L’ordre sacré et militaire constantinien de Saint-Georges est un ordre de chevalerie, ou ordre dynastique équestre, dirigé par la maison de Bourbon-Siciles, prétendante au trône de l'ancien royaume des Deux-Siciles. Son but est « la glorification de la Croix, la propagation de la foi et la défense de la Sainte Église romaine ».
Tout comme l'ordre souverain militaire et hospitalier de Malte, il est un des rares ordres catholiques à disposer de nos jours d'un statut officiel , bien qu'il ne soit pas placé sous le patronage du Saint-Siège, et dont ses membres doivent être obligatoirement de religion catholique.
Histoire
Les origines remonteraient, selon une tradition légendaire, à l’empereur Constantin et qui survit depuis la réunification de l'Italie en 1870 dans la famille de Bourbon-Siciles ; il aurait été créé après la découverte de la Vraie Croix. C'est la raison pour laquelle il est considéré par quelques historiens comme le plus ancien des ordres existants à caractère religieux.
D’abord appelé ordre de Constantin, en raison des 4 initiales de In Hoc Signo Vince qui figurent sur la croix, formule qui aurait été prononcé en 312 par Constantin à la veille de sa victoire sur le mont Milvius, puis ordre Angélique du nom d'Isaac II Ange Comnène et ordre des Chevaliers dorés à cause du collier d'or que portaient les principaux dignitaires, il prit son nom actuel lors de son passage de la maison de Parme à la maison de Bourbon-Deux-Siciles de Naples.
L’ordre fut fondé entre 1520 et 1545 par les frères Angeli, d’une famille noble albanaise, cousinant avec les grands dynastes des Balkans et les del Balzo, della Rovere et Médicis.
Quelques auteurs ont écrit que le plus ancien document authentique connu est le « Statut de l'Ordre », réformé par l'empereur d'Orient Isaac II Ange Comnène, en 1190, mais ce document est une invention du . Les vraies origines de l’Ordre remontent à la période suivant la chute de Constantinople, à l'arrivée de Pietro Angelo à Venise avec ses cinq fils ; l’Ordre fut véritablement établi entre 1520 (certains statuts sont datés de 1522) et 1545 quand un bref pontifical, adressé à Andrea Angelo (mort en 1580), fils de Pietro, reconnut l'Ordre. Le grand magistère, transmis d'abord de père en fils dans la dynastie des Comnène passa ensuite au duc de Parme, Francesco Farnese : cette transmission fut reconnue par l'empereur élu des Romains le et sanctionnée par le bref d'Innocent XII Sinceræ Fidei du . De nouveaux statuts furent promulgués par le duc le . thumb|François Farnese, duc de Parme et de Plaisance, en habit de chevalier Le pape Clément XI plaça l'Ordre sous la protection du Saint-Siège par la bulle Militantis Ecclesiæ du . Par une bulle de 1719, il félicita les chevaliers d'avoir conduit plus de deux mille fantassins du régiment Constantinien se battre en Dalmatie, aux côtés des troupes de la république de Venise, contre les armées turques en 1717 et 1718.
Avec la mort d'Antoine Farnèse, dernier duc de Parme, la dignité de grand maître fut transférée à son petit-neveu Charles de Bourbon, fils de sa nièce Élisabeth et de Philippe V d'Espagne.
Charles monta sur le trône de Naples en 1734. Il fut confirmé comme grand maître par le pape en 1738 — bien que Parme fût occupé par les Autrichiens — et établit le siège de l'ordre dans ses nouveaux États. Il y transporta les archives, dota l'ordre d'une nouvelle organisation et lui donna son nom définitif d'« ordre constantinien de Saint-Georges ». Le nouveau duc de Parme ne protesta pas contre ce transfert à Naples et reconnut les droits de son frère comme grand maître avec libre exercice des fonctions en son duché. Le roi des Deux-Siciles, descendant de la famille Farnèse et reconnu par les papes, resta ainsi grand maître, malgré la tentative de l'archiduchesse Marie-Louise de recréer une branche parmesane en 1816 (Voir plus bas).
