La psychothérapie institutionnelle est un type de psychothérapie en institution psychiatrique qui met l'accent sur la dynamique de groupe et la relation entre soignants et soignés. La visée de soigner le collectif soignant et d'humaniser le fonctionnement des établissements psychiatriques, afin que les patients reçoivent un soin de meilleure qualité, est une caractéristique de ce mouvement thérapeutique.
Le secteur psychiatrique français a ainsi été fondé par les représentants de la psychothérapie institutionnelle dans les années 1970, dans le but de rompre avec les pratiques asilaires antérieures et de favoriser les soins ambulatoires dans la Cité.
Le Groupe de travail de psychothérapie et de sociothérapie institutionnelles est fondé en 1960 par François Tosquelles, Jean Oury, Roger Gentis, Horace Torrubia, Jean Ayme, Yves Racine, Jean Colmin, Maurice Paillot et Hélène Chaigneau, puis il est rejoint notamment par Félix Guattari, Ginette Michaud, Claude Poncin, Henri Vermorel, Michel Baudry, Nicole Guillet, Robert Millon, Jean-Claude Polack, Gisela Pankow et Jacques Schotte.
Les lieux emblématiques en France sont : l'hôpital de Saint-Alban-sur-Limagnole (autour du François Tosquelles), les cliniques de La Borde ( Jean Oury) et de La Chesnaie à Chailles ( Claude Jeangirard). En France, en 2021 une trentaine de clubs thérapeutiques fonctionnent, ils sont fédérés au sein du Truc (Terrain de rassemblement pour l'utilité des clubs).
Histoire Définition, origines L'expression « psychothérapie institutionnelle », créée en 1952 par le psychiatre français Georges Daumezon (1912-1979), désigne . Selon Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, elle .
Ainsi que le nom l'indique, c'est une forme de psychothérapie s'exerçant . Dès lors, pour Roudinesco et Plon, la psychothérapie institutionnelle .
thumb|Le Centre hospitalier François-Tosquelles dit plus simplement « Saint-Alban », du nom de Saint-Alban-sur-Limagnole en Lozère où il se situe dans l'ancien Château de Saint-Alban, est aujourd'hui considéré comme le berceau de la psychothérapie institutionnelle Château de Saint-Alban (Saint-Alban-sur-Limagnole), musée d'art moderne (Villeneuve-d'Ascq). Trait d'union : les chemins de l'art brut à Saint-Alban-sur-Limagnole. Villeneuve-d'Ascq : musée d'art moderne Lille Métropole, 2007, p. 13 en France.
Naissance à Saint-Alban L'expression apparaît pour la première fois en 1952, dans un article intitulé « La psychothérapie institutionnelle française », publié dans la revue Anais Portugueses de Psiquiatria, écrit par les deux psychiatres français : Georges Daumezon et Philippe Koechlin. Cependant, ce courant naît dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, en réaction avec les conditions d'accueil alarmantes des malades dans les hôpitaux psychiatriques et grâce à l’action de psychiatres soucieux de contrer les effets pervers de l’isolement prolongé dans ces établissements.
L'hôpital de Saint-Alban-sur-Limagnole, en Lozère, voit ainsi s'opérer un bouleversement de la pratique psychiatrique sous l'impulsion de Paul Balvet, directeur entre 1936 et 1943. Il engage en effet une réforme de l’asile qu’il poursuit durant la guerre. Il est rejoint par le psychiatre François Tosquelles en 1940, André Chaurand en 1941 et remplacé par Lucien Bonnafé en 1943. L’équipe médicale entreprend une humanisation de l’institution par « l’ amélioration du quotidien des malades, l’organisation de sorties, la mise en place de l’ergothérapie, de groupes de parole, la formation des gardiens »..
