thumb|right|Deucalion et Pyrrha, illustration de Virgil Solis pour une édition des Métamorphoses (1562)

Dans la mythologie grecque, Deucalion (en grec ancien ), fils du Titan Prométhée et de la nymphe Pronoia (ou de Clymène selon les traditions, aussi orthographié Clyméné ou Célaino), est le cousin et l'époux de Pyrrha, tous deux sont les uniques survivants du Déluge décidé par Zeus.

Famille Deucalion est le fils de la nymphe Pronoia et du titan Prométhée, il est l'époux de Pyrrha, avec qui il eut Hellen, Amphictyon, Protogénie, Pandore et ThyiaMartin_L._West, fragment 7.

Mythe antique

Avant et pendant le Déluge Le mythe du déluge chez les Grecs est directement lié à l’existence des races humaines, créées par les divinités et se succédant sur la terre. Le déluge où Deucalion agit est dirigé contre la race d’airain, troisième race créée par les divinités, et la deuxième créée par Zeus et les divinités olympiennes . Ce mythe du déluge est le troisième présent dans la mythologie grecque : le premier est le déluge d’Ogygès ou Ogygos, et le deuxième celui de Dardanos, leurs noms étant donnés par les noms des sauveurs de l’humanité.

Deucalion, fils de Prométhée, règne sur la Phtie, une région de Thessalie en Grèce. Il est l'époux de sa cousine Pyrrha, fille d’Epiméthée et de Pandore. Zeus, las des guerres interminables entre les gens de la race d’airain, décida de l’anéantir par un déluge. Prométhée conseilla à son fils Deucalion de construire une caisse, d’y apporter tout le nécessaire et de s’y enfermer avec Pyrrha. Dans une autre version du mythe, partagée par Lucien de Samosate et très semblable aux versions mésopotamiennes et bibliques du Déluge, Deucalion fait monter dans sa caisse « ses femmes et ses enfants », ainsi qu'un couple de chaque race d'animaux de la Terre.

Dans les différentes versions, le navire de Deucalion est une caisse ou un coffre, λάρναξ / larnax en grec ancien (ou κιϐώτιον / kibôtion, petit coffre, dérivé de κιϐωτός / kibôtos, “coffre, caisse, boîte”, chez Lucien de Samosate). Il est très probable que cela fasse référence à une embarcation, surtout si Deucalion et Pyrrha embarquent avec eux les enfants, les provisions et des animaux en tous genres, semblable aux couffes babyloniennes. Le terme χιβωτιον / kibotion rappelle le terme kibotos, utilisé par Saint Paul pour désigner l’Arche d’Alliance et l’Arche de Noé. Très polyvalent, le terme peut aussi désigner le coffre d’argent d’Héphaïstos dans lequel il range ses outils, le coffre de cèdre qui protège le petit Cypsélos des Bacchiades, ou le coffre funéraire en or où sont placés les ossements de Patrocle ; il fait aussi référence aux cercueils de cyprès des Athéniens morts durant la guerre du Péloponnèse, ou aux berceaux des nouveau-nés.

Zeus déchaîna les eaux depuis le ciel et inonda la terre ; les montagnes de Thessalie se fendirent, et la Grèce devint un miroir d’eau. Tous les hommes ne moururent pas durant ce déluge ; Deucalion et Pyrrha survécurent, ainsi que les humains ayant réussi à gagner les sommets des montagnes. Les déluges grecs, à la différence de ceux présents dans les récits orientaux, ne sont pas universels : seule la Grèce entière, ou une grande partie, est touchée par ce déluge. Deucalion et Pyrrha restèrent enfermés dans la caisse pendant 9 jours et 9 nuits, avant d’accoster sur le sommet du mont Parnasse. Selon d'autres versions, ils abordent le mont Athos, ou le mont Orthys (lieu de refuge des Titans et de Typhon lors de la guerre contre les Olympiens).

