Willy Kurant, né le à Liège (Belgique) et mort le . à Paris., est un directeur de la photographie belge.
Biographie
Il dit avoir été influencé par la lumière nordique de son pays natal :
. Il travaille dans un laboratoire où sont comparées les qualités des pellicules couleurs afin d'en fabriquer une nouvelleInterview de Willy Kurant en bonus de l'édition collector du DVD du film Le Départ, éditions Malavida 2012.. Il estime y avoir concernant la photochimie (développement, tirage, étalonnage).
Il fait à l'image de son premier court métrage : de Paul Meyer qui remporte le premier prix au festival d'Anvers. Il travaille dès ce film en essayant d'obtenir des noirs profonds. Il tourne avec sa propre caméra, une Arriflex, et déclare être influencé par des photographes américains de la Grande Dépression des années 1930 : Dorothea Lange, Paul Strand ainsi que par les documentaristes Robert Flaherty et Joris Ivens..
Lors de l'arrivée de la télévision en Belgique il devient opérateur d'actualités. Il n'y a au départ que peu de succès, la programmation étant faite par des personnes venues du service des sports, ce qui n'est pas son cas. Il estime que cette expérience comme cadreur d'actualités lui a beaucoup servi, notamment pour savoir tenir sa caméra à l'épaule longtemps et sans trembler.
En 1957, à la suite d'une bourse d'études du British Council, il se rend à Londres pour faire un stage aux Studios de Pinewood, où il est assistant de Jack Hildyard, Geoffrey Unsworth et Harry Waxman. Il y travaille sur et un film de Joseph Losey, Gypsy (1958) comme coassistant caméra.
À la suite de l'exposition universelle de 1958 à Bruxelles, il passe au service des reportages où on le fait beaucoup travailler, ce qui lui permet, pour la première fois de sa vie, d'acquérir une certaine aisance financière alors que, même lorsqu'il travaillait pour la télévision où le cinéma, son statut de free lance le maintenait dans une certaine précarité.
Il s'offre alors un des premiers modèles de caméra reliée à un enregistreur, ce qui fait qu'il se considère comme un des pionniers du cinéma direct.
Ayant fait un stage à Paris avec Jean-Christophe Averty avec qui il s'est lié d'amitié, il déménage à Paris et travaille comme opérateur sur les premiers courts-métrages de ce réalisateur à sa sortie de l'IDHEC. Averty sortant de la même promotion que Jacques Rozier, il lui recommande Willy Kurant pour Dans le vent. Il rencontre sur ce film Marin Karmitz, assistant de Rozier, avec qui il va aussi travailler sur des courts métrages.
Willy Kurant travaille alors aussi pour une émission belge de cinéma, ce qui lui permet de rencontrer notamment Agnès Varda ainsi que pour l'émission française 5 colonnes à la une.. Cette expérience dans le « grand reportage » lui permet d'avoir pour principe Pour lui il y a toujours un moyen de filmer, et cela constitue sa signature sur les tournages :
À la suite de leur rencontre, Agnès Varda lui demande de travailler sur son film en CinemaScope Les Créatures en 1965, ce qui constitue son passage au long métrage. Les rushes du film étant projetés dans une salle proche de son bureau, Jean-Luc Godard contacte Willy Kurant pour faire des essais pour Masculin féminin, essais qui seront intégrés au film final (Jean-Pierre Léaud qui déambule dans la rue, qui vole un livre). Il tourne le film avec une caméra américaine très lourde (un choix du réalisateur qui trouvait que ).
