Les forces armées tunisiennes (), souvent appelées armée tunisienne ou armée nationale tunisienne, sont l'armée de la Tunisie. Fondées le , elles comptent en 2023 un personnel régulier de .

Outre ses missions de défense, l'armée participe à des activités civiles de développement et de lutte contre les catastrophes naturelles et à des opérations militaires de maintien de la paix sous mandat des Nations unies.

Histoire

Période beylicale

vignette|Officiers d'infanterie tunisiens vers 1840.

Les premières unités de l'armée régulière tunisienne moderne sont créés en même temps que la réforme de l'armée ottomane et au lendemain de la conquête française de l'Algérie en 1830. À l'initiative du ministre de Hussein II Bey, Chakir Saheb Ettabaâ, une brigade d'infanterie est créée à Tunis dès . Suit l'année suivante une autre brigade basée à Sousse. Les soldats et officiers sont entraînés, habillés et équipés à l'européenne, à l'image des premiers régiments de l'armée ottomane issue des réformes du sultan Mahmoud II, au lendemain de la suppression du corps des janissaires. Ahmed Bey reprend les timides réformes du règne de son oncle Hussein II Bey et engage le pays dans une profonde modification de son armée et son État, avec notamment la création de l'École militaire du Bardo.

En 1855, l'armée tunisienne se divise en sept brigades d'infanterie réparties sur le territoire, avec à leurs têtes un amir liwa (général de brigade) puis, à partir de 1864, un amir oumara (général de division). De même existent de 1835 à 1860 quatre régiments d'artillerie (topjiya), de chacune.

L'Armée de terre tunisienne compte également plusieurs régiments de cavalerie tribale (zouaoua ou mkhaznia) issus principalement du Nord-Ouest ; ils sont répartis un peu partout dans le pays. Alors que le besoin d'un régiment de cavalerie régulière (spahis) se fait sentir, Ahmed Bey en crée un vers 1850 ; il est basé à La Manouba.

vignette|Artillerie beylicale vers 1900.

Le pays est ceinturé de 110 forts et fortins dont les effectifs peuvent compter de (infanterie et quelques artilleurs). Ils sont chargés d'assurer la sécurité des villes, des frontières et des côtes, ces derniers dépendant du ministère de la Marine. Ils peuvent aussi faire office de lieu de résidence des caïds-gouverneurs, de prison ou même de greniers et de dépôts de fournitures pour l'armée (poudre, munition, etc.). Chaque ville et grand village en est pourvu.

Hammouda Pacha est le premier bey à doter le pays d'une industrie militaire avec la création d'une fonderie moderne de canons à la Hafsia, vers 1810, en plein centre de la médina de Tunis. Celle-ci est de petite taille mais fournit les forts et la marine du pays en petits canons jugés assez efficaces d'après les commentateurs de l'époque. Toutefois, pour assurer la fourniture de la nouvelle armée tunisienne, Ahmed Bey dote le pays de plusieurs manufactures modernes sur le modèle européen autour de 1840. Vers 1865, plusieurs de ces usines sont démontées ou laissées à l'abandon lors de la crise financière.

Protectorat français

Indépendance En 1956, environ qui servaient dans la garde beylicale rendent possible la mise sur pied rapide d'un régiment interarmes décidée le de cette année. Les équipements nécessaires sont mis à la disposition du jeune État alors que , 250 sous-officiers et sont transférés de l'armée française à l'armée tunisienne.. Le , l'armée tunisienne est officiellement fondée par décret. L'intégration de la garde beylicale, l'apport des conscrits du service militaire, rendu obligatoire en , et le rappel des réservistes lui permettent de passer de trois à douze bataillons et de en 1961. 60 % des forces servent alors à la surveillance des frontières.

. Toutefois, la plus grande bataille de l'armée tunisienne après sa création reste la crise de Bizerte où plus de tombent au cours des combats contre les forces françaises.

La marine fondée en 1958 reçoit ses premiers navires dès l'automne 1959. Quant à l'Armée de l'air, elle acquiert ses premiers avions de combat en 1960. Si les fournisseurs de l'armée tunisienne sont extrêmement nombreux, les États-Unis restent les plus grands pourvoyeurs de l'Armée de terre et de l'air. Quant à la formation des cadres, d'abord assurée par les écoles militaires françaises et américaines, elle est progressivement confiée aux écoles militaires nouvellement créées.

