Loin du Vietnam est un film documentaire sorti en 1967, réalisé par Chris Marker et dont les séquences sont coréalisées par Joris Ivens, Claude Lelouch, Alain Resnais, Jean-Luc Godard, Agnès Varda et William Klein.

Synopsis Loin du Vietnam exprime, en onze séquences, l'opposition d'un collectif de cinéastes et de techniciens du cinéma à l'intervention des États-Unis dans le conflit vietnamien. Alternant documentaire et fiction, ce film n'a qu'un seul but : montrer que la Guerre du Viêt-Nam est la guerre des riches contre les pauvres, autrement dit tout le Tiers-monde révolutionnaire, voire en quête d'indépendance, suivant le slogan scandé durant la manifestation d' à New York : ( « Les riches s'enrichissent, les pauvres se font tuer »).

Fiche technique Titre : Loin du Vietnam Réalisation (coordination) : Chris Marker Participation à la réalisation : Jean-Luc Godard, Joris Ivens, William Klein, Claude Lelouch, Alain Resnais, Agnès Varda Reportages : Michèle Ray, Roger Pic, Marceline Loridan Écrivains : Jean Lacouture et François Maspero Assistants : Didier Beaudet, Jacques Bidou, Alain Franchet, Marie-Louise Guinet, Pierre Grunstein, Florence Malraux, Roger de Monestrol, Anne Roux, Agnès Varda Images : Charles Bitsch, Paul Bourron, Alain Levent, Emmanuel Machuel, Bruno Muel, Théo Robichet, Kieu Tham, Bernard Zitzermann / épisode Resnais : Jean Boffety, Denys Clerval, Ghislain Cloquet, Willy Kurant Photographes : Michèle Bouder, Ethel Blum, Denis Goldschmidt Son : Antoine Bonfanti, Harald Maury, Harrik Maury, René Levert Musique : Hanns Eisler, Michel Fano, Philippe Capdenat, Georges Aperghis Récitant - Voix off : Maurice Garrel Montage : Albert Jurgenson, Colette Leloup (épisode Resnais), Ragnar van Leyden, Chris Marker, Valérie Mayoux, Jacqueline Meppiel, Éric Pluet, Jean Ravel Animation : Jean Larivière Banc-titre : Christian Quinson Scripte : Sylvette Baudrot (épisode Resnais) Administration : Andréa Haran Production : SOFRACIMA (Société franco-africaine de cinéma, plus tard La Sofra) - SLON (Société pour le lancement des œuvres nouvelles) Genre : Documentaire Durée : 116 minutes Date de sortie : 13 décembre 1967 En fait, comme le souligne le générique, les participants au projet sont beaucoup plus nombreux. Tout compte fait, le fichier de techniciens disponibles regroupe plus de 200 noms, dont 150 sont mis à contribution.

Distribution Épisode d'Alain Resnais Anne Bellec Karen Blanguernon Bernard Fresson K.S. Karol Jacques Sternberg Marie-France Mignal

Épisodes Les deux heures de Loin du Vietnam sont découpées en 11 épisodes : (Joris Ivens) (William Klein) Johnson pleure (Joris Ivens / Marceline Loridan) Claude Ridder (Alain Resnais) (Jean Lacouture : texte) Caméra-œil (Jean-Luc Godard) Victor Charlie (Michèle Ray) (discours du général William Westmoreland) Fidel Castro (Roger Pic) Ann Uyen (William Klein) Vertigo (William Klein)

