Paul-Marc-Joseph Chenavard, né à Lyon le et mort à Paris 7 le , est un peintre français.

Jeunesse Ses parents tiennent un commerce de cadres pour la fabrication de la soie. Son père a soixante-cinq ans à sa naissance et sa mère trente-sept. L'enfant est mis en nourrice jusqu’à l’âge de cinq ans dans le village de Chavanoz dans le département de l'Isère. Il vit ensuite un temps à Saint-Genis Laval où ses parents sont propriétaires. Son père est très sévère et Paul ne l'aime pas. Ses parents le destinent à l’industrie, mais son père meurt en 1821, et il choisit plutôt d'entrer à l’École des Beaux-Arts de Lyon dans laquelle il ne reste qu'un an ; avant de partir pour Paris en 1824.

Années de formation Il va ainsi suivre sa formation artistique entre Paris et sa ville natale. Cette dernière laissera un très fort impact sur lui aussi bien par ses valeurs profondes que par l’interprétation artistique que lui aura inspirée la société française et les bouleversements qu’elle connut durant tout le . Il entre à l'École nationale supérieure des beaux-arts en 1825, il étudie dans les ateliers de Dominique Ingres, où le rejoindra son ami Joseph Guichard, puis dans ceux de Louis Hersent et d'Eugène Delacroix.

En 1826, il se lie d'amitié avec Gérard de Nerval.

Séjours à Rome Entre 1827 et 1829, il part pour l'Italie sur les conseils d'Ingres et séjourne à Milan, Florence et Rome.

À Rome, où il séjourne plusieurs fois entre 1827 à 1832, il fréquente les peintres allemands nazaréens et en particulier Cornelius et Overbeck. Il s'intègre à ce groupe et est marqué par leurs œuvres dont les fresques commandées par Salomon Bartholdy et celles de la villa Massimo. Il est également marqué par les Stanze de Raphaël et les fresques de la Sixtine.

Retour à Paris Il revient à Paris en 1830, commence à fréquenter les romantiques commeThéophile Gautier et Victor Hugo et prend part à la bataille d'Hernani.

C'est à partir de l'étude de la philosophie que va venir, dès les années 1830, l'idée pour Chenavard de réaliser en peinture une « philosophie de l'histoire », montrant l'épopée de l'homme à travers ses épreuves Marie-Antoinette Grunewald, Paul Chenavard et la décoration du Panthéon de Paris en 1848, Musée des Beaux-arts, Lyon, 1977, ..

Début de carrière Paul Chenavard lance sa carrière à vingt trois ans avec la peinture d'histoire, profitant d'un concours du ministre de l'Intérieur François Guizot ouvert en pour trois tableaux destinés à la salle des séances de l'Assemblée nationale.

Première œuvre : Mirabeau devant Dreux-Brezé vignette|gauche|Le marquis de Deux-Brézé et Mirabeau. 1833. Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris En 1831, il présente pour la première fois au Salon de Paris, l'esquisse d'un tableau d'histoire : la Convention nationale. Son projet, représentant la confrontation entre le marquis de Dreux-Brézé et Mirabeau à la Séance royale du 23 juin 1789.

Le tableau n'est pas retenu et termine septième, mais est tout de même remarqué. Gustave Planche juge le concours globalement médiocre, à l'exception de quelques œuvres dont celle de ChenavardG. Planche, Salon de 1831, 1831, p. 200. Charles Blanc dit la même chose : Charles Blanc, Les artistes de mon temps, 1876, p. 199..

Durant les années 1831 à 1833, il retourne à Rome deux fois, notamment avec Edgar Quinet. Quand il est à Paris, il loge impasse du Doyenné, près du Louvre, au sein de la bohème littéraire, près de Gautier et Nerval. Il fréquente alors les cafés romantiques dont le Divan, rue Le Peletier ou la brasserie Andler, rue Hautefeuille. Il y fait la connaissance de Gustave Courbet et Charles Baudelaire.

