Le Néron est un sommet du département français de l'Isère culminant à d'altitude dans le massif de la Chartreuse, dans les Alpes. Parfois appelé Casque du Néron au en raison de sa forme, son nom signifierait littéralement « le noir » et n'a de rapport ni avec l'empereur romain ni avec l'existence d'un poste antique à vocation de vigie et de refuge dans sa partie méridionale. La montagne a la forme d'une coque de bateau renversée avec une arête principale orientée du nord au sud très prononcée et se compose essentiellement de calcaire urgonien. Son exposition lui vaut de posséder notamment une flore méditerranéenne, bien que celle-ci ait été fragilisée par l'incendie de l'été 2003 qui a ravagé toute sa partie supérieure. La montagne fait d'ailleurs partie du parc naturel régional de Chartreuse.

L'extrémité méridionale du Néron est occupée par une grotte appelée balme de l'Hermitage. Le site, occupé dès le Néolithique, accueille à partir du Moyen Âge une luxueuse villa, transformée en château, qui passe tour à tour aux mains de riches familles et d'ordres religieux. À cette époque, les forêts sur les versants de la montagne sont intensivement exploitées pour alimenter les forges en charbon de bois et sont largement remplacées par des vignobles. Ainsi, au , les premiers explorateurs scientifiques et militaires utilisent en partie les sentiers escarpés tracés par les bûcherons. Le Néron apparaît dans les Guides Joanne mais les victimes se multiplient rapidement et il acquiert une mauvaise réputation. La première traversée intégrale du nord au sud est réalisée en 1884 afin d'évaluer la possibilité d'établir des batteries militaires au sommet de la montagne. Finalement, la construction d'une route est lancée en 1891 pour mener à l'emplacement des batteries, qui sont achevées deux ans plus tard au nord de la montagne, en amont des gorges de la Vence. Dans le même temps, l'exploration du Néron mène à la découverte de l'ancien chemin romain en encorbellement et des vestiges de l'antique passerelle de dix mètres de longueur, dans les escarpements sud-est. Par la suite, des séries de fouilles archéologiques dirigées par Hippolyte Müller permettent la mise au jour de la citerne de l'ancienne vigie et de nombreux artéfacts. De nouveaux accidents conduisent à la création du comité dauphinois de secours en montagne, au balisage des sentiers, à la pose de câbles et, en 1911, à l'inauguration d'une nouvelle passerelle. Le chemin romain devient la voie principale du Néron en remplacement des couloirs instables de la face orientale et des sentiers escarpés du versant occidental. L'auberge Boujard, au hameau de l'Hermitage, est florissante dans la première moitié du . Toutefois, le château de la Balme est incendié en 1932 et définitivement abandonné. Après la Seconde Guerre mondiale, à l'exception de l'ouverture de quelques voies d'escalade autour des années 1970 et des chroniques suscitées par une œuvre représentant Lucky Luke sur une des cimes dominant l'agglomération de Grenoble, le Néron perd une grande partie de son attrait ; des arrêtés municipaux en interdisent régulièrement l'accès en raison des chutes de pierres et de l'abandon d'une grande partie des sentiers.

