Le Grand Blond avec une chaussure noire est un film français coécrit, coproduit et réalisé par Yves Robert, sorti en 1972.
Film d'espionnage parodique, il s'inspire librement du livre autobiographique La Cinquième Corde d'Igal Shamir, un récit rocambolesque du violoniste israélien.
En 1973, le film obtient l'Ours d'argent à la Berlinale. et la mention « Top film étranger » par le National Board of Review (consulté le 26 novembre 2018).. En 1976, il reçoit le Goldene Leinwand pour son succès populaire en Allemagne.
Ce long métrage marque la première apparition de Pierre Richard dans le rôle du personnage emblématique de Francis Veber (co-scénariste du film), appelé tantôt François Perrin (comme dans ce film) tantôt François Pignon, que l'acteur incarne par la suite à six autres reprises sous l'un ou l'autre de ces patronymes. Le film donne lieu à une suite, Le Retour du Grand Blond en 1974, puis en 1985 à un remake, L'Homme à la chaussure rouge () de Stan Dragoti, avec Tom Hanks.
Synopsis vignette|Pierre Richard en 1975.|226x226px Le colonel Louis Toulouse (Jean Rochefort), hautain et cassant chef des services secrets français, est compromis dans une affaire de trafic de stupéfiants avec les États-Unis. Il comprend rapidement qu'il s'agit en réalité d'une machination ourdie par son adjoint, l'ambitieux Bernard Milan (Bernard Blier), pour le faire tomber et prendre sa place. Toulouse décide de tendre à son tour un piège pour confondre Milan. Il imagine d'utiliser un inconnu, « n'importe qui, un homme dans la foule », de faire croire à Milan que l'individu en question est un super agent missionné pour régler l'affaire américaine, et de laisser la paranoïa faire le reste. Perrache (Paul Le Person), l'homme de confiance de Toulouse, se rend aux arrivées à Orly et choisit au hasard François Perrin (Pierre Richard), un grand blond, parce qu'il porte une chaussure noire à un pied et une marron à l'autre. Toulouse fait protéger plus ou moins discrètement Perrin par deux agents. Milan tombe immédiatement dans le piège et déploie un énorme dispositif pour épier les moindres faits et gestes de Perrin, premier violon dans un orchestre.
Cependant, le comportement tout à fait banal, quoique souvent excentrique et maladroit, du musicien déstabilise Milan, qui apprend au mieux que Perrin entretient une liaison avec la femme de son meilleur ami, Maurice (Jean Carmet). Il envoie alors son meilleur agent féminin, la superbe Christine (Mireille Darc), pour séduire Perrin et lui soutirer des confidences sur l'oreiller. Christine attire le grand blond dans son lit mais n'obtient aucun aveu et flaire au contraire le piège. Milan, de plus en plus nerveux dans ce jeu de dupes, ne l'écoute pas ; à ses yeux, que Perrin ne lâche rien ajoute à sa crédibilité. Jouant son va-tout, Milan ordonne d'éliminer l'innocent violoniste. Christine, qui s'est découvert des sentiments pour Perrin au cours de la nuit passée ensemble, tente de le prévenir du danger mais sans succès. Froid et machiavélique jusqu'au bout, Toulouse n'entend rien faire pour sauver Perrin mais Perrache, se sentant responsable du sort du musicien, outrepasse les ordres et envoie une équipe pour intercepter les tueurs. S’ensuit une fusillade dans l’appartement de Perrin, qui se termine par la mort de Milan. Ayant vécu toute cette histoire sans se douter une seule seconde d’avoir été au cœur d’une guerre d'espions, Perrin retrouve finalement Christine et s’envole avec elle pour le Brésil.
