thumb|200px|classe=skin-invert-image|Formule. X désigne un anion quelconque. thumb|200px|Modèle 3D.
« Méthylmercure » est un nom générique pour désigner un cation organomercuriel regroupant un cation mercure Hg et un ou plusieurs anions méthyl . Il s'agit de la forme organique la plus toxique du mercure.
Certains microbes peuvent (en situation anoxique) méthyler le mercure, alors que d'autres (quand l'eau ou le substrat contaminé sont oxygénés) peuvent le déméthyler, ce qui explique qu'il soit plus présent dans les environnements lotiques, lacustresMeili, M. (1997), Mercury in lakes and rivers, in Metal Ions in Biological Systems, 34, édité par A. Sigel et H. Sigel, 21–51, Marcel Dekker, New York. et sédimentairesHill, W. R. (1996), Mercury speciation and bioaccumulation in lotic primary producers and primary consumers, Can. J. Fish. Aquat. Sci., 53(4), 812–819, .. Ceci explique aussi des changements saisonniers dans la proportion de mercure méthylé/non méthylé.
On a montré grâce à des zones inondables et des réservoirs expérimentaux que quand un milieu riche en matière organique ( forêt ou prairie) et contenant du mercure est inondé, dès les premières semaines et éventuellement durant plusieurs mois ou années, du mercure est méthylé et dispersé dans l'environnementHall B.D. (2005), Impacts of reservoir creation on the biogeochemical cycling of methyl mercury and total mercury in Boreal Upland Forests , Ecosystems, 8(3), 248–266, , 19Balogh, S. J. (2006), Elevated methylmercury concentrations and loadings during flooding in Minnesota rivers, Sci. Total Environ., 368(1), 138–148, .Paterson, M. J. (1998), Increases in total and methylmercury in zooplankton following flooding of a peatland reservoir, Environ. Sci. Technol., 32(24), 3868–3874, .Schetagne, R. (2000), Export of mercury downstream from reservoirs, Sci. Total Environ., 260(1–3), 135–145, . ; mais après un certain temps, un équilibre est atteint. Ce phénomène se produit aussi dans les lacs de barrages inondant un paysage qui n'a pas été débarrassé de ses arbres et de sa terre végétale ( barrage de Petit-Saut en Guyane) ou dans lequel beaucoup de débris et matières organiques sédimentent. Ce mercure peut être à l'origine de contamination de grenouilles (grenouille verte par exempleBank, M. S. (2007), Mercury bioaccumulation in green frog (Rana clamitans) and bullfrog (Rana catesbeiana) tadpoles from Acadia National Park, Maine, USA, Environ. Toxicol. Chem., 26(1), 118–125, .) ou d'alevins de jeunes brochets par exemple.
Formes Le mercure est plus couramment trouvé et connu sous sa forme élémentaire ou sous sa forme inorganique (sous forme de composés tels qu'oxydes, chlorures, sulfures ou hydroxydes de mercure).
Les formes organiques du mercure, de loin les plus toxiques et dangereuses, se composent de deux groupes principaux : les composés R-Hg-X qui comprennent tous les composés monométhylmercure de formule CHHg. C'est un acide mou dont le comportement peut s'expliquer dans le cadre du principe HSAB ; les composés R-Hg-R : le plus souvent il s'agit de diméthylmercure, où R est l'espèce organique (dont méthyle (-CH)), et X un anion inorganique (chlorure, nitrate ou hydroxyde).
Le mot « méthylmercure » employé seul désigne souvent le monométhylmercure.
