rue; et, suivant John Stow, sir , lord-maire en 1417, ordonna qu'on allume durant la nuit des lanternes avec bougies, de la Saint-Michel à la Chandeleur. À ce compte, Londres aurait été la première ville d'Europe régulièrement éclairéeRevue du Breton, 1836 (Livre numérique Google)..
vignette|La Police et la sûreté rétablies dans Paris, 1665. Charles Le Brun (1619-1690). Esquisse pour la Galerie des glaces. Le premier soldat tend une lanterne, ce qui est une allusion à l'éclairage public établi dans les rues de Paris sous l'autorité de Gabriel Nicolas de la ReynieSûreté de la ville de Paris: le sujet est l'établissement de l'éclairage public et d'une garde sous les ordres d'un lieutenant de police (1667) destinés à mettre fin à l'insécurité qui régnait dans la ville de Paris dès la nuit tombée. Le premier lieutenant de police s'est particulièrement illustré : Gabriel Nicolas de la Reynie, qui fut en fonction pendant trente ans entre 1667 et 1697. sur le site galeriedesglaces-versailles.fr. L'établissement fixe des premières lanternes se fait à Paris aux environs de 1667. Auparavant l'éclairage des rues ne reposait que sur quelques chandelles que l'on recommandait de placer au premier étage des maisons bourgeoises (quand des hordes de brigands exploitaient la ville, et par exemple en 1324, 1526 et 1553, lorsque Paris était mise à contribution par les Mauvais-garçons).
Les autorités, en 1667, seraient les premières à placer au milieu et aux deux extrémités de chaque rue des lanternes garnies de chandelles et cet usage se généralisa à toutes les villes de France. Pour perpétuer le souvenir, on frappa en 1669, une médaille avec cette légende: « Urbis securitas et nitor »La ville de Paris, personnifiée par une femme debout, tenant une lanterne rayonnante et une bourse ; à l'exergue : M. DC. LXVIIII. LOUIS XIV : la sûreté et la netteté de Paris. (« la sûreté et la netteté de Paris »). L'allumage des lampes se fait alors par des habitants désignés annuellement par les autorités, chacun dans son quartier, aux heures réglées (et un commis surnuméraire dans chaque quartier pour avertir de l'heure). Une taxe est prélevée, impôt de boues et lanternes qui permettra la transformation de la ville sous l'impulsion de son lieutenant de police : Gabriel Nicolas de la Reynie.
D'autres grandes villes européennes commencèrent également à s'éclairer à cette époque : Hambourg en 1673, Turin et Bruxelles en 1675, Berlin en 1682, Copenhague en 1683, Vienne en 1688, Dublin en 1697Sophie Reculin, "Le règne de la nuit désormais va finir". L'invention et la diffusion de l'éclairage public dans le royaume de France (1697-1789), thèse de doctorat en Histoire, Université Lille 3, 2017, ..
L'édit de (Edit du Roy pour l'établiffement des Lanternes dans les principales villes du Royaume) imposa aux grandes villes du royaume de France de suivre l'exemple de Paris, en leur imposant d'illuminer leurs rues du au Sophie Reculin, "Le règne de la nuit désormais va finir". L'invention et la diffusion de l'éclairage public dans le royaume de France (1697-1789), thèse de doctorat en Histoire, Université Lille 3, 2017, ..
Réverbères et huile En 1766, à Paris toujours, les lanternes cèdent la place aux réverbères ; l'huile succédant aux chandelles à double mèche.
Les lanternes à réverbère seraient inventées par un certain abbé Matherot de Preigney et un sieur Bourgeois de Châteaublanc (ingénieur-mécanicien), qui, par lettres-patentes, enregistrées le , obtinrent le privilège de cette entreprise grâce à une lanterne à réverbère que la lieutenance générale de police décide d'installer dans la capitaleJacques-Antoine Dulaure. Histoire physique, civile et morale de Paris: depuis les premiers temps historiques jusqu'à nos jour. Guillaume et compagnie, 1829 Livre numérique Google.Les lanternes avaient existé jusqu'en 1766. À cette époque, le sieur Bailly entreprit d'y substituer des réverbères. Déjà, au mois d'avril de cette année, près de la moitié des rues étaient éclairées par des réverbères de sa façon, lorsque le bureau de la ville préféra les modèles du sieur Bourgeois de Chateaublanc, qui, avec plus d'économie, rendaient plus de lumière. Ce dernier entrepreneur se chargea de pourvoir la capitale de trois mille cinq cents réverbères, alimentant sept mille becs de lumière. Le 30 juin 1769, le sieur Bourgeois fut chargé de l'entreprise de l'illumination de Paris pendant vingt ans. Dans "Les industriels métiers et professions en France". Émile de La Bédollière Janet, 1842.. Ces nouveaux luminaires fonctionnent à l'huile végétale ou animale qui se consumment sur une mèche plate.
En 1810, Isaac-Ami Bordier-Marcet impose à Paris un type de candélabre à réflecteur de sa conception.
La révolution du gaz d'éclairage
vignette|Allumage d'une lampe à gaz à Stockholm (1953). Dès 1785, les travaux des ingénieurs français Philippe Lebon et anglais William Murdoch contribuent à la découverte du gaz d'éclairage.
En 1812, l'allemand Frédéric-Albert Winsor fonde en Angleterre la Gas Light and Coke Company (aussi connue sous le nom de « Westminster Gas Light and Coke Company ») qui produit du gaz et du coke. Elle était située sur la Horseferry Road dans le quartier londonien de Westminster, et de celle-ci descend l'actuelle British GasBritish Gas Academy.. La société constituée par charte royale le , sous le sceau du roi George III du Royaume-Uni est la première à fournir Londres en gaz de charbon.
En 1816, La compagnie Winsor arrive à Paris.
Dès 1817, Bruxelles s'équipe en gaz d'éclairage et devient la première ville européenne dont les rues sont éclairées au gaz de houilleL'industrie du gaz en Europe aux : l'innovation entre marchés privés et collectivités publiques Peter Lang, 2005 Livre numérique Google..
Le pétrole lampant En 1857, l'industrie pétrolière naît en Roumanie, avec la première raffinerie à Ploieşti, qui alimente les de l'éclairage public de BucarestJean-Paul Labourdette, Dominique Auzias Roumanie 2011 Petit Futé sur books.google.be..
Dès 1870, le pétrole lampant ne nécessitant aucuns frais, le premier établissement s'établit dans les régions à faible densité de population.
Le gaz de ville détrôné par le gaz naturel