C'est dans ce cadre que François Tosquelles, républicain marxiste de sensibilité libertaire, pose les fondements de la psychothérapie institutionnelle. Il a déjà eu l'occasion de transformer la pratique médicale en Espagne, pendant la guerre civile. Il a, par exemple, permis à des prostituées d'exercer la fonction de personnel soignant(voir le film réalisé sur François Tosquelles : Politique de la folie). Condamné à mort par le régime de Franco, il se réfugie en France au camp de Septfonds, où il organise un service de psychiatrie. Paul Balvet, alors directeur de l'hôpital de Saint-Alban, l'a invité à rejoindre son équipe, avec l'accord du préfet, facilité par la publication d'une analyse clinique par Tosquelles et Antoni Subirana. Tosquelles a dans ses bagages deux livres fondamentaux pour sa pratique : celui de Hermann Simon, Pour une thérapeutique plus active, où est développée notamment l'idée qu'un établissement est un organisme malade qu'il faut constamment soigner, et la thèse de Jacques Lacan, De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité), dont il fait réaliser pendant la guerre des éditions clandestines par l'imprimerie du club des malades de l'hôpital. ..
Animée par ces psychiatres réformateurs, la Société du Gévaudan se propose de renouveler les fondamentaux pratiques et théoriques de la discipline, articulant le soin, la recherche et la formation dans une démarche collective et ouverte aux apports intellectuels extérieurs.. Le psychiatre Georges Daumezon y participe : ce praticien avait déjà une pratique désaliéniste dans son service de Fleury-les-Aubrais dès 1936, instaurant des activités artistiques ou sportives entre soignants et soignés ; ainsi que des réunions sur la vie du pavillon..
Après la Libération, les Journées psychiatriques nationales de et de voient converger les réflexions des psychiatres français sur les changements à apporter à la vie asilaire et des techniques de groupes développées aux États-Unis. Les bases de la thérapeutique sont posées dès cette époque : l'affirmation de l'hôpital comme lieu de soin articulé autour d'un projet thérapeutique, son lien avec l'environnement, l'attention portée aux relations entre soignants, les conditions matérielles et la taille optimale des établissements, l'aménagement d'une vie sociale décloisonnée, les cercles de malades et leur répartition en fonction de leur sociabilité et non de leur statut. Par exemple, Paul Bernard écrit dans le numéro 2 de Documents de l'information psychiatrique un article consacré à « L'organisation thérapeutique de la vie sociale à l'hôpital psychiatrique ».
La rénovation des pratiques thérapeutiques après guerre s'illustrent le rôle de Paul Sivadon, chef de service au CTRS de Ville-Evrard. Afin de lutter contre la suroccupation des lieux et la carence des moyens, il passe une convention avec la Sécurité sociale afin de réorganiser l’établissement. Convaincu que les troubles sociaux combinent des facteurs psychologiques, biologiques et sociaux, il plaide pour faciliter l’adaptation du malade au milieu, aussi bien par l’atmosphère que les activités, l'exercice physique et le contact humain.
Selon Tosquelles la psychothérapie institutionnelle doit marcher sur deux jambes : Karl Marx et Sigmund Freud, dont les œuvres permettent de penser les deux aliénations, l'une psychopathologique, l'autre sociale. Dès le départ, emprunte à une diversité de références au-delà du domaine médical : la psychanalyse et la psychiatrie, mais aussi le marxisme, la pédagogie selon la méthode de Célestin Freinet (qui prêtera son imprimerie à l'hôpital de Saint-Alban). Plus tard, les techniques de groupe nord-américaines (Kurt Lewin, Jacob Levy Moreno) sont introduites à Saint-Alban par qui y est psychologue. Le directeur, Lucien Bonnafé, orchestre cette activité, il reçoit Paul Éluard qui transforme Saint-Alban en plate-forme d'édition clandestine, ainsi que d'importants agents de liaison de la Résistance française comme Georges Sadoul ou Gaston Baissette Biographie Croisée Gilles Deleuze, Félix Guattari, François Dosse, Ed La Découverte. (2007) page 56 .
