Friedrich Berger, né à Schönfeld en Saxe le et mort le à Munich, est un espion et un auxiliaire de l'armée allemande. Pendant l'Occupation, il est le dirigeant de l'antenne de la Gestapo de la rue de la Pompe, à Paris.
Biographie
Origines familiales Fils d'Alfred Berger et d'Adeline Braufelder, Friedrich Berger naît à Schönfeld en Saxe le .
Débuts Il est recruté par l'Abwehr en 1933. Afin d'espionner en Algérie et au Maroc, il s'engage dans la Légion étrangère française le pour une durée de 5 ans, à la demande de l'Abwehr de Wiesbaden. Le il est affecté au 3e régiment étranger basé à Oujda.
Il quitte prématurément l'armée française lorsque la commission de réforme de Casablanca le propose le pour une réforme définitive, en raison d'une surdité partielle. Il rentre en Allemagne.
Seconde Guerre mondiale Fin 1940, à nouveau à la demande de l'Abwehr, il tente d'infiltrer le Deuxième Bureau français à Vichy, qui est foncièrement anti-allemand à cette époque. Démasqué presque immédiatement, il est arrêté le et emprisonné. Il est alors transféré à Alger et le Tribunal militaire permanent d'Alger le condamne à la peine de mort le pour « atteinte à la sûreté extérieure de l’État ». Interné à la prison militaire d'Oran, iI est sauvé par les autorités allemandes qui réclament et obtiennent sa libération, en application des conventions d'armistice, par télégramme 307/4/CAB/SEC du . Ainsi, il s'embarque à Oran le à destination de la France occupée, et est remis aux autorités allemandes le .
Il s'établit dans la région parisienne et participe au marché noir pour son compte, tout en faisant du renseignement pour le contre-espionnage allemand. Il est brièvement pris en charge à l'hôpital de Suresnes du 5 au pour soigner une blessure par arme à feu.
En 1943, il est arrêté pour marché noir par la police allemande, à savoir le SS-Untersturmführer Karl Kleindienst, chef du service économique de la section V de la Gestapo de la rue des Saussaies, spécialisé dans la répression du marché noir. Friedrich Berger accepte d’œuvrer désormais à sa répression.
Dès lors, il est versé au SD sous les ordres du SS-Hauptsturmführer Alfred Wenzel, de la Gestapo de la rue des Saussaies, chargé de la répression parmi les milieux israélites et résistants de Paris.
Comme couverture, il ouvre un bureau d'achat pour les troupes d'occupation allemandes, situé 14 rue du Colonel-Moll à Paris. Il n'achète rien, mais dévoilant ses attributions de policier, et en exerçant des sévices, il amène les candidats vendeurs à révéler l'emplacement de leurs dépôts sur lesquels il fait main basse sans vergogne. Il fait ainsi tomber plusieurs réseaux de marché noir jusqu'au printemps 1944.
À partir d', compte tenu du contexte militaire, il s'oriente vers la recherche et la répression des résistants. Dans cette optique, il constitue et dirige une équipe d'une quarantaine d'auxiliaires de la police allemande, pour la plupart français et souvent anciens trafiquants du marché noir qui ont accepté de "collaborer" après leur arrestation.
Son équipe est connue comme la « Gestapo de la rue de la Pompe », à Paris, dont le siège était au . Cette antenne de la Gestapo est responsable de la neutralisation de plusieurs réseaux résistants.
Outre des expéditions à Roanne, Lille et Péronne, la bande procède à des arrestations de résistants des réseaux ou mouvements suivants : « Les Cloches des Halles », « Phalanx », « N.A.P. », « Voix du Nord », « Libération-Nord », « O.C.M. », « F2 », « M.L.N. », « Résistance polonaise », « Organisation juive de combat », « Groupe de Chelles et de Draveil », « Jeunesses catholiques combattantes ».
Selon l'historienne Marie-Josèphe Bonnet:
Le la bande quitte la rue de la Pompe pour emménager au 42 avenue Victor-Hugo dans le arrondissement de Paris.
À partir du , il suit la Gestapo parisienne dans sa retraite vers l'Allemagne et poursuit en chemin son activité d'arrestations, de déportations et d'assassinats à Sainte-Menehould, Celles-sur-Plaine, Saint-Dié, Provenchères, Bernardvillé, Raon-l'Etape.
Poursuites judiciaires et mort Il est arrêté à Milan le par les Américains et remis au contre-espionnage britannique. Il est notamment interné au camp de prisonniers allemands d'Ancône. Livré aux autorités françaises fin 1946 ou début 1947, il s'évade mystérieusement du centre de détention du contre-espionnage français de Wildbad, dans la Forêt-Noire, au cours de la nuit du au .
Un roman à clef paru en , Gestapo Berger, met en scène Friedrich Berger après la guerre. Se fondant sur des documents d'archives, l'auteur y raconte que Friedrich Berger a été employé à compter de 1947 par les services spéciaux français (l'évasion n'en serait donc pas une) et envoyé en mission en zone soviétique. Arrêté à Berlin-Est durant l'été 1947, Berger a été détenu en Allemagne et en Union soviétique puis rapatrié en RFA en . Il est entendu par la CIA en , proposant ses services pour combattre le communisme. Le mois suivant, il est de retour à Wildbad où il épouse Gretchen Zinser, une jeune femme avec laquelle il entretenait une relation lors de sa détention par les services français en 1947.
Dans le cadre du procès collectif de la Gestapo de la rue de la Pompe entre novembre et , il est condamné à mort par contumace le par le tribunal militaire permanent de Paris pour « espionnage, assassinats et association de malfaiteurs ».
Il meurt à son domicile de Munich des suites d'une longue maladie le .
Vie privée Il se marie le avec Marie Linder (ou Lindner), commerçante à Munich. Le divorce est prononcé le par jugement de la chambre civile du tribunal civil de Munich.
En 1944, il a pour maîtresses Denise Delfau, qui lui sert de « secrétaire » pendant les interrogatoires et séances de tortures, et sa sœur aînée Hélène Delfau de manière occasionnelle.
Par ailleurs, Friedrich Berger est morphinomane et alcoolique.
Bibliographie Ceux de la Libération-Vengeance, La France libre, journal du 10 décembre 1944, pp.1 et 2 (en ligne). Marie-Josèphe Bonnet, Tortionnaires, truands et collabos - La bande de la rue de la Pompe, 1944, Rennes, Éditions Ouest-France, 2013, 189 pages. Patrice Arnaud, Fabien Theofilakis, Gestapo et polices allemandes - France, Europe de l'ouest 1939-1945, CNRS Éditions, 2017, 280 pages, pp.46, 48, 49.. Philippe Valode, Gérard Chauvy, La Gestapo française, Acropole, 2018, 367 pages, section 6. René-Charles Plancke, La Seine-et-Marne, 1939-1945 : De la résistance à la victoire, 320 pages, chapitre XVI. .
Voir aussi
Articles connexes
Gestapo de la rue de la Pompe Torture par l'eau Massacre du bois de Boulogne Paris sous l'occupation allemande Prison de Fresnes Fort de Romainville Convoi des 57000 Libération de Paris
Liens externes
Notes et références
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