Toponymie La première mention du Néron remonte d'après Henri Ferrand (Revue alpine, ) à une charte de 1261, conservée aux Archives départementales de l'Isère, sous la forme Neroma de Noyrone. J. Breton rapporte aussi les mentions Neyronus et Neuronus. En 1279, le chapitre de la collégiale Saint-André de Grenoble fait état dans une de ses publications du , c'est-à-dire « le bois situé au pied du Néron ». Dans un texte attribué par Jean-Pierre Moret de Bourchenu (Histoire du Dauphiné et des princes qui ont porté le nom des Dauphins, 1722) à une convention tenue en 1291 entre l'évêque de Grenoble et le chapitre de Saint-André est discutée l'appartenance de la grotte du Néron à la paroisse de Saint-Martin-le-Vinoux : et . Au cours des siècles suivants, divers actes de propriété mentionnent Pascua Neyronis (« les pâturages du Néron », 1323), In Neurone (1350) et En Neuron (1687). Le nom de Néron figure pour la première fois sur une carte dressée par Pierre Joseph de Bourcet au milieu du . Quelques décennies plus tard, Jean-Étienne Guettard évoque dans ses Mémoires sur la minéralogie du Dauphiné (1782) la chaîne de Néron puis la montagne de Néron, tandis que des cartes font figurer le Niéron (1787) ou le mont Néron (1796). Des catalogues sur la flore du Dauphiné s'attardent tour à tour sur le Neyron ou de nouveau le Néron. En 1839, Loïs Hermenons évoque dans ses « Réminiscences de quelques excursions dans le Dauphiné », publiées dans Le Courrier de l'Isère, la sierra du Néron. Enfin, en 1844, la Statistique générale du département de l'Isère cite le rocher de Néron et le mont Néron ... Le nom de la montagne viendrait du dialecte local Neiron, issu de neire signifiant « le noir », et pouvant être associé au français contemporain « Noireau ». Il serait lié à l'aspect sombre de son versant occidental, habituellement couvert de végétation arbustiveHenry Sutter, Noms de lieux de Suisse romande, Savoie et environs.. Cependant, les formes anciennes sont incompatibles avec cette explication, puisqu’elles attestent d'une forme Neuron, latinisée diversement et avec différentes désinences casuelles Neuronus, Neuronem, Neurone. Ces formes étant récurrentes, elles ne résultent donc pas d'une cacographie, mais montrent qu'il s'agit vraisemblablement d'un autre étymon.

thumb|alt=Carte topographique ancienne à vocation touristique.|Carte touristique du « massif de la Grande Chartreuse » en 1897 signalant le « casque de Néron ».

En 1835, Cassien et Debelle, dans L'Album du Dauphiné, écrivent : Cette évocation est rapidement reprise, en 1839, par Loïs Hermenons : Selon Henri Ferrand, Ainsi, la même année, dans Mémoires d'un touriste de Stendhal, le narrateur lance en parlant de la montagne Les reprises successives de cette simple métaphore sont à l'origine de la principale méprise sur l'origine du nom de la montagne. En effet, en 1853, dans Description pittoresque de la Grande Chartreuse, Auguste Bourne associe à tort cette appellation à l'empereur romain et écrit « le Casque de Néron ». Quatre ans plus tard, le Breton Antonin Macé, devenu professeur d'histoire à la faculté de Grenoble, publie une série d'articles, notamment dans le Bulletin officiel des chemins de fer, reprenant cette appellation fautive. Elle apparaît ensuite de 1862 à 1905 dans les fameux Guides Joanne. Elle est introduite en 1864 dans la Description géologique du Dauphiné de Charles Lory. Pourtant, en , Louise Drevet se contente de rappeler dans Le Petit Dauphinois que Malgré tout, la carte d'État-Major, qui jusque-là portait la mention Neyron, est corrompue à son tour en 1884, comme le seront celles du Bureau de recherches géologiques jusqu'en 1952, ou celle régionale d'Éléogard Marchand en 1886. L'élément casque serait une altération de casse, c'est-à-dire un « lieu de ruines, d'éboulis, amas de grosses pierres » (à l'instar de la Grande Casse ou de la Casse Déserte au col d'Izoard). Dans la revue La Nature apparaît même l'adage : Il faut attendre l'édition du Petit Dauphinois du pour que le général Cosseron de Villenoisy remette finalement en question la justesse de cette appellation : . Cette prise de conscience pousse le Congrès de l'alpinisme à s'arrêter sur le cas du Néron alors qu'il se penche sur « l'origine des noms des montagnes ». Les travaux de Morel-Couprie en 1906 et Ferrand en 1907 finissent de rendre impropre le qualificatif de « casque », même s'il faudra plusieurs années pour la rendre archaïque.

