vignette|redresse|Édifice de la Banque mondiale à Washington aux États-Unis. Il s'agit d'une institution de Bretton Woods. Elle sera considérée par certains comme néo-libérale à partir des années 1990 et du consensus de Washington.

Le terme de néolibéralisme désigne aujourd'hui un ensemble d'analyses ou de doctrines économiques et sociales inspirées du libéralisme économique, aux définitions multiples et parfois concurrentes. Globalement, le terme est flou, et des courants économiques et politiques différents voire opposés peuvent être qualifiés de néolibéraux. Il est souvent de qualificatif critique et rarement revendiqué par ceux qu'il désigne qui préfèrent souvent se désigner simplement comme libéral.

De 1938 à la fin des années 1960, le terme est surtout utilisé pour désigner l'école de pensée issue du colloque Walter Lippmann, qui cherche à refonder le libéralisme face à la crise des années 1930 en rejetant à la fois le laissez-faire et le collectivisme, ainsi que les économistes allemands de l'école de Fribourg. Les courants alors rassemblés, notamment l'ordolibéralisme, l'école autrichienne et l'école de Chicago, coopèrent au sein de la Société du Mont-Pèlerin mais divergent sur la méthode économique, le droit et la monnaie. Friedrich Hayek et Milton Friedman, aujourd'hui présentés comme pères du néolibéralisme contemporain, ne sont alors guère perçus comme néolibéraux.

À partir des années 1970, le sens du mot se déplace. Associé d'abord aux politiques menées au Chili sous Augusto Pinochet, il désigne ensuite des politiques favorisant le secteur privé : privatisations, déréglementation, ouverture des marchés et discipline budgétaire. Il est associé à des dirigeants tels que Margaret Thatcher, Ronald Reagan et Alan Greenspan, bien qu'aucun d'eux ne s'en réclame, ainsi qu'aux programmes d'ajustement structurel du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. À partir des années 1990, il est aussi associé à la mondialisation économique et devient un terme central de la critique altermondialiste.

La place de l'État est au cœur des débats sur sa définition exacte. Le néolibéralisme est tantôt décrit comme un désengagement de la puissance publique au profit du marché, tantôt comme une intervention destinée à construire et à garantir un ordre concurrentiel. Pour Pierre Dardot et Christian Laval, sa spécificité tient aux objectifs et aux formes de l'intervention publique plutôt qu'à sa seule ampleur. D'autres, comme Serge Audier, estiment qu'à force d'être appliqué à des situations très diverses, le mot a perdu en précision. Son application à certains pays reste discutée : en France, une libéralisation notable de l'économie a coexisté avec une hausse des dépenses sociales.

La production littéraire consacrée au néolibéralisme connaît une augmentation remarquable dans les années 1990 dans la littérature académique et éditoriale, aussi bien anglophone que francophone..

Des auteurs comme Pierre Bourdieu, Noam Chomsky ou ceux qui prolongent la pensée de Michel Foucault en analysent les conséquences sociales : affaiblissement des collectifs, individu conçu comme une entreprise, extension de la concurrence à l'action publique. Les évaluations empiriques portent plutôt sur des mesures précises. En 2016, trois économistes du FMI ont ainsi jugé incertains les gains de croissance de la libéralisation des capitaux et de l'austérité, et nets leurs coûts en matière d'inégalités, tout en reconnaissant des effets favorables au commerce international, aux investissements étrangers et, souvent, aux privatisations.

Histoire Occurrences éparses avant 1938 À la fin du et au début du , le terme était déjà employé dans plusieurs langues, mais de manière sporadique et souvent sans définition claire. Par exemple Mécislas Golberg appelle au néolibéralisme pour une alliance entre libéraux et socialistes pour défendre Alfred Dreyfus. Au Royaume-Uni Thomas Hill Green et Leonard Hobhouse soutiennent un libéralisme plus social.

Premier sens établi, de 1938 aux années 1970 C'est avec le colloque Walter Lippmann, tenu du 26 au 30 août 1938 à Paris, que le terme a commencé à être utilisé de manière plus explicite et collective. Ce colloque avait notablement été précédé par le meeting du Verein für Socialpolitik en 1928 à Zurich, où certains des futurs membres du colloque sont déjà présents : Constantin von Dietze, Friedrich Hayek, Fritz Machlup, Ludwig von Mises, Alexander Rüstow.

Le contexte de la crise du libéralisme

Dans les années 1930, le libéralisme est remis en cause par plusieurs crises et politiques : effondrement de la république de Weimar et la montée du nazisme en Allemagne, New Deal aux États-Unis, stalinisme en URSS.. Des économistes libéraux lancent alors un mouvement qui vise à remettre en avant le libéralisme et à le refonder. Dans ce contexte, de nombreuses idéologies sont remises en question avec le préfixe « néo- » et le libéralisme ne fait pas exception. C'est Bernard Lavergne et qui utilisent les premiers le terme en appelant à une convergence entre libéralisme et interventionnisme. Il rencontre un certain écho auprès de l'Alliance républicaine et démocratique de Pierre-Étienne Flandin.

Le colloque Walter Lippmann (1938)

vignette|redresse|Walter Lippmann en 1914.

Vont se rencontrer au colloque Lippmann des libéraux français, des membres influents de l’école autrichienne : Friedrich von Hayek et Ludwig von Mises, des hommes qui feront l’ordolibéralisme allemand après-guerre : Wilhelm Röpke, Alexander Rüstow (Walter Eucken, le grand théoricien de ce mouvement, n’avait pas reçu l’autorisation de quitter l’Allemagne), ainsi que des participants de divers autres pays.

