La bataille de Beauport ou de Montmorency est un affrontement majeur qui s'est déroulé le entre les Forces armées britanniques et françaises durant la guerre de la Conquête du Canada, partie intégrante de la guerre de Sept Ans. Il s'agit de la première des trois batailles entourant la campagne de la ville de Québec, capitale coloniale de la Nouvelle-France, en 1759 et 1760. L'attaque que mènent les Britanniques contre la ligne française de Beauport, à environ à l'est de Québec, s'avère un échec et les soldats du général James Wolfe doivent se retirer avec des pertes importantes, totalisant 210 morts et 233 blessés.

Contexte général Guerre de Sept Ans et guerre de Conquête En 1756, la guerre de Sept Ans débute officiellement en Europe et oppose deux coalitions d'empires et de royautés européens. Cependant, en Amérique du Nord, la guerre débute deux années plus tôt, en 1754, dans les colonies anglaises et françaises des Treize Colonies et de la Nouvelle-France alors que des affrontements - la bataille de Jumonville Glen et la bataille de Fort Necessity - à propos du contrôle du territoire et des réseaux commerciaux éclatent dans l'État de Pennsylvanie. Ainsi débute la guerre de Sept Ans en Amérique du Nord, connue par les Canadiens comme étant la guerre de la Conquête et par les Américains comme étant la French and Indian war.

Initialement, les Français remportent de nombreuses batailles - bataille du fort Oswego, bataille de Fort William Henry et bataille de Fort Carillon notamment - avec à leur tête le Lieutenant-Général Louis-Joseph Marquis de Montcalm. Mais, vers 1758, après la prise de la forteresse française de Louisbourg à la pointe de l'actuelle Nouvelle-Écosse par le jeune général anglais James Wolfe, le vent tourne et les Britanniques ont maintenant l'avantage sur leur opposant. Avec la prise de Louisbourg, les portes du fleuve Saint-Laurent sont grandes ouvertes pour les Anglais, leur permettant d'atteindre la ville de Québec, la ville la plus importante de la Nouvelle-France puisqu'elle en est la capitale coloniale.

Préparatifs avant la bataille

Préparatifs de défenses françaises à Beauport

Au mois d', Montcalm débute les préparatifs afin de protéger la ville de Québec. À Beauport, il installe une palissade en bois de de long entre la rivière Saint-Charles et la Canardière. Au nord du pont flottant sur ladite rivière, des bâtiments dunkerquois ou ouvrage à corne, sont construits. Plus à l'est, il y érige des retranchements en hauteur, des redoutes, des palissades et des batteries flottantes. Ces fortifications diverses installées sur le littoral et les hauteurs de Beauport totalisent de protection entre la rivière Saint-Charles et la rivière Montmorency. Protégée par cette rivière et par sa chute, la chute Montmorency, la majorité des troupes françaises s'y cantonne. Ce choix de défense n'est pas anodin. La ville de Québec est déjà fortement défendue non seulement avec ses murs et ses batteries de pierres ainsi que par le fort Saint-Louis et la redoute du Cap-Diamant, mais aussi par le terrain difficilement accessible pour un attaquant. Effectivement, la ville est défendue par une large falaise escarpée d'environ 40 à de hauteur nommé le cap Diamant. Un débarquement britannique y est inconcevable vu la topographie des environs de Québec. Cependant, les battures de Beauport et les diverses plages offrent une possibilité intéressante de débarquement pour les Anglais. Gabriel Pellegrin calcule avec Montcalm les distances approximatives pour être hors de portée des canons des frégates, et des vaisseaux de lignes. Pellegrin plante des pieux de bois pour faire reculer les troupes en cas de bombardement naval. Les Français seront donc hors de portée durant les bombardements par le lors de la tentative de débarquement à Beauport Voilà pourquoi Montcalm y installe la majorité de ses troupes, constituées de régiments français de l'armée professionnelle de terre et de la marine, de régiments de la milice canadienne et de guerriers autochtones provenant de diverses nations alliées. Les Britanniques installent le camp de Montmorency au nord de la chute.

Installation des Anglais au camp de Montmorency Arrivé devant Québec le , le général Wolfe constate que la rive nord du Saint-Laurent vis-à-vis Beauport, lieu le plus propice à un débarquement de troupes en raison des nombreuses plages, est solidement défendue par l'armée française. Wolfe doit par conséquent concevoir le plan d'un débarquement à un autre endroit sur la côte.

La recherche de ce lieu de débarquement alternatif occupe Wolfe durant plus d'un mois. Dans la nuit du 8 au , les forces britanniques effectuent un débarquement sur la rive nord, à environ à l'est de la chute Montmorency et des retranchements français. C'est d'abord Wolfe, à la tête des grenadiers, qui touche terre. Il est rejoint plus tard par la brigade que commande George Townshend. Le débarquement britannique ne rencontre aucune opposition. James Murray, à la tête d'une bonne partie de sa brigade, rejoint Wolfe et Townshend le . Un camp est établi à proximité du lieu de débarquement. Wolfe ordonne la construction d'une importante batterie pour défendre cette nouvelle position, de même que des radeaux et quelques batteries flottantes.

Choix du plan d'attaque anglais thumb|upright=1.6|La côte de Beaupré et l'île d'Orléans au . thumb|upright=0.6|left|James Wolfe thumb|upright=0.6|left|James Murray À la suite de l'établissement du camp de Montmorency, le général Wolfe explore divers plans d'attaque - impliquant ce nouveau camp à Montmorency - mais ne prend une décision finale que le .