Les orthographes Nez-Rond, dans les Guides Joanne de 1877 et 1890, voire Nez-Long ont même été employées, mais apparaissent comme fantaisistes, même du simple point de vue de l'apparence. Les images de femme couchée et de chapeau panama, durant la Belle Époque, ou encore de coque de navire renversée lui ont en outre été accolées.

Géographie Situation thumb|left|upright=1.3|alt=Carte topographique.|Carte topographique du Néron. thumb|alt=Montagne inclinée s'élevant par-delà une prairie, au-dessus d'une vallée, avec d'autres montagnes en arrière-plan.|Vue du massif de la Chartreuse avec le Néron au centre, depuis les hauteurs de Seyssinet-Pariset au sud-ouest, sur les pentes du Vercors, trois ans après l'incendie.

Le Néron est situé dans le Sud-Est de la France, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et le département de l'Isère. Sa crête principale, incluant son sommet, délimite le territoire des communes de Saint-Égrève à l'ouest et de Saint-Martin-le-Vinoux à l'est et au sud ; le versant septentrional, à partir d'une cime secondaire, occupe le territoire de Quaix-en-Chartreuse. Par là même, la montagne domine une partie de l'agglomération grenobloise et se trouve à près de cent kilomètres au sud-est de Lyon. Elle appartient au massif préalpin de la Chartreuse et compose l'extrémité méridionale de son axe médianParcourir la Chartreuse ..., geol-alp.com..

La montagne est entourée par le Rachais () à l'est, l'aiguille de Quaix () au nord-nord-est et le rocher de l'Église () au nord-nord-ouest. À l'ouest et au sud, elle surplombe une partie de la cluse de l'Isère, parfois appelée pays du Sud-Grésivaudan.

Topographie Le Néron est une montagne fortement individualisée. Elle est séparée des autres sommets de Chartreuse par le col de Clémencières () à l'est et par les gorges de la Vence, affluent de l'Isère, au nord.

thumb|alt=Versant en croupe arrondie d'une montagne dominant une vallée.|Vue du versant occidental du Néron depuis Sassenage.

Vue de l'est ou de l'ouest, la montagne a la silhouette d'une croupe arrondie de trois à quatre kilomètres de long. s'élevant vers le nord ; vue du sud ou du nord, elle montre un profil prononcé en arête. Le versant occidental présente de grands pans inclinés qui se terminent par des parois rocheuses dominant des talus. Il est parcouru, du nord au sud (de gauche à droite vu depuis la vallée), par le ravin Ullrich, le couloir de l'Avalanche (nommé en 1886 après un éboulement ..) et un autre pierrier non nommé sur les cartes IGN qui s'est fortement développé depuis l'incendie de 2003. Le versant oriental est constitué de falaises de 150 à 200 mètres de hauteur surplombant des éboulis. Celles-ci sont entrecoupées par quatre brèches principales nommées, du nord au sud, couloir de Quaix, couloir de Clémencières, couloir Godefroy et couloir en Z. La cime principale, qui culmine à , se trouve entre le ravin Ullrich et le couloir de l'Avalanche, environ à la hauteur du couloir Godefroy ; elle est toutefois peu prononcée. La cime secondaire, ou sommet nord anciennement connu sous le nom de Croix-Chabert., s'élève à d'altitude et constitue le rebord septentrional de la brèche séparant le ravin Ullrich du couloir de Clémencières. L'extrémité méridionale de la montagne, au-dessus du hameau de la Buisseratte, est occupée par une balme visible depuis certains points de la vallée.

Géologie thumb|left|upright=1.3|alt=Carte géologique.|Carte géologique du Néron. thumb|alt=Extrémité de l'arête d'une montagne vue de profil dominant une zone boisée.|Vue de l'extrémité septentrionale de la crête calcaire du Néron mettant en évidence un pli anticlinal secondaire dans le synclinal principal.