vignette|Les Slaves méridionaux ou « Yougo-Slaves » au sens large en 1869. vignette|La « Grande Yougoslavie ». vignette|Projet de réforme de l'Autriche-Hongrie de l'archiduc héritier François-Ferdinand de Habsbourg avec le « troisième pôle », sud-slave, en vert. vignette|L'origine des territoires du nouvel État slave du Sud en 1918 : Autriche-Hongrie

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La Yougoslavie (serbo-croate : et , slovène : , macédonien : , signification : « pays des Slaves du Sud ») est un État d'Europe du Sud-Est qui existe sous différents noms et formes entre 1918 (entre 1918 et 1929, le pays s’appelle royaume des Serbes, Croates et Slovènes) et 2003. Jusqu'en 1992, il regroupe les actuels pays de Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie, Macédoine du Nord, ainsi que le Kosovo, une république dont l’indépendance obtenue le n’est pas reconnue unanimement par la communauté internationale.

Durant la guerre froide, la Yougoslavie, alors en rupture avec l’URSS, a eu la particularité d’adopter une politique de neutralité et d’avoir été le seul régime communiste situé à l’ouest du rideau de fer. Ainsi, le pays n'a jamais été membre du pacte de Varsovie et il participa à la fondation du Mouvement des non-alignés, tout en maintenant une politique d'ouverture vis-à-vis de l’Europe occidentale, notamment sur le plan des flux financiers et de la circulation des personnes.

Trois réalités historiques un projet de fédération de tous les Slaves méridionaux, des Alpes à la mer Noire et de la Drave et du Danube aux mers Adriatique et Égée (« Grande Yougoslavie ») ; un projet de création d'un « troisième pôle », sud-slave, au sein de l'Autriche-Hongrie (proposé par l'archiduc héritier François-Ferdinand de Habsbourg dans une perspective « austro-slave » trialiste)* . ; un État d'Europe du Sud-Est qui exista sous différents noms et formes entre 1918 et 2003 (jusqu'en 1992, il regroupe sept pays actuels : Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie, Macédoine du Nord et KosovoL'indépendance du Kosovo, obtenue le , n'est pas unanimement reconnue par la communauté internationale. Depuis décembre 2019, sur les souverains des Nations unies, 95 figurent sur la liste des États qui n'ont pas reconnu l'indépendance du Kosovo, 93 l'ont reconnue et cinq autres se sont abstenus.).

État L'État appelé « Yougoslavie » correspond à trois entités politiques successives au cours du : vignette|droite|120px|Drapeau du royaume de Yougoslavie. vignette|droite|120px|Armoiries du royaume de Yougoslavie. vignette|droite|120px|Drapeau de la république fédérative socialiste de Yougoslavie (1945-1991). vignette|droite|120px|Armoiries de la république fédérative socialiste de Yougoslavie. vignette|droite|120px|Drapeau de la république fédérale de Yougoslavie (1992-2006).

Royaume de Yougoslavie (1918-1941)

La est une monarchie fondée le sous le nom de « royaume des Serbes, Croates et Slovènes », avant d’être renommée « royaume de Yougoslavie » le . Son premier souverain est Pierre de Serbie. Cet État subsiste jusqu’à son invasion par les troupes de l’Axe le . La capitulation a lieu onze jours plus tard, le .

République fédérative socialiste de Yougoslavie (1945-1992)

La est une république fédérale à parti unique communiste, fondée le , seul État de ce type situé à l’ouest du rideau de fer et officiellement non aligné. Après l’abolition officielle de la monarchie, elle prend d’abord le nom de « république fédérative populaire de Yougoslavie », peu avant l’adoption d’une nouvelle constitution le , puis adopte son nom définitif de « république fédérative socialiste de Yougoslavie » le . Celle-ci survit jusqu'au , lorsque quatre de ses républiques fédérées font sécession : la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine du Nord.