Louis Rougier souhaite réhabiliter et renouveler le libéralisme. Dans ce contexte, le colloque Lippmann est organisé à Paris par des économistes français, coïncidant avec la visite de Lippmann dans la ville. Ce colloque met l'accent sur la nécessité de combattre des idéologies telles que le fascisme, le nazisme et le communisme, une priorité jugée plus importante par les participants que la simple défense du marché libre.

Les participants s'accordent sur la nécessité de défendre le libéralisme, mais divergent sur les causes de la crise et sur les transformations à lui apporter. Dardot et Laval distinguent deux orientations principales : Louis Rougier, Walter Lippmann et les penseurs allemands Alexander Rüstow et Wilhelm Röpke jugent nécessaire une refondation du libéralisme. Ils soulignent, selon des perspectives différentes, l'importance des conditions juridiques et sociales du fonctionnement de l'économie de marché. Ludwig von Mises, Friedrich Hayek et Jacques Rueff attribuent davantage la crise aux interventions qui ont entravé les mécanismes de marché et s'attachent à défendre les principes du libéralisme classique. Cette position ne signifie cependant pas qu'ils partagent une conception identique du rôle de l'État.

Ainsi Rüstow écrivit que Hayek et Mises étaient des reliques du libéralisme qui avait causé la Grande Dépression, tandis que Mises dénonçait l'autre faction, se plaignant que l'ordolibéralisme qu'ils préconisaient signifiait en réalité .

Le colloque révèle donc une grande hétérogénéité de la pensée libérale. La défense de l'économie de marché et l'opposition au collectivisme constituent des points de rapprochement entre les participants. En revanche, la critique du laissez-faire et la définition des interventions publiques compatibles avec le libéralisme restent des sujets de désaccord.

Pour Pierre Dardot et Christian Laval, le colloque constitue un moment fondateur du néolibéralisme, antérieur à la création de la Société du Mont-Pèlerin. Serge Audier souligne de son côté que les positions exprimées ne se ramènent ni à un programme de retour au laisser-faire, ni à une opposition unanime à Keynes : Lippmann reconnaît à ce dernier le mérite de rechercher les moyens de réguler l'économie sans instaurer de dictature, et certains participants envisagent les expressions ou pour désigner leur projet.

Le terme néolibéral n'est par la suite, et jusqu’en 1950, employé principalement que par des auteurs français, les économistes allemands présents au colloque leur préférant « ordo-libéralisme » et les Autrichiens « libéralisme ».

Société du Mont-Pèlerin

vignette|redresse|Friedrich Hayek.

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Créée à une époque où la planification économique avait le vent en poupe dans le monde entier et où les néolibéraux avaient peu de possibilités d'influencer les décideurs politiques, la société est devenue selon les terme de Milton Friedman un pour les néolibéraux, rassemblant des défenseurs isolés du libéralisme et du capitalisme. Ils étaient unis dans leur conviction que la liberté individuelle dans le monde développé était menacée par les tendances collectivistes, ce qu'ils ont décrit dans leur déclaration d'objectifs..

Trois principaux courants y sont représentés : l'école autrichienne, suivant la tradition de Carl Menger et de Ludwig von Mises, dont l'un des plus éminents représentants dans la Société du Mont-Pèlerin est Friedrich Hayek ; l'école de Chicago, portée notamment par Milton Friedman et George Stigler ; l'ordolibéralisme, développé par Wilhelm Röpke et Walter Eucken.

Cette coexistence n'efface pas les conflits doctrinaux : Serge Audier relève entre ces courants des différends persistants sur la monnaie, les monopoles, les méthodes de la science économique et les fondements sociaux du libéralisme, la Société étant à la fois un lieu de coopération et de confrontation. Dardot et Laval présentent la Société comme un prolongement de l'effort international de refondation engagé avant la guerre, et soulignent le rôle des universités et des think tanks dans la constitution de ces réseaux.

Internationale libérale L'Internationale libérale est fondée en 1947 mais ne revendique pas de filiation du colloque Lippmann. Si ses statuts accordent de l'importance à la liberté économique, c'est au nom de la liberté politique. L'internationale libérale soutient l'État-providence (welfare state), en écho au plan britannique de Beveridge. Beaucoup de fondateurs de cette internationale étaient pro-européens. Plusieurs courants étaient représentés : libéralisme , libéralisme social ou libéralisme conservateur. Salvador de Madariaga et Julius Hoste sont des figures importantes du mouvement.

Autres colloques D'autres colloques internationaux comme celui d'Ostende en 1957 et celui organisé par M. Allais à Paris en 1959 ont contribué à renforcer et à diffuser ces idées néolibérales en Europe.

Le colloque d'Ostende est organisé par le Parti libéral de Belgique et vise à analyser l'évolution du libéralisme depuis le colloque Lippmann. Deux tendances sont présentes : celle de von Mises qui défend un libéralisme absolu et celle de Rougier qui défend des interventions de l'État en gardant le mécanisme des prix.

Conséquences Si Hayek tenait un rôle mineur en 1938, il devient le penseur libéral le plus influent à partir de 1947, et est président de la société du Mont-Pèlerin de 1947 à 1960. Lippmann qui ne partage pas les mêmes idées et souhaite la cohabitation avec le bloc de l'Est pendant la guerre froide ne participe plus à la Société du Mont-Pèlerin.

Une première extension du terme (années 1950 à 1960) vignette|400px|Nombre d’articles scientifiques faisant référence au « néolibéralisme » dans un échantillon large de revues académiques publiées entre 1930 et 1990

Extension du terme en Europe dans les années 1950 et influence de l'ordolibéralisme