vignette|Plaque commémorative à Bobigny reprenant des extraits de l'appel :
L'Appel du est un texte du Parti communiste français (PCF), intitulé Peuple de France, antidaté, rédigé aux alentours du ou un peu plus tard par Jacques Duclos, signé Thorez-Duclos et distribué à partir de la fin . Il est publié sans date dans L'Humanité clandestine du 15 août 1940« Peuple de France », L'Humanité, 15 août 1940.
Plusieurs versions du texte ont été publiées par les communistes à partir de 1940, qui divergent sur plusieurs points.
Le , L'Humanité publia à la « une » un court texte signé par les deux principaux dirigeants du PCF, Maurice Thorez, secrétaire général, et Duclos, secrétaire, intitulé « Le 10 , le Parti communiste appelait à la lutte ». Le chapô de l'article précise : lutte L'Humanité, 10 juillet 1945. En , le PCF publia un fac-similé d'un faux numéro de son quotidien, L'Humanité, daté du et contenant ce même court texte, une version raccourcie et remaniée du texte original« Denise Ginollin est accusatrice », L'Humanité, 12 décembre 1947. Ce faux est reproduit par la suite dans des journaux communistes, en 1990 encore. Il visait à rivaliser avec l'appel du 18 juin du général de Gaulle et à accréditer une orientation politique qui ne fut adoptée en réalité qu'au printemps 1941 : l'entrée dans la résistance, la lutte armée et l'union des communistes avec les autres mouvements de résistance.
Contexte et publication de l'appel Le , l'URSS signe le pacte germano-soviétique, un accord de non-agression (et secrètement de partage de l'Europe de l'Est) avec l'Allemagne nazie, faisant suite aux accords de Munich entre le Reich, la France et le Royaume-Uni, menant au démantèlement de la Tchécoslovaquie, et à l'échec du traité franco-soviétique d'assistance mutuelle en vue d'une éventuelle défense face à l'Allemagne nazie. Un tiers des députés communistes se désolidarise de la nouvelle ligne de condamnation de la « guerre impérialiste » dictée par le Komintern, mais la direction suit les directives de MoscouP. Smirnov, Le Komintern et le Parti communiste français pendant la « drôle de guerre », 1939-1940. (D'après les archives du Komintern), Traductrice : Marie Tournié, Revue des Études Slaves, Année 1993, 65-4, pp. 671-690..
Le gouvernement Daladier, estimant que les communistes découragent l'effort de guerre, interdit la presse communiste le . Les députés restants votent à l'Assemblée les crédits de guerre le , mais le Parti communiste (SFIC) est ensuite interdit par un décret-loi du . Les restés fidèles à la ligne du parti fondent le Groupe ouvrier et paysan français à la Chambre des députés.. Ces députés sont toutefois arrêtés le , déchus de leur mandat le , puis condamnés à des peines allant de de prison avec sursis à de prison fermeFlorimond Bonte, Le chemin de l'honneur, Éditions Hier et Aujourd'hui, 1949, .. Certains parlementaires vivent dans la clandestinité en France ou sont emprisonnés. Le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, mobilisé, déserte l'armée française en , et se réfugie en Belgique, où est reconstituée la direction du PCF, désormais clandestin, puis à Moscou à partir de novembre 1939. Duclos, qui assurait de Bruxelles la direction du parti, rentre à Paris le 15 juin 1940, au lendemain de l'entrée des troupes allemandes dans la capitale.
En , des militants suivis de près par Jacques Duclos et Maurice Thorez.. demandent aux autorités allemandes l'autorisation de faire reparaître légalement L'Humanité. En dépit des promesses obtenues par les Allemands, l'autorisation n'est pas accordée.
Dans un livre présentant l'histoire du parti publié en 2020, trois historiens, Roger Martelli (ancien membre du Comité central du PCF), Jean Vigreux et Serge Wolikow (qui a aussi été un historien communiste), notent que l'appel s'inscrit pour les chefs communistes dans une . Ces groupes mettent l'accent depuis la fin juin sur l’indépendance nationale. Ces trois historiens écrivent : .