République fédérale de Yougoslavie (1992-2003)

La est un État fédéral formé en 1992 sur le territoire de la Serbie (incluant les territoires de Voïvodine et du Kosovo) et du Monténégro. L’histoire de cette nouvelle entité, appelée « république fédérale de Yougoslavie » (RFY), est marquée par une série de guerres civiles qui opposent le pouvoir central aux différentes entités ex-yougoslaves ayant proclamé leur indépendance. Le , le nom « Yougoslavie » est abandonné et le pays est rebaptisé « communauté d'États Serbie-et-Monténégro ». Il cesse d'exister à son tour le , à la suite de l’indépendance du Monténégro vis-à-vis de la Serbie, obtenue à la suite d’un référendum avec 55,4 % des voix.

Histoire de la Yougoslavie Origine Le panslavisme a servi de base idéologique à la formation de la Yougoslavie.

Provinces illyriennes et romantisme nationaliste

À la suite de la Révolution française de 1789 et aux guerres napoléoniennes, de nouvelles idées politiques et une notion nouvelle de nationalisme et de démocratie libérale se répandent en Europe. En 1806, les armées napoléoniennes conquièrent la partie nord de la Dalmatie ainsi que l’Istrie, alors sous la domination de la république de Venise. Puis, en 1809, elles conquièrent le sud de la Dalmatie jusqu'à Dubrovnik, la côte monténégrine, la Krajina croate (Croatie militaire) et la Croatie civile, ainsi qu’une grande partie de la Slovénie. En 1810, le maréchal Auguste de Marmont crée les Provinces illyriennes, y impose le Code Napoléon et conduit des travaux de construction de route et de déforestation. Le régime français impose aussi l’enseignement d’un même dialecte, le chtokavien (štokavski), dans les écoles et encourage son utilisation par les journaux. En 1812, Šime Starčević publie une grammaire illyrienne à Trieste.

Les défaites de l’armée napoléonienne en Russie en 1812 puis celle de la bataille de Waterloo mettent fin à la courte domination française. Après 1814 et le congrès de Vienne, la diffusion de ces idées est combattue en France, en Russie, en Prusse et dans l’empire des Habsbourg mais, malgré la politique répressive des monarchies, les idées se répandent et, en réaction, naît le mouvement des Romantiques et le nationalisme romantique.

Indépendance de la Serbie vignette|droite|La Serbie en 1809 vignette|droite|Georges Petrović, dit Karageorges (« Georges le Noir »), héros de la Première révolte serbe contre les Turcs.

Depuis 1739 et le retour du contrôle ottoman sur la région de Belgrade, les autorités ottomanes et le sultan encouragent l'autonomie locale des Serbes et financent des milices afin d'assurer un certain ordre. Cependant, à la suite de l'alliance des Serbes avec les Habsbourg pendant la guerre de 1788-1791 (ou guerre de Koča) et face à la crainte du Sultan de voir une coalition chrétienne menée par la France de Napoléon attaquer l'Empire ottoman, Selim confisque les armes des milices serbes et les janissaires reprennent le contrôle des provinces serbes en 1801. En 1802, le premier soulèvement serbe commence par une révolte locale contre les janissaires menée par Đorđe Petrović dit Karađorđe, Đorđe le noir, mais en 1804, alors que Selim fait assassiner un grand nombre de dirigeants locaux, la répression ottomane transforme ce qui n'était qu'une révolte locale en un mouvement national populaire ayant pour but de se séparer de la domination de l'empire. En 1806, les troupes de Karađorđe, soutenues matériellement par la Russie du tsar Alexandre, prennent Belgrade. L'attaque de la Russie et de l'Angleterre contre l'Empire ottoman allié de Napoléon pousse Selim à proposer l'autonomie aux Serbes. Toutefois, Karađorđe refuse et signe une alliance avec la Russie en 1807. Cependant en 1807, avec le traité de Tilsit, puis en 1812 avec le traité de Bucarest, la Russie cesse ses attaques contre l'Empire ottoman laissant celui-ci libre de mater la rébellion serbe. En 1813, Karađorđe fuit en Autriche et les Ottomans reprennent le contrôle des territoires serbes.

