Une chambre à coucher, ou plus usuellement chambre, est la pièce d'une habitation destinée à assurer le sommeil ou le repos de l'habitant, et qui comporte en principe au moins un lit.

Généralités

Outre le lit, les chambres sont ordinairement pourvues d'autres meubles, essentiellement de rangement, agencés ou conçus pour permettre de s'apprêter, de se vêtir et se dévêtir. Dans cet ordre d'idée, la salle de bain est souvent en communication directe avec la chambre quand elle n'y est pas davantage intégrée, comme c'est le cas dans une suite parentale où elle est souvent accompagnée d'un dressing. Quand le lit, sa table de chevet et l'armoire à linges, voire un cosy, sont d'une même facture et forment un ensemble, celui-ci prend en français le nom de « chambre à coucher », notamment dans les catalogues et les petites annonces. La chambre peut, par l'une ou l'autre de ses fenêtres, procurer une vue sur des scènes ou paysages que l'occupant se plaira à observer de temps à autre« Les gens aiment regarder par les fenêtres. », Espaces domestiques, ..

Des établissements sont spécialisés dans la location de chambres : hôtels ; gîtes ruraux ; centres de vacances On trouve également des chambres dans les caravanes et les camping-cars spacieux et les grandes tentes de camping.

Le sommeil n'est jamais le seul besoin satisfait dans la chambre. Conçue comme un espace d'intimité et de tranquillité, accommodée pour le confort et l'agrément, la chambre invite son occupant à la détente, voire à l'abandon, ou à la satisfaction de ses désirs personnels. La chambre est le lieu privilégié d'expression de la sexualité et des relations intimes au sein du couple, mais elle est également le cadre habituel de la rêverie, de la méditation, de la prière, ou encore de la récupération de la santé. La chambre se prête aussi bien aux pratiques de mortification qu'aux comportements touchant à la luxure : elle est ainsi transformée en lieu de travail pour la prostitution.

La chambre à coucher, comme pièce individualisée, est absente de beaucoup d'habitats traditionnels, où les lits, ou tenant lieu, sont disposés parmi d'autres au sein d'une salle à fonctions multiples (espace domestique monocellulaire). Au contraire, l'urbanisation et l'élévation du niveau de vie ont systématisé le recours aux chambres à coucher : une pour les parents et dans l'idéal, une par enfant. Dans les logements disposant d'espace, il arrive que soit prévue une chambre destinée aux visiteurs, c'est la chambre d'ami. Les maisons dans lesquelles travaillent des domestiques, comportent de petites pièces traditionnellement appelées en France : chambres de bonne, camera di cacina en Italie.

Quand une pièce n'a pas pour vocation principale le sommeil, la pièce n'est pas appelée chambre, mais par exemple cellule pour les moines, les prisonniers À l'hôpital, on parle de chambre (individuelle ou « à plusieurs ») ; dans un véhicule, bateau ou camion, il est question de cabine, de couchette. Dans les pensionnats et d'autres hébergements collectifs comme les casernes, les chambres sont remplacées par de vastes dortoirs, des cloisons légères et basses permettant parfois une relative diminution de la promiscuité. Les lieux d'enfermement disposent généralement de pièces particulières, se distinguant des autres chambre : en psychiatrie, il s'agit d'une chambre d'isolement ; en milieu carcéral, il s'agit d'une pièce généralement privée de tout confort et isolant au maximum le détenu. En milieu hospitalier, les chambres sont disposées et aménagées en fonction de besoins plus ou moins spécifiques (hygiène, âge du patient, surveillance).

Outre les tables de chevet et armoires, les chambres peuvent être meublées de miroir, coiffeuse, commode, bureau-secrétaire, guéridon, chaise et fauteuil, table basse, étagères, bibliothèque, chiffonnier, etc. Comme toute pièce, elle peut être équipée en matériel de chauffage ou de climatisation, s'il n'y a pas de cheminée ; de même, outre l'équipement électrique, assurant souvent l'éclairage, on y trouve du matériel électronique (téléphone fixe, radio, télévision, chaîne hifi, ordinateur) selon les besoins des habitants. On peut également y trouver du matériel lié aux loisirs de l'occupant, les jeux et jouets, ou concernant les arts ( instrument de musique), l'activité physique (exemple : matériel de musculation).

La chambre est décorée et dotée de revêtements selon les goûts de l'occupant et les pratiques locales ; des représentations d'ordre religieux, esthétique (tentures, tableaux, posters), ou autre, sont habituellement disposés sur les murs ou les meubles.

La chambre, spécialisation de l'espace domestique, est partie intégrante d'une structure architecturale ; elle-même expressive des valeurs propres à chaque culture et donc des structures les plus profondes des mentalités Espaces domestiques, tout l'ouvrage… . L'analyse de ses formes est donc à rapporter à l'analyse globale de l'habitat (avec son environnement) dans une société donnée. Les chambres contribuent à la qualité de vie et donc à la valeur des logements : les annonces immobilières en font souvent état, surtout en précisant leur nombre, accessoirement en indiquant leur situation en rez-de-chaussée Espaces domestiques, analyse de 2500 annonces en Loire-Atlantique, ..

La chambre à coucher est habituellement la matérialisation architecturale du besoin d'intimité : intimité individuelle qui prolonge et complète l'intimité familiale assurée par la maison « En ce sens, la maison japonaise contemporaine reflète les deux échelles de l'intimité : celle de la famille vis-à-vis de l'extérieur, et celle de l'individu vis-à-vis de la famille et des autres en général. », Espaces domestiques, .. Elle est donc étroitement dépendante de la dimension culturelle de l'intimité, notamment dans son histoire et ses usages locaux ; ainsi, au Japon, jusqu'au , « dormir ensemble dans la même pièce plutôt qu'isolément dans des chambres séparées, a toujours été considéré comme plus agréable, plus intime et plus sûr »Espaces domestiques, , d'après Dore, 1958 et Barnlund, 1975. NB : Le lit n'a été introduit au Japon qu'après la Seconde Guerre mondiale. .