Séance de la Convention nationale Il poursuit dans la peinture d'histoire en 1835 avec un grand dessin : Séance de la Convention nationale qu'il destine au Salon, qui connait à la fois le succès et le scandale. Il est refusé car l'œuvre expose clairement l'implication de Philippe Égalité dans la mort de Louis XVI ; mais ce dessin lui vaut des critiques élogieuses, et le scandale de son retrait du Salon fait parler de lui. Il est acheté par Adolphe Thiers et a aujourd'hui disparu. En 1839, Chenavard fait un passage à Lyon pour assister à la leçon inaugurale de son ami Edgar Quinet à la Faculté des Lettres ; il y rencontre Victor de Laprade, Antoine Blanc de Saint-Bonnet et les frères Barthélémy et Clair Tisseur.

En 1841, il présente au Salon sa toile le Martyre de saint Polycarpe. Patrice Béghain estime que cette toile, tout comme le Départ des apôtres, peinte à la même période, est réalisée dans l'espérance d'un achat de l'État, car ce dernier procède à des investissements importants pour les édifices cultuelles via la commande publique. Ces deux toiles sont effectivement achetées et envoyées à Argenton-sur-Creuse, alors que le peintre les avait destinés à l'église Saint-Polycarpe de Lyon. Pour ces toiles, Paul Chenavard délaisse le style primitiviste pour s'inspirer de la peinture baroque italienne.

La peinture religieuse vignette|Le départ des apôtres En 1842, il connait enfin une véritable commande avec la Résurrection des morts, qu'il achève en 1845 et qui est envoyée à l'église de Bohal.

Il réalise pour le Salon de 1845 L'Enfer, dans lequel la critique de l'époque perçoit des influences de Michel-Ange (notamment l'acidité des couleurs et le dessin sculptural des groupes), mais qui doit également à ses influences nazaréennes romaines tels Peter von Cornelius ou Joseph Anton Koch. Le tableau est acheté par Alexandre Ledru-Rollin, et est offert plus tard au grand collectionneur Alfred Bruyas.

Un ami à Chenavard, Charles Blanc, le recommande à Alexandre Ledru-Rollin lorsque celui-çi devient ministre de l'intérieur du gouvernement provisoire en 1848 pour la réalisation des fresques du Panthéon. Cette recommandation survient avant que Chenavard ne soit devenu un peintre réellement reconnu.

Le projet pour le Panthéon de Paris vignette|droite|500px|La Palingénésie socialeou La Philosophie de l'histoire.Carton pour la mosaïque destinée au sol du Panthéon, sous la coupole, huile sur toile, 303x, musée des Beaux-Arts de Lyon.

En 1848, Paul Chenavard est chargé officiellement par le ministère de l’intérieur d’exécuter la décoration de l’intérieur du Panthéon de Paris« Il sera exécuté dans l'intérieur du Panthéon une suite de peintures murales par le citoyen Paul Chenavard, et sous sa direction, conformément aux projets et aux esquisses qui ont été mises sous les yeux du ministre ». Philippe de Chennevières, Les Décorations du Panthéon, Paris, 1885., qui fut, des années 1830 à 1848, un lieu quasi mythique de l'histoire de la capitale, le lieu de rassemblement de la « jeunesse des Écoles » Marie Antoinette Grunewald, Ibid, ., ainsi qu'un lieu fort en connotations historiques et sociales, que l'on souhaitait transformer en « temple de l'humanité ».

Origine intellectuelle du projet Selon Paul Chenavard lui-même, il avait réfléchi depuis ses voyages à Rome à une œuvre faisant écho aux fresques de Raphaël dans la salle de la Signature, dans lesquelles il voit toute l'histoire de l'esprit humain en trois compositions. Il souhaite alors dès cette époque réaliser une toile représentant l'histoire de l'humanité toute entière. Cette ambition est renforcée par son compagnonnage italien avec les artistes Overbeck et Cornelius, pour qui l'art est avant tout un moyen et non une fin. Ainsi, quand Chenavard rencontre le nouveau ministre de l'intérieur, il a une quarantaine de dessins préparatoires à lui présenter et une idée forte déjà murie, représenter l'histoire de l'humanité.

