vignette|redresse=1.2|La Résurrection du Christ, par Raphaël, v. 1501., musée d'art de São Paulo.
La résurrection de Jésus, ou Résurrection, est l'une des croyances fondamentales de la théologie chrétienne et de la christologie qui en forme le centre. Dans l'un des plus anciens écrits du christianisme, la Première épître aux Corinthiens, l'apôtre Paul souligne l’importance fondamentale de la résurrection :
Cette croyance affirme que Jésus-Christ est véritablement ressuscité d'entre les morts afin d'accomplir la Rédemption de l'humanité en tant que Christ. Dans les textes des Évangiles et des Actes des Apôtres, après sa crucifixion ordonnée par Ponce Pilate et sa mort sur la Croix, Jésus est mis au tombeau. Deux jours plus tard, les Saintes Femmes et notamment Marie de Magdala constatent que la lourde pierre qui fermait le tombeau a été roulée et que le sépulcre est vide. Jésus apparaît ensuite à plusieurs de ses disciples, dont les Apôtres (1Co 15:5-6).
La Résurrection parachève la vie et la mort de Jésus, et elle est le cœur de la foi chrétienne. Pour le croyant, elle scelle la victoire de la vie sur la mort et atteste la divinité de Jésus.
L'exégèse historico-critique actuelle, faute de pouvoir considérer un événement surnaturel comme un fait vérifiable, distingue la croyance des premiers chrétiens, pour lesquels la Résurrection de Jésus est réelle, de ce qui est strictement historique, c'est-à-dire les origines et la date probable de cette croyance ainsi que la manière dont elle s'est répandue.
Le christianisme célèbre la Résurrection lors du dimanche de Pâques, soit le premier dimanche après la première pleine lune qui suit l'équinoxe de printemps ().
Les sources néotestamentaires Les croyances initiales vignette|redresse=1.5|Le Christ mort de Hans Holbein le Jeune, v. 1521. Les épîtres de saint Paul, les prêches et les lettres de Pierre dans les Actes des apôtres mentionnent le fait que Jésus est mort sur la Croix, fut ressuscité par Dieu et que les apôtres et de nombreux autres témoins l'ont vu apparaître après sa mort. Les textes du Nouveau Testament ont tous pour origine les récits de ces premiers chrétiens, unanimement convaincus de la résurrection corporelle de Jésus. Les premiers chrétiens peuvent en effet être définis comme les disciples de Jésus qui, après sa Crucifixion, et sa passion l'ont proclamé comme étant le Seigneur ressuscité. Dix-sept des vingt-sept livres du corpus néotestamentaire mentionnent la Résurrection de Jésus, et la plupart des autres la présupposent implicitement Jacob Thiessen, Die Auferstehung Jesu in der Kontroverse: Hermeneutisch-exegetische und theologische Überlegungen, Lit Verlag, 2009 , p. 11.. Il en va de même des premiers auteurs chrétiens comme Clément de Rome. (fin du premier siècle), Ignace d'Antioche.(début du second siècle), Polycarpe de Smyrne. (première moitié du second siècle), Justin de Naplouse.(milieu du second siècle), Tatien le Syrien(milieu du second siècle), Irénée de Lyon. (seconde moitié du second siècle) et Méliton de Sardes. (seconde moitié du second siècle). alt=«La Résurrection. Descente aux enfers». L’une des plus anciennes icônes ukrainiennes de ce type. Poliana, région de Lviv. XVe siècle.|vignette|«La Résurrection. Descente aux enfers». L’une des plus anciennes icônes ukrainiennes de ce type. Poliana, région de Lviv. XVe siècle. L'exégèse historico-critique cherche à éclairer l'origine et le développement de ces témoignages fondés sur une foi commune. Elle part du principe que les chrétiens de la première génération, dont quelques-uns avaient accompagné Jésus et suivi son enseignement, ont transmis un certain nombre de croyances qu'ils ont partagées peu après sa mort. Paul évoque dans ses épîtres, rédigées à partir des années 50, ces traditions de la communauté primitive de Jérusalem : le corpus chrétien initial auquel il fait allusion dans l'Épître aux Galates (Ga 1:18-19) y semble déjà bien établi et apparaît comme la source du corpus néotestamentaire Wolfgang Schrage, Der erste Brief an die Korinther (1 Kor 15,1 – 16,24): Evangelisch-katholischer Kommentar zum Neuen Testament, Band 7/4. Neukirchener Verlag, Neukirchen-Vluyn, 2001 , p. 18. Jacob Thiessen, Die Auferstehung Jesu in der Kontroverse, 2009, p. 89..
