Eugène Ledrain, né le à Sainte-Suzanne (Mayenne) et mort le à ParisActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , , vue 1/31., arrondissementIl habitait au 16, rue Dulac., est un archéologue orientaliste et écrivain français, qui fut conservateur du département des antiquités orientales du musée du Louvre entre 1908 et 1910.

Biographie Origine Fils de Guillaume Nicolas Fréjus Ledrain, gendarme, et d'Eugénie Couriot, Fréjus Eugène Ledrain passe sa jeunesse à Sainte-SuzanneLe Sagittaire : revue mensuelle d'art et de littérature / [gérant : F.-A. Cazals], (Paris), Article d'Henri Marsac, 1 juin 1900, p. 51., où il habite rue du Grenier à sel. Il évoquera ses souvenirs d'enfance en préfaçant les Recherches historiques sur Sainte-Suzanne, du Charles Nory, maire de cette cité médiévale, en 1888. Les Ledrain sont originaires d'ÉcocheMémorial de la Loire et de la Haute-Loire, (Saint-Étienne), 31 décembre 1903.Eugène Ledrain fera partie de la Société amicale des Foréziens de Paris. dans le Forez.

Saint-Sulpicien Son père, ancien gendarme, s’était retiré à Sevelinges. Eugène Ledrain fait ses études au petit séminaire de Saint-Jodard (Saint-Jodard)Journal de Roanne, (Roanne), 27 février 1910.. Eugène Ledrain poursuit ses études chez les Oratoriens pour devenir prêtre.

En 1871, Ledrain publie un articleE. Ledrain, prêtre de l’Oratoire, Deux apocryphes du deuxième siècle, avec une étude sur la date du pasteur d’Hermas, extrait du Correspondant, Paris, 1871. dans le Correspondant à Paris. Les archives de l'Institut de France conservent, dans le fonds Gaston Maspero, une série de lettres d’Eugène Ledrain. La plus ancienne, datée de 1874, est signée du Révérend Père Eugène Ledrain, prêtre de l’OratoireLedrain (Révérend Père Eugène), prêtre de l'Oratoire. Salomon ReinachLa Revue Archéologique, nécrologie, juillet 1910. indique avoir rencontré l'abbé Ledrainhttp://www.charlesfourier.fr/?article1046 DESMARS Bernard (2012), “Ledrain, (Fréjus) Eugène”, Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en octobre 2012., déjà connu comme égyptologue, aux bureaux d'une feuille hebdomadaire, l'Instruction publique, dirigée par Alfred Biot sous le patronage de Félix Dupanloup.

Abandon de la carrière ecclésiastique Bien qu'il soit ordonné, Eugène Ledrain abandonne rapidement la carrière ecclésiastiqueRevue archéologique, juillet-décembre 1910. Tout comme Ernest Renan au Séminaire Saint-Sulpice, il eut pour maître d’hébreu Arthur-Marie Le Hir, et, pour des raisons philologiques et d'autres, il cessa de pratiquer et de croire. Cependant, il maintenait de bonnes relations avec ses anciens professeurs, notamment avec M. Noyaux, le supérieur de Saint-JodardIl lui écrivait de charmantes lettres et évoquait souvent, dans ses chroniques, ce saint prêtre passionné par l'hellénisme. Journal de Roanne, (Roanne), 27 février 1910..

Malgré sa prolixité d'écrivain, Eugène Ledrain n'a jamais précisé les circonstances qui l'ont amené à quitter l'ÉgliseDominique Charpin, En quête de Ninive: Des savants français à la découverte, 2023, .Puisqu’on a parlé de M. Ledrain, je dirais qu’il est un savant et un écrivain de premier ordre. Il a acquis une grande notoriété par ses travaux d’érudition, notamment par sa magnifique traduction de la Bible, et par ses articles de critique littéraire, toujours exquis, pleins de saveur et d’une forme particulièrement élégante. L’Institut fera tôt ou tard en lui une de ses plus hautes recrues.. Mais ce n'est qu'après que M. Ledrain eut été connu comme savant, comme écrivain et comme professeur à l'École du Louvre que le public apprit qu'il avait été oratorien. Donc puisqu'il n'en parlait point et qu'il ne signa jamais : abbé Ledrain cela ne regarde personne et je n'ai parlé de tout ceci en ce qui la concerne que pour montrer, l'absurdité de la comparaison. Le Passe-temps, littérature, beaux-arts, musique, biographies, nouvelles, 7 novembre 1897.