Le second soulèvement serbe débute en 1815 et est mené par Miloš Obrenović, qui a obtenu des Ottomans le titre de knez, ou prince, alors que Karađorđe était toujours en exil. Obrenović négocie et obtient du sultan une certaine autonomie pour les provinces serbes dès 1816. Les Serbes sont autorisés à conserver leurs milices et à se réunir en assemblées de notables (Skupština) pour former des gouvernements locaux, mais les garnisons ottomanes restent présentes et une partie des taxes est toujours payée à l'empire. Lorsqu'une nouvelle guerre éclate entre la Russie et l'Empire ottoman en 1828, Miloš Obrenović est bien placé pour négocier une plus large autonomie pour la Serbie face à la crainte de l'Empire ottoman d'une nouvelle alliance serbo-russe et, en 1829, le traité d'Edirne (ou traité d'Andrinople) donne à la région de Belgrade le titre de principauté autonome au sein de l'Empire ottoman gouvernée par Obrenović en tant que prince héréditaire. En 1842, Obrenović est contraint d'abdiquer face à la montée en puissance de ses opposants religieux, marchands et diplomates qui placent l'héritier de Karađorđe, Alexandre Karađorđević, sur le trône. L'influence d'Alexandre est limitée face à un de ses ministres, Ilija Garašanin, surnommé à l'époque par la presse européenne le « Bismarck serbe ». Il est favorable à l'établissement d'un état sud-slave (Yougoslavie) rassemblant la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Macédoine, le Kosovo et le nord de l'Albanie et centré sur Belgrade comme décrit dans le Načertanije rédigé en 1844. Aleksandar Karađorđević règne jusqu'en 1858 lorsque Miloš Obrenović, de retour d'exil, reprend le pouvoir. Obrenović déclare en 1860 la préséance de la souveraineté Serbe sur l'Empire ottoman, mais meurt l'année suivante et laisse le trône à son fils Mihajlo Obrenović. Mihajlo Obrenović modernise l'armée, obtient en 1867 le retrait de toutes les garnisons ottomanes de Serbie et s'allie avec la Roumanie, en 1865 et 1868, avec le Monténégro en 1866, avec la Grèce en 1867 et avec les révolutionnaires bulgares en 1866 pour chasser les Ottomans des Balkans, mais il est assassiné en juin 1868 ; son neveu, Milan Obrenović, lui succède. À la suite de la guerre russo-turque de 1877-1878, la Serbie obtient son indépendance en 1878 et Milan Obrenović devient Milan de Serbie.

Indépendance du Monténégro La principauté du Monténégro au , dominée par l'Empire ottoman, est sous-développée et isolée en comparaison des autres territoires de la future Yougoslavie. Ses sont principalement répartis dans des villages de montagne. Depuis le , plusieurs prêtres de l'Église orthodoxe montenegrine, désignés par le patriarche, règnaient sous le titre de princes-évêques. Basés à Cetinje et soutenus par les Russes, ils avaient tenté de mettre en place un certain centralisme. Installé en 1851, Danilo, renonce à la prêtrise et devient un prince séculier. Il promulgue un code législatif, unifie l'armée et agrandit la principauté mais c'est son successeur le prince Nikola qui double la taille des territoires sous son contrôle et gagne un accès à l'Adriatique. Grâce à l'appui de la Russie, et à la suite de la guerre russo-turque de 1877-1878, le Monténégro obtient son indépendance au traité de Berlin. L'État investit fortement dans l'éducation et envoie des étudiants à Moscou mais aussi à Zagreb (Agram) et bien sûr à Belgrade, établissant ainsi des connexions intellectuelles avec les autres États slaves.

Mouvement des Illyriens vignette|Représentation de renouveau croate (Hrvatski preporod) sur un rideau du théâtre national croate