Hubert Bourgin, né à Nevers le et mort à Crosne le , est un enseignant, journaliste, écrivain et homme politique français.

Socialiste et dreyfusard dans sa jeunesse, il se rallie à l'Union sacrée durant la Première Guerre mondiale avant de se rapprocher de la droite. Après avoir été l'un des animateurs du mouvement fasciste Le Faisceau, il mène durant toutes les années 1930 une intense propagande nationaliste, anticommuniste et antisémite.

Biographie

Famille Hubert Bourgin est fils de Guillaume Bourgin (1843-1919) et de Jeanne Bourgin, née Gertner (1855-1916). Son père tient un commerce, une épicerie et droguerie en gros à Nevers (Nièvre), mais son commerce a fait faillite à cause de la crise économique des années 1880, et il a quitté Nevers pour s’installer à Paris où il devient courtier. Son frère est Georges Bourgin, archiviste et historien de la Commune de Paris.

Un jeune normalien socialiste et dreyfusard Il suit ses études au lycée de Nevers puis à Janson-de-Sailly (Paris). Il remporte en philosophie le prix d'honneur au concours général. Il entre à l'École Normale supérieure en 1894, il est reçu premier à l'agrégation de lettres en 1898. Il est docteur ès lettres en 1905 avec une thèse sur Fourier et docteur en droit en 1906 avec une thèse sur l'industrie de la boucherie dans le département de l'Oise au . Il est professeur de seconde au lycée de Beauvais de 1889 à 1907, professeur au Lycée Voltaire de 1907 à 1911, professeur au Lycée Louis-le-Grand de 1911 à 1937 où il occupe de son libre choix une chaire de troisième.

De 1905 à 1923, la curiosité sociale d'Hubert Bourgin se manifeste par des enquêtes très nombreuses : activité de la boucherie aux différents siècles, - rapports entre patrons, ouvriers et l'État, - problème de l'assistance publique en Angleterre chez Sidney et Béatrice Webb, - variations du développement industriel et variations du marché ; - industrie sidérurgique en France au début de la Révolution; - étude des systèmes socialistes (Doin) du et de Gracchus Babeuf au Congrès d'Amsterdam en 1904, puis de là aux formes de ce que Hubert Bourgin appelle la décomposition du socialisme : révisionnisme, réformisme, antipatriotisme, anarchisme, bolchevisme. Cette liste incomplète montre qu'Hubert Bourgin est l'un des historiens sociaux les plus représentatifs ce que l'on peut appeler l'entre-trois-guerres (1870-1914-1939)Revue universitaire (, , novembre-décembre 1956).

Il est également secrétaire général du journal Le Progrès civique: journal de perfectionnement social. On lui doit de nombreux ouvrages sur le socialisme, le syndicalisme, le pangermanisme, le militarisme allemand, ainsi que des ouvrages biographiques sur Proudhon et Fourier. Sur un plan personnel, il adopte Georges Viennot et Marcel Viennot qui prennent alors le nom de Georges Viennot-Bourgin et de Marcel Viennot-Bourgin.

Il s'engage très vite en politique et fait partie des intellectuels qui se mobilisent en faveur du capitaine Dreyfus (Affaire Dreyfus) en signant ( de la liste) une pétition dans Le Siècle et L'Aurore le , par laquelle ils "protestent contre la violation des formes juridiques au procès de 1894 et contre les mystères qui ont entouré l'affaire Esterhazy".. Il signe aussi une protestation contre les poursuites frappant le Colonel Picquart . Dreyfusard, il est aussi socialiste, sous l'influence de Lucien Herr et de Jean Jaurès. Il adhère ainsi lors de sa fondation à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO).

De l'Union sacrée au nationalisme Mobilisé le , il débute la guerre comme instructeur au Prytanée de La Flèche, sous-lieutenant d'infanterie (service des forges), il devient chef du service des Informations au sous-secrétariat d'État de l'artillerie et des munitions. De 1917 à 1918, il passe chef du bureau des Programmes au sous-secrétariat d'État de la Marine marchande, et enfin de 1918 à 1919, chef de ravitaillement civil au sous-secrétariat du Ravitaillement. Il demeure durant cette période correcteur au concours de l'École polytechnique et répétiteur au Conservatoire national des arts et métiers.