Le , le Parlement vote en effet les pleins pouvoirs constituants à Philippe Pétain, alors président du Conseil.. La date de l'« Appel du 10 juillet » coïncide notent pour leur part les historiens Stéphane Courtois et Marc Lazar dans un ouvrage publié en 2022Stéphane Courtois et Marc Lazar, Histoire du Parti communiste français, PUF, 2022, « Chapitre IV. Le parti communiste français dans la guerre ».. Selon eux, le texte de l'appel est rédigé par Jacques Duclos, début ou mi-août. Malgré , il réclame avant tout la paix, la sortie de la France de la guerre et une Stéphane Courtois et Marc Lazar, Histoire du Parti communiste français, PUF, 2022, « Chapitre IV. Le parti communiste français dans la guerre ». Dans un livre antérieur de 1980, Stéphane Courtois écrivait que le texte a été rédigé aux alentours du et distribué à partir de la fin Stéphane Courtois, Le PCF dans la guerre, Ramsay, 1980, p. 139-140..
L'historien Antoine Prost souligne que le texte censé avoir été rédigé et publié le dénonce des ministres du régime de Vichy nommés le et ajoute que son contenu ne cadre pas avec la stratégie du PCF à l'égard de l'occupant à ce moment-làAntoine Prost, Douze leçons sur l'histoire, Points Seuil, 2014, ..
Selon Raymond Dallidet (dit Raph), chargé d'organiser le service d'impression clandestin des publications communistesRAYMOND DALLIDET, humanite.fr, 15 janvier 2002, le tract aurait été tiré à exemplaires par l’imprimeur Roger TirandNotice , par Marie-Cécile Bouju, Le maitron en ligne., ancien maire des Molières, en Seine-et-Oise, et distribué clandestinement à travers le paysRaymond Dallidet, Vive le Parti communiste français, Société d'éditions générales, 1987, p. 94-102. En réalité, sa diffusion sous forme de tracts a été relativement limitée selon les historiens Roger Martelli, Jean Vigreux et Serge Wolikow, qui citent l'Internationale communiste évoquant en septembre 1940 le chiffre de exemplaires. Selon eux, l'appel n'est même pas évoqué par L’Humanité clandestine. Le texte original est pourtant publié dans L’Humanité clandestine du 15 août 1940.
Postérité et remaniement du texte après la guerre Selon l'historien Roger Bourderon, l'appel sort de l'ombre à partir de mars 1943, à la suite d'un article de Thorez qui l'évoque dans la revue L'Internationale communiste. Il acquiert progressivement le statut d'appel fondateur à partir de 1944, permettant de légitimer la précocité de la résistance communiste face au gaullisme, à l'aide de citations tronquées. Lors du comité central du PCF de janvier 1945, André Marty le consacre en évoquant sa parution dans un numéro de l'Humanité clandestine du 10 juillet 1940, avec des extraits qui en dénaturent le sens« L'attitude des communistes au début de l'Occupation et l'appel du 10 juillet 1940 L'historien Roger Bourderon dénonce une " mythification " », Le Monde, 11 juillet 1993.
Selon Stéphane Courtois et Marc Lazar, l'appel est en effet présenté par le Parti communiste français comme son . L'historien Rémi Dalisson relève que dès 1946, .. Or dans les années d'après-guerre, afin de graver dans le marbre et dater un appel qui pouvait être mis en parallèle avec l’appel du 18 juin du général de Gaulle, le PCF a fabriqué une fausse Humanité clandestine datée du en réagençant certains passages du texte Peuple de France sous le titre Appel du .
Un fac-similé de la « une » de la fausse Humanité clandestine est publié par le quotidien communiste en décembre 1947 et reproduit par la suite dans le magazine communiste Regards en 1950, dans un court article intitulé « Le chemin de l'honneur » affirmant que « Le chemin de l'honneur », Regards, 15 décembre 1950. Il est publié encore dans L'Humanité en 1990« L'Appel du 10 juillet : les deux langages », Est-Ouest, juillet-août 1990, n° 79-80, .