Un fort consensus se dégage parmi les spécialistes pour estimer que Paul a effectivement retranscrit une tradition orale datant des années 30 Gary Habermas, "Resurrection Research: What Are Critical Scholars Saying", Journal for the Study of the Historical Jesus, 3, 2 (2005), article..
Raymond E. Brown ajoute que selon ces traditions, dès le départ, cette résurrection est d'ordre corporel : Raymond E. Brown, 101 questions sur la Bible et leurs réponses, Lexio/Cerf, 1993 , ..
Les récits du matin de Pâques, situés à la fin de chacun des quatre Évangiles canoniques et au début des Actes des Apôtres, correspondent à un développement plus tardif de ces croyances initiales.
Les Épîtres pauliniennes
vignette|redresse=0.8|La Première épître aux Corinthiens dans le Codex Alexandrinus, . Les premières sources sur la résurrection de Jésus se trouvent dans les lettres écrites par Paul dans les années 50 et 60 (l'Épître aux Romains et les deux Épîtres aux Corinthiens) ainsi que, plus tardivement, dans la Première épître à Timothée, qui fait partie des « Épîtres pastorales » dues à des disciples de l'apôtre.
La Première épître aux Corinthiens date des années 50, soit une vingtaine d'années après la crucifixion. Paul y mentionne une profession de foi répandue parmi les premiers croyants, qui forme l'axe central de la future doctrine chrétienne : 1 Co 15:3-7, trad. Louis Segond, 1910..
Ce passage pourrait être la citation d'une profession de foi antérieure, à en juger par le ce que j'ai moi-même reçu. Les professions de foi en la Résurrection, chez Paul (I Timothée 1, 10; I Corinthiens 6, 14, et 15, 15; Romains 10, 9 et Actes 3, 15 ; II Corinthiens4, 14; Romains 4, 24 et 8, 11 et Galates 1, 1) pourraient remonter au service divin primitif du premier christianisme, et à des prédications.
Les Évangiles et les Actes
L'Évangile selon Marc indique que se rendent au tombeau, et que le corps de Jésus n'y est plus ; à l'intérieur se trouve qui leur annonce la Résurrection et leur demande de dire à ses disciples d'aller en Galilée, où ils le verront (). Initialement, Marc, le plus ancien des Évangiles canoniques, ne comportait pas d'apparitions de Jésus. Le texte s'arrêtait après sur la phrase
vignette|gauche|redresse=0.8|Les Saintes Femmes au tombeau. Icône orthodoxe du . Carélie (église de la Transfiguration, Kiji).
Le texte actuel de cette finale de Marc était largement inconnu au , comme en témoignent les Codex Vaticanus et Sinaiticus. Eusèbe de Césarée mentionne diverses conclusions. Les ajouts tardifs dans certaines versions ne paraissent pas antérieurs au ..
Chronologiquement, le récit suivant apparaît dans les années 80, avec l'Évangile selon Matthieu, au chapitre 28, 1-10. Plusieurs femmes dont Marie de Magdala et Marie « mère de Jacques et de Joseph » se rendent au tombeau ; il y a un tremblement de terre puis un ange descend du ciel et roule la pierre qui en ferme l'entrée, tétanisant les gardes, puis annonce la Résurrection aux femmes. Alors qu'elles s'encourent pour annoncer la nouvelle, Jésus lui-même leur apparaît et leur demande de dire à ses frères d'aller en Galilée où ils le verront..
Écrit à la même époque que Matthieu, mais indépendamment de lui, l'Évangile selon Luc relate au chapitre 24, 1-12 que Marie de Magdala et Jeanne et Marie mère de Jacques, ainsi que d'autres femmes, se rendent au tombeau qu'elles trouvent ouvert. Deux hommes sont là, qui leur apprennent la Résurrection, elles vont l'annoncer aux disciples qui doutent. Pierre se rend lui aussi au tombeau et constate qu'il est vide.