Ce contaminant, selon les scientifiques, est converti du Hg, notamment issu de la pollution atmosphériqueHammerschmidt, C. R. et W. F. Fitzgerald (2006), Methylmercury in freshwater fish linked to atmospheric mercury deposition, Environ. Sci. Technol., 40(24), 7764–7770, ., en méthylmercure, grâce aux bactéries sulfato-réductrices produisant du méthaneEnvironnement Canada, 2010, Le mercure dans l’environnement, http://www.ec.gc.ca/MERCURY/EH/FR/eh-ec.cfm#M, 18 avril 2010.. Le mercure, avant de se transformer en méthylmercure, provient de différentes sources de pollutions. Il peut provenir de centrales thermiques alimentées au charbon, d'incinérateurs de déchets municipaux, de la combustion de charbonEnvironnement Canada, 2010, Industrie canadienne, http://www.ec.gc.ca/mercure-mercury/default.asp?lang=Fr&n=CF513593-1, 18 avril 2010., de fonderies, de régions extrayant du minerai de mercure (principalement le cinabre) De plus, c’est une substance facilement bioaccumulable dans la chair des poissonsClarkson, T.W., 1990, Human health risks from methylmercury in fish, Environ. Toxicol. Chem., 9, 821±823. et de mammifères marins, d’où la nécessité de connaître quels poissons en contiennent davantage pour en réduire leur consommation (le requin, le cachalot et le dauphin, localement encore consommés par l'Homme, peuvent en bioaccumuler d'importantes quantités).
Cycle biogéochimique thumb|300px|« Cinétique environnementale et biomagnification du mercure ». Le mercure émis naturellement et par les centrales électriques au charbon, l'industrie, les mines et l'orpaillage, s'accumule dans le Réseau trophique et les sédiments où il se transforme en partie en méthylmercure (plus toxique et persistant plus facilement dans la chaîne alimentaire où il se concentre à chaque étape). Les prédateurs marins ( cachalots, orques, requins, espadons, thons) d'eau douce ( brochets âgés), ou des charognards marins comme le flétan contiennent ainsi les taux de mercure les plus élevés. Le mercure étant toxique pour le développement, des limites ont été recommandées (ici symbolisées par les thermomètres) ou imposées par l'EPA et d'autres autorités, pour protéger les embryons fœtus et enfants jusqu'à douze ans. Les phoques en contiennent aussi. Les cétacés, des dauphins, bélugas et marsouins aux cachalots en passant par les orques peuvent fortement « biomagnifier » le mercure méthylé. Les cétacés ne sont habituellement plus consommés par l'Homme, mais il existe quelques exceptions (Japon, Norvège…). thumb|300px|Photographie de 1973 provenant du National Water Quality Laboratory (États-Unis), légendée « Croissance de Jordanella floridae (poisson de la famille des Cyprinodontidae) après ». Le flacon de gauche est l'échantillon témoin (alevins s'étant normalement développé dans une eau normale non contaminée), les trois autres flacons contiennent des alevins ayant également vécu durant trente jours, mais dans une eau contaminée par de très faibles doses de mercure, avec respectivement 0,6, 1,26 et (parties par milliard/ pour les anglophones) de méthylmercure.
Avant d'être converti en méthylmercure, le mercure doit provenir de différentes sources (naturelles ou humaines). Il est présent dans la croûte terrestre sous forme de cinabre. Avec l’érosion naturelle, du mercure (seul métal volatil à température ambiante) est lentement relâché dans l’air par le phénomène de sublimation.
Les autres sources significatives de mercure dans l'air sont les éruptions volcaniques, certains geysers et les feux de forêts. Ces causes ne sont responsables que de 2 à 3 % de la libération de mercure dans l'atmosphère .
Le reste a l’activité humaine comme origine, avec notamment le traitement en raffineries et la combustion de pétrole, gaz et charbon dans les centrales thermiques, les chaudières et les moteurs. L'EPA a ainsi évalué que la production pétrolière annuelle normale des raffineries des États-Unis pouvait émettre jusqu'à t environ/an de mercure dans l'environnementDavid Kirchgessner, Mercury in Petroleum and Natural Gas: Estimation of Emissions From Production, Processing, and Combustion , septembre 2001 ou résumé US EPA, Office of Research & Development, National Risk Management Research Laboratory. Voir notamment le 5 (« Mercury in Petroleum and Natural Gas »).. Les incinérateurs de déchets municipaux, industriels ou hospitaliers, les crématoriums (cf. mercure des amalgames dentaires, et mercure bioaccumulé durant la vie des personnes incinérées), ainsi que les activités agricoles sous forme de fongicides organimercuriels et bactéricides en sont d'autres sourcesSEME, mars 2005, Cycle du mercure, http://seme.uqar.qc.ca/09_biotransfert/cycle_du_mercure.htm, 6 avril 2010.. Une des sources majeures de mercure provient de l'exploitation minière artisanale et à petite échelle d'or, pratiquée dans plus de , qui utilise le mercure pour séparer les paillettes d'or du minerai en formant un amalgame à froid entre le mercure et l'or. L'expansion importante de ce type d'exploitation, poussé par l'envolée du prix de l'or depuis 2008, est responsable pour une part importante des émissions de mercure anthropogéniques annuelles..
