thumb|alt=la carte du Sahara Occidental|la carte du Sahara Occidental L'histoire du Sahara occidental est celle d'un territoire désertique peuplé par des tribus nomades, qui n'a jamais été organisé en État-nation. Elle est intimement liée à celle de ses voisins, le Maroc, la Mauritanie et l'Algérie. Après quelques tentatives infructueuses au , les Espagnols en font une colonie entre 1884 et 1975. À la suite du désengagement de l'Espagne en 1975 qui abandonnait ce territoire sans procéder au référendum du Peuple Sahraoui pour lequel elle était mandatée par l'ONU, le territoire était militairement envahi et annexé par le Maroc et la Mauritanie ; le Front Polisario, un mouvement indépendantiste, entreprend une lutte armée. Le Sahara occidental est aujourd'hui un territoire non autonome selon l'Organisation des Nations unies, revendiqué par le Royaume du Maroc (qui en contrôle environ 80 %) et la République arabe sahraouie démocratique (qui en contrôle environ 20 %) ; son statut définitif reste en suspens depuis le cessez-le-feu de 1991.
Premiers occupants vignette|gauche|Le Sahara avant l'actuelle phase désertiqueD'après Henri J. Hugot, Le Sahara avant le désert, éd. des Hespérides, Toulouse 1974 ; Gabriel Camps, « Tableau chronologique de la Préhistoire récente du Nord de l'Afrique : 2-e synthèse des datations obtenues par le carbone 14 » in : Bulletin de la Société préhistorique française vol. 71, , Paris 1974, et Jean Gagnepain.. Préhistoire Entre –5000 et –2000, le territoire du Sahara occidental est une savane arborée présentant une riche biodiversité, attestée par les restes fossiles et l'art rupestre, comprenant des autruches, des gazelles, des bovins, des éléphants, des girafes, des hippopotames ou des crocodiles, dont les premiers habitants tiraient leur subsistance, comme en témoignent l'art rupestre ou pariétal.. Parmi ces peuples agro-pastoraux nomades, les anthropologues travaillant sur les artefacts, les préhistoriens étudiant les ossements et les linguistes recensant les toponymes pensent avoir identifié des Bafours, un peuple noir, et des Berbères, principalement sanhadjaHodges.
Antiquité La désertification progressive à partir de –2000 (époque holocène) assèche les lacs et chasse les animaux et les Bafours vers le sud. Durant le avant notre ère, quelques communautés isolées, vivant dans les oasis, ont persisté sous l'exonyme Haratin. Quelques abris côtiers ont été visités par les Phéniciens et les Carthaginois venant de la façade atlantique du Maroc, dont Hannon le Navigateur vers les -s avant notre ère ; aucune trace concluante d'établissement permanent n'en a été retrouvée au Sahara occidental. Le Périple d'Hannon mentionne une « île de Cerné » (également « île d'Hern » ou « île des Hérons ») qui pourrait être l'île d'Arguin (Mauritanie) ou l'île d'Herne près de Dakhla.
Les Romains ne dépassent pas la Maurétanie tingitane (moitié nord du Maroc) et ne s'aventurent pas dans le désert, mais se contentent de commercer avec les caravanes d'or, de sel et d'esclaves traversant le Sahara. Pline l'Ancien et Ptolémée mentionnent le fleuve Draâ (Daratis) dans leurs écrits Lyudmila M. Filatova, Dmitri A. Gusev1, et Sergey K. Stafeyev, Ptolemy’s West Africa Reconstructed lire en ligne.
Islamisation
L'islamisation du Sahara occidental a commencé dès le mais a longtemps été superficielle, une grande partie de la population conservant des pratiques animistes. Elle n'est pas directement le fait de la conquête arabe ; ce sont les Berbères eux-mêmes qui ont propagé l'islam vers le sud en commerçant de plus en plus régulièrement à travers le Sahara. En particulier, l'or du Sénégal est indispensable aux États arabes pour pouvoir frapper leur monnaie. En 745, le gouverneur de l'Ifriqiya, Abderrahman Ibn Habib, fait construire une série de puits entre le sud du Maroc et Aoudaghost (oasis et ville marchande, au sud de la Mauritanie actuelle).