Rédigé une vingtaine d'années après Matthieu et Luc, l'Évangile selon Jean rapporte au chapitre 20, 1-17 que seule Marie de Magdala se rend au tombeau. Elle le trouve vide et prévient Pierre et le disciple que Jésus aimait. Ceux-ci courent au tombeau et le trouvent vide et s'en retournent. Marie de Magdala pleure et voit deux messagers qui lui demandent pourquoi elle pleure, puis Jésus qu'elle confond avec un jardinier et à qui elle demande de restituer le corps. Jésus l'appelle par son prénom, elle le reconnait et il lui annonce qu'il retourne vers son père.
Michel Quesnel souligne que la proclamation solennelle de Pierre prolonge la descente de l’Esprit Saint à la Pentecôte. Cette proclamation — « C’est ce Jésus que Dieu a ressuscité, nous en sommes témoins (…) Que toute la maison d’Israël le sache avec certitude : Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous aviez crucifié » (Actes 2, 32-36)— aurait, selon les Actes des Apôtres, entraîné les premières conversions. Or, selon les exégètes actuels, cette proclamation ne correspond probablement pas au contenu réel de la première prédication chrétienne, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer.
La question de l'historicité Les limites de l'analyse historique L'historicité de la Résurrection ne peut s'appuyer sur les récits néotestamentaires, car ceux-ci, dont la péricope du tombeau vide et les apparitions de Jésus ressuscité à ses disciples, peuvent être analysés de diverses manières : narrations littérales d'événements réels, certes, mais aussi expériences visionnaires, paraboles eschatologiques ou encore fraude pieuse des premiers chrétiens.
vignette|redresse=1|La Résurrection de Piero della Francesca.
Camille Focant explique que la Résurrection, en soi, ne relève pas de faits vérifiables mais exclusivement de l'ordre de la croyance ; elle ne relève donc pas de la science historiqueCamille Focant, « La Résurrection », in Michel Quesnel et Philippe Gruson (dir.), La Bible et sa culture, éd. Desclée de Brouwer, 2011, vol. II, .. Affirmer l'authenticité d'un événement miraculeux reviendrait, selon la formule de Bart D. Ehrman, à Bart D. Ehrman, Jesus: Apocalyptic Prophet of the New Millennium, Oxford University Press, 1999 , p. 197..
Cette difficulté de l'analyse historique est soulignée par Simon Claude Mimouni en ces termes : Simon Claude Mimouni, in Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, Paris, PUF, 2006, 128-130..
Rudolf Bultmann a tenté de distinguer l'essence du christianisme véhiculant la foi, des aspects miraculeux dont il était enveloppé et qui lui paraissaient irrecevables car appartenant à une vision du monde dépassée.. Depuis, chez certains exégètes, . Les historiens ne peuvent se prononcer sur cette question ni de manière négative ni positive mais peuvent constater que les disciples de Jésus croient que , suivant saint Paul dans l'Épître aux Romains (Rm 10:9).
Nicola Stricker note que l'historicité de la Résurrection est Nicola Stricker, « La dogmatique à l'école du scepticisme », Études théologiques et religieuses, 2008/3 (tome 83), p. 333-350..
L'exégèse historico-critique E. P. Sanders estime que la croyance en la Résurrection ne peut être le fruit d'un complot des disciples de Jésus : si tel avait été le cas, il en aurait résulté une histoire plus cohérente. En outre, il serait incompréhensible que les premiers chrétiens aient accepté, en toute connaissance de cause, de mourir pour une tromperie« Jesus Christ », Encyclopædia Britannica, 2007..
Geza Vermes considère qu'entre deux positions extrêmes il existe six théories possibles pour expliquer les témoignages de la Résurrection, dont le vol du corps, la sortie du coma, des hallucinations, ou une résurrection dite spirituelle, c'est-à-dire docète.
vignette|La Résurrection de Jésus, icône orthodoxe, fin du , galerie Tretiakov.
Helmut Koester pense quant à lui que ces récits sont originellement des épiphanies qui ont été développées plus tard pour aboutir à ces témoignages de la résurrection.