Mise en œuvre du chantier Paul Chenavard prend comme collaborateur principal le peintre prix de Rome en 1839 Dominique Papety. Celui-ci décède peu de temps après et est remplacé par Jean-Louis Bézard et Philippe Comairas.

Il organise le travail de la manière suivante : le collaborateur principal reporte sur toile les esquisses au fusain, Chenavard les corrige et de nombreux peintres mineurs sont chargés de coloriser la toile. Le travail est marqué par l'esprit quarante-huitard, certains journalistes parlant explicitement d'« atelier national ».

Toutefois, l'organisation périclite et les collaborateurs principaux font peu à peu défection.

Intentions et plans du projet vignette|gauche|Portrait de Chenavard, par Félix Nadar. Ce projet inachevé et dont l'imprécision exclut d'avoir une vue d'ensemble a toutefois été décrit par six articles de Théophile Gautier à partir de 1848, ainsi que par plusieurs témoignages de contemporains. Le but final est de faire du Panthéon un temple à la gloire de l'humanité. La partie inférieure des parois devait être ornée de panneaux retraçant les principaux moments de l'histoire humaine, depuis les origines jusqu'à Napoléon. Les épisodes des temps antiques et modernes devaient se faire face de part et d'autre de l'abside. Cette dernière devait être décorée de trois panneaux consacrés au Christ, avec La Nativité, La Prédication et La Mort. Une grande composition devait être placée au fond de la nef, faisant douze mètres de haut, représentant le Sermon sur la montagne, mais avec des personnages de toutes les époques tels Jan Hus ou Charles Fourier parmi les auditeurs. Enfin des compositions au sol à la croisée des transepts, initialement prévues en mosaïques et finalement arrêtées en peinture sur lave émaillée, devaient regrouper quatre compositions, Le Purgatoire, L'Enfer, Le Paradis et La Crucifixion qui entourent un grand cercle avec La Palingénésie sociale ou La Philosophie de l'histoire.

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vignette|Les Catacombes, premier carton. Musée des Beaux-Arts de Lyon. C'est une commande exceptionnelle du fait de l’ampleur du projet, par lequel Paul Chenavard s’engage à représenter les principales étapes de la palingénésie, c'est-à-dire de « la marche du genre humain dans son avenir à travers les épreuves et les alternatives de ruines et de renaissance », autrement dit une histoire de l'humanité et de son évolution morale, interprétée comme une suite de transformations devant aboutir à une fin générale et providentielle.

Réception publique du projet Cette commande est exceptionnelle en raison de l’ampleur du projet, ce qui va lui attirer l’hostilité de ceux qui dénoncent un traitement de faveur, mais aussi des conservateurs qui mettent en cause la pertinence même de l'idée. Ainsi, une pétition rédigée par le peintre Horace Vernet recueille la signature de plus de deux mille artistes.

Fin du projet vignette|gauche|Les Catacombes, second carton. Musée des Beaux-Arts de Lyon. En 1851, dans la foulée du coup d'état du 2 décembre, la commande est annulée. Napoléon III, en rendant l'édifice au culte catholique, refusait de voir dans ce syncrétisme encyclopédique une affirmation suffisante du rôle de l'Église dans la constitution de l'État français. Chenavard tente en vain de sauver son projet en invitant l'archevêque de Paris Sibour, mais sans le convaincre. La place centrale donnée à la Raison, à la Pensée humaine, plutôt qu'au Christ rendait le compromis impossible.

Chenavard, décoré depuis de la Légion d'honneurGustave Vapereau : « Dictionnaire universel des contemporains » ; volume 1 ; 1870, compte relancer son projet en présentant les cartons préparatoires à l'Exposition universelle de 1855Ils sont depuis 1875 conservés au musée des beaux-arts de Lyon., sans succès autre qu'une médaille de première classe. À l'occasion de cet accrochage, des détracteurs catholiques critiquent l'œuvre pour son éloignement de l'orthodoxie de l'Église. Claudius Lavergne, dans L'Univers, vitupère contre un art qui porte . En revanche, Théophile Gautier s'enthousiasme lançant qu'avec Chenavard, la France a trouvé l'équivalent des grands peintres nazaréens allemands.