Fiche technique
Titre original : Le Grand Blond avec une chaussure noire Réalisation : Yves Robert Assistants réalisateur : Patrick Bureau et Bernard Bolzinger Scénario : Yves Robert et Francis Veber, d'après Igal Shamir Dialogues : Francis Veber Musique : Vladimir Cosma Décors : Théo Meurisse Costumes : Guy Laroche (pour Mireille Darc) Photographie : René Mathelin Son : Bernard Aubouy Montage : Ghislaine Desjonqueres Générique de début : Gérard Majax Production : Alain Poiré et Yves Robert Coproduction : Gilbert de Goldschmidt Sociétés de production : Gaumont, Madeleine Films, Les Productions de la Guéville et Zazi Films Société de distribution : Gaumont Studios : Paris-Studios-Cinéma (Studios de Billancourt) Pays de production : Langue originale : français Format : couleur - 1,66:1 - son mono Genre : comédie d'espionnage Durée : Date de sortie : France : Affiche : Hervé Morvan (France)
Distribution
vignette|Mireille Darc|226x226px vignette|redresse|Jean Rochefort vignette|redresse|Jean Carmet Pierre Richard : François Perrin, premier violon excentrique et maladroit Bernard Blier : colonel Bernard Milan, chef adjoint des services secrets Jean Rochefort : colonel Louis-Marie-Alphonse Toulouse, chef des services secrets Mireille Darc : Christine, un agent de Milan Paul Le Person : Perrache, bras droit de Toulouse Jean Carmet : Maurice Lefebvre, meilleur ami de Perrin, percussionniste de l'orchestre Colette Castel : Paulette Lefebvre, épouse de Maurice et maîtresse de Perrin, harpiste de l'orchestre Jean Saudray : Poucet, agent de Toulouse Maurice Barrier : Chaperon, agent de Toulouse Jean Obé : Botrel, agent de Milan Robert Castel : Georghiu, agent de Milan Roger Caccia : monsieur Boudart, agent de Milan Arlette Balkis : madame Boudart, agent de Milan Robert Dalban : agent de Milan Marcel Gassouk : le conducteur de l'Estafette Tania Balachova : la mère de Toulouse Gérard Majax : l'espion magicien (non crédité) Xavier Gélin : le jeune automobiliste (non crédité) Bernard Charlan : le cycliste Stéphane Bouy : l'agent arrêté aux États-Unis Yves Robert : le chef d'orchestre (non crédité) Jean Michel Mole : l'homme aux poupées russes Catherine Obé Gérard Moisan Bruno Oppe Claudine Beccarie
Production Développement et choix des interprètes vignette|redresse|Yves Robert en 1979. vignette|redresse|Francis Veber en 2012. L'idée de départ du Grand Blond avec une chaussure noire vient d'Yves Robert. Passionné par et inspiré par La Cinquième Corde, récit autobiographique et pourtant rocambolesque du violoniste israélien Igal Shamir publié en 1971, Robert est parvenu à en rencontrer par l'intermédiaire du journaliste Gilles Perrault. Ceux-ci lui ont expliqué . L'idée de placer dans l'histoire un innocent lui trotte dans la tête et le cinéaste est encouragé par Alain Poiré, producteur historique de Gaumont. Robert propose à Jean-Loup Dabadie, co-scénariste sur son précédent long-métrage Clérambard (1969) de l'aider à l'écrire, mais ce dernier décline l'offre, ne se sentant pas en phase avec le sujet, et lui souffle le nom de Francis Veber, qui vient d'écrire la comédie à succès Il était une fois un flic (1972) pour le réalisateur Georges Lautner, devenant l'un des scénaristes attitrés de GaumontFrancis Veber, Que ça reste entre nous, Robert Laffont, 2010, page 109-112, 129.
Selon Veber, Robert , voulant . L'idée est la suivante : Réfléchissant et pressentant qu'ils allaient se retrouver dans Les Espions (1957) avec des acteurs à accent, Veber a pensé que ce serait plus intéressant de prendre . Initialement, le film devait s'intituler La Boîte d'allumettes et il n'était pas encore question du Grand blond. Pendant que les deux hommes travaillent sur le script, Robert pense à donner le rôle à Claude Rich, qu'il avait dirigé dans Les Copains (1965), mais Veber pense plutôt à Pierre Richard dont la nature comique atypique pourrait servir le personnage. Robert est étonné de ne pas y avoir pensé plus tôt car c'est lui qui a lancé la carrière du comédien avec Alexandre le Bienheureux (1968). Il a même produit son premier film en tant que réalisateur, Le Distrait (1970), qui connaît un certain succès commercial. Séduit par l'idée de lui confier le rôle, Robert décide d'écrire le film pour lui, allant jusqu'à donner comme titre Le Grand Blond avec une chaussure noire.