Les historiens Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier expliquent (faussement ?) que le faux a été fabriqué dans les années 1950. Un tract originel différent du texte de L'Humanité a bien existé, comme l'admet Claude Pennetier en 2007, rejoignant les autres historiens qui s’étaient exprimés sur le sujet depuis la thèse de Stéphane Courtois (1980) : On peut en voir un exemplaire au musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne, dont le conservateur est Guy Krivopissko.
Une version plus longue mais revue et corrigée est publiée par Florimond Bonte, dirigeant communiste, en 1950 dans son livre Le chemin de l'honneur. Maurice Thorez publie une autre version en 1959, plus proche de l'originaleCf. les dossiers consacrés au texte dans la revue anticommuniste de Georges Albertini Est-Ouest en 1958 et en 1964..
L'historien Roger Bourderon rappelle que le texte intégral de l'appel figure dans la publication des Œuvres de Maurice Thorez de 1964., alors qu'il n'en est pas l'auteur.
Polémiques
En 1945, le quotidien anticommuniste L'Époque, dans un article ironique de l'ancien résistant Jean-Louis Vigier intitulé « Non, le vous n'étiez pas encore antiallemands »L'Epoque, 28 juillet 1945, évoque le court texte publié par le quotidien communiste le et diffusé aussi sous forme d'affiches. Il signale qu'il a été publié sous forme de tract pendant la guerre, sous le nom d'« Appel au peuple de France », dans une version bien plus longue. Or les phrases publiées en 1945 . Si Thorez et Duclos appelaient bien à la lutte, c'était à la lutte . Vigier signale aussi dans son article que L'Humanité a failli reparaitre au début de l'Occupation à la demande de certains cadres communistes.
Le , L'Humanité publie un fac-similé d'un faux numéro, daté du . Il contient ce même court texte, une version raccourcie et remaniée du texte original. Il accompagne un article en deuxième page consacré à la députée communiste Denise Ginollin, qui répond aux accusations portées contre elle par un député, Pierre de Chevigné, gaulliste et MRP, à l'Assemblée nationale. Il a affirmé qu'elle a sollicité des autorités allemandes l'autorisation de faire reparaitre L'Humanité le . Elle l'accuse en retour d'avoir fait état de documents tandis que le journal affirme qu'. Thorez et Duclos sont présentés dans le fac-similé comme alors que Thorez est à Moscou depuis novembre 1939« Dirigeants du parti communiste, vous avez trahi !», L'Aurore, 10 décembre 1947, Ibid., 12 décembre 1947.
Le texte complet et authentique paraît dans des brochures peu lues et issues de milieux anticommunistes voulant dénoncer le faux. L'officine anticommuniste de Georges Albertini le diffuse, notamment lors des élections législatives de 1951, pour combattre les communistesClaude Harmel, « L'affaire de l'appel du 10 juillet », Est-Ouest, 16-31 juillet 1964, n° 325, . En juin 1953, sa principale revue, le BEIPI, publie une brochure intitulée Maurice Thorez. Fils du Peuple. La légende et la réalité afin de déconstruire la légende mise en place par la propagande communiste et par sa biographie intitulée Fils du peuple. Elle aborde l'attitude du leader communiste pendant la guerre, période quasiment passée sous silence dans les éditions successives de Fils du peuple de l’après-guerre, et notamment l’appel du 10 juillet 1940, qu'elle présente comme un appel à la lutte contre l’« impérialisme britannique »Stéphane Sirot, Maurice Thorez, Presses de Sciences Po, 2000, « Chapitre 3. Le regard des autres ou le miroir brisé ».. En 1958, cette revue intitulée désormais Est-Ouest étudie ses versions successives« L'appel du 10 juillet 1940 », Est-Ouest, 16-28 février 1958, n° 189, .