La renaissance de l'humanité

Lorsque Pyrrha et Deucalion sortirent de la caisse, ils offrirent un sacrifice à Zeus Phyxios (Protecteur des fugitifs) pour les avoir protégés dans leur fuite et pour les avoir sauvés. Zeus, leur envoya Hermès pour leur proposer un vœu. Deucalion, souhaitant voir revivre l’humanité, demanda pour vœu « des hommes » au dieu, et Pyrrha demanda « des femmes ». Zeus leur dit alors de jeter par-dessus leurs épaules des cailloux, des cailloux lancés par Deucalion naquirent les hommes, et de ceux lancés par Pyrrha, les femmes.

Une autre version fait intervenir l'oracle de Thémis. Réfugiés sur le mont Parnasse, Deucalion et Pyrrha reçoivent l'ordre de l'oracle de Thémis de jeter derrière eux les os de leur grand-mère afin de repeupler la terre. Comprenant qu'il s'agit de Gaïa (la Terre), dont les pierres sont les os, ils ramassent des pierres et les jettent derrière eux : celles que jette Deucalion se changent en hommes, et celles que jette Pyrrha, en femmes. Cette fable paraît fondée sur le double sens du mot grec laos, qui signifie à la fois pierre et peuple. Cette nouvelle race d'Hommes est appelée "la race de pierre", et participe au mythe de l'autochtonie, souvent utilisé par les Grecs pour signifier leur appartenance à un territoire ou à une cité donnée (on peut citer comme hommes nés de la terre Erechthée, premier roi de l'Attique, ou Pélasgos en Arcadie).

Descendance Deucalion et Pyrrha ont pour enfants Hellen (le père de tous les Grecs selon Eschyle et Pindare), Amphictyon, Protogénie, et Pandore et Thyia, fragment 7 MW.. Hellen donnera naissance à Doros, Xouthos et Eolos, et Xouthos donnera à son tour naissance avec sa femme Créuse à Ion et Achaeos. Ainsi, selon la mythologie grecque, Deucalion et Pyrrha sont les ancêtres communs de tous les Grecs ; le mythe sera de ce fait très populaire à partir de l'époque classique et hellénistique.

Littérature antique La locution latine A Deucalione utilisée pour signifier "il y a très longtemps" vient de Gaius Lucilius, Satires, 6, 284.

Postérité après l'Antiquité Peinture vignette|droite|Giovanni Maria Bottalla, Deucalion et Pyrrha, vers 1635. Musée national des beaux-arts du Brésil. Deucalion et Pyrrha fournissent le sujet de plusieurs tableaux de la peinture mythologique à la Renaissance et ensuite. Vers 1635, le peintre baroque italien les représente jetant des pierres derrière eux pour faire renaître l'humanité. Le peintre italien Giovanni Benedetto Castiglione leur consacre une toile en 1665.

Philosophie Le mythe de Deucalion est cité par Emmanuel Levinas dans Totalité et Infini, afin de critiquer l'idée aristotélicienne d'une société qui serait créée par la réunion naturelle de plusieurs familles, ou par une appartenance à un genre humain, mais bien plutôt par la rencontre du visage de l'autre qui est par soi signification et expression de l'humanité :

Dans le second de ses deux ouvrages majeurs, Autrement qu'être au-delà de l'essence :

. Il ne s'agit pas de sa part d'une étude de mythologie comparée ni de religion grecque mais de la projection anachronique de ses propres conceptions sur un mythologème selon N. Chomsky, « a case of a priori instrumentalization ».

Astronomie

L'objet transneptunien porte son nom.

Sources 22b ; Critias 112a

Charles Kerényi, La mythologie des Grecs, histoires des dieux et de l'Humanité, trad. Henriette de Roguin, Paris, Payot, 1952. Alain Moreau, Mythes Grecs I, Montpellier, Publications de la Recherche, Université Paul-Valéry, 1999. Paul Decharme, Mythologie de la Grèce Antique, Paris, Garnier Frères, 1879. Jacques Desautels, Dieux et mythes de la Grèce Ancienne, la mythologie gréco-romaine, Québec, Presses de l'Université Laval, 1988.

Notes et références

Articles connexes

Déluge de Deucalion

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