Jean Oury à La Borde Jean Oury joue un rôle central dans la genèse et la structuration de la psychothérapie institutionnelle, qu’il hérite en partie de l’expérience de François Tosquelles à Saint-Alban mais qu’il prolonge et systématise à La Borde à partir de 1953.
Jeune étudiant en médecine, il rencontre François Tosquelles et Jacques Lacan lors d'une série de conférences à l’École Normale Supérieure en 1947. Il entre comme interne à Saint-Alban le de la même année, où il participe aux différentes entreprises pour désaliéner l’hôpital, comme les réunions, le club ou les ateliers d'ergothérapie. Il accepte ensuite un poste à la clinique de Saumery, en 1949, où il tente d'appliquer les principes de la psychothérapie institutionnelle malgré les conditions de travail délétères et l'indifférence de l’administration. Un réseau d'affinités professionnelles et intellectuelles se forme, Oury rencontrant notamment Félix Guattari. En quête d'un nouveau lieu plus favorable, ils s'installent à La Borde, où se dresse alors un château désaffecté.
Le principe directeur de l'organisation de La Borde repose sur le caractère thérapeutique du groupe. La précarité des statuts est destinée à éviter toute forme d'autoritarisme, même si Jean Oury conserve un droit de veto lors des réunions plénières : les élus sont révocables et l’organisation des tâches est modulable. Ce dernier point permet de lutter contre le compartimentage des rôles : chacun, infirmier comme patient, est susceptible de participer au jardinage ou aux tâches administratives.
Dissémination et développement
D'autres établissements existent, tel celui, voisin, de La Chesnaie et le mouvement a essaimé aussi bien en France, dont Pierre Delion en est un des principaux représentants, qu'à l'étranger. Il a par ailleurs eu une grande importance dans la création de la psychiatrie de secteur en France.
Principes théoriques et concepts fondamentaux Penser l'institution contre l’aliénation À l'époque, selon Jean Oury, Jean Oury, La psychothérapie institutionnelle de Saint-Alban à La Borde (conférence prononcée à Poitiers le 15 mars 1970), Paris, Éditions d'une, 2016.. L'élan presque fondateur, c'est la prise de conscience, chez certains membres des équipes soignantes, qu'ils se comportent avec les malades un peu comme les gardiens des camps avec les prisonniers. Il s'agit alors de modifier l'institution, la structure de l'établissement, pour modifier les rapports soignants / soignés.
La psychothérapie institutionnelle tente alors de Jean Oury, La Psychothérapie institutionnelle de Saint-Alban à La Borde, op. cit.. L'institution est intégrée au traitement et cesse d'être réduite à un lieu de soin et d'enfermement pour devenir un lieu qui ménage un espace de vie sans nier la spécificité de la folie.
L'un des principes de la psychothérapie institutionnelle repose sur l'idée que pour soigner les personnes, il faut prendre soin de l’institution, à distinguer de l’établissement. L’établissement renvoie à la dimension matérielle, administrative et hiérarchique du lieu de soin : c’est une unité de production rassemblant des personnels, des moyens et des procédures, inscrite dans une logique gestionnaire et normative. L’institution, au contraire, désigne le mouvement vivant qui anime et met au travail cet établissement : elle se manifeste dans les dynamiques collectives, les échanges, les remaniements symboliques et les espaces de parole qui permettent au soin de se déployer. Alors que l’établissement tend à figer et à reproduire des cadres, l’institution, telle que la conçoivent Tosquelles, Oury et la psychothérapie institutionnelle, vise à les transformer pour réintroduire du sens, du désir et du lien. Autrement dit, l’institution n’est pas un lieu mais une fonction critique et soignante, capable de « traiter » l’établissement lui-même lorsqu’il devient aliénant ou purement gestionnaire. Le travail contre les effets aliénants de l'établissement suppose que le collectif puisse agir sur des aspects tels que l'accueil, les moments de rencontre ou l'ambiance, d'une manière inventive et vivante. Instaurer un goûter pour améliorer le quotidien n'a ainsi pas la même portée s'il s'agit d'une règle administrative ou correspond à un désir. .