Édouard Balladur , né le à Smyrne (Turquie) et mort le à Paris (France), est un haut fonctionnaire et homme d'État français. Membre des principaux partis gaullistes successifs, il est Premier ministre du au .
Conseiller d'État, il intègre en 1964 le cabinet de Georges Pompidou, alors chef du gouvernement, et participe aux accords de Grenelle dans le cadre de Mai 68. Devenu secrétaire général de la présidence de la République en 1973, il est particulièrement influent en raison de la maladie du président Pompidou, qui meurt l’année suivante.
En 1986, il est élu député de Paris et nommé dans la foulée ministre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et de la Privatisation dans le gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac jusqu’en 1988. Dans un contexte mondial de révolution conservatrice, il conduit une politique libérale, lançant un programme de privatisations après cinq ans de pouvoir socialiste.
François Mitterrand le nomme Premier ministre à la suite de la victoire de la coalition de droite aux élections législatives de 1993, inaugurant la deuxième cohabitation. Candidat à l'élection présidentielle de 1995 avec le soutien de l'UDF et d'une partie du RPR, pour lequel Jacques Chirac se présente également, Édouard Balladur est longtemps favori, avant de finir en troisième position avec 18,6 % des voix, deux points derrière Chirac. Mis en cause pour des soupçons de financement occulte de sa campagne, il est relaxé par la Cour de justice de la République .
Il retrouve son siège de député en 1995, envisage de conduire la droite aux élections municipales de 2001 à Paris et préside la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale de 2002 à 2007. Proche de Nicolas Sarkozy, il dirige les travaux de deux comités consultatifs sous la présidence de celui-ci (sur les institutions puis les collectivités locales), avant de se retirer de la vie publique tout en restant un conseiller informel de nombreuses personnalités de droite.
Biographie
Origines Édouard Balladur est issu d'une famille smyrniote d'origine arménienne habitant en Turquie. Son père, Pierre Balladur (1879-1966), est banquier et directeur de l'agence de la Banque ottomane à Smyrne.. Sa mère est Émilie Latour (1888-1959).
Les Balladur seraient originaires du Nakhitchevan, d'où André Balladur aurait fui en 1737 avec plusieurs membres de sa famille« Les Balladur de Smyrne. La famille du premier ministre s'est installée dans cette ville cosmopolite de l'Empire ottoman au », lemonde.fr, 14 avril 1993 (consulté le 29 septembre 2021).. Convertis au catholicisme romain par des missionnaires dominicains, les Balladur auraient quitté le Nakhitchevan en raison des persécutions périodiques exercées par les autorités perses, dans un contexte de rivalité entre la Perse et l'Empire ottoman, pour s'établir à Smyrne, aujourd'hui Izmir.
En 1795, par édit du sultan Sélim III, les Balladur, appartenant au groupe des « Persans », obtiennent le statut de « sujets francs ». Cette pratique, alors courante dans l'Empire ottoman, permet à des ressortissants étrangers de bénéficier de la protection d'une puissance occidentale. La famille exerce des activités commerciales avec Livourne, Manchester et surtout Marseille. Ce statut contribue par la suite à faciliter sa demande de naturalisation française, obtenue en 1926.
Au début du , la famille Balladur est touchée par les bouleversements politiques qui affectent l'Empire ottoman. Après le génocide des Arméniens, puis lors de la guerre gréco-turque, les populations chrétiennes de Smyrne sont victimes de violences et de déplacements forcés. En septembre 1922, l'incendie de Smyrne ravage notamment les quartiers chrétiens de la ville.
Au fil des générations, les Balladur contractent des alliances matrimoniales avec d'autres familles arméniennes, notamment les Issaverdens, ainsi qu'avec des familles italiennes, en particulier vénitiennes, et françaises, notamment originaires de Provence.
L'architecte Jean Balladur est son cousin issu de germainLe parcours singulier de Jean Balladur.
