La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), fondée en 1946, est le syndicat professionnel majoritaire dans la profession agricole en France avec 55,31 % des votes aux élections aux chambres d’agriculture en 2019, dans la liste commune avec le syndicat Jeunes agriculteurs et apparentés (taux de participation autour de 46,52 %). Il fait partie des organisations patronales françaises et des organisations professionnelles agricoles.

Le syndicat se caractérise par sa cogestion de la politique agricole française avec les instances de l'État et par son soutien à l'agriculture intensive. Il promeut l’industrialisation des exploitations, l’exploitation animale, l’utilisation de pesticides dans un but de rentabilité, de productivité et de compétitivité. Il défend activement les droits et causes des agriculteurs intensifs lorsque leurs intérêts sont menacés et s'oppose régulièrement aux normes et contraintes environnementales par l'organisation d'importantes manifestations et la mise en place d'actions de lobbying.

La FNSEA a pour syndicats concurrents, en France, la Coordination rurale, la Confédération paysanne et le Mouvement de défense des exploitants familiaux.

Origines La FNSEA trouve son origine dans la Confédération générale de l'agriculture. mise en place à partir de 1943 par le résistant socialiste François Tanguy-Prigent, qui s'opposa à la Corporation paysanne mise en place par le régime de Vichy, certes disparue à la Libération, mais dont la FNSEA hérite des structures, ce qui explique la situation de quasi-monopole syndical dont cette organisation bénéficie dans la France d'après-guerreYves Tavernier, Le Syndicalisme paysan : FNSEA, CNJA, Fondation nationale des Sciences politiques, Armand Colin, 1969 .. Toutefois, des membres de la FNSEA soutinrent et participèrent régionalement à la Corporation paysanne, dont René Blondelle. La FNSEA s'inscrit ainsi dans un double héritage du régime de Vichy et de la Résistance.

La liberté syndicale est rétablie en France par la loi du et le congrès constitutif de la FNSEA se déroule dans la nuit du au ..

Histoire 1945-1953, la prise de pouvoir de la FNSEA au sein de la CGA Entre le plan Monnet et le plan Marshall, au sein de la Confédération générale de l'agriculture (CGA) dont elle est issue, la FNSEA met en place dès 1946 un , dont la . D'anciens membres de la Corporation paysanne vichyste, les propriétaires exploitants et plus généralement la droite paysanne ne peuvent s'en prendre de front à la CGA née de la Libération. Plutôt que de la renverser, ils parviennent à la marginaliser, à isoler les syndicalistes de gauche pour la réduire à une coquille vide.

Lors des élections départementales désignant les délégués au tout premier congrès de la FNSEA en , les anciens syndics de Vichy obtiennent un tiers des places : . Une modification des statuts permet au bureau de la FNSEA d'être élu au scrutin majoritaire, ce qui renforce leur position. La FNSEA obtient également le non-cumul des mandats parlementaires et syndicaux, ce qui exclut de fait plusieurs élus de gauche.

Sous l'impulsion de René Blondelle, ancien syndic régional de la Corporation paysanne de 1941 à 1944, élu en 1946 secrétaire général de la FNSEA, les associations spécialisées par filières ou par produits obtiennent un statut et une commission permanente au sommet de la FNSEA. Blondelle obtient le la démission de François Tanguy-Prigent de la CGA. Pour affirmer leur contrôle sur la FNSEA, les grands céréaliers du bassin parisien, souvent des anciens de la Corporation, créent en 1948 un comité secret, le Comité agricole de défense et d'action syndicale (Cadas). Le congrès de 1949 décide d'orienter les moyens financiers et techniques vers les exploitations spécialisées plutôt que vers celles pratiquant la polyculture-élevage.

La FNSEA convainc la même année Pierre Pflimlin de rétablir les prérogatives des chambres d'agriculture, afin de bénéficier de financements publics sûrs : . Elles renaissent le , mais posent rapidement le problème d'une multiple représentation des intérêts paysans, notamment lorsque René Blondelle devient président de l'Assemblée permanente des présidents de chambres d'agriculture en 1952, en déclarant qu'il s'agit avec les chambres d'agriculture .

Le congrès de 1950 autorise l'adhésion des propriétaires non-exploitants, et voit l'éviction des derniers dirigeants de gauche. Blondelle, avec le soutien financier du Conseil national du patronat français, prépare les membres de la FNSEA à se présenter aux élections législatives de 1951. Ils doivent notamment souscrire à un programme « d'action civique » élaboré par le syndicat et participer à « l'amicale parlementaire agricole » créée cette même année.

Le , les dirigeants de la FNSEA ne reconnaissent plus le caractère représentatif de la CGA, réduite à un simple rôle de coordination.

1953-1960, unité et ruptures Le contexte économique change radicalement : en raison de la modernisation opérée dans les exploitations, . Plusieurs lignes de fracture se dessinent au sein de la FNSEA, et d'abord celle des éleveurs du Comité de Guéret, en 1953, contre les céréaliers, qui aboutit à la création de l'Office national interprofessionnel du bétail et des viandes (Onibev) en 1972, ou celle des producteurs de lait qui obtiennent la création d'un second outil de régulation du marché en 1954, la Société interprofessionnelle du lait et de ses dérivés (Interlait).

La confrontation entre pour la FNSEA et l'Union de défense des agriculteurs de France, syndicat agricole créé en 1955 par Pierre Poujade, prend des formes violentes.

Le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) créé en 1959, pour la défense des exploitations familiales et contre la Communauté économique européenne (CEE), , obtient en 1970 jusqu'à 32,8 % des voix paysannes et devient la deuxième force syndicale agricole de France.