En 1759, succédant à son frère Ferdinand VI sur le trône d'Espagne, le nouveau roi catholique Charles III transféra ses droits « italiens » à son fils Ferdinand et à ses descendants par la Pragmatique sanction du ; la grand maîtrise fut transférée dix jours après, le , à Ferdinand comme primogenito legittimo farnesiano.
Dans la personne du souverain napolitain coexistaient les deux fonctions séparés de roi et de grand maître de l'ordre constantinien — office ecclésiastique aux normes du droit canonique — sans qu'il n'y ait aucune fusion et malgré sa mention en troisième position, dans l’Almanacco reale des Deux-Siciles, après les ordres de la dynastie et de l'État, l'ordre de Saint-Janvier et l'ordre de Saint-Ferdinand et du mérite.
Les statuts de l'Ordre ont été revus en 1908 et 1919, puis le et le . D'autres révisions ont été faites en 1968.
Bien qu'ayant perdu ses biens lors de l'unification italienne, l'ordre constantinien, ordre dynastique familial, s'est maintenu jusqu'à nos jours, et l'Église catholique lui accorde son patronage. Le grand prieur de chacune des deux branches de l'Ordre est un cardinal de la sainte Église romaine.
Querelle dynastique
thumb|Armes de l'ordre dans la cathédrale de Barcelone Ferdinand-Pie des Deux-Siciles est décédé en 1960 sans héritier direct. Son frère Charles ayant renoncé à ses éventuels droits successoraux à la couronne des Deux-Siciles par l'Acte de Cannes le , un autre frère, Rénier, assuma la succession, contesté par son neveu l’infant Alphonse, fils de son frère ainé, Charles.
Cette renonciation est invalide au regard des règles de succession de la couronne des Deux-Siciles. En effet, l’acte de Cannes a été posé en exécution de la « pragmatique de 1759 » qui ne demande une renonciation que dans le cas où les deux couronnes seraient unies en une même personne.
De plus, l'Ordre n'est pas lié à la couronne, mais au représentant de la famille de Bourbon, héritière des Farnèse. L'« acte de Cannes » ne fait d'ailleurs aucune allusion à la grande maîtrise de l'ordre.
Le Saint-Siège, dont l'arbitrage a été sollicité, a refusé de se prononcer sur la question successorale et s'est contenté d'envoyer un prélat aux chapitres des deux branches de l'Ordre Peter Bander van Duren, Orders of knghthood and of merit.
Quoi qu'il en soit, deux branches de l'Ordre coexistent actuellement, l'une sous le grand magistère de Pedro de Borbón-Dos Sicilias, duc de Calabre et Infant d'Espagne (la branche hispano-napolitaine), l'autre (la branche franco-napolitaine) sous le grand magistère de Carlo di Borbone delle Due Sicilie, duc de Castro.
Le , le duc de Noto (branche hispano-napolitaine) et le duc de Castro (branche franco-napolitaine) de la maison royale des Deux-Siciles ont signé un accordTexte de l'acte de réconciliation familiale qui, même s'il ne résout pas complètement le problème du chef de la maison royale, unit plus étroitement les deux têtes des ordres royauxCommuniqué de presse (en italien, espagnol et anglais)Signature de l'accord sur le site de la branche franco-napolitaine dans une meilleure coopération, en tant que co-grands maîtres de l'ordre constantinien sur un pied d'égalité.
Organisation vignette|Organisation de l'ordre Les chevaliers et les dames de l'Ordre constantinien sont choisis parmi les personnes de toute nationalité professant la religion catholique romaine et possédant les qualités et vertus du chevalier chrétienStatuts de l'Ordre sacré et militaire constantinien de Saint-Georges, .
Depuis la publication des statuts réformés le , ils sont répartis en grades dans trois classes : justice, iure sanguinis (classe dénommée grâce jusqu'en 1943) et mérite (succédant aux donats et frères servants d'armes) Guy Stair sainty, The orders of chivalry and merit of the Bourbon Two Sicilies dynasty</ref>. Les grades d'office, introduits par une réforme de 1943 correspondent à la croix du mérite de l'Ordre (Croce di benemerenza). Chaque classe a deux grades : grand-croix et chevalier (ou dame). On compte en outre cinquante baillis (anciennement sénateurs), en mémoire des cinquante gardes du Labarum de Constantin, qui sont grand-croix de justice.