Pendant la Première Guerre mondiale, il publie plusieurs brochures dénonçant le militarisme allemand et fonde le Comité de propagande socialiste pour la défense nationale (CPSDN). Il n'accepte pas que la SFIO s'éloigne de l'union sacrée en 1917. À la fin de cette année, il contribue à fonder la Ligue civique avec d'anciens dreyfusards (Gustave LansonBourgin écrit plus tard: ( Cité dans : ). Ou bien: (Bourgin, De Jaurès à Léon Blum, , cité par: Bulletin d'informations et de recherches / L'Amitié Charles Péguy, janvier 1980) , Paul Desjardins). Déclarée le , elle vise à Recueil des actes administratifs de la Préfecture du département de la Seine, janvier 1918. Son nom n'est pas mis en avant par la presse évoquant son comité d'initiative : L'Action française, 22 décembre 1917, . Selon le Manuel des partis politiques en France (1928) auquel a collaboré le frère de Bourgin, la ligue a été fondée le 22 novembre 1917 - . Fondée en 1917, l'année des mutineries, elle regroupe des hommes désireux de combattre le découragement né de la défection russe, fédère des partisans de la poursuite de la guerre jusqu'à la victoire, et sans compromis. Charles Maurras, tout en déclarant qu'elle est composée d'adversaires politiques de l'Action française, affirme qu'elle car elle appelle avec gravité à l'union des partis et à l'union des classes. Elle regroupe des ,. La ligue adhère en 1919 au Bloc national.

Il est membre du comité du Parti socialiste français (1919), qui regroupe des socialistes modérés, mais en démissionne en . Secrétaire général de la Ligue civique dans la première moitié des années 1920 , il adhère avec elle en 1922 à l'Action nationale républicaine, un cartel éphémère de partis politiques républicains de droite et de ligues. Lors de son banquet, il prend la parole aux côtés des députés François Arago, son président, et Édouard Soulier et du sénateur Frédéric François-Marsal. Il ne remet alors en cause ni la République, ni la démocratie, mais évoque les , . Bourgin entre à son comité directeur, comme chef de la documentation Jean Vavasseur-Desperriers, Les tentatives de regroupement des droites dans les années trente, dans les Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, tome 109, , 2002, . Dans le même temps, il collabore à des périodiques de droite comme le quotidien L'Éclair ou La Revue hebdomadaire, ce qui lui vaut d'être présenté comme un renégat par L'Humanité ou Le Populaire, .

En 1924, il fonde et dirige un périodique mensuel, Chronique des ligues nationales - qui présente les différentes ligues « nationales » républicaines existant à ce moment, rend compte de leur action et cherche à œuvrer à leur rapprochement dans le but de combattre la politique extérieure du Cartel des gauches - et préside une Conférence des ligues nationales (en juin pour le périodique), (en septembre pour le périodique selon cet historien). La même année, en décembre, il devient le secrétaire général (ou directeur général du secrétariat) de la vieille Ligue des patriotes, , et écrit dans son organe, Le Drapeau .

Aux côtés de Georges Valois : le Faisceau et le Parti républicain syndicaliste Il est alors proche de Georges Valois qu'il côtoie depuis au moins 1922. Il collabore à ses Cahiers des états généraux et à son Comité de liaison des grandes associations et fait appel avec lui aux anciens combattants, , , . Sa Chronique des ligues nationales devient à partir de une page du nouveau journal de Valois, Le Nouveau Siècle (Dès lors, il relate aussi l'activité de l'AF, à laquelle Valois est alors lié). Bourgin est un des actionnaires originels de ce périodique. Par l'entremise de Valois, il se rapproche de l'Action française et de ses idées: , sans y adhérer. Le quotidien royaliste de Charles Maurras observe avec satisfaction ses prises de position dès 1922, . Bourgin soutient Léon Daudet dans la campagne qu'il mène à la suite de la mort de son fils. Il témoigne lors de son procès : . Il rejoint, en 1925, Le Faisceau de Valois, premier parti fasciste en France. Selon un historien canadien, il représente l'aile conservatrice du fascisme de Valois, notamment en matière d'éducationSamuel Kalman, The Extreme Right in Interwar France: The Faisceau and the Croix de Feu, Routledge, 2016 . Il souhaite une France dirigée par un . Il est obligé de quitter la Ligue des patriotes lorsqu'il rejoint le Faisceau. Il traduit de l'italien un livre sur le fascisme.