Jeunesse, études Édouard Balladur naît le , à Smyrne, en Turquie, dans une famille devenue française à la fin du « Édouard Balladur », info.gouv.fr (consulté le 2 septembre 2026).. En 1935, Pierre et Émilie Balladur s'installent à Marseille avec leurs six enfants, au 227, boulevard Chave. Plusieurs membres de leur famille les rejoignent par la suite.
À l'âge de six ans, il entre à l'école Jean-Baptiste de La Salle, établissement tenu par les Frères des écoles chrétiennes. En 1942, il poursuit sa scolarité au lycée Thiers, à Marseille, où il fait le reste de ses études secondaires. Il y a de très bons résultats scolaires, notamment en philosophie et en lettres classiques. Il reste par la suite attaché à la Provence, où se trouvent plusieurs de ses racines familiales.
Après l'obtention du baccalauréat, il s'inscrit en première année de licence de droit à l'université d'Aix-Marseille, qu'il achève avec la mention . Admis à l'Institut d'études politiques de Paris à l'issue de la validation de sa première année de licence., il déménage à Paris en 1946 et s'installe chez les frères maristes, au 104, rue de Vaugirard, fréquenté quinze ans plus tôt par François Mitterrand. À Sciences Po, il est inscrit dans la section Service public, et travaille généralement de manière solitaire. Il est diplômé en 1950. Parallèlement, il continue ses études de droit à l'université de Paris, et obtient une licence de droit.
Une tuberculose interrompt temporairement ses études. Après sa guérison, il effectue son service militaire comme officierhttps://www.lesechos.fr/1993/03/edouard-balladur-les-delices-de-la-distinction-901998 chez les Spahis en Algériehttps://www.universalis.fr/encyclopedie/edouard-balladur/. Cette période le marque beaucoup, deux années avant la guerre d'Algérie, les tensions étaient déjà bien présentes.
À l'issue de ce service national, il passe le concours de l'École nationale d'administration (ENA), qu'il réussit à sa première tentative en se classant . Il l'intègre en janvier 1955, dans la promotion France Afrique. Il effectue son stage préfectoral de première année à la préfecture de Charente et consacre son mémoire à « La loi Barangé et les constructions scolaires ». En deuxième année, il choisit l'option sociale. Il prépare les épreuves du classement de sortie avec Jérôme Monod (futur secrétaire général du RPR), Pierre Verbrugghe (futur préfet de police de Paris), Jacques Calvet (futur PDG de Peugeot) et Jean Dromer (futur PDG de Louis Vuitton) ; il se classe dans la « botte » () et choisit d'entrer au Conseil d'État. En troisième année, il effectue son stage en entreprise au sein d'une succursale marseillaise de la BNP Paribas.
Mariage et descendance Le , il épouse à Saint-Amour (Saône-et-Loire) Marie-Josèphe Delacour (1934-2025), issue d'une famille d'industriels de Saône-et-Loire. Le couple a quatre fils : Pierre, médecin et professeur des universités-praticien hospitalier ; Jérôme, banquier d'affaires chez Lazard Frères ; Henri, codirecteur d'Euro RSCG Genève ; et Romain, né en 1969Paris-Presse, 26 juin 1969, .Marine Corviole, « Édouard Balladur annonce la mort de sa femme de toujours, la discrète Marie-Josèphe », parismatch.com, 31 décembre 2025..
Marie-Josèphe Balladur meurt le , à l'âge de 91 ans, des suites d'une longue maladie.
Patrimoine immobilier La famille Balladur possède un appartement situé boulevard Delessert, dans le arrondissement de Paris, ainsi qu'un chalet, Le Mérande, à Chamonix (Haute-Savoie), et une propriété à Tourgéville (Calvados)« Les paysages de M. Balladur », lexpress.fr, publié dans L'Express, le 12 janvier 1995..