Accueil critique Le film est d'abord sélectionné en au festival de Montréal, puis est programmé le au Lincoln Center de New York où il obtient un accueil triomphal de la part du publicClaude Julien, "Au festival de New-York: le public fait une longue ovation au film Loin du Vietnam, Le Monde, 04 octobre 1967, p. 2, mais une réaction hostile de la presseLaurent Véray : Loin du Vietnam (Arte Édition 2015). Il est encore présenté au Festival de Londres et celui de Leipzig, en décembre. En France, la première projection a lieu le à Besançon devant les ouvriers de l'usine Rhodiaceta, et s'achève par un débat en présence d'Alain Resnais, William Klein et Jacqueline MeppielL'express, n° 853 (23/10/1967). Dans le livret du DVD paru en 2014 chez Arte Éditions, Laurent Véray confirme que la présentation et le débat ont été enregistrés et conservés. Le , Loin du Vietnam est présenté à Paris dans la grande salle du TNP (2000 places, complètes deux jours de suite)François Mourin, Loin du Vietnam, L'humanité dimanche, n° 146 (24 décembre 1967), p. 32-33, au Palais de Chaillot, à l'invitation de son directeur Georges Wilson et en présence de Maï Van Bo, délégué général de la République démocratique du Viêt-Nam. À l'issue de la projection, un débat est organisé entre les et les réalisateurs du film. À partir du , le film est programmé dans quatre salles parisiennes (Kinopanorama, Dragon, Napoléon, Septième Art), mais la mise à sac du Kinopanorama le par un commando armé, d'une trentaine d'individu du groupe d'extrême-droite OccidentFrance-Soir, 21 décembre 1967 et "Des manifestants du mouvement Occident interrompent la projection du film Loin du Vietnam. Deux blessés, deux arrestations", Le monde, 21 décembre 1967, puis plusieurs alertes à la bombe, condamnent définitivement sa diffusion dans les salles, qui dès lors a probablement dû rester confiné à quelques ciné-clubs, festivals et projections associatives.

Une copie sera restaurée en 2009, sur la base du 16 mm original.

Par ailleurs, une VHS française est parue en 1997 dans la collection "Les films de ma vie" aux Éditions Ciné Vidéo Film et plusieurs DVD sont édités au Japon (2001, 2005), en Italie (2007), aux États-Unis (2013) et au Brésil (2019). Pour la France, il faut attendre 2014, puis 2015.

Genèse du film À la suite d'une recherche de financement pour envoyer un bateau chargé de médicaments aux Vietnamiens, qui prenait appui sur l'opération Un milliard pour le Vietnam menée par Robert Bozzi, galeriste parisien, Chris Marker est contacté. Bozzi constata en effet que si les artistes participent activement à l'opération, les cinéastes ne font rien. Or Bozzi connaissait Marker par l'entremise de Claude Otzenberger, avec qui ce dernier avait travaillé sur le film Demain la Chine, en 1965chrismarker.ch: Demain la Chine.. À ce contact du milieu artistique, il faut ajouter la demande pressante des étudiants de l'université de Nanterre qui souhaitaient un film pour accompagner les débats qu'ils organisaient et qui en firent la demande à Marker. Aussi, en , Marker réunit-il quelques amis, à savoir Alain Resnais, William Klein, Agnès Varda et sans aucun doute son mari Jacques Demy. Puis, se joignent à eux Joris Ivens et le Brésilien Ruy Guerra, tous deux séjournant alors à Paris. Enfin, Claude Lelouch, dont la renommée a éclaté grâce au succès de Un homme et une femme, Palme d'or à Cannes en 1966, apprenant l’existence du projet, demande à pouvoir participer, argumentant : Pierre Billard, Loin du Vietnam, L'express, 11 décembre 1967. Finalement, dès Sur la genèse du film, voir le livret du DVD Loin du Vietnam, Arte Éditions, 2014, sous la direction de Laurent Véray. Ces 116 pages contiennent l'essentiel de la documentation originale conservée , dont les grilles de travail, le "Vocabulaire" rédigé par Maspero, les transcriptions des commentaires off, etc., ce collectif de cinéastes et de techniciens réuni sous la houlette de Chris Marker se lance dans l'aventure de Loin du Vietnam.

Le financement provient d'au moins deux sources : de généreux mécènes et le reste d'une chaîne de télévision de Munich, soit environ pour acheter pellicule, matériel, payer les laboratoires, les voyages et les autres dépenses de fonctionnement. Pour le reste, aucun participant n'est payé. Tous travaillent bénévolement, en fonction de leur temps libre et de leurs compétences. Au départ, le contrat avec la chaîne munichoise prévoyait « un film de fiction d'une heure et demie sur le Viêt-Nam, avec la participation d'Yves Montand et de Simone Signoret »Pierre Billard, 1967, ibid., deux amis proches de Chris Marker. Toutefois, au bout de huit mois, le résultat est tout à fait différent.