Egyptologue À cette époque, il est déjà connu comme égyptologue, ayant suivi les cours d'Ernest Renan et de Gaston Maspero au Collège de France et travaillé sous la direction de ce dernier à l'École pratique des hautes études. Il entre à la Bibliothèque nationale de France grâce à Ernest RenanSalomon Reinach indique dans sa nécrologie sur Ledrain que Renan, qui protégeait volontiers les évadés laborieux, le fit entrer à la Bibliothèque Nationale, puis au Louvre. La Revue archéologique, 1910, ., où il est d'abord chargé du catalogue des antiquités égyptiennes (à partir de 1876, terminé en 1878), puis du catalogue des imprimés (à partir de 1878)Archives du musée du Louvre, O30198, lettre du directeur de la Bibliothèque nationale ; et discours du directeur du Louvre lors des obsèques de Ledrain ; F1, organisation de l’École du Louvre, rapport du directeur, 17 juillet 1884.

Musée du Louvre Il est nommé le attaché au Département des antiquités orientales du musée du Louvre, puis, le Dossier Légion d'Honneur, il devient conservateur adjoint de ce même département. En 1908, il accède au poste de conservateur du Département des antiquités orientales du musée du Louvre.

Ecole du Louvre En parallèle à son rôle de conservateur, Eugène Ledrain enseigne à l’École du Louvre, qu'il contribue à établir en 1882-1883, où il dispense d'abord un cours sur les inscriptions sémitiques, suivi, au fil des ans, de cours d’épigraphie assyrienne, phénicienne et araméenne. Parmi ses premiers élèves figura Marcel Dieulafoy. En 1884-1885, le titre de son cours d’épigraphie évolua, comme en témoigne le texte de sa leçon inaugurale à l’École du Louvre, désormais consacrée à l’épigraphie assyrienne, phénicienne et araméenneEugène Ledrain, Les acquisitions du musée oriental du Louvre dans l’année 1884-1885, leçon d’ouverture des cours d’épigraphie assyrienne et d’épigraphie phénicienne et araméenne à l’École du Louvre, L’Artiste, décembre 1885, p. 401-402.. Le directeur de l’École souligne l’enseignement vivant et fécond qu'il offreLes Monuments égyptiens de la Bibliothèque nationale (cabinet des médailles et des antiques). Première livraison, Paris, F. Vieweg, 1879, préface, p. VIII..

De 1896 à 1898, Oscar Vladislas de Lubicz-MiloszO. V. de L. Miłosz : ténèbres et lumières : [exposition, Paris, Bibliothèque nationale, 27 mai-26 juin] 1977 / [catalogue par Florence de Lussy et Gérard Willemetz] ; [préface de Georges Le Rider] a étudié l'épigraphie phénicienne et assyrienne pendant trois années consécutives sous la supervision du professeur Eugène LedrainLa mention « très bien » apparaît à côté de son nom sur le procès-verbal de juin 1896. (ECOLE DU LOUVRE. Résultat général des examens. Thèses et procès-verbaux. Registre. Années 1884-1896. — Archives des Musées nationaux, Registre F8.). Miłosz indique dans Deux messianismes avoir Eugène Ledrain comme maîtreAlexandra Charbonnier, O.V. Milosz: le poète, le métaphysicien, le lituanien, 1996, p. 31.

Travaux scientifiques En tant que conservateur et enseignant, Eugène Ledrain est également l'auteur de publications savantes sur les civilisations de l'Antiquité, notamment sur Israël, l'Égypte et l'Assyrie. Il propose une nouvelle traduction de la Bible, dirige une collection scientifique (la Bibliothèque d’histoire orientale, chez l’éditeur Ernest Leroux) et contribue à la création de la Revue d'assyriologie et d'archéologie orientaleDominique Charpin, À l’occasion du centième volume : éléments pour une histoire de la Revue d’Assyriologie, Revue d’assyriologie et d’archéologie orientale, 100, 2006, p. 5-12. avec Jules Oppert et Léon Heuzey, tous deux membres de l’Institut de France, où il est l'un des rédacteurs, généralement avec des articles concisDominique Charpin indique que lorsque Jean-Vincent Scheil et François Thureau-Dangin prirent la direction de la Revue d'Archéologie en 1910 (vol. VII, no 2), ils ne rendirent pas hommage à Eugène Ledrain qui venait de mourir.Charpin, Dominique. « L’enseignement de l’assyriologie, des débuts à 1905 ». En quête de Ninive, Les Belles Lettres, 2022.