Jerzy Skolimowski contacte Willy Kurant pour le film Le Départ (1967) après avoir vu Masculin féminin, dont il reprend aussi les deux acteurs principaux. Il déclare à Kurant : Il répond . Il ajoute que son lui a rendu ce type de cadre très difficile. C'est aussi précisément cette expérience comme opérateur d'actualité qui lui a permis dans Le Départ, dans la séquence de bagarre qui n'est pas chorégraphiée (l'acteur qui se bat avec Jean-Pierre Léaud n'est pas acteur, c'est l'électricien du film), de suivre les personnages à l'image sans qu'ils sortent du cadre. Sur ce film, il cherche à avoir un noir et blanc très contrasté en demandant un développement spécial de la pellicule (neuf minutes de développement au lieu de six pour faire monter le contraste), ce qu'il a appris grâce à son expérience en laboratoire. Mais le tirage étant raté, les premières copies du film sont très grises et Serge Daney, dans sa critique du film pour les Cahiers du cinéma considère l'image comme « un peu sale.. »
Deux jours après le début du tournage dUne histoire immortelle (1968), Orson Welles contacte Willy Kurant car il est mécontent du travail de son chef-opérateur : celui-ci, terrifié par le réalisateur, travaille de manière trop académique. Les deux hommes se rencontrent dans la chambre d'hôtel de Welles ; celui-ci, en pyjama rose et fumant un cigare, est convaincu par les idées de Willy Kurant concernant la lumière et la couleur.
À la fin des années 1970, Willy Kurant part quelque temps aux États-Unis, où il tourne beaucoup de publicités et quelques films produits par Roger Corman.
Kurant estime que si Philippe Garrel l'a engagé sur Un été brûlant (2011), c'est parce qu'il vient de la Nouvelle Vague et qu'il sait travailler vite avec peu de moyens.
Il est membre de l'American Society of Cinematographers (ASC). et de l'Association française des directeurs de la photographie cinématographique (AFC)..
Filmographie Longs métrages 1964 : Bosphore de Maurice Pialat 1965 : Les Créatures d'Agnès Varda noir et blanc 1965 : Masculin féminin de Jean-Luc Godard N/B 1966 : Trans-Europ-Express d'Alain Robbe-Grillet N/B 1966 : Au pan coupé de Guy Gilles N/B et couleur, codirecteur de la photographie : Jean-Marc Ripert 1967 : Mon amour, mon amour de Nadine Trintignant 1967 : Anna de Pierre Koralnik 1967 : Le Départ de Jerzy Skolimowski N/B 1967 : Loin du Vietnam d'Alain Resnais, William Klein, Joris Ivens, Agnès Varda, Claude Lelouch, Chris Marker, Jean-Luc Godard 1967 : Idea de Jean-Christophe Averty 1967 : The Deep d'Orson Welles, codirecteur de la photographie : Ivica Rajkovic, prod 1967-1969 (inachevé) 1968 : La Nuit du lendemain (The Night of the Following Day) de Hubert Cornfield et Richard Boone 1968 : Michael Kohlhaas de Volker Schlöndorff 1968 : Une histoire immortelle d'Orson Welles 1969 : Tout peut arriver de Philippe Labro N/B et couleur 1969 : Le Temps de mourir d'André Farwagi 1969 : Cannabis de Pierre Koralnik 1969 : Bhakti de Maurice Béjart 1969 : Michael Kohlhaas (Michael Kohlhaas - Der Rebell) de Volker Schlöndorff 1970 : Le Feu sacré de Vladimir Forgency 1974 : Les Jours gris 1976 : Je t'aime moi non plus de Serge Gainsbourg 1977 : Le Monstre qui vient de l'espace () de William Sachs (où il est crédité sous le nom de Willy Curtis) 1980 : Mama Dracula de Boris Szulzinger 1982 : TAG : Le Jeu de l'assassinat (Tag: The Assassination Game) de Nick Castle 1983 : Equateur de Serge Gainsbourg 1983 : Les Îles de Iradj Azimi 1986 : Charlotte for Ever de Serge Gainsbourg 1986 : Flagrant