Il faut préciser, par ailleurs, que, d'une part, Marker a créé pour l'occasion la société S.L.O.N. (Service de lancement des œuvres nouvelles)Si "slon" en russe signifie "éléphant" (clin d'oeil de Marker à l'un de ses animaux favoris), SLON est plus encore l'acronyme russe de Solovietski lager ossobovo naznatchénia, soit la première appellation du camp de travail pénitentiaire (goulag) des îles Solovki, en activité dans les années 1920-1930, au nord-ouest de l'U.R.S.S. en Belgique, afin de ne pas subir la censure française, et ce même si la quasi-totalité de la production se faisait, dans les faits, à Paris et en France. D'autre part, contrairement à ce qu'on lit souvent, Agnès Varda n'a finalement pas participé au projet en tant que réalisatrice, mais a simplement collaboré. En effet, son épisode (l'histoire d'une femme bourgeoise qui découvre la guerre du Viêt-Nam et finit par devenir folle)Certains critiques avance l'idée que l'interview de l'épisode "Ann Uyen" aurait été réalisée par Agnès Varda, mais c'est là seulement une manière de lui attribuer un épisode (Jean-Louis Bory, Loin du Vietnam. Rhapsodie pour un massacre", Le nouvel observateur, n° 162 (20 décembre 1967); Michel Capdenac, Loin du Vietnam, Les lettres françaises, 18 décembre 1967, p. 1 et 17; J. G. Nordmann, Loin du Vietnam, Europe, janv.-mars 1968; etc.). Michel Aubriant, lui, préfère lui attribuer l'interview de Castro ("Mauvaise foi et mauvaise confiance: Loin du Vietnam, Le nouveau candide, 18 décembre 1967) et celui de Ruy Guerra n'ont pas été intégrés à la version finale du film, trop longs et pas assez en adéquation avec le projet final. Tous deux sont cependant crédités au générique original. Mais en 2012, Varda demandera expressément à la maison de distribution La Sofra (anciennement Sofracima) de supprimer son nom du génériqueNotons quand même que si Agnès Varda n'a pas participé en tant que réalisatrice, à l'image de Resnais, Klein et consorts, elle a quand même participé à l'aventure, comme le laisse supposer ses propos, tenus en octobre 1967, suivant lesquels elle expliquait que "ce film est avant tout une œuvre collective. Les séquences ne sont pas signées séparément. Elles ont été découpées et mêlées au montage. Lorsque nous n'étions pas d'accord, c'est Chris Marker qui tranchait en dernier ressort" (Yvette Romi, Loin du Viêt-nam, Le nouvel observateur, n° 154 (25 octobre 1967).. Ce qui sera fait lors de la restauration du film qui suivra. Quant à l'épisode envisagé par Jacques Demy, relatant l'idylle entre un soldat américain et une prostituée de Saïgon, il a été éliminé dès le départchrismarker.ch: Loin du Vietnam.. Enfin, dernière anecdote : Samuel Lachize, "Pour un peuple bombardé (Loin du Vietnam par 150 cinéastes)", L'humanité, 16 décembre 1967..

Distinction Les informations contenues dans cette section peuvent être confirmées par MUBI.

Récompense 1968 : Colombe d’argent au Festival international du film documentaire et du film d'animation de Leipzig

Notes et références

Voir aussi Bibliographie chrismarker.ch: bibliographie la plus complète sur Loin du Vietnam Luce Vigo, Jeune Cinéma, , , Albert Cervoni, Cinéma 68, , , Gilbert Salachas, « Miroir de notre mauvaise conscience. Loin du Vietnam », Téléciné , Paris, Fédération des Loisirs et Culture Cinématographique (FLECC), , , Louis Seguin, Positif, , ,

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Loin du Vietnam

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