Desmophyllum pertusum, longtemps appelée Lophelia pertusa, est une espèce de coraux scléractiniaires de la famille des Caryophylliidae. Il s'agit de la plus répandue des espèces de coraux d'eau froide formant des récifs, présente dans la plupart des mers et océans du monde, mais surtout dans l'Atlantique nord-est et tout particulièrement le long de la côte norvégienne. Il vit à des profondeurs variant de 39 à plus de , et à des températures oscillant préférentiellement entre 6 et .

Bien que l'espèce soit connue depuis plusieurs siècles, elle ne commença à être véritablement étudiée que très récemment, du fait des difficultés liées à l'exploration à de telles profondeurs. De ce fait, beaucoup de points concernant sa biologie et son écologie sont encore inconnus. L'espèce est un polype ne vivant pas en symbiose avec une algue photosynthétique, contrairement aux coraux tropicaux, et dépendant donc des apports de nourriture transportés par les courants sous-marins ou d'autres symbioses (démontrée pour le ver Eunice norvegica). Ces polypes forment des colonies qui constituent des récifs, grâce au squelette d'aragonite que les polypes produisent. Ces récifs constituent une structure tridimensionnelle complexe et donc un milieu de vie très favorable pour un grand nombre d'espèces, concentrant une des biodiversités les plus importantes des océans tempérés.

Ces récifs sont très menacés par l'homme en particulier par le chalutage profond, qui les détruit ou endommage. Depuis les années 1990 et 2000, la conscience de ces dégâts et de leurs implications sur la biodiversité marine a grandi et de nombreuses mesures de protection commencent à être prises.

Description Polypes Comme pour tous les coraux, les récifs de Desmophyllum pertusum. ne sont pas un individu mais des colonies pouvant compter plusieurs milliers de polypes.. L'anatomie des polypes est relativement typique des coraux. La forme globale du polype est un cylindre, s'élargissant dans la partie orale (), elle-même prolongée par plusieurs tentacules.. Deux couches monocellulaires, épiderme et gastroderme, forment la membrane du polype tandis que l'intérieur est constitué de mésoglée, avec quelques cellules interstitielles. Le long de l'axe stomodeum-coelentéron se trouve le mésentère. La partie la plus interne du mésentère ainsi que la zone près de la bouche possèdent de nombreux cils, avec cnidocytes et cellules sécrétrices aidant à la circulation de l'eau, la capture des proies, la digestion et l'absorption. La frontière entre la mésoglée et le gastroderme est tapissée de fibres musculaires permettant la contraction du corps. Le corps a aussi des muscles contrôlant l'ouverture et la fermeture de la bouche, le mouvement les tentacules et la rétractation du polype. Certaines cellules épidermiques sont spécialisées pour sécréter le squelette calcaire (aragonite). Ce squelette est sécrété à la fois dans la partie intérieure et extérieure, des tissus vivants étant aussi situés à l'extérieur de celui-ci.

thumb|center|upright=1.8|alt=A :schéma d'un polype vu en coupe ; B : photo de polypes en gros plan| Schéma d'organisation du polype Desmophyllum pertusum.

Récifs Les récifs sont constitués de colonies de polypes, disposés en branches ramifiées ce qui leur donne l'apparence d'un buisson. Avec le temps, les branches se rejoignent et leur anastomose fortifie le récif. Les parties inférieures du récif sont souvent des coraux morts, dont seul persiste le squelette calcaire.. Les branches des coraux morts vont alors devenir un support pour la sédimentation, et donc créer un véritable récif. Cette zone sera aussi victime de bioérosion, en particulier par des éponges.. Finalement, les zones les plus basses du récif verront s'accumuler les débris de coraux.

Contrairement aux récifs tropicaux, les récifs d'eau froide sont généralement constitués par une seule espèce.. Les récifs de Desmophyllum pertusum cohabitent cependant parfois avec Madrepora oculata. La couleur typique des récifs est blanc, même si on trouve aussi des récifs orange et rouge. À Tisler, en Norvège, on trouve une nuance unique de jaune..

Alimentation Desmophyllum pertusum, comme tous les coraux d'eau froide, ne possède pas d'algue symbiotique (Zooxanthelle) alors que la plupart de ses homologues tropicaux en possèdent. De ce fait, il dépend de la production primaire en surface des océans puis du transport de ces nutriments vers le fond où il réside.. Assez peu de choses sont connues sur l'alimentation de cette espèce ; il semblerait qu'elle se nourrisse principalement de zooplancton, mais elle pourrait aussi probablement se nourrir de phytoplancton, de bactéries, de protozoaires, ainsi que de nutriments de nature détritique et en suspension. Les polypes étant sessiles, ils ont besoin d'importants courants pour leur apporter la nourriture à proximité.. Afin de capturer leur proie, les polypes possèdent des tentacules et sont de plus capables de sécréter un poison paralysant, produit dans leur cnidocytes (cellules caractéristiques des cnidaires). Leur efficacité est aussi améliorée grâce à des microtubules collants, agissant comme un filet pour immobiliser leur victime.

Reproduction thumb|alt=branche de corail blanc dont les polypes sont déployés|Chaque branche de corail est constitué de clones, se développant sur leurs parents Desmophyllum pertusum possède deux modes de reproduction : une reproduction sexuée et une reproduction asexuée, cette dernière formant des clones.. L'importance de l'une ou l'autre forme de reproduction dépend fortement de la zone étudiée, les récifs des Monticules de Darwin en Écosse par exemple sont principalement des clones. La reproduction asexuée de l'espèce se fait par bourgeonnement des tentacules. Lorsqu'un polype-fils est créé, la vitesse de croissance du polype parent est nettement diminuée.. Jusqu'à une vingtaine de générations vivantes peuvent ainsi se succéder. Au rythme d'une génération par an dans des conditions idéales, l'espérance de vie des polypes a pu être estimée à . Au total, la vitesse de croissance des récifs est de 4 à , ce qui est très nettement inférieur à celle des coraux tropicaux (100 à ).