Le premier plan dont Wolfe fait mention dans son journal et dans sa correspondance avec ses officiers est celui du . Dans une lettre au brigadier Robert Monckton datée du , Wolfe écrit qu'il espère s’emparer de l'une des redoutes sur la ligne française, non loin de l'embouchure de la rivière Montmorency, afin de forcer l'ennemi hors de ses retranchements situés sur les hauteurs de la côte de Beauport. Le plan implique un bombardement de la marine britannique et de l'artillerie installée au camp de Montmorency, le débarquement d'une importante force transportée depuis l'île d'Orléans, de même qu'une jonction effectuée par le corps de troupe traversant la rivière Montmorency à partir du camp de Montmorency, soit sur des radeaux soit en empruntant le passage à gué au pied de la chute Montmorency. Au même moment, la brigade de Robert Monckton devrait débarquer sur la droite française, entre la rivière Saint-Charles et Beauport, alors que l'attention française serait tournée vers la gauche.

Ce plan est laissé en suspens. Quatre jours plus tard, le , survient un événement d'une grande importance pour les Britanniques : la Royal Navy réussit à passer sept bateaux dans la nuit du 18 au , dont le vaisseau de guerre Sutherland (50 Canons) et une frégate, la Squirrel. La Diana échouera cependant et devra faire demi-tour, dans l'étroit passage maritime entre Québec et la pointe Lévy. Ils ouvrent par le fait même la possibilité d'un débarquement à l'ouest de la ville, notamment vers les plages de Cap-Rouge. Les batteries françaises qui tonnent contre la flottille britannique à partir de la Basse-Ville, de même que les batteries flottantes qui la poursuivent, ne parviennent effectivement pas à empêcher la traversée. Il faut également tenir compte que deux frégates françaises commandées par Jean Vauquelin, l'Atalante (34 canons) et la Pomone (30 canons) ancrées à l'Anse des Mères ont été retirées par Vaudreuil le et désarmées, allant contre le plan établi par Montcalm, Lévis et l'état-major français. Selon le journal de bord du Sutherland, les boulets français de la ville seraient passés trop haut pour endommager la flotte.

Grâce à ce tour de force, Wolfe peut effectuer lui-même la reconnaissance de la rive nord du Saint-Laurent, à l'ouest de Québec. Le lendemain, il se rend un peu plus à l'ouest aux abords de la rivière Chaudière, pour étudier la rive nord entre Sillery et Cap-Rouge. Wolfe communique à Monkton des instructions pour une attaque contre le village de Saint-Michel. Cependant, à 13h, Wolfe envoie un contre-ordre à Monkton. Ce dernier doit plutôt attendre quelques jours en raison de . Il est possible que les circonstances dont parle Wolfe fassent référence à la contre-attaque française au cours de laquelle la batterie française de Samos près de Sillery endommage le Squirrel.

Le , Wolfe est de retour au camp de Montmorency. Escorté par deux bataillons, il remonte le long de la rivière Montmorency vers le nord afin de reconnaître le secteur par lui-même. À environ cinq kilomètres de son embouchure, il observe un gué permettant de passer aisément de la rive ouest à la rive est de la Montmorency. Cette découverte donne lieu à une solide escarmouche entre les soldats britanniques, tentant de traverser, et les soldats français et la milice canadienne qui sont retranchés sur l'autre rive. Les Britanniques dénombrent des pertes de 45 hommes, soit tués ou blessés et doivent battre en retraite.

Tout compte fait, le plan initial semble le meilleur : il faut attaquer les Français de front, les déloger de leurs retranchements et les forcer à battre en rangée, comme en Europe, afin d'avantager les forces britanniques. Ces dernières sont composées d'un grand nombre de soldats professionnels, contrairement aux forces françaises. Effectivement, l'armée française est constituée majoritairement de la milice canadienne qui est moins adaptée aux batailles européennes. Les Canadiens sont habitués de se battre en plus petit nombre, en corps relativement indépendants et sur un territoire principalement forestier comme leurs alliés autochtones. Ils excellent ainsi dans l'art de la guérilla. Ils méconnaissent les batailles en rangées sur des champs de bataille ouverts où les régiments manœuvrent conformément aux ordres des généraux. Cela pousserait les Français à abdiquer à Beauport, ce qui ouvrirait la voie vers la ville de Québec via la rive nord.

Le , il est prévu par l'État-major anglais qu'une attaque de la ligne française de Beauport s’effectue le . Or, à la date prévue, la faiblesse du vent ne permet aucun mouvement naval et les opérations sont reportées au lendemain, le . Le plan d'attaque envisagé par Wolfe suppose une variation du plan qu'il décrivait au brigadier Robert Monckton dans sa lettre du : un bombardement naval et terrestre, plus de 2500 boulets de canons seront tirés sur les positions franco-canadiennes, puis un débarquement suivi d'une jonction à pied via son camp de Montmorency. Contrairement au plan du , aucune mention n'est faite d'une attaque parallèle sur la droite française, à l'ouest de Beauport.

Déroulement de la bataille Un plan d'attaque dangereux Au matin du , le général Wolfe monte à bord du Russell, un des deux transporteurs armés (l'autre étant le Three Sisters) destinés à l'attaque contre la seconde redoute à l'est de la ligne de défense française, nommée la redoute Johnstone. Wolfe, qui est rapidement dans le feu de l'action, possède alors la chance de mieux reconnaître la position française qu'il ne pouvait le faire à partir de l'île d'Orléans. Il se rend immédiatement compte de son erreur : la redoute qu'il espérait prendre pour forcer les Français hors de leurs retranchements est en réalité à portée de tir de ces mêmes retranchements. Les soldats français peuvent ainsi abandonner la redoute tout en la défendant. Cette observation change la donne et le plan d'attaque britannique s'avère conséquemment dangereux.