Le , une loi interdit à tout militaire d'être membre d'un groupement ou d'un parti politique. Toutefois, le , le Premier ministre, le général Zine el-Abidine Ben Ali, prend le pouvoir. Abdelhamid Escheikh et Mustapha Bouaziz, officiers supérieurs, occuperont par la suite des postes ministériels.

Dans les années 1980, l'Armée de l'air israélienne survole la Tunisie et bombarde le siège de l'Organisation de libération de la Palestine dans le cadre de l'Opération Jambe de bois, causant la mort de 50 Palestiniens et 18 Tunisiens..

Le aux environs de 18 h 15, la direction de l'Armée de terre — le général de brigade Abdelaziz Skik qui avait dirigé le contingent tunisien au Cambodge, deux colonels-majors, trois colonels, quatre commandants, deux lieutenants et un adjudant-chef — disparaît dans un accident d'hélicoptère non loin de la ville de Medjez el-Bab..

La révolution de 2011 entraîne la libération de milliers de détenus dont beaucoup de djihadistes, ce qui provoque de très nombreux problèmes sécuritaires (attaque de commerces et d'universités, incendie de l'ambassade américaine). Cette situation conduit au déploiement massif de l'armée tunisienne sur le territoire national, notamment aux frontières algérienne et libyenne, où les groupuscules terroristes sont actifs.

Le , Barack Obama désigne officiellement la Tunisie comme allié majeur non-membre de l'OTAN, ce qui permet aux forces armées tunisiennes d'avoir une coopération très étroite avec l'armée américaine et de bénéficier d'avantages sur le plan matériel et financier..

Service national L'armée tunisienne est en partie une armée de conscription. Les jeunes hommes sont appelés à se rendre sous les drapeaux à l'âge de vingt ans, tout comme les femmes sur demande depuis ..

Les soldats effectuent un service militaire complet d'une durée d'un an. Néanmoins, seule une petite partie des jeunes appelés effectuent réellement leur service national (25 à 30 %). Depuis 1978, ils peuvent choisir une affectation individuelle de suivie par la ponction d'une partie de leur salaire pendant les onze mois restants au profit d'un fonds du service national. Ils sont ensuite placés en réserve jusqu'à l'âge de .

Conflits Crise de Bizerte Événements de Gafsa (1980) Bataille de Ben Gardane Bataille de Chaambi

Budget L'évolution du budget de la défense tunisienne en millions de dollars selon les données de la Banque mondiale est la suivante :

+Budget de la défenseAnnéeBudget% du PNB19922891,70 %19932761,73 %19942971,74 %19953421,74 %19963971,86 %19973581,72 %19983651,67 %19993571,55 %20003321,54 %20013351,52 %20023451,49 %20034071,48 %20044441,42 %20054681,45 %20064971,44 %20074901,26 %20085781,29 %20095641,29 %20105711,29 %20117151,56 %20126811,51 %20137591,64 %20149081,90 %20159792,26 %20169872,36 %20178582,14 %20188442,11 %20192,56 %20202,90 %20212,82 %20222,50 %

Commandement et organisation État-major Le président de la République tunisienne assure la direction des forces armées. Alors que l'article 44 de la Constitution de 1959 en fait le ., l'article 76 de la Constitution de 2014 lui donne la compétence sur leur haut commandement.. Depuis le ., cette charge est assurée par Kaïs Saïed en sa qualité de président de la République.

En , l'état-major se compose de la manière suivante : le chef d'état-major de l'Armée de terre est le général de corps d'armée Rachid Ammar, celui de l'Armée de l'air est le général de brigade Taïeb Laâjimi et celui de la Marine nationale est le contre-amiral Mohamed Khamassi« Chaises musicales dans la Marine », Maghreb Confidentiel, , 16 septembre 2010.. En , après la révolution du 14 janvier qui oblige le président Zine el-Abidine Ben Ali à fuir le pays et durant laquelle l'armée joue un rôle, Ammar devient chef d'état-major des armées tout en restant chef d'état-major de l'Armée de terre.