Desmophyllum pertusum est une espèce gonochorique., même si les polypes ne présentent pas de dimorphisme sexuel. La production de gamètes se fait dans le mésentère. La stratégie reproductive de l'espèce consiste en la production d'un grand nombre d'ovocytes de petite taille, par opposition à d'autres espèces produisant peu d'ovocytes mais de plus grande taille, la fécondité des petits ovocytes étant moindre. La production de gamètes a en général lieu en été, ce qui est très probablement dû à l'efflorescence algale à la surface des océans au printemps, qui va rapidement apporter une grande quantité de nutriments en profondeur et ainsi permettre cette activité très consommatrice en énergie. Le frai a ensuite lieu en janvier ou février. La fécondation donnera lieu à des larves lécithotrophiques, c'est-à-dire qui se nourrissent uniquement des ressources vitellines. Ces larves peuvent probablement parcourir d'assez longues distances, ce qui permet une bonne colonisation du milieu.

Répartition et habitat Bien que l'espèce soit connue depuis longtemps, son étude fut très limitée, en particulier à cause des importantes profondeurs auxquelles elle se trouvep. 5. Ils furent d'une certaine façon redécouverts au en particulier grâce aux explorations pétrolières, aux progrès des technologies dans les domaines du sondage acoustique et des sous-marins. Depuis, les découvertes de nouveaux récifs sont nombreuses, bien qu'encore principalement limitées aux pays développés ayant accès à de telles technologies.

Habitat de prédilection Les connaissances sur les besoins de Desmophyllum pertusum sont limitées, et de fait ses préférences sont principalement extrapolées en se basant sur sa répartition géographique. Si ce type de corail est souvent appelé corail d'eaux profondes, la profondeur (et donc la pression) ne semble pas être en soi un élément fondamental., ce qui est relativement visible au vu de la grande diversité de profondeurs dans lesquelles ces coraux se trouvent (entre dans le fjord de Trondheim et plus de sur la dorsale atlantique). Ainsi, si on trouve en général ces coraux à des profondeurs de 200 à ., c'est principalement parce que les paramètres qu'ils apprécient se rencontrent principalement à ces profondeurs. La température semble être un paramètre plus déterminant, avec une préférence pour des températures relativement constantes autour de 6 et , même s'ils tolèrent jusqu'à 4. La salinité est aussi déterminante, les coraux se trouvant principalement dans des salinités comprises entre 35 et ., mais pouvant supporter de 32 à près de p. 32. Un autre facteur important est un bon accès aux nutriments, ce qui implique à la fois la proximité avec des eaux productives en surface et des courants puissants permettant de transporter ces nutriments jusqu'au corail. Ces courants sont aussi importants pour éviter une trop forte sédimentation qui étoufferait les polypes. Ceci explique le fait que les récifs se forment souvent sur des reliefs ou dans des zones où le courant est canalisé dans des passages étroits. Enfin, les polypes ont besoin d'un support initial dur afin d'initier la formation de récif, que cela soit un sol rocheux ou même des substrats artificiels, tels que des épaves ou des plates-formes pétrolières.

Répartition mondiale vignette|alt=Carte des emplacements connus de récifs à Desmophyllum pertusum, plus nombreux dans l'est de l'Atlantique Nord.|Répartition mondiale de Desmophyllum pertusum.

Desmophyllum pertusum est la plus répandue des espèces de coraux d'eau froide formant des récifs. Sa présence a été signalée presque dans le monde entier, principalement dans l'Atlantique nord-est mais aussi en Atlantique ouest, sur les côtes africaines, et même dans l'océan Indien et l'océan Pacifique.. Elle est la plupart du temps située sur les marges continentales, exception faite de la Norvège, où le plateau continental accueille un grand nombre de récifs.. Ce pays abrite d'ailleurs la plus forte densité découverte à ce jour, on estime en effet la surface du récif de Desmophyllum pertusum le long des côtes norvégiennes à environ .. On trouve ces récifs à la fois dans les fjords et sur le plateau continental.. Ils sont alors souvent à des profondeurs relativement faibles, comme le récif le moins profond connu à ce jour à Tautra, au milieu du fjord de Trondheim, à une profondeur de .. C'est aussi en Norvège que fut découvert en 2005 le plus grand récif connu, près de , au sud-ouest des îles Lofoten, mesurant de long pour 7 de large.

L'âge de ces colonies permet de reconstituer l'évolution de la répartition de l'espèce depuis la dernière glaciation. Durant le maximum glaciaire, il y a , des colonies de Desmophyllum pertusum se trouvaient dans la partie centrale de l'Atlantique nord-est, en mer Méditerranée et au nord ouest de l'Afrique. Entre et , le corail commença à coloniser l'Irlande et l'Angleterre, puis plus tard la Norvège, les plus anciens récifs du pays étant datés en moyenne de . En parallèle, les récifs méditerranéens ont fortement régressé du fait de l'augmentation de température.

Écologie thumb|alt= Récif à Desmophyllum pertusum sur lequel sont fixées des anémones de mer de différentes espèces | Desmophyllum pertusum et plusieurs anémones de mer