La chambre à coucher, peut aussi être le lieu où les parents envoient leurs enfants quand ils sont punis.

Dans le monde

Japon

Au Japon, la notion de chambre à coucher est beaucoup moins prégnante qu'en occident, encore moins entendue comme espace privatif et à usage personnel. En effet, l'unité de la maison correspond à l'unité du groupe familial, si important, et les territoires se personnalisent aussi peu que les relations, toutes subordonnées à la cohésion primitive. Cela se traduit par la souplesse de l'affectation des pièces ; « les espaces individuels sont instables : on ne dort pas toujours dans la même pièce, ni surtout au même endroit […] »Espaces domestiques, p. 214.. Chaque soir, traditionnellement proches les uns des autres, les Japonais déroulent leur futon directement sur les tatamis, puis le rangent le matin dans l'oshiire. L'unité est également confortée par l'emploi de cloisons coulissantes (shoji) garnies de papier de riz, très peu isolantes à tous les points de vue.

Matériellement, la chambre japonaise ou chambre à tatamis, s'oppose à la chambre à l'occidentale puisqu'elle n'a ni porte, ni lit, ni mur en propre ; ce qui achève de la rendre à peine repérable dans l'espace.

La chambre se situait traditionnellement plutôt à l'arrière de la maison, à proximité du lieu voué aux ancêtres, et à l'opposé de la façade exposée au Sud, au jardin et à l'extérieur en général.

La seconde moitié du a connu une évolution considérable, puisqu'à peu près inexistante jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la chambre à l'occidentale n'a cessé de gagner du terrain dans les constructions nouvelles, au point qu'il existe une nette corrélation entre l'âge d'une habitation et l'existence de chambres de ce type. Les habitudes et représentations n'ont cependant pas évolué aussi rapidementEspaces domestiques, ..

Il existe dans les villes les plus densément construites, une forme d'hôtel essentiellement constitué d'un empilement de loges, « chambres » individuelles, si exiguës qu'elles ne permettent guère plus que de s'y allonger pour dormir.

Les touaregs du Niger

Les touaregs, nomades ou sédentaires, utilisent plusieurs habitats, et donc de chambres ou tenant lieu : des tentes en nattes ou en peaux de chèvres dont l'espace est plus ou moins structuré, mais sans matérialisation de chambres ; des maisons en banco (argile) ; des paillotes (tatgham), coniques et pourvues de deux à trois portes (utilisées en fonction du soleil), utilisées le jour par les femmes et la nuit par les enfants ; (quand ces paillotes n'ont qu'une porte, il s'agit de réserves) ; une variante est l'adada ; des abris quadrangulaires et à toit plat, ouvert sur un des deux petits côtés, les tijira, polyvalents, ils servent au coucher des gens de passageEspaces domestiques, ..

Histoire de la chambre à coucher en Europe

L'aménagement d'une pièce principalement destinée au coucher ne s'est pas répandu comme nécessité et modèle social au même moment, dans les différents milieux et les différents pays. Cette caractéristique de l'habitat s'est d'abord développée au cours de la Renaissance en Europe (qui voit la prise en compte de l'intimité et le début de privatisation de la chambre) dans l'aristocratie et les élites disposant d'un certain luxe, et beaucoup plus tardivement dans les classes laborieuses. L'architecture permet de suivre la place attribuée selon les temps et les lieux à cet attribut des habitations, et pas uniquement sur terre puisque les vaisseaux comportaient des chambres pour les officiers de rang supérieur.

Ce que l'architecture peut nous apprendre sur les chambres d'une habitation et de leur usage probable, le jour comme la nuit, doit être corrigé en raison de l'existence probable de divers domestiques (aussi bien chez des nobles, bourgeois que chez des paysans aisés) dans la maisonnée, hommes et femmes (appelés chambrier et chambriere lorsqu'ils sont dédiés à cette fonction). En effet, ceux-ci, particulièrement les femmes, passaient ordinairement leurs nuits dans la maison, soit où le maître le désirait, soit où ils pouvaient, n'ayant généralement ni chambre ni endroit qui leur soit attribué en propre. Les hypothèses sur l'occupation des espaces sont ainsi brouillées par la possible présence d'un ou plusieurs domestiques, pour la seule convenance des maîtres ou, au contraire, relégués dans le cellier, la cuisine, le grenier ou quelque recoin servant déjà de débarras ou de réservePhilippe Ariès et Georges Duby, Histoire de la vie privée, éd., T. 2, et sq.. Côté nocturne, un tel pouvait passer la nuit en travers de l'entrée de la chambre pour contribuer à la sécurité ; une telle pouvait avoir sa propre chambre de bonne dans une maison bourgeoise, partager la chambre de sa maîtresse, voire le lit de son maître en l'absence de celle-ci avec les innombrables amours ancillaires ; plus généralement, quasi-indispensables et très proches des maîtres, il ne faut pas les croire absents de la vie qui se déroule au quotidien dans les chambres ; observation qui s'applique antérieurement aux esclaves ou serfs, tels que les esclaves femmes des villas des Romains.

Dans les villas gallo-romaines, les chambres, nombreuses et petites, entourent les espaces intérieurs aux formes proches du carré.