Mort Édouard Balladur meurt à Paris le , à l'âge de 97 ans« L’ancien premier ministre Édouard Balladur est mort à l’âge de 97 ans », lefigaro.fr, 31 août 2026 (consulté le 31 août 2026).« Édouard Balladur : de quoi est mort l'ancien Premier ministre ? », linternaute.com, septembre 2026.. Alors que la présidence de la République lui rend « l’hommage reconnaissant de la Nation », il ne bénéficie – conformément à ses volontés – d'aucune cérémonie officielle ni d’éloge funèbre, ses obsèques étant célébrées dans l'intimité familiale au cimetière de Passy« Mort d’Édouard Balladur : l’ancien Premier ministre avait une demande précise pour ses obsèques », actu.fr, 2 septembre 2026..
Carrière professionnelle Au sortir de l'ENA, Édouard Balladur est affecté aux sections du Contentieux et des Travaux publics. Il donne parallèlement, en 1958, des cours à Sciences Po.
De 1968 à 1980, il préside la Société française pour la construction et l'exploitation du tunnel sous le Mont-Blanc..
En 1977, Ambroise Roux, président de la Compagnie générale d'électricité (CGE future Alcatel), l'engage dans son groupe, à la Compagnie générale d'électronique. À partir de 1977, il est à la tête de la Générale de service informatique (GSI). Entre 1980 et 1986, il est PDG d'une autre filiale, la Compagnie européenne d'accumulateurs (CEAC). Il abandonne ses fonctions de direction à GSI en , quand il revient en politique en tant que ministre...
Il est à nouveau salarié d'une filiale de GSI de 1988 à 1993, tout en étant député de Paris.
Parcours politique Des cabinets ministériels au secteur privé (1964-1986) Édouard Balladur dirige ensuite le cabinet de Robert Bordaz à la Radio-télévision française (RTF).
En 1964, il entre au cabinet du Premier ministre Georges Pompidou, à l'hôtel de Matignon, et participe à ce titre aux accords de Grenelle qui suivent Mai 68. Il participe au conseil d'administration de l'ORTF en 1967, puis à celui de l'Office national des forêts Édouard Balladur sur le site du ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie.. Georges Pompidou, élu président de la République, le nomme secrétaire général adjoint de l'Élysée pour seconder Michel Jobert, auquel il succède en tant que secrétaire général en . Il est alors chargé de diriger l'administration de la présidence de la République durant la maladie du chef de l'État.
En 1974, peu après la mort du président Pompidou et l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à l'Élysée, Édouard Balladur retourne au Conseil d'État.
Ministre d'État, ministre de l'Économie (1986-1988) vignette|gauche|Édouard Balladur dans une réunion des ministres européens d'Économie à Ootmarsum en 1986. Membre de droit du bureau politique et du conseil politique du Rassemblement pour la République (RPR) et l'un des proches de Jacques Chirac, il est élu député à Paris lors des élections législatives de mars 1986. Jacques Chirac, qui devient Premier ministre de la première cohabitation, le nomme ministre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et de la Privatisation. Le portefeuille de la Privatisation est alors créé dans ce gouvernement.
Pendant deux années, il met en place une politique libérale rappelant celle prêtée à Ronald Reagan et à Margaret Thatcher, afin d'améliorer la compétitivité des entreprises françaises. Il met ainsi en œuvre un important programme de privatisations, portant sur plusieurs entreprises nationalisées en 1945 et en 1982, telles que la Compagnie financière de Suez, Paribas ou la Société générale. Il privatise également TF1. Il diminue également le nombre de fonctionnaires et les dépenses de l'État, libère les prix et les changes, développe l'actionnariat des salariés, l'actionnariat populaire et la participation. Ces mesures permettent la baisse du chômage, des déficits, des impôts, et l'augmentation de la productionÉdouard Balladur, Le pouvoir ne se partage pas : conversations avec François Mitterrand, Fayard, 2009, 26.. Son passage au ministère de l'Économie et des Finances est récompensé par le prix Jacques Rueff, puis par celui de « ministre des Finances de l'année », décerné par le FMI« « Libéral » ? L’un y tient, l’autre pas ! », Le Monde diplomatique, février 2010..