Le mercure est le seul métal volatil à température ambiante. Le mercure élémentaire libéré dans l'atmosphère est d'autant plus facilement transporté par les vents sur toute la planète. Il peut se trouver dans l’atmosphère pour une période d'un an et même plus. Sous l’action de phénomènes photochimiques, le mercure élémentaire s'oxyde en HgSellers, P. (1996), Photodegradation of methylmercury in lakes, Nature, 380 (6576), 694–697, .. Le mercure oxydé est moins volatil et soluble dans l'eau. Il peut donc réagir avec l’eau, la neige, la brume et la rosée ou être adsorbé par certaines particules pour être déposé dans l’environnement.
Les bactéries méthanogènes dans les lacs et étangs ou dans les sédiments de zones humides (notamment en zone boréale sous la glace en hiver)St. Louis, V. L. (1994), Importance of wetlands as sources of methyl mercury to boreal forest ecosystems, Can. J. Fish. Aquat. Sci., 51, 1065–1076, ., peuvent convertir le Hg en MeHgEnvironnement Canada, 2010, Biogéochimie, http://www.ec.gc.ca/mercure-mercury/default.asp?lang=Fr&n=67E16201-1, 6 avril 2010..
Toxicité, écotoxicité Toxicologie C'est un polluant pouvant, même à très faible dose, et notamment en cas d'exposition prénatale (in utero) ou via l'allaitement, freiner et limiter le développement du cerveau du fœtus et du jeune enfantGrandjean P., Weihe P., White R.F., Debes F., Araki S., Yokoyama K. 1997, Cognitive deficit in 7-year-old children with prenatal exposure to methylmercury, Neurotoxicol. Teratol., 19:417–428.. Or, c'est la forme la plus courante de mercure organique dans l'environnement et dans l'alimentation. Il peut être absorbé par inhalation, par la peau et via l'intestinLawrence, A.L., McAloon, K.M., Mason, R.P. et Mayer, L.M., 1999, Intestinal solubilization of particle-associated organic and inorganic mercury as a measure of bioavailability to benthic invertebrates, Environ. Sci. Technol. 33, 1871±1876.McAloon, K.M., Lawrence, A.L., Mason, R.P., Mayer, L.M., 1999, Intestinal solubilization of particle-associated organic and inorganic mercury as a measure of bioavailability to benthic invertebrates. Presentation at SETAC Meeting, Philadelphia, November, 1999.. Il s'accumule dans les graisses et la chair de certains animaux aquatiquesMason, R.P., Fitzgerald, W.F., Morel, F.M.M., 1994, The aquatic biogeochemistry of elemental mercury. Geochim. Cosmochim. Acta 58, 3191±3198., comme les ailerons de requin, qui peuvent contenir de forts taux toxiques de methylmercure, mais aussi le plancton, les animaux filtreurs, les poissons (thons, marlins, espadons) et les cétacés du haut de la chaîne alimentaire. Ces graisses représentent un danger pour les hommes qui consomment ces animaux. Selon l’OMS, la dose à ne pas dépasser serait de par semaineOffice fédéral de la santé publique (OFSP), novembre 2009, Mercure, 1-4., les Européens ingérant approximativement de méthylmercure quotidiennementSoit 17 µg/semaine..
Le méthylmercure ingéré ou absorbé par un organisme animal attaque le système nerveux central. Il cause des troubles du développement fœtal et du nouveau-né par le biais de l’alimentation maternelle puis de l'allaitement. Au-delà d'un certain seuil, il provoque des convulsions, des paralysies spastiques, cécité, de la surdité et un retard de développement du cerveau .
Écotoxicologie