Toutefois, le choix de Pierre Richard dans le rôle-titre est loin de faire l'unanimité, car d'après le propos de Veber, malgré le succès du Distrait, tout le monde était contre lui ; un patron de Gaumont affirmant même qu'il allait leur faire perdre la province. Robert, également producteur avec son épouse Danièle Delorme, doit taper du poing pour imposer Pierre Richard. Il doit également batailler pour engager Jean Carmet pour le rôle de Maurice, alors que Gaumont préférait Jean Lefebvre. Le réalisateur, scénariste et producteur a révélé que quand Carmet a lu le scénario du Grand Blond, il lui a demandé de ne dire à personne qu'il allait jouer l'ami intime, disant même : Pour le rôle de la séduisante espionne Christine, le cinéaste pense d'abord à Anny Duperey, mais Alain Poiré lui propose de rencontrer Mireille Darc. Alors que Robert est charmé par l'actrice, Darc accepte le rôle sur les conseils d'Alain Delon. Le rôle de Toulouse, chef des services secrets, est confié à Jean Rochefort, marquant ainsi la première collaboration de l'acteur avec le réalisateur. Le rôle de Milan, son adjoint et rival, est confié à Bernard Blier, qui est habitué aux rôles d'espion et a connu un bon nombre de succès notamment avec Gaumont. Paul Le Person, qui avait tourné sous la direction de Robert dans Alexandre le Bienheureux où il croisait Carmet et Richard, tient ici le rôle de Perrache, le fidèle assistant de Toulouse. Dans les seconds rôles, on retrouve Robert Castel, le magicien Gérard Majax , Robert Dalban et même Yves Robert, qui joue le chef d'orchestre.
Tournage Le tournage a lieu à Paris et dans sa région, dont le Val-de-Marne pour l'aéroport de Paris-Orly., entre le et le .. L'appartement du colonel Toulouse a pour décor l'hôtel Hilton de l'avenue de Suffren, désormais propriété de Pullman, remarquable à sa vue imprenable sur la tour Eiffel.. Dans le bois de Boulogne, l'immeuble flambant neuf du musée national des Arts et Traditions populaires, ancêtre du musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, sert de décors intérieur et extérieur pour le quartier général des services secrets français. Le tournage se déroule également dans de nombreuses rues de Paris..
Musique Vladimir Cosma compose la bande-originale du Grand Blond avec une chaussure noire, après avoir mis en musique Le Distrait et Les Malheurs d'Alfred pour Yves Robert. Le scénario prévoit d'élaborer un pastiche des musiques de James Bond. Le compositeur juge qu'il s'agit d'une fausse bonne idée, expliquant que . Il pense plutôt à , qu'il représente par l'utilisation de la flûte de Pan, transmettant à la fois . Cosma compose alors un thème inspiré du sîrba et interprété au cymbalum, et au naï par Gheorghe Zamfir. Dans les musiques de ce film, le compositeur évoque ainsi la musique tzigane de la Roumanie, son pays natal.. Il installe dans son œuvre la conviction selon laquelle chacun de ses films peut reposer sur une couleur musicale particulière, notamment un instrument atypique, au-delà de la classique différence des thèmes musicaux.. Lors de la projection d'un premier montage, le scénariste Francis Veber déteste la musique écrite par Cosma, celle-ci lui semblant inappropriée, trop présente, redondante et annihilant tout effet comique. Yves Robert et le producteur Alain Poiré passent outre l'avis du scénariste et conservent la composition. La musique finit par être un succès, contribuant à celui du film, et Veber engage Cosma pour la plupart de ses films en tant que réalisateur.
Liste des pistes.
Sirba, de Gheorghe Zamfir (2:06) Doina, de Gheorghe Zamfir (3:17) Mozart massacre, de Vladimir Cosma (2:53) La femme rêvée, de Vladimir Cosma (3:23) Bela's Blues, de Vladimir Cosma (2:11) Babouchka, de Gheorghe Zamfir (2:05) Le grand blond, de Vladimir Cosma et Gheorghe Zamfir (2:24)