Désir de Claude Faraldo 1987 : Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat 1991 : La Contre-allée d'Isabel Sebastian 1992 : Le Grand Pardon 2 de Alexandre Arcady 1993 : Cuisine et Dépendances de Philippe Muyl 1994 : Priez pour nous de Jean-Pierre Vergne 1994 : Lune rouge (China Moon) de John Bailey 1995 : Le Petit Garçon de Pierre Granier-Deferre 1995 : Le Cheval de cœur de Charlotte Brändström 1997 : Le Jour et la Nuit de Bernard-Henri Lévy 1998 : Les Naufragés du Pacifique (The New Swiss Family Robinson) de Stewart Raffill 2001 : Delivering Milo de Nick Castle 2011 : Un été brûlant de Philippe Garrel 2013 : La Jalousie de Philippe Garrel
Courts métrages 1954 : Pierre-Romain Desfossez de Gérard De Boe 1955 : Françoise et la ville de Jacques Boigelot 1956 : Klinkaart de Paul Meyer N/B, 20 min. 1957 : Le Retable de Notre-Dame de Lombeek / De retabel van Onze Lieve Vrouw Lombeek de Paul Meyer 18 min. 1959 : Le Mur de la mort de Jacques Carpent 1959 : La Dernière Toile de Harry Fischback 1959 : Eve et lui de Harry Fischback 1961 : Roosevelt Sykes 'The Honeydripper' de Yannick Bruynoghe 27 min. 1961 : Suite européenne / Vertrek de Patrick Ledoux 1962 : Coups de feu à 18 heures de Daniel Costelle N/B, court métrage 13 min. 1962 : Un jour à Paris de Serge Korber N/B, court métrage 19 min. 1963 : Les Idoles de Marin Karmitz N/B, 9 min. 1963 : Auto de Jean-Claude Lubtchansky 14 min. 1963 : Encore dimanche de Jean-Christophe Averty 14 min. 1963 : Un vieux de Jean-Jacques Péché N/B, 35 min. 1963 : Chroniques turques / Turkish Chronicles épisodes : Byzance, Pehlivan, La Corne d'Or, Istanbul, Bosphore, Maître Galip de Maurice Pialat 1964 : La Demoiselle de Saint-Florentin de Serge Korber 20 min. 1964 : Nuit noire, Calcutta de Marin Karmitz 24 min. 1964 : Le Type au ras du cou blanc d'Alain Dhénaut 10 min. 1964 : La Cage aux oiseaux de Jean-Christophe Averty 14 min. 1964 : La Brûlure de mille soleils de Pierre Kast 26 min codirecteur de la photographie : Jacques Maillet 1965 : La Vengeance d'une orpheline russe de Monique et Françoise Lepeuve. 1965 : L'Affaire des poissons de Jeanne Barbillon N/B, court métrage 15 min 1970 : Renaissance de Marc Lobet court métrage 2005 : Les joues rouges de Joëlle Miquel court métrage 11 min
Documentaires 1958 : Rythmes d'Europe / Europa langs nieuwe wegen de René van de Weerdt 1960-1962 : Fellini de André Delvaux 1961 : Béjart de François Weyergans, 18 min 1961 : Mon frère Jacques de Pierre Prévert 1962 : Dans le vent de Jacques Rozier N/B, 8 min. 1964 : Lucie et Dominique de Jean Dewever N/B, 25 min 1966 : Roméos et jupettes de Jacques Rozier, 11 min. 1966 : Elsa la rose d'Agnès Varda et Raymond Zanchi 1971 : Salut, Jérusalem d'Henry Chapier documentaire 72 mi, codirecteur de la photographie : Daniel Vigne 1971 : Pink Floyd: Live at Pompeii d'Adrian Maben documentaire musical 85 min (vidéo : 60 min, codirecteur de la photographie : Gabor 1979 : Echoes of the 60's de Kevin Billington documentaire musical.
Nomination César du cinéma 1988 : nomination pour la meilleure photo pour Sous le soleil de Satan'' de Maurice PialatPalmarès des César 1988
Liens externes
Fiche de Willy Kurant sur le site de l'AFC Programmation Willy Kurant à la Cinémathèque française du au .
Notes et références
Catégorie:Directeur de la photographie belge Catégorie:Nouvelle Vague Catégorie:Naissance en février 1934 Catégorie:Naissance à Liège Catégorie:Décès en mai 2021 Catégorie:Décès dans le 12e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 87 ans