Le , le colonel-major Mohamed Néjib Jelassi devient chef d'état-major de l'Armée de l'air. et Taïeb Laâjimi, devenu entretemps général de division, est nommé inspecteur général des forces armées.. En , le général Rachid Ammar annonce son départ à la retraite. ; il est remplacé à la tête de l'Armée de terre par Mohamed Salah Hamdi.. Le , le général de brigade Béchir Bédoui remplace Jelassi comme chef d'état major de l'Armée de l'air ; l'état-major se compose dès lors comme suit. : chef d'état major de l'Armée de terre : le général de brigade Mohamed Salah Hamdi ; chef d'état major de l'Armée de l'air : le général de brigade Béchir Bédoui ; chef d'état major de la Marine nationale : le vice-amiral Mohamed Khamassi ; l'inspecteur général des forces armées : le général de brigade Mohamed Nafti ; le directeur général de la sûreté militaire : le général de brigade Nouri Ben Taoues ; le directeur général du génie militaire : le général de brigade Mohamed Abdennasser Belhaj.

Le , le général de brigade Ismaïl Fathali remplace Mohamed Salah Hamdi à la tête de l'Armée de terre.. Le , le général de brigade Mohamed Foued El Aloui remplace Béchir Bédoui à la tête de l'Armée de l'air.. Le , le général de brigade Mohamed El Ghoul remplace Fathali à la tête de l'Armée de terre..

Armée de terre

L'Armée de terre est forte de . et se compose essentiellement de : trois brigades mécanisées basées à Gabès (première), Kairouan (deuxième) et Béja (troisième) ; chacune se compose principalement de : un régiment blindé ; deux régiments d'infanterie mécanisée ; un bataillon d'intervention ; un régiment d'artillerie ; un régiment d'artillerie anti-aérienne ; une compagnie antichar ; une compagnie de reconnaissance ; un groupement territorial saharien ; une brigade des forces spéciales ; un groupement de soutien logistique ; un groupement de génie militaire ; un groupement de transmissions ; un groupement de la police militaire.

Armée de l'air

L'Armée de l'air a à sa disposition la base aérienne de l'Aouina (Garde nationale), dans la banlieue nord de Tunis, l'aérodrome de l'École de l'aviation de Borj El Amri, ainsi que les bases aériennes de Bizerte (Sidi Ahmed), Gabès, Gafsa et Sfax. Elle se compose de .

L'armée de l'air comporte aussi une unité spéciale, les commandos de l'air.

Marine nationale

vignette|Patrouilleur Giscon de la Marine tunisienne.

Outre le fait de défendre le pays, la marine réalise également des missions de sauvetage en mer. Elle se compose de :

23 patrouilleurs lance missiles ; quinze patrouilleurs (appartenant à la garde nationale) ; quatre frégates ; six dragueurs ; deux dragueurs de mines.

Les navires se répartissent sur les six bases navales de Bizerte, Kélibia, La Goulette, Sfax, Sousse et Tunis.

La marine comporte aussi une unité spéciale, les commandos marins.

Grades

L'armée tunisienne est composée des corps des officiers, des sous-officiers et des hommes du rang.

Officiers Officiers généraux (Armées de terre et de l'air et marine) : Général de corps d'armée ou amiral (OF-10) ; Général de division ou vice-amiral (OF-9) ; Général de brigade ou contre-amiral (OF-8) ; Officiers supérieurs : Colonel-major ou capitaine de vaisseau major (OF-7) ; Colonel ou capitaine de vaisseau (OF-6) ; Lieutenant-colonel ou capitaine de frégates (OF-5) ; Commandant ou capitaine de corvettes (OF-4) ; Officiers subalternes : Capitaine ou lieutenant de vaisseau (OF-3) ; Lieutenant ou enseigne de (OF-2) ; Sous-lieutenant ou enseigne de (OF-1).

Sous-officiers Adjudant-major (OR-9) ; Adjudant-chef (OR-8) ; Adjudant (OR-7) ; Sergent-chef (OR-6) ; Sergent (OR-5).

Militaires du rang Caporal-chef (OR-4) ; Caporal (OR-3) ;