Vers le , la confédération berbère des Zénètes (kharidjite) contrôle les oasis et centres marchands au nord du désert, dont Sijilmassa. Trois grandes tribus berbères sanhadja (malékites) contrôlent alors le désert : les Djoddala à l'ouest, près de la côte Atlantique, les Messoufa au nord, dans la vallée du Drâa et l'Anti-Atlas, et les Lemtuna, au centre et au sudPennll, . Une des routes caravanières les plus importantes relie Sijilmassa à l'empire du Ghana, passant par Aoudaghost, devenue la plus importante ville des Lemtuna. C'est là que le sel, extrait dans le nord du désert, est échangé contre l'or du Bambouk. Vers la fin du , le Ghana s'empare d'Aoudaghost et les Lemtuna se réfugient dans l'Adrar mauritanien tandis que d'autres Berbères se soumettent aux Ghanéens. Les Zénètes chassent au même moment les Sanhadja de Sijilmassa. À la même époque, la dynastie des Idrissides, qui régnait sur le Maroc, est vaincue par les Fatimides puis les Omeyyades de Cordoue.
Au début du , l'émir Tarsina fonde une nouvelle confédération sanhadja à partir des Lemtuna, Djoddala et Messoufa. Tarsina est tué peu après (1023) et son gendre Yahya Ibn Ibrahim lui succède.
Almoravides (1030–1147)
vignette|Extension maximale des Almoravides. Plusieurs versions légèrement différentes relatent l'avènement des Almoravides. Selon la plus courante, vers 1030, un chef djoddalaPennell, , Yahya Ibn Ibrahim, se rend à la Mecque ; lors de son retour, il s'arrête à Kairouan pour parfaire sa connaissance de l'islam. Constatant de grands manques chez lui et ses hommes, il demande à ce qu'un professeur les accompagne dans le désert. En l'absence d'un candidat à Kairouan, il se rend à Sijilmassa où le religieux Abdallah Ibn Yasin, d'obédience malékite et puritain, accepte de le suivre. L'enseignement d'Ibn Yasin est rejeté par les Djoddala ; il se retire en Mauritanie (peut-être sur l'île de Tidra) où il fonde un ribāt ou couvent militaire. Vers 1050, il s'attire les faveurs du chef militaire des Lemtuna, Yahya Ibn Omar. Les Almoravides (al-Murābitūn, « ceux du ribāt ») parviennent alors à imposer leur doctrine aux Lemtuna puis aux autres Sanhadja et enfin à toute la région.
En 1053, Yahya Ibn Omar prend Sijilmassa aux Zénètes puis Aoudaghost en 1054 (tenue par les Zénètes pour le compte de l'empire du Ghana) mais meurt peu après à Tabfarilla lors d'une révolte des Djoddala. Son frère Abu Bakr Ibn Omar prend Aghmat vers 1058 puis s'attaque aux Berghouata (dans la région actuelle de Rabat) en 1059, qui tuent Abdallah Ibn Yasin probablement lors de ce combat. Abu Bakr ou son cousin, Youssef Ibn Tachfin, fonde la base militaire de Marrakech en 1062-1070Pennell cite Abu Bakr, en 1070. Au nord, Youssef Ibn Tachfin lève une nouvelle armée puis unifie le Maroc et l'ouest de l'Algérie actuelle, tandis qu'Abu Bakr Ibn Omar retourne dans le sud mater une nouvelle rébellion des Djoddala. En 1076, Abu Bakr capture Koumbi Saleh, la capitale de l'empire du Ghana. À la fin du siècle, Youssef Ibn Tachfin conquiert Al-Andalus. À leur apogée, les Almoravides contrôlent un territoire long de kilomètres mais ne forment pas un royaume unifié.
Arabisation des Berbères (1147–1405) La lutte des Almoravides contre les Hilaliens (des tribus arabes venues de l'est, envoyées par les Fatimides) puis leur chute en 1147 aux mains des Almohades, contribuent à désorganiser les routes caravanières de l'ouest du désert, au profit de Tombouctou plus à l'est. Les Sanhadja se retrouvent ainsi isolés du Maghreb pendant un siècle. Au Maroc, les Almohades (issus de la tribu berbère des Masmoudas dans la région du Souss) concentrent leur attention vers le nord et l'est.