La Jeunesse agricole catholique enfin, qui représente et s'inscrit en outre dans un conflit de générations entre anciens et modernes, est plutôt mal perçue par l'aile dure au pouvoir au sein de la FNSEA. Elle investit cependant en 1956 le Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA), qui s'installe comme organisation représentative de l'agriculture., alors qu'elle n'est statutairement qu'une composante de la FNSEA : .

Les conflits longtemps latents à la FNSEA, localement entre petits paysans traditionnels et exploitants modernistes, sur le contrôle des marchés régionaux par les paysans ou les négociants, voire à l'échelle nationale sur l'opposition de droite ou d'extrême-droite à Charles de Gaulle éclatent autour de la crise du marché légumier du Haut-Léon et du Trégor de 1957 à 1967. Le , lors d'élections cantonales, « des commandos de la FNSEA volent les urnes dans trois communes et brûlent les bulletins de vote ». Cette crise consacre le modèle des paysans capitalistes, l'habitude de l'entre-soi et la légitimation de la violence par le syndicat : la clémence envers les débordements de la FNSEA s'explique par l'intérêt électoraliste des pouvoirs publics et notamment du Sénat pour les bastions ruraux conservateurs, comme par le fait que cette violence de la FNSEA ne conteste pas directement le pouvoir politique en place, du moins jusqu'en 1981.

1960-1981, vers le capitalisme à marche forcée La réforme de structures réclamée par le CNJA et Michel Debatisse, contre la FNSEA, révolutionne les campagnes françaises. Avec le soutien du ministre Edgard Pisani, le Fonds d'aménagement pour les structures agricoles recense les exploitations qui sont en deçà du seuil de rentabilité, propose des groupements de producteurs et assiste les départs volontaires de paysans avec une indemnité viagère de départ, alors qu'en même temps les Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer) regroupent et remembrent les terres libérées. Le Crédit agricole octroie des prêts bonifiés aux jeunes agriculteurs désireux de s'installer, et selon l'écrivain et reporter Gilles Luneau, qui ont la chance d'être choisis par les échelons départementaux de la FNSEA et du CNJA. La FNSEA s'oppose particulièrement au projet de loi qui limite les cumuls de propriétaires non exploitants. La loi est votée le , et la mobilisation très médiatisée du CNJA contre ces propriétaires non-exploitants, notamment en 1962 à travers l'exemple de Jean Gabin, propriétaire de quatre fermes dans l'Orne, .

En 1965, Michel Debatisse organise une scission droitiste au sein de la FDSEA du Puy-de-Dôme en créant l'UDSEA. Selon l'historien Michel Luneau, .

Prises de position La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) souligne la forte présence des lobbys du secteur agricole, avec une prédominance de la FNSEA. (prônant une augmentation des rendements agricoles, un refus de l'interdiction de certains pesticides, etc.), qui serait presque dans une situation de . Cette hégémonie vaut au président de la FNSEA d'être souvent présenté comme le « ministre de l’Agriculture bis »..

Utilisation des pesticides

L'arsénite de soude n'a été en France interdite sur la vigne comme pesticide (insecticide utilisé contre la pyrale de la vigne, les carpocapses les vers des pommes et des poires, des altises, la pyrale, la cochylis et l’eudémis puis comme fongicide) que le par le ministère de l'Agriculture sous l'égide de Jean Glavany et en 2004 par la Commission européenneCatherine Quéré, Jean-Marie Sermier, Commission du développement durable Assemblée nationale (2015), Le vignoble français couvre environ répartis sur . Le coût des maladies du bois, même si l’on manque d’un appareil statistique précis, est estimé à un milliard d’euros de manque à gagner, et son incidence économique et fiscale est indéniable, 7 juillet 2015.. Cette substance peut être inhalée ou absorbée par la peau et présente des effets cancérigènes et tératogènesNew Jersey Department of Health and Senior Services. Hazardous Substance Fact Sheet: Sodium Arsenite (2013-05-01).. Peu de temps après son interdiction, la FNSEA réclame sa réautorisation pour lutter contre l'esca (aussi dit maladie du bois de vigne, d'abord attribuée à deux basidiomycètes, mais qui serait due à un complexe d'au moins cinq organismes)Agriculture-environnement, Le bourbier de l’arsénite de sodium, 24 mai 2005..

En 2012 et 2013, alors que le Conseil national sur la transition écologique (CNTE), conseil consultatif associant des représentants d'employeurs, de syndicats, d'ONG et d'élus, valide à une large majorité le projet de loi qui institue l'Agence française pour la biodiversité, la FNSEA vote contre la création de cette agence« L'Agence nationale de la biodiversité sur les rails pour début 2015 », L'Express, 17/12/2013..

En , la FNSEA manifeste pour la ré-autorisation du glyphosate..

En , le syndicat tente d'empêcher la reconnaissance de maladies professionnelles liées aux pesticides.

Productivisme En 2019, pour lutter contre la rhétorique politique de « l'agribashing », la FNSEA demande la restriction de la possibilité de publier des documents fondés sur des données publiques. Le président de la FDSEA de l’Aude demande ..

Positionnement sur l'agriculture biologique La présence de prises de positions pour une agriculture prenant en compte les contraintes climatiques et environnementales, comme le rapport d'orientation 2020, est toujours susceptible de remises en cause pour la gestion des crises agricoles. D'après le chercheur en sciences politiques Alexandre Hobeika .

La FNSEA prend position en 2023 pour demander des aides de l'État à destination de l'agriculture biologique dans le cadre d'une crise de l'agriculture au début des années 2020... Elle s'oppose à la suppression de l'Agence française pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique..

D'après Alexandre Hobeika : .

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