Ce nouveau parti et l'Action française s'opposent violemment , notamment le . Valois note dans ses mémoires : . Bourgin critique l'Action Française dans le Nouveau siècle et s'attire une réponse indignée de Maurice Pujo . Il annonce en 1928 dans Le Nouveau siècle la parution de la sténographie des dépositions, débats et plaidoiries des procès en diffamation entre Georges Valois et l'Action française, sous le titre Basile ou la Politique de la calomnie, pour montrer le de l'Action françaiseCité par .

À la suite de la disparition du Faisceau en 1928, Bourgin suit Valois et Arthyus au Parti républicain syndicaliste. En revanche, contrairement à Valois, il ne rejoint ni la gauche, ni la Résistance sous l'Occupation, et demeure hostile à la République et parlementaire.

Campagne nationaliste et fin de vie En 1936, il partage la pensée de la droite nationaliste et s'oppose farouchement au Front populaire. Dans un article publié par Le Courrier de l'Aude, où se trouve la circonscription de Léon Blum, il s'en prend en à la du nouveau président du conseil du Front populairePierre Birnbaum, Un mythe politique : La «République juive»: De Léon Blum à Pierre Mendès France, Fayard, 1986, . Il est alors un chroniqueur régulier de La Nation, l'organe de la Fédération républicaine. Sa chronique fait « coexister [...] un anticommunisme virulent avec l’antisémitisme » et la xénophobie. Dès , il est l'un des premiers à la Fédération républicaine à exiger l'interdiction du Parti communiste dans les colonnes du journalJean-François Eck, "Les droites; sus aux Moscoutaires !", dans Collectif, Le Parti communiste français des années sombres : 1938-1941, Seuil, 1986, .

En 1938-39, il est conseiller de l'Union militaire française (ou Spirale) du très anticommuniste Georges Loustaunau-Lacau et président de la troisième commission de son . Il écrit dans les périodiques de cette association : Barrage, Notre Prestige puis dans L'Ordre national. Ainsi cet article hostile aux politiciens, aux communistes, aux socialistes, aux ouvriers cégétistes, aux fonctionnaires syndicalisés et aux juifs . Cf. aussi (il cite un de ses articles antisémites de L'Ordre national) et . Ou cet autre article appelant à détruire le communisme.

De l'entre-deux-guerres aux années 1940, il écrit une série de pamphlets qui s'appuient en partie sur son passé : Le parti contre la patrie (1924) - une charge contre la SFIO -, Cinquante ans d'expérience démocratique (1925) et Quand tout le monde est roi, la crise de la démocratie (1929) - dénonciation des travers de la démocratie - , De Jaurès à Léon Blum. L'École normale et la politique (1938) - ouvrage contre l'ENS de la rue d'Ulm caractérisé par un antisémitisme certain, très critique à l'égard de son ancien mentor Lucien Herr ou de Léon Blum - , Marxisme et Judaïsme (1939) - brochure étudiant les concordances et affinités intellectuelles entre le marxisme et la « pensée juive » -, L'École nationale (1942) - qui dénonce l'école de la République, contrôlée par les Juifs, les francs-maçons et les syndicats d’instituteurs - , Le socialisme universitaire (1942), très antisémite.

Publications Proudhon, 1901, L'industrie de la boucherie à Paris pendant la Révolution (Ernest Leroux), 1911 - Prix Jean-Jacques-Berger 1912 de l'Institut de France Les origines diplomatiques de la guerre: d'après la correspondance du Gouvernement britannique, 1914 La guerre pour la paix, (Librairie des sciences politiques et sociales), 1915