Les arrivants suivants sont les Banu Maqtil au , des bédouins arabes venus du Yémen, d'abord en soutien aux Mérinides opposés aux Almohades. En raison de l'hostilité des Mérinides eux-mêmes, des tribus maqtil nommées Banu Hassan quittent la vallée du Draâ et migrent vers le sud, allant jusqu'en Mauritanie. Ils entrent en conflits sporadiques avec les Sanhadja et dominent la région à partir de 1400, en s'alliant notamment avec les Djoddala contre les Lemtuna. L'émirat des Oulad Delim recouvre le sud du Sahara occidental actuel, tandis que celui des Oudaia contrôle le nord de la Mauritanie. Les Berbères ont un statut de « seconde classe » mais peuvent obtenir tous leurs droits en se convertissant à l’islam. L'islamisation du territoire devient vraiment complète vers cette époque, et les peuples berbères et arabes se mélangent peu à peu (à l'exception notable des Touareg, descendants presque directs des Sanhadja), donnant naissance au peuple maure. Le dialecte arabe des Banu Hassan, ou hassaniya, est toujours parlé par les Maures et les Sahraouis.
Ibn Khaldoun laisse un dernier témoignage écrit sur les Sanhadja en tant qu'entité autonome, peu avant sa mort vers 1405. Au sud, le Hodh et le Tagant (dont Aoudaghost) passent sous la domination de l'empire du Mali. Au , Ibn Fatima est le premier marin à atteindre la baie du Lévrier, où il s'échoue. Elle est alors sous le contrôle des Djoddala. Dans un planisphère de 1320, le territoire djoddala s'étend de l'île d'Arguin jusqu'au Seguia el-Hamra. Quelques autres navigateurs musulmans s'échouent encore aux ; ils sont généralement bien accueillis par la population récemment islamisée.
Commerce trans-saharien vers 1400
À l'ouest du Sahara, la piste Sijilmassa-Teghazza-Aoudaghost reste la plus importante. Plus à l'est, les pistes relient l'Ifriqiya à Tombouctou et Gao. Ibn Khaldun rapporte l'existence d'une caravane annuelle de chameaux. Les principales cargaisons sont le sel et l'or. Le sel est extrait au nord, dont le Seguia el-Hamra et Teghazza, au nord du Mali actuel, et transporté en blocs. L'or est extrait au sud, dans le Bambouk puis le Bouré (dans l'actuelle Guinée) et l'Akan (future Côte-de-l'Or), transporté sous forme de poussière d'or et frappé en monnaie dans les villes du Nord. Plusieurs écrivains arabes affirment qu'au Soudan, . Les Soudanais importent aussi des chevaux, des étoffes, du cuivre, de l'argent, des perles, des cauris, de la verrerie, des dattes, des figues et de nombreux biens finis. Par ailleurs, ils exportent des esclaves, des épices, des noix de kola, des peaux ou de l'ivoire.
Les Massoufa sont réputés comme guides. D'autres tribus berbères vivent de tributs payés par les caravanes pour ne pas être attaquées, et durant la seconde moitié du , les nombreux raids des tribus arabes récemment arrivées dans la région contribuent à désorganiser le commerce et à favoriser Tombouctou aux dépens d'Oualata.
Incursions européennes (1434–1541) Premiers voyages La première expédition connue vers la mer des Ténèbres, menée par Vandino et Ugolino Vivaldi, part de Gênes en 1291. Elle espère atteindre les Indes par voie maritime mais elle disparaît sans laisser de traces. Le Catalan Jaume Ferrer disparaît en 1346, il est mentionné sur le planisphère de Cresques (1375) comme étant parti per mar al Riu de l'Or. Il s'agit vraisemblablement d'une référence au fleuve Sénégal dont la richesse en or était connue mais le nom Río de Oro s'applique plus tard au sud du Sahara espagnol.
Des marins dieppois auraient atteint la Guinée en 1364-1410 ; selon Mercer, ces expéditions sont inventées. Vers 1400, les Européens sont parvenus aux îles Canaries et à la côte africaine adjacente ; ils connaissent le nom de Seguia el-Hamra depuis 1350. À cette époque, les Sanhadja et les Hassinya occupent la côte tandis qu'au sud les Djoddala passent sous la domination des Oulad Delim. Les premiers explorateurs européens débarquent près du cap Bojador en 1405 et y attaquent une caravane ; d'autres raids se produisent mais les Européens tentent aussi de commercer. Face à une opposition locale déterminée, ils restent confinés à la côteJensen, page 23.
Implantation des Portugais