Sans en être membres, des non-catholiques peuvent être affiliés à l'Ordre. Ils sont regroupés dans la classe d'honneur.
Les grades dans l'ordre Baillis grand-croix de justice ; Il ne peut y avoir plus de cinquante baillis grand-croix de justice, les princes royaux et les cardinaux n'étant pas compris dans ce nombre. Les baillis grand-croix de justice chefs de familles royales et ceux qui occupent les plus hautes charges dans l'Ordre peuvent se voir concéder par le grand maître le port du collier constantinien, qui est une chaîne de chrismes d'or fermée par la croix de l'ordre émaillée de gueules, de laquelle pend une représentation de saint Georges à cheval terrassant le dragon, d'or également ; Chevaliers et dames grand-croix de justice ; Chevaliers et dames grand-croix iure sanguinis (ou : de grâce) ; Chevaliers et dames grand-croix de mérite ; Chevaliers et dames de justice ; Chevaliers et dames iure sanguinis (ou : de grâce) ; Chevaliers et dames de mérite ; Chevaliers et dames d'office (Croix de mérite).
Le nombre des chevaliers grand-croix des classes de justice, iure sanguinis et de mérite est limité à cent cinquante. Le nombre des dames de ces classes est également limité à cent cinquante. Le nombre des autres chevaliers et dames n'est pas limité.
Il existe, en outre, des commandeurs, chevaliers des diverses classes ayant donné une partie de leurs biens à l'Ordre pour établir une commanderie et l'ayant servi avec mérite.
Les chapelains peuvent appartenir à tous les grades de l'ordre. Le grand prieur est de droit chevalier grand-croix.
La classe d'honneur Par concession spéciale du grand maître, la croix constantinienne peut être décernée à certaines personnes qui ne professent pas la religion catholique romaine. Ils appartiennent alors à la classe d'honneur.
Peuvent leur être conférés les grades d'honneur et de justice, d'honneur et iure sanguinis, d'honneur et de mérite et d'honneur et d'office. Bien que n'étant pas membres de l'Ordre, ils sont considérés comme « décorés de la croix » et inscrits sur le rôle de l'Ordre immédiatement après les membres de chaque classeDécrets magistraux des , et .
Ils portent les mêmes décorations que les membres ordinaires, mais la croix est suspendue à un ruban de soie bleu ciel bordé de deux bandes rouges.
Les chevaliers profès Au fil des siècles, l’Ordre constantinien prit les caractéristiques d’une milice religieuse. Les chevaliers pouvaient faire profession dans l’ordre en prononçant des vœux approuvés par l’Église. Ainsi, au , il acquit, avec l'approbation du pape Clément XI, un statut d'ordre militaire religieuxStatuts de l'Ordre constantinien, et, jusqu’à la première moitié du , il adouba des chevaliers profès qui prononçaient des vœux d’obéissance, de défense et de propagation de la religion catholique, de charité envers le prochain et de chasteté selon les divers états. Les dispositions de Clément XI n'ont pas été révoquées et ne s’opposent pas à celles qui furent adoptées par la suite. Un chevalier pourrait encore aujourd’hui prononcer des vœux au sein de l’OrdreAlfonso Marini Dettina, La natura giuridica canonica del gran magistero costantiniano e conseguenze sull'attuale disputa.
Port de l'insigne Chevalier d'officeChevalier-commandeurChevalier grand-croix
Quelques membres de l'ordre Jacques de Bauffremont (1922-2020) Silvio Berlusconi (1936-2023), ancien président du Conseil des ministres italien (1994-1995, 2001-2006 et 2008-2011) Béatrice de Bourbon des Deux-Siciles (1950), grande chancelière de l'Ordre, présidente de la commission royale héraldique magistrale Christian-Philippe Chanut (1948-2013), aumônier de la maison de France Francesco Cossiga (1928-2010), ancien président du Conseil des ministres italien (1979-1980), et ancien président de la République italienne (1985-1992) André Damien (1930-2019), homme politique et écrivain