Il s'implique également dans les milieux ethnographiques : en 1900, il fait partie du Comité d’organisation du Congrès international des sciences ethnographiques, en compagnie de Textor de Ravisi, Verrier et Gauttard. Ces activités littéraires empiètent sur ses travaux scientifiques. Ses publications deviennent donc plus rares après les années 1890, et selon la nécrologieRevue archéologique, juillet-décembre 1910, , nécrologie signée S. R. de Salomon Reinach parue dans Revue archéologique : il était presque perdu pour la science et les promesses de son début n’avaient pas été tenues à l'âge mûr. Pour Dominique Charpin, cette remarque est assurément imméritée. Peu avant sa mort, Eugène Ledrain publiait encore dans la Revue d’assyriologie les dernières acquisitions du Louvre : une agate gravée au nom du roi d’Ibbi-Sin, un poids en plomb portant une inscription phénicienne, ainsi que des inscriptions de sculptures et bas-reliefs palmyréniens.

Eugène Ledrain est un spécialiste de l’épigraphie hébraïque et assyrienneClaire Placial. Traduire la Bible en 1886 : autour de la traduction d’Eugène Ledrain . L’appel de l’étranger. Traduire en langue française en 1886, 2015. ⟨hal-01467961⟩. Parmi ses ouvrages, on trouve de nombreuses études épigraphiques, ainsi que des ouvrages décrivant les collections du musée du Louvre et des bibliothèques nationales, des dictionnaires de langues sémitiques anciennes et une Histoire d’Israël. Indépendant d’esprit, il n’hésita pas à critiquer vivement Ernest Renan, et ce malgré le soutien que ce dernier lui avait apporté dans sa jeunesse. Pour Dominique Charpin, cela explique pourquoi il ne sera pas à l'Institut de France.

Journalisme vignette| Parallèlement à ses travaux archéologiques, Eugène Ledrain participe à plusieurs revues politiques, philosophiques et culturelles du (notamment La Revue de philosophie politique, La Revue de Littré, La Revue bleue, La Nouvelle Revue, L'Éclair, Le Sagittaire, L'Opinion, Le Contemporain et L’Artiste), ainsi qu'à des périodiques généralistes tels que L’Eclair et La Nouvelle Revue. Le FigaroLe Figaro, 19 février 1910. dit de lui une « Intelligence vaste et curieuse, appuyée sur un fonds rare d’érudition ».

Critique littéraire Il rédige des critiques littéraires, par exemple à L'IllustrationL'Illustration sur des auteurs contemporains. Eugène Ledrain se distingue par une approche critique marquée par la sincérité, la méthode et une grande culture littéraireParis / fond. Ch. Laurent, (Paris), 19 mars 1896. Article de Gaston de Raimes. Ses articles, publiés notamment dans L’Éclair, sont salués pour leur équilibre entre exigence et bienveillance, ainsi que pour leur clarté et leur harmonie stylistique, héritées des grands auteurs français (Jacques-Bénigne Bossuet, Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Alphonse de Lamartine, Jules Michelet, etc.).

Eugène Ledrain est connu pour son analyse fine des œuvres et des auteurs, mêlant éloge et critique constructive. Il s’attache particulièrement à dénoncer les excès du symbolisme littéraire, notamment chez Francis Poictevin, tout en reconnaissant la valeur artistique de certains écrivains. Son style se caractérise par l’usage judicieux de la citation, qu’il emploie comme pierre de touche pour révéler les forces et les faiblesses d’une œuvre. Eugène Ledrain défend la simplicité et la clarté de la langue française, s’opposant aux recherches stylistiques outrancières de certains symbolistes. Pour Gaston de Raimes, qu'il s’en prenne à Ferdinand Brunetière ou à Eugène-Melchior de Vogüé, à Ernest Lavisse ou à Pierre Loti, qu'il fasse œuvre de penseur ou de critique, toujours